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Full text of "L'art profane à l'église : ses licences symboliques, satiriques et fantaisistes. Contribution à l'étude archéologique et artistique des édifices religieux"

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Docteur  G. -J.  WITKOWSKI 


SES  LICENCES  SYMBOLIQUES,  SATIRIQUES  ET  FANTAISISTES 

CONTRIBUTION  A L’ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE  ET  ARTISTIQUE  DES  ÉDIFICES  RELIGIEUX 


Ouvrage  illustré  de  534  gravures  et  de  16  planches  hors  texte 
avec  le  concours  de  G.-A.  Payraud 


PARIS 

Jean  SGHEMIT,  Libraire 
52,  RUE  LAFFITTE,  52 


1908 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2016 


https  ://arch  i ve . org/detai  Is/b24886920_0002 


76 


Docteur  G. -J.  WITKOWSKI 


CONTRIBUTION  A L'ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE  ET  ARTISTIQUE  DES  ÉDIFICES  RELIGIEUX 


ÉTRANGER 


Ouvrage  illustré  de  534  gravures,  avec  le  concours  de  G.-A.  Payraud 


PARIS 

Jean  SGHEMIT,  Libraire 

T32,  RUE  LAFFITTE,  52 


1908 


H.  A 


Wellcoir  ^iw.ry 
for  the  i-üsiory 
and  Understandlng 
of  Medicine 


AVErrnSSEMEINT 


Xu  comme  un  mur  d’egMise. 
A.  UF,  Mussft. 


Ce  nouvel  ouvrage  est  le  complément  naturel  de  notre  Art 
proffme  à Véglise.  Là,  nous  examinions  les  images  licen- 
cieuses que  contiennent  les  édifices  religieux  de  France  ; ici, 


nous  étudierons  les  représentations  légères  et  piquantes  des 
églises  de  f étranger. 

Loin  de  nous  la  prétention  de  donner  un  catalogue  de  tous 
les  monuments  qui  pourraient  intéresser  notre  sujet.  Beaucoup 
n’ont  pas  été  reproduits  et  nous  n’avons  pu  toujours  aller  en 
prendre  directement  connaissance.  Un  rat  de  bibliothèque  n’est 
pas  un  pigeon  voyageur  et  l’on  ne  saurait  pourvoir  à tout. 

D’ailleurs  les  documents  sont  innombrables  ; il  est  pratique- 
ment impossible  d’en  dresser  une  liste  complète.  Gomme  les 
églises  de  France,  celles  de  l’étranger  ont  été  hospitalières 
aux  conceptions  les  plus  profanes  et  souvent  les  plus  risquées. 
Autrelois,  on  ne  s’elfarouchait  pas  plus  des  images  que  des 
mots.  C’est  avec  la  même  désinvolture  que  sermonnaires  et 
((  ymaigiers  » ont  mêlé  le  sérieux  et  le  frivole,  « passant  du 


A V E R T I S S E M E A T 


grave  au  doux,  du  plaisant  au  sévère  ».  Les  uns  et  les  autres 
ont  eu  la  même  tendance  à envelopper  de  formes  plaisantes 
le  sévère  enseignement  qu’ils  voulaient  distribuer.  Le  profane 
s’alliait  naturellement  au  sacré,  et  l’on  n’en  trouverait  pas  de 
meilleur  exemple  que  dans  ces  anciennes  parodies  liturgiques, 
au  cours  desquelles  les  hosannah  et  les  évohé  se  croisaient 
allègement  sous  les  voûtes  des  cathédrales. 

O 

Lt  n’allez  pas  croire  que  ces  libertés  qiLon  prenait  au  vieux 
temps  aient  nui  le  moins  du  monde  à la  ferveur  religieuse  et 
à l’observance  des  pratiques.  Les  « bonnestes  dames  » qui 
faisaient  leurs  délices  des  licences  des  prédicateurs  ou  des  artistes 
assistaient  à trois  messes  par  jour.  Que  leur  foi  devait  être 
profonde  ! En  tout  cas,  ce  n’est  pas  à nos  snobinettes  à en 
médire,  elles  qui  ne  se  montrent  plus  à l’église  qu’aux  ma- 
riages et  aux  enterrements.  Conjonctures  également  tristes. 
Puisse  notre  livre  leur  apprendre  qu’il  est  possible  encore,  à 
l’église,  de  s'écbaulfer  les  yeux  à de  vifs  tableaux  ! 

Mais  non,  elles  s’indigneraient  sans  nul  doute  : la  pudibon- 
derie a remplacé  aujourd’hui  la  pudeur.  La  saine  plaisanterie 
gauloise  qui  s’esclafait  publiquement  paraît  grossière  à nos 
mijaurées.  La  gaudriole  ne  leur  agrée  que  dans  le  privé.  Fini 
le  temps  de  rire  en  chœur.  On  affecte  ramour  des  idées  aus- 
tères et  des  livres  qui  distillent  Eennui.  Mais  on  n’en  est  pas 
meilleur,  au  contraire,  et  nous  pensons  plus  que  jamais  que  le 
((  vieux  jeu  » avait  du  bon.  Il  était  plus  gai  au  moins,  et  c’est 
pourquoi  il  nous  plaît  singulièrement  de  réunir  encore  en  ce 
volume  quelques-unes  des  productions  les  plus  intéressantes 
de  la  bonne  jovialité  d’autrefois. 

P.-S.  — « Le  lecteur  français  veut  être  respecté  » : il  entend 
qu’on  ne  lui  cèle  pas  la  vérité  en  la  maquillant  ou  en  l’enguirlan- 
dant de  Heurs  de  rhétorique  au  point  de  l’étouffer.  A cet  elfet, 


A V !■:  u n s s EM  ent 


III 


loiil  noire  « respect  » lui  esL  acquis  ei  nous  ne  saurions  prendre 
de  meilleur  guide  que  le  PrésideiiL  de  la  Société  des  (xens  de 
Lettres.  Ddcjacfé  de  tout  dogme  religieux^  il  doit  metlre  toute 
son  espérance  en  la  raison,  en  la  liberté,  en  U éducation  pro- 
gressive du  peuple  : « Personnellement,  ajoute  M.  (yeorges 


Lecomte,  j’ai  toujours  défendu  la  littérature  de  vérité.  C’est 


cette  littérature-là  que  j’essaie  de  pratiquer  selon  mes  forces. 
Je  la  défendrai  toujours  ».  Bravissimo  î On  ne  saurait  mieux 
dire  ni  mieux  penser. 


* X 


SUPPLKMKN  l'  ALX  EUHATA  DK  l/KTHANGKH 


Page  255,  ligue  37,  au  lieu  de  fuj.  ^285  (PL  XII h 
méridionale  du  3‘^  pilier,  lisez:  fig.  283  (IL 


(P  labié  au,  face 
XI),  3®  tableau, 


face  orientale  du  2^  pilier. 

Page  256,  ligue  15,  au  lieu  de  (PL  XI),  lisez  : ; PL  XII). 
PI.  XI,  au  lieu  de  fuj.  283,  p.  263,  lisez:  ficf.  283,  p.  23.). 
PL  XII.  au  lieu  de  fiçf.  283,  p.  263;  lisez  : fiif.  286.  p.  2.36  el 


263. 


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.iiSiohVti^  ®i  ,{\A  .V\'  .\)s\  ; soail  ,'\os\\l\  »b  9hu\o'jbV\9$n 

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A^\/  : sosil  ,'\VL  AH  , oh  /joil  jjb  ,g1  on^gif  ,ôg2  ogeH 

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L’ART  PROFANE  A 


LICENCES  ARTISTIQUES 


I 

ALLEMAGNE  — ALSACE-LORRAINE' 


Aix-la-Chapelle.  Cathédrale.  — Avant  Frédéric  Barberousse, 
un  sarcophag-e  romain  en  marbre  de  Paros  servait  de  sépulture  à 


Fig.  1.  Sujet  principal. 


lemagne.  Le  plus  intéressant  de  ses  bas-reliefs  met  en  scène 
\ Enhvement  de  Proserpine  (%.  1-8)  .•  L,  fiHe  de  Déméter-Cérès  est 
entraînée  sur  e char  du  dieu  des  enfers  sous  la  conduite  d’IlerniS- 

ae  Prre;pm"e  est?ar  "'"T'  le  rapt 

t^roseipine  est  1 allégorie  du  passage  de  la  vie  à la  mort.  Mercure 

g re  ICI  en  qualité  de  messager  des  dieux  ; entre  temps,  ce  facto- 

1.  Nous  avons  suivi  l'orclro  alphabétique  pom-  les  nations  et  les  villes. 
l’aht  profane.  — II. 


1 


0 


l’art  profane  a l’église 


tum  de  l’Olympe,  cet  ang*e  mythique  ailé  — ange  en  grec  signifie 
messager  — dont  les  archanges  Gabriel  et  Michel  se  partagèrent  la 


Fig.  2,  3.  — Motifs  latéraux. 


charge,  aidait  à retirer  les  âmes  des  corps 
et  faisait  roffice  d’accoucheur. 

Le  cercueil  tout  païen  est  actuellement 
enfermé  dans  une  vitrine.  C'est  Othon  111 
qui,  selon  la  légende,  le  substitua  en 
l’an  1001,  au  trône  de  marbre  sur  lequel 
on  trouva  assis  l’empereur  « à la  barbe 
fleurie^  »,  qui,  paraît-il  ne  portait  que  la 
moustache  ou  était  rasé.  Encore  un  exem- 
ple de  la  fusion  du  paganisme  et  du  chris- 
tianisme, si  fréquente  au  moyen  âge.  11  n’était  pas  rare  de  voir 
ciselés  sur  certains  reliquaires  les  figures  de  Vénus  et  de  Bacchus 
(fig.  4),  compagnons  inséparables  de  la  vie  joyeuse. 

Un  ambon  en  bois  du  xi«  siècle,  couvert  d’incrustations  en  cuivre 

1.  Le  siège  de  Charlemagne,  d’après  Xavier  Marinier,  se  compose  de  quatre  lames 
de  marbre  de  Carrare  : le  dossier,  les  accoudoirs  et  le  siege.  Celui-ci  repose  sur  un 
massif  en  maçonnerie  qui  laisse  un  espace  vide  où  se  glissent  les  rhumatisants 
superstitieux,  prenant  la  chaise  impériale  pour  une  niche  du  bamt-aux-rems.  « On 
les  entretient  dans  cette  erreur,  parce  que  c’est  le  prolit  particulier  du  sacristain, 
qui  nous  faisait  des  railleries  sur  ces  pauvres  gens  dont  il  prend  1 argent.  » 

Aussi  bien  les  chanoines  de  l’endroit  tiennent  à leurs  prérogatives  pécuniaires; 
depuis  Louis  XL  les  rois  de  France,  à la  veille  de  leur  sacre  étaient  tenus  de  taire 
déposer  le  linceul  de  leur  prédécesseur  sur  le  tombeau  de  Charlemagne.  1 ourtant 
scs  ossements  firent  une  éclipse  assez  prolongée  : ils  disparurent 
et  ne  furent  retrouvés  — sans  garantie  de  leur  authcnlicitc  ([u  en  e lo.  q 
n’empêcha  les  chanoines,  au  dire  de  Gaston  Paris,  à chaque  nouveau  régné,  « de 
faire  renouveler  la  rente  de  quatre  mille  livres  tournois  que  Louis  XI  avait  constituée 
à leur  prolit.  » N’est-ce  pas  du  temporel  et  du  casuel  que  vit  le  spirituc  . 


A L L E M A G N E 


A LS ACE-LORRAINE 


3 


rouge  comprend  plusieurs  panneaux  où  sont  sculptées  des  femmes 


nues 


Sur  le  corps  de  la  chaire  sont  incrustées  quatre  plaques  d’ivoire, 

curieusement  com23osées  et  habilement 
fouillées.  Elles  dateraient  d’Henri  II 
selon  les  uns,  ou  de  l’époque  de  la 
fondation  de  la  cathédrale,  suivant 


rig.  O. 


Fig’.  G. 


Fig-.  7. 


au  les  une  montre  saint  Georges,  combattant  l'ennemi  ter- 
restre ; la  seconde,  saint  Michel  le  protecteur  de  l’humanité  por- 
an  sur  ses  épaulés  deux  (îgurines  nues  de  sexe  différent  (fîo-  0) 
et  terrassant  Satan,  l'ennemi  céleste,  lî,  Fôrster  ^ voit,  dans^'al- 
legone  figurée  par  le  satyre,  la  danseuse  et  l'essaim  des  amours 
qm  s agitent  autour  d’elle  (lig.  8),  ha  double  représentation  de  l'&rfec 

et  de  1 ErjUse  triomphante  qui  élève  un  temple.  Le  symbolisme  de 

fLillmlnt  AnT^d-f  obscur.  Nous  reconnaissons 

lement  Aphrodite  portée  par  un  monstre  marin,  en  compagnie 

1.  On  en  trouvera  le  dessin  dans  l’/Z/ç/  rio  /’o../  / i i 

• Jiist.  (le  i di  t en  Allem.,  t.  ii,  p.  353  U. 


4 


l'art  profane  a i/église 


d'amours,  d’un  triton  et  d’une  néréide  ; elle  allégorise  le  paganisme 
((  avec  ses  désirs  charnels  ». 

Il  ne  serait  cependant  pas  impossible,  cjuoic|ue  ce  fut  un  lait  étrange  et 
peut-être  unicjue,  de  rencontrer  dans  la  naissance  de  Venus  le  symbole 
d’un  mystère  chrétien.  Nous  voyons  souvent  le  soleil  et  la  lune  dans  des 
représentations  chrétiennes,  nous  y voyons  Tellus  et  l’Océan  ; nous  y 
rencontrons  aussi  la  visite  de  Jupiter  a Sémele  et  à Danae  comme  symbole 
de  l’immaculée  conception.  La  naissance  de  Vénus  de  l’écume  de  la  mer, 
une  naissance  sans  conception,  pourrait  bien  avoir  été  prise  pour  le  sym- 
bole de  la  naissance  du  Christ  qui,  par  la  seule  volonté  du  Tout-Puissant, 
est  né  de  la  Vierge  éternelle. 


Parmi  les  reliques  plus  ou  moins  authentiques  que  le  clergé  de 
Notre-Dame  exhibe  à l’admiration  des  fidèles,  il  nous  faut  men- 
tionner les  langes  purs,  langes  radieux  ! du  divin  poupon  et  le  drap 
qui  ceignait  les  reins  du  Christ  sur  la  croix.  Or,  vous  le  savez,  les 
légionnaires  romains  se  gardaient  bien  de  donner  du  linge  aux 
suppliciés,  puisque  eux-mêmes  en  étaient  privés.  Si,  d autre  part, 
on  admet  la  tradition  selon  laquelle  la  Vierge  détacha  le  voile  qui 
enveloppait  sa  tête  pour  en  couvrir  son  divin  Fils^  comment  un 
voile  transparent  a-t-il  pu  devenir  un  ((  drap  » ^ ? 

Nous  continuerons  à signaler,  chemin  faisant,  les  tableaux  reli- 


1.  On  montre  anssi  une  relique  anatomique,  le  bras  de  saint  Charlemag:ne  qui, 
d’après  le  récit  de  Sophie  Gay,  serait  une  jambe.  Lors  de  la  visite  de  l’empereur  a 
la  cathédrale  d’Aix-la-Chapelle,  ce  bras  fixait  particulièrement  son  attention  ; i 
demanda  à Gorvisart  à quelle  partie  de  ce  bras  formidable  appartenait  ce  grand 
os  conservé  sous  verre  depuis  tant  d'années.  « A cette  question,  Gorvisart  sourit 
et  garde  le  silence  ; mais,  interrogé  de  nouveau,  il  répond  à voix  basse  que  cet  os 
est  un  tibia,  qu’il  appartenait  peut-être  à la  jambe  de  Charlemagne,  mais  qu  il  n a 
jamais  fait  partie  d’aucun  bras.  - Eh  bien,  gardez  cette  decouverte  pour  vous,  dit 
l’empereur,  il  faut  respecter  tous  les  prestiges.  ->  A cette  epoque,  la  porte  de 
l’armoire  de  fer  qui  contenait  les  reliques  de  la  cathédrale  était  niuree  et  on  ne  es 

montrait  au  peuple  que  tous  les  sept  ans. 

Dans  la  première  moitié  du  xviiV  siècle,  on  montrait  donc  les  reliques  tous  les 
sept  ans  et  du  haut  d'un  clocher,  suivant  le  récit  du  baron  Pollnitz  ; de  sorte  que 
les  pèlerins,  couverts  de  leurs  coquilles  d’huitres  et  munis  de  leur  gouide 
attributs  parlants  — ne  voyaient  absolument  rien  de  ces  merveilles  ; ils  pelerinaient 
pour  le  roi  de  Prusse.  La  montre  de  chaque  pièce  était  accompagnée  d une  proc  a- 
mation  ..  faite  par  un  prêtre.  Citons  celle  de  la  plus  précieuse  des  reliques,  « la  che- 
mise » que  portait  la  Vierge  à la  naissance  de  Jésus  ; « On  vous  montrera  bnge 
le  saint  vêtement,  duquel  la  Sainte  Vierge  Marie  de  Dieu  étoit  ve  ue  en  a nui  c c 
sainte  Nativité  de  Notre  Seigneur,  lorsqu’elle  enlanta  de  Jesus-Ghris  , 
vrai  homme  ; c'est  pourquoi,  prions  Dieu  que  nous  puissions  legai  er  ce  sc 
Relique  d’une  telle  manière,  que  l’honneur  et  la  gloire  de  Dieu  en  soit  augmentes  et 
que  nous  puissions  obtenir  sa  grâce  et  sa  sainte  bénédiction.  •> 


A LLEM Afi  NE 


ALSACE-LORRAINE 


5 


g-ieiix  des  Musées  qui,  le  j^lus  souvent,  proviennent  d’anciennes 
églises.  A ce  titre,  ils  peuvent  revendiquer  leur  place  dans  notre 
inventaire.  Par  ailleurs,  les 
édifices  du  culte  ne  sont-ils 
pas  aussi,  pour  la  plupart, 
de  véritables  musées  de  l’art 
chrétien  ? 

Nous  ne  voyons  à la  ga- 
lerie de  l’ancienne  capitale 
de  l’empire  de  Charlemagne 
que  les  Damnés  de  Rubens, 
tableau  où  le  maître  fla- 
mand s’est  plu,  selon  son  ha- 
bitude, à peindre  des  chairs 
féminines  aliondantes  et  redondantes. 

Augsrourg.  P Cathédral©.  — Un  des  bas-reliefs  d’une  porte 
d airain  donne  une  représentation  de  la  Naissance  cfÈve,  unique 
par  l’étrangeté  de  son  anachronisme  : la  Vierge  Marie  crée  la 
première  femme  et  la  tire  elle-même  du  thorax  d’Adam.  Cette 
scène  obstétricale  n est  pas  banale  ; la  Vierge  transformée  en  sage- 
femme  ! A Florence,  ce  sont  deux  angelots  qui  remplissent  cet 
office  (fig.  7 Lis). 

Saint-Alrich  et  Sainte-Afra.  — Sur  le  portail  en  bronze  est 
sculpté  un  centaure  qui  vise  un  lion  avec  son  arc  ^ ; sans  doute  une 
figure  du  Sagittaire,  le  neuvième  signe  du  Zodiaque? 

Kotzebue,  en  1806,  a remarqué  dans  cette  église  catholique, 
adossée  à un  temple  protestant,  un  Jugement  dernier  d’une  ima- 
gination singulière.  C’est  d’ailleurs  le  sujet  qui  permettait  le  mieux 
aux  artistes  de  se  livrer  à leur  fantaisie  et  de  se  laisser  entraîner  par 
elle  jusqu  aux  dernières  limites  de  l’extravagance  ; tels  les  Juge- 
ments de  Michel-Ange  — le  plus  fameux  de  tous  — à la  Sixtine,  de 
Signorelli  à Orviéto,  de  Pontorme  à Florence,  de  Lucas  de  Levde 
et  de  Bosch  en  Hollande,  de  Jean  Cousin  au  Louvre,  etc. 


Fig.  7 his. 


Cf.  Bull,  mon.,  t.  20,  p.  545. 


0 


l’art  profane  a l’ÉCxLISE 


Voici  les  réflexions  que  le  tableau  licencieux  d’Augsbourg  suggéra 
au  célèbre  littérateur  allemand  : 

Pour  exprimer,  par  une  allégorie,  que  le  péché  de  la  chair  mérite 
l’Enfer,  on  voit,  entre  autres,  dans  ce  tableau  une  espèce  de  Laocoon 
serré  dans  les  replis  d’un  serpent  qui  le  mord  impitoyablement  à l’endroit 
qui,  dans  sa  vie,  lui  procurait  les  plaisirs  charnels  ; un  diable  porte  sur 
ses  épaules  une  jolie  femme,  quoique  damnée,  et  pour  prouver  que  c’est 
par  l’abus  de  ses  charmes  qu’elle  a mérité  l’Enfer,  ce  démon  impur  a sa 
griffe  enfoncée  précisément  dans  l’endroit  qui  donnait  libéralement  aux 
mortels  les  plus  vives  jouissances. 

Ce  châtiment  de  la  lubricité  dont  Kotzebue  est  surpris  revient 

fréc|uemment  dans  l’exposition  des  scènes 
d’horreur  des  tourments  infernaux. 

Ironie  du  sort  ! Un  ancien  couvent,  de- 
venu la  Galerie  de  peinture  d’Augsbourg, 
abrite  le  portrait  d’une  comédienne  qui 
eut  de  nombreux  adorateurs,  Mlle  Mars, 
peinte  par  Gérard.  Cette  Madeleine  non 
repentie  disait,  en  montrant  ses  dia- 
mants : « Ah  ! si  nos  bijoux  étaient 
indiscrets  ! » 

Bamberg.  Cathédrale.  — Portail.  Nos 
premiers  parents  dissimulent  leur  sexe  et  en  chassent  les  mou- 
ches à l’aide  d’un  grossier  éventail  à manche,  dont  les  cuisinières 
se  servent  pour  activer  le  feu  (fîg.  8). 

Chœur.  Tombeau  de  Clément  11  (fig.  9).  Les  cjuatre  faces  de  cet 
élégant  mausolée  sont  consacrées  aux  Vertus  cardinales,  La  Force 
en  lutte  avec  un  lion  n’a  que  les  bras  nus,  bien  que  la  symbolique 
chrétienne  paganisée  et  sensualisée  par  la  Renaissance  l’autorisât 
à découvrir  amplement  son  torse.  Par  contre,  la  Prudence  (fig.  11) 
peu  prude  dévoile  en  grande  partie  son  buste  ; elle  tient  par  la 
gorge  un  dragon,  succédané  du  serpent,  « le  plus  rusé  des  animaux  », 
au  dire  de  la  Genèse,  La  Justice ,,  comme  la  Force,,  n a de  nu  que 
ses  bras  séculiers.  Quant  à la  Tempérance  (fig.  10)  au  torse  nu, 
qui  opère  et  semble  encourager  le  coupage  des  vins  trop  généreux, 
le  tombier  lui  a réservé  deux  figures,  « comme  s il  avait  fallu,  écrit 


I 

( 


A L L E :\I  A G N E — A L S A C E - L 0 R R A 1 iS'  E 


Cahier  insister  sur  une  vertu,  en  certains  lieux  plus  difficile  ».  Un 
personnage  nu,  un  fleuve  antique,  assis  sur  un  rocher,  verse  a flots 


Teau  de  son  urne  et  désigne  du  doigt  ce  breuvage  comme  plus  salu- 
taire encore. 

Trésor.  Le  diptyque  en  ivoire  servant  de  couverture  à un  évangé- 
liaire  manuscrit,  offert  par  Henri  II  au  chapitre  de  la  cathédrale  et 
actuellement  à la  bibliothèque  de  Munich,  présente  une  riche  et 
curieuse  ornementation.  Au-dessus  de  la  Crucifixion^  sujet  prin- 
cipal, paraissent  Apollon,  le  dieu  du  soleil,  sur  son  char  à quatre 
chevaux,  et  Diane,  la  déesse  de  la  lune,  dans  un  quadrige  traîné  par 


1.  Mèl,  (l’Archéologie 


8 


l'art  profane  a l'église 


quatre  bœufs.  Au-dessous  sont  représentées  trois  ligures  allégoriques 
dont  deux  personnilient  la  Terre  et  la  Mer  avec  ses  pinces  d’écre- 


Fii 


11. 


visse  sur  la  tête  b Celle-ci  (fîg.  12),  au  lieu  d'enfants  comme  dans 
un  diptyque  du  trésor  du  roi  de  Bavière  (fîg.  13),  allaite  un  serpent  “. 
Une  ligure  énigmatique  — l’Eglise  ou 
la  Religion  triomphante  ? — se  place 
entre  Tellus  et  l’Océan. 


Pi<v  |i) 
1 If,.  1 


13. 


Bas-Lngeliieim.  — A l'ancienne  chapelle  du  palais  consacrée  au 
culte  protestant,  une  pierre  tumulaire  sous  l’orgue  rappelle  Emma, 
lîlle  de  Charlemagne,  qui  s’éprit  d’Eginhard,  le  sécrétaire  de  son 
père,  et  s’enfuit  dTngelheim  avec  lui  : vous  n’ignorez  pas  qu’elle 


1.  Dans  l'Arl  profane  à V église,  en  France,  p.  455,  c’est  par  erreur  que  nous  avons 
signalé  cet  attribut  maritime  sur  le  diptyque  de  Sens. 

2.  D’Agiucourt  reproduit  deux  autres  emblèmes  de  la  Terre  tirés  d’Exultets  du 
xV  siècle.  Sur  1 un  (lig.  14),  toujours  placée  au-dessous  du  Fils  de  l’homme,  la  bonne 
Mère,  comme  la  Nature  à Ephèse,  donne  son  lait  à des  animaux,  un  cerf  et  une 
vache.  D’une  main,  elle  tient  une  corne  d’abondance;  de  l’antre,  elle  paraît  repousser 
un  personnage  assis  et  dans  l’attitude  de  la  tristesse.  Sur  le  second  emblème  (lig.  15), 
la  Terre  allaite  une  génisse  et  un  serpent  pour  indiquer  qu’elle  nourrit  indistincte- 
ment le  bon  et  le  méchant. 


ALT.  K M A r.  N E 


ALSACE- LORRAIN  E 


9 


l'enleva  sur  ses  épaules  pour  ne  laisser  dans  la  neige  que  1 empreinte 
de  ses  petits  pas  *. 


Breitenau.  Eglise  conventuelle.  — Les  impostes  des  piliers  du 
chœur  sont  ornées  de  sculptures  pittoresques;  l’une  d’elles  repré- 
sente un  duel  à la  lance  entre  un  centaure  et  une  centauresse 
(fig.  16). 


Fig-.  IG. 


^ Brunswick.  Eglise  des  Frères.  — Portail.  La  statue  en  gaine 
d une  femme  nue  (fig.  1 /)  tire  une  épée  et  porte  au  niveau  du  pubis 
une  tête  de  Gupidon,  accompagnée  des  attributs  du  petit  dieu 
malin.  Eros  figure  trop  souvent  dans  les  temples  chrétiens,  devenus 
à la  Renaissance  des  sanctuaires  d’une  religion  sensuelle,  pour  que 
nous  nous  étonnions  outre  mesure  de  le  rencontrer  ici.  D’ailleurs, 
1 oiseau  de  Gypris,  la  colombe,  n’est-il  pas  devenu  le  Saint-Esprit 
qui  fécondé  la  Vierge-?  Milazzo,  en  Sicile,  n’a-t  il  pas  un  monti- 


1.  J.  Art  profane  a l’écflise,  en  France,  p.  301. 

Dans  la  Ilaute-Bretagae,  suivant  Saintyves,  un  sanctuaire  de  Vénus  est  dé- 
nommeau  i^ysiecle  Sanctæ  Veneris  ; plus  tard,  par  analogie  phonétique,  il  passe 
nom  de  baint-Venier,  ^ * 


cule  jadis  consacré  à Aphrodite  qui  porte  une  chapelle  dédiée  au 
Saint-Esprit*?  Rien  n’est  chang-é  que  le  nom. 


Cologne.  R Cathédrale.  ■ — Dans  une  cha- 
pelle, on  voit  un  tableau  représentant  le 
supplice  de  Sainte  Ursule  avec  les  onze  mille 


Fig-.  17  his.  — Reproduite  par  P.  Saintyves, 
dans  les  Saints  successeurs  des  dieux. 


vierges.  Le  tombeau  de  la  martyre  portait  cette  épitaphe  : sancta 
VRSVLA,  XI.  M.  V.  Au  lieu  de  lire:  XI  Martyres  Virgines^  les  com- 
pag-nes  d’Ursule,  un  chroniqueur  médiéval,  Sig'ebert,  rapporta  : 
XI  Millia  Virgines ; de  là  l’erreur  propagée  par  la  suite-.  Les 
reliques  de  ces  vierges  sont  conservées  dans  des  châsses  vitrées 
et  celles  que  l’humidité  altère  « sont  remplacées  par  d’autres, 
toutes  les  fois  qu’elles  sont  pourries  »,  assure  un  voyageur  digne 
de  foi. 

De  tous  côtés  apparaissent  des  figures  grimaçantes  de  diables,  de 
monstres,  de  moines,  etc.;  « représentation  des  mauvais  esprits  que 
l’Église  tient  enfermés  dans  ses  murs  et  soumet  à son  empire  » . 

2®  Saint- Géré  on.  — Sur  les  stalles  capitulaires  sont  sculptées 


1.  D’après  cet  auteur  et  A.  Gayet,  les  Grecs,  réceiumeut  convertis  et  imbus  des 
légendes  mythiques  de  l’Egypte  ({ui  attribuaient  la  naissance  de  Sésostris  a 1 inter- 
vention d’Ammon  sous  la  ligure  d’un  épervier,  rapportaient  la  naissance  de  Jésus 
au  Saint-Esprit  sous  forme  de  faucon,  tel  que  le  représente  la  ligure  17  his,  tirée 
d’une  église  copte  chrétienne. 

2.  Les  armes  de  la  ville  sont  d’argent  a onze  flammes  de  gueules,  en  mémoires 
des  vierges  martyres. 


une  grande  femme  sans  voiles  \ difficile  à identifier,  et  une  néréide 
au  buste  nu,  les  deux  mains  sur  les  hanches^. 

3«  Musée  Waltraf-Richartz.  — Cette  Galerie  possède  deux  tableaux 
d'église  intéressants  : la  Vision  de  saint  Bernard  (fig.  18),  par 


Marienlebens,  où  la  Vierge  prend  son  sein  pour  en  faire  jaillir  du 
lait,  et  le  Jugement  suprême^  de  Stephan  Lochner  (fig.  19,  20),  qui 
donne  un  développement  important  au  côté  bouffon  et  satirique  de 
sa  composition.  Si  beaucoup  de  religieux  se  dirigent  vers  le  Paradis, 
par  contre,  du  côté  de  l’Enfer,  Satan  et  ses  suppôts  agrippent  et 
agriffent  nombre  de  désespérés,  parmi  lesquels  on  distingue  des 
personnages  de  marque,  un  roi,  une  dame  galante  coilfée  de  ses 
cornettes,  en  compagnie  d’un  pape,  d^un  cardinal,  d’un  archevêque  et 
d’un  moine.  Cet  adipeux  tonsuré  sachant  que  où  il  v a de  la  gehenne 
il  n’y  a pas  de  plaisir,  est  celui  qui  oppose  la  plus  vive  résistance. 

1.  Ann.  d’Arch.,  t.  9,  p.  183. 

1*.  J.  Gaihabaud,  l'Archilect.  du  ,uz  XVII%  t.  4. 


l"art  profane  a l’église 


1 •=> 

1 


On  compte  une  centaine  de  damnés  et  d’élus  sans  costume;  mais 
tous,  sauf  un  homme  et  une  femme  mis  en  Purgatoire,  se  montrent  de 


Fiff.  19. 


dos.  De  légères  draperies  voilent  sans  la  cacher  la  nudité  des  rares 
personnages  qui  se  risquent  de  face. 

4°  Eglise  des  Macchabées.  — Un  crucifix  portait  une  « réchauf- 
fante »,  et  cette  perruque  avait  ceci  de  miraculeux  : les  pèlerins  en 
coupaient  chacun  une  longue  mèche  et  la  coilfure  postiche  ne  dimi- 
nuait jamais  ! Enfoncée  la  pilocarpine  ! 

5®  Chartreux.  — Ces  religieux  disaient  posséder  la  robe  de  Jésus, 
que  V hémorroïsse  toucha  ; aussi,  d'après  Reiskius,  les  femmes  de 
Cologne  incommodées  par  des  pertes  utérines  portaient-elles  du 
vin  aux  chartreux  pour  y faire  tremper  une  partie  de  la  relique, 
puis  le  buvaient  en  guise  d’antihémorragique. 


ALLEMAGNE  — AL S A G E- L 0 K R A 1 N E 


13 


Dantzig.  Sainte-Marie.  — La  perle  de  l’église  est  un  triptyque  de 
la  chapelle  Sainte-Dorothée,  attribué  à Memling  ou  encore  à Roger 


Fig-.  20. 


Vander  Weyden  ; il  a pour  sujet  le  Jugement  universel.  La  scène 
représente  un  cimetière  borné,  au  fond,  par  une  mer  orageuse;  on 
se  croirait  sur  une  plage  d’un  « petit  trou  pas  cher  ».  Les  morts 
sortent  de  leurs  sépulcres,  avec  le  geste  et  l’expression  de  la  crainte 
ou  de  Lespoir,  les  bras  levés,  mais  sans  suaire.  Du  côté  de  l’Enfer, 
des  démons  épouvantables  précipitent  dans  les  flammes  éternelles 
les  réprouvés  qui  se  tordent  les  mains  de  désespoir.  L’un  se  déchire 
le  visage,  un  autre  s’arrache  les  cheveux,  un  troisième  joint  les 
mains  dans  l’attitude  de  la  prière  trop  tardive.  Les  élus  semblent 
pris  de  compassion  et  émus  pour  les  damnés,  alors  que  leur  phvsio- 
nomie  habituelle  exprime  une  indifférence  marquée  à l’égard  des 
pécheurs. 

Sur  le  fameux  Crucifix  de  Dantzig,  il  y a une  légende  lugubre, 
racontée,  dans  la  langue  des  dieux,  par  Léon  Duplessis’. 

1.  Rev.  (lu  Temps  présent,  2 fé\  i'ier  1908. 


14 


l’art  profane  a l’église 


Vers  l’an  quinze  cent  trois,  si  j’ai  dij^me  mémoire, 
Un  sculpteur  appelé,  je  crois,  maître  Gaspard 
S’illustrait  à Dantzig  en  exerçant  son  art. 

Le  Sénat  le  chargea  de  sculpter  une  croix 
qui  devait  orner  la  cathédrale. 

11  cherchait,  sans  trouver,  le  modèle  idéal 
D’un  beau  christ  expirant  sur  le  gibet  fatal, 

Qui  fût  en  même  temps  sublime  et  réaliste. 

Son  apprenti  Frédéric,  « le  cœur  plein  de 
pitié  »,  lui  proposa  de  l’aider. 

M’aider,  toi,  mon  garçon!  Ah  quel  orgueil  t’égare. 
Je  vous  offre  ma  chair  sanglante  pour  modèle  ; 
Sculptez-en  dans  l'ivoire  une  image  immortelle. 

Le  statuaire  accepta  l'holocauste  du  pauvre 
Frédéric  et  le  crucifia;  son  œuvre  terminée,  il 
la  remit  au  Sénat. 

Puis,  on  trouva  son  corps  pendu  dans  une  lande. 

Dresde.  Musée.  — Notons,  parmi  les  toiles 
qui  ont  trait  aux  religions  chrétienne  et 
pa'ienne  : une  Madeleine  de  Franceschini,  sans  autre  vêtement 
que  sa  luxuriante  chevelure;  un  Saint  Sébastien  banderillé,  de 
Lotto,  cible  vivante  à qui  l’extrémité  empennée  d'une  flèche  sert 
de  feuille  de  vigne  (fig.  21),  et  VEnlèvenient  de  Ganyniède^  épisode 
mythologique  interprété  par  le  pinceau  réaliste  de  Rembrandt 
(fig.  22).  Le  maître  hollandais  a physiologiquement  rendu  le  senti- 
ment de  la  peur  par  Pun  des  effets  réflexes  familiers  aux  conscrits 
impressionnables.  Un  autre  flux,  l’alvin,  est  de  règle  en  pareil  cas, 
et  si  I on  en  croit  Tallemant  des  Réaux,  le  « panache  blanc  » du 
vaillant  Béarnais  fut  souvent  un  pan  de  sa  chemise  : « Quand  on  lui 
venoit  dire  : Voilà  Fennemi!  il  lui  prenoit  toujours  une  espèce  de 
dévoyement  et  que  tournant  cela  en  raillerie,  il  disoit  : ((Je  vais 
faire  bon  pour  eux  » . 

Ganymède,  écrit  une  plume  pudibonde,  est  un  hideux  marmot  enlevé 
du  sein  de  quelque  nourrice  flamande.  Son  visage  fait  une  affreuse  gri- 
mace. Suspendu  au  bec  de  l’aigle,  il  se  tortille  comme  un  ver,  et  dans  la 


Fi^.  21. 


A L I.  E M A 0 N i: 


A L S A G i : - 1. 0 R R A I N E 


15 


peur  qui  ro})presse,  il  laisse 
(le  la  réalité. 


Bref,  le  peintre  a poussé  à bout  l’imitation 


C)S) 


A quoi  bon  ces  réticences  pour  exprimer  un  acte  naturel  dont  le 
délicat  auteur  des  Plaideurs  a tiré  un  si  piquant  ellet,  en  désig-nant 
les  deux  petits  chiens  qui  « ont  pissé  partout  » ? Qui  nous  délivrera 
du  pbarisaïsme  littéraire  et  artistique'  ! 

1.  N’est-il  pas  légèrement  écœurant,  par  exemple,  de  voir  des  criticpies  draina- 


IG 


l’art  profane  a l’église 


Erfurt.  Cathédrale.  — Contre  la  façade  Sud-Est,  s’élève  le 
monument  funèbre  du  comte  Louis  de  Gleichen  qui,  marié  avec  la 
comtesse  Orlamünde,  partit  pour  la  Palestine  à la  suite  de  Louis  le 
Saint,  J fut  fait  prisonnier,  puis  vendu  comme  esclave  au  sultan 
d^Egypte.  Celui-ci  l’envoya  au  Caire,  où  il  épousa  la  fille  du  sultan 
Meleck-Sela.  Cet  acte  de  bigamie  fut  autorisé  par  le  pape  Grégoire  IX 
qui  baptisa  la  seconde  femme  du  comte.  Il  est  représenté  entre  ses 
deux  épouses  qui  vécurent  en  bonne  intelligence,  si  nous  en 
croyons  cette  inscription  <(  touchante  » : 

Mes  deux  femmes  s’aimaient  comme  deux  sœurs,  et  m’aimaient  comme 
leur  époux.  L’une  me  suivit  et  renonça  au  Coran,  l’autre  ne  voulut  pas 
me  quitter  à mon  arrivée.  Pendant  notre  vie,  nous  partagions  tous  trois 
la  même  couche,  et  maintenant  une  même  tombe  nous  réunit. 


tiques  non  sans  valeur,  passant  pour  des  esprits  libéraux,  réclamer  à grands  cris 
le  rétablissement  de  la  censure,  alors  que  le  public  seul  a le  droit  et  le  devoir 
de  l’exercer?  Ne  l’a-t-il  pas  fait  d’ailleurs  avec  beaucoup  de  mesure  en  plusieurs 
circonstances  qu’il  est  inutile  de  rappeler  ici  ? Ce  qui  ne  manque  pas  d’ajouter 
quel({ue  piquant  à l’alVaire,  c’est  que  nos  moralistes,  si  prompts  à s’effaroucher, 
n’éprouvent  toutefois  aucune  gêne  devant  les  péripéties  scabreuses  de  ])ièces  dans 
le  genre  de  N'avez-voiis  rien  h déclarer  y des  Passagères,  etc.  Ils  ne  nous  passent 
aucun  détail  et  paraissent  s’y  complaire  ; ils  soulèvent  le  coin  du  rideau  tombé 
pour  surprendre  les  secrets  d’alcôve...  et  encore,  s’il  y avait  une  alcôve  ! Cependant 
CCS  paladins  de  sacristie.  « à pudeur  d’hermine  »,  partent  en  guerre  contre  l’immo- 
ralité révoltante  du  répertoire  de  la  Comédie  F’'rançaise  ! L'un  d’eux  n’a-t-il  pas 
reçu,  à l’en  croire,  une  missix  e d'une  vigilante  mère  qui  s’indigne  de  ne  plus  pouvoir 
mener  sa  fille,  demi-oisclle  ne  partageant  certes  pas  l’opinion  de  son  oiselle  maternelle, 
à ce  théâtre  pervers.  Excellente  mesure,  et  grand  bien  leur  fasse  à toutes  deux,  mère 
et  fdlc,  si  toutefois  elles  existent  ailleurs  que  dans  rimagiiiation  de  notre  plumitif 
bien  pensant.  Tel  autre  confie  au  papier,  de  sa  belle  plume  d’oie  blanche,  que  le 
libertinage  de  nos  spectacles  nous  attire  le  mépris  et  le  dégoût  de  l’étranger. 
Ignorc-t-on  que  la  principale  clientèle  de  nos  music-halls  et  de  nos  théâtres,  â côté, 
est  constituée  par  ces  cosmopolites  dont  les  mœurs  n’ont  rien  de  supérieur  aux 
nôtres?  Suffîra-t-il  d’être  étranger,  môme  Allemand,  pour  être  vertueux  du  coup  (a)? 


(a)  La  natalité  au  pays  des  homosexuels  comprend  le  quart  d'enfants  naturels.  A ces  indices 
de  turpitude,  les  Allemands  opposent  des  exemples  contrastants  d'une  pudidonderie  outrée. 
Même  après  son  décès,  l’empereur  Maximilien  voulut  qu’on  respectât  sa  ]mdicité  ; « il  ordonna 
dit  Montaigne,  ])ar  paroles  expresses  de  son  testament,  (pi’on  luy  attacliast  des  calessons  quand 
il  seroit  mort.  Il  debvoit  adiouster,  par  codicille,  qm^  celuy  qui  les  luy  monteroit  eust  les  yeulx  ' 
bandez.  » De  nos  jours  à Düsseldorll,  les  élèves  de  l’Ecole  des  Beaux- .\rts  iloivent  se  contenter 
de  modèles  d'hommes  pour  leurs  études,  — à l’Ecole  de  Paris,  jusqu’en  bS85,  le  sexe  masculin 
avait  seul  le  privilège  de  .se  diicouvrir  pour  poser  l'ensemble,  — et  (piand  l'imix'ratrice  visite 
une  exposition  de  peinture,  comme  à Barmen,  on  retire  les  « lemmes  nues  ».  Pas  de  femmes  ! 
c’est  la  consigne  du  comte  KUno  de  Molke  ; pour  lui,  « une  lemme  est  une  losse  d aisance  ». 
Ces  « précautions  inutiles  » ne  sont-elles  pas  pour  beaucoiq)  dans  le  développement  des  g-oûfs 
de  la  noblesse  tudesque,  la'vélés  par  les  tribuna<ix  de  Berlin,  — le  comte  d Eulenbourg,  }>ar 
exemple,  a pris  tro}>  à la  lettre  le  précepte  de  saint  Paul  : Quod  reclum  est  tenete,  — goûts 
peu  ragoûtants  en  concordance  avec  les  scandales  d'une  autre  nation  non  moins  pudique 
(Albion,  A'allws  blanc,  vocable  oblig-e),  dénoncés  naguère  par  la  Pall  Mail  Galette?  Mais  nous 
n’avons  rien  à envier  à nos  voisins  : on  peut  opposer  à notre  unique  Jeanne  d'Arc  une  légion 
de  Messalines  et  encore  plus  de  Tartuffes;  demandez  à l’immaculé  Père  la  Pudeur,  combien  il 
a de  loups  dans  sa  hérengerie. 


ALLEMAGNE  — A L S A C É- L 0 R R A 1 N r- 


17 


Egsterstkine'.  Grottes.  — On  a trouvé  dans  ces  cavernes  des 
sculptures  peintes  que  certains  archéolog'ues  considèrent  comme  des 
débris  du  paganisme  des  Chérusques  ou  des  Saxons;  mais^  pour 
Forster,  il  n j a aucun  doute  sur  leur  origine  chrétienne  (fîg.  23), 


Fig.  23.  — Fragment  de  devant  d’autel. 


elles  remonteraient  à l’an  1098.  Au-dessous  d’une  Passion  naïve- 
ment expressive  se  trouve  le  groupe  de  la  Prière  et  de  l'Espérance, 
personnifiées  par  un  homme  entièrement  nu  et  une  femme  qui  ne 
l’est  qu  en  partie.  « A l’aide  du  dragon,  observe  le  même  savant, 
on  aurait  pu  donner  satisfaction  au  sentiment  de  la  pudeur,  comme 
on  l’a  fait  pour  l’homme.  » 


Certes,  on  parle  assez  mal  de  nous  au  delà  des  frontières  5 mais  quoi  de  moins 
significatif,  en  somme,  et  surtout  quoi  de  plus  humain  ? Ce  sont  là  de  bons  procédés 
qu’on  échange  entre  voisins,  et  nous  ne  sommes  pas  nous-mêmes  en  reste  de 
semblables  gentillesses.  L ivrogne  français  se  console  de  sa  démarche  titubante  en 
convenant  de  bonne  grâce  qu’il  est  « saoul  comme  un  Polonais  ».  Et  n’appelons- 

nous  pas  « mal  de  Naples  » cette  même  avarie  que  les  Napolitains  stigmatisent  de 
« mal  français  »? 


Mais  pour  en  revenir  à nos  critiques  scrupuleux,  qu'ils  nous  permettent  de  leur 
conseiller  plus  de  tolérance.  Laissons  à chacun  le  choix  de  son  plat  pimenté  ou 
sucre,  et  le  plaisir  de  s’en  repaître  à son  aise.  Eh!  Messieurs,  si  les  représentations 
lestes  vous  déplaisent,  allegez-les  encore  de  votre  présence.  Nul  n’y  contredira  car 
nul  n’y  perdra,  sauf  peut-être  vous.  Rien  ne  vous  oblige  à pénétrer  dans  les 
« mauvais  » théâtres,  â alTronter  ces  « foyers  » de  perdition.  Mais  reconnaissez  à 
chacun  1 usage  de  la  liberté  qu’on  vous  laisse  ; qu’il  soit  permis  à tous  d’entendre 
et  d eenre  au  besoin  des  pièces  immorales,  comme  de  lire  ou  de  composer  de 
mec  lants  comptes  rendus.  Ce  dont  vous  êtes  persuadés,  n’est-ce  pas?  La  liberté  doit 
etre  complété  dans  la  mesure  où  elle  ne  gêne  personne.  On  ne  saurait  trop  s’élever 
contre  la  moindre  exhibition  extérieure  de  nature  à offenser  les  regards*  mais 
pourquoi  divulguer  ce  qui  se  passe  â huis  clos,  ce  qu’on  ne  va  voir  qu’â  bon  escient'^ 
i y aurait-il  pas  quelque  impudence  et  quelque  duplicité  â se  plaindre  d’un 
plaisir  qu  on  a cherche  ? Et  surtout,  croyez-nous,  critiques  critiquables  quand  vous 
voudrez  prêcher,  choisissez  un  peu  mieux  vos  exemples.  Amen  ' ’ ^ 

1.  Près  de  llorn. 


l’aut  raoi'ANE.  — II. 


2 


18 


i/art  profane  a l’é(;lise 


Forstenfeldt.  Abbaye’. 

FreirergF  Cathédrale.  — Un  motif  allé- 
gorique sur  la  porte  d’or,  porta  aurea,  mon- 
tre une  femme  nue,  vue  de  face,  aux  ma- 
melles puissantes,  dont  le  dos  et  le  haut 
des  cuisses  sont  seuls  drapés  (fîg.  24).  Sa 
signification  nous  échappe. 

Gorze^ 

Haeberstadt.  Notre-Dame.  — Au  milieu 
d’arabesques  et  de  décorations  qui  enjolivent 
les  parois  du  chœur,  au-dessus  de  Marie  et 
de  Jésus,  s’ébat  une  centauresse  avec  ses 
deux  petits  ; l’un  deux  tend  à son  frère  de 
lait  la  mamelle  opposée  (fig.  25). 


Hall.  Saint-Martin.  — Une  peinture  retrace  le  Supplice  de  sainte 
Catherine  (fig.  26).  La  martyre  est  nue,  attachée  à un  poteau  par 
les  cheveux,  et  deux  bourreaux  la  flagellent  avec  ardeur. 

Hildesheim.  U Cathédrale.  — Les  fonts  en  bronze  du  xiii«  siècle 


1.  Ce  monastère,  comme  cEautres,  dut  son  érection  à un  crime  passionnel;  cette 
histoire  dramatique  vaut  d'être  contée.  Louis  le  Sévère,  duc  de  Bavière,  pendant  une 
courte  absence,  confia  la  garde  de  son  épouse  Jeanne  à sa  tante.  La  duchesse  chargea 
un  messager  de  porter  une  lettre  à son  mari  et  une  autre  au  ministre  du  duc;  mais 
l’écervelé  se  méprit  et  intervertit  les  missives.  Louis  trouva  que  sa  temme  « parloit 
trop  obligeamment  à un  sujet  : il  en  conçut  une  jalousie  qui  dég’énéra  en  lureur  ». 
Il  pressa  son  retour  et  massacra  successivement  son  favori,  le  portier  du  château  et  la 
tante  de  Jeanne;  à sou  épouse,  il  lit  trancher  la  tète.  La  nuit  qui  suivit  ces  forfaits,  les 
cheveux  de  Louis  blanchirent,  bien  qu’il  n’eût  que  vingt-huit  ans.  Le  meurtrier  vit 
dans  cette  transformation  subite  un  avertissement  du  ciel  en  faveur  de  l’innocence 
de  sa  femme:  il  alla,  à pied,  demander  au  pape  l’absolution  de  ses  crimes  et  l'obtint 
à la  condition  de  faire  bâtir  une  église  et  de  fonder  un  monastère  a h orstenfeldt. 
Comme  quoi  le  lâche  et  stupide  « Tue-la  » était  mis  en  pratique  bien  avant  Dumas. 

2.  Le  même  document  est  attribué  â la  cathédrale  de  Fribourg  ; voir  bibliothèque 
des  Arts  décoratifs  : Eglises  de  l’Allemagne,  du  moyen  âge. 

3.  Au  XVI®  siècle,  raconte  Malte-Brun,  Guillaume  harel,  célèbre  prédicateur 
réformé,  interrompit,  le  jour  de  Noël,  un  cordelier  au  milieu  d un  sermon  sur 
VImmaculée  ConcepLion.  Les  femmes  catholiques  qui  remplissaient  l’eglise  se 
jetèrent  sur  le  mécréant,  lui  arrachèrent  la  barbe  et  les  cheveux;  elles  commençaient 
à le  deshabiller  quand  intervinrent  les  soldats  protestants  de  Guillaume  de 
Fürstenberg,  dont  les  troupes  occupaient  la  ville. 


A L L E M A G N E 


ALS ACE-LORHAINE 


19 


sont  supportés  par  trois  hommes  nus  ; chacun  d’eux  tient  un  vase 
renversé  d’où  l’eau  s’écoule. 


2^  Saint-Michel.  — De  curieuses  figures  en  stuc  (xi«  siècle),  les 
Huit  Béatitudes,  historient  la  balustrade  du  transept  Nord. 


^ Karlsruhe.  Musée.  — A voir  : le  sein  de  la  Sainte  Ursule  par 
Nuovelone  (fîg.  27)  et  l’embarras  d'Adam  et  Ève  congédiés  du 
Paradis,  tableau  de  Van  der  WertF,  qui  ne  savent  comment  cacher 
leur  nudité  ; dans  leur  confusion  et  le  doute,  ils  s’abstiennent. 


Lureck.  Sainte-Marie.  — L’auteur  humoriste  de  De  Tout  assure 

que  le  bon  larron  de  la  Crucifixion  de  Grunewald  est  un  vieillard 

qui  porte  pour  tout  vêtement  un  suspensoir.  C’est  encore  trop, 

pensons-nous,  car  si  la  tradition  veut  que  Marie  ait  gazé  la  nudité 

de  Jésus  avec  son  voile  transparent,  elle  ne  souflle  mot  de  celle  des 
deux  larrons. 


Pour  Oscar  Comettaiit,  de  toutes  les  curiosités  que  renferme  cette 
e-lise,  la  plus  divertissante  est  la  Bonde  des  Morts  qui  décore  la 
chapelle  des  trépassés.  D’ordinaire,  les  squelettes  des  Danses  ma- 
cabres étalent  avec  cynisme  « la  nudité  suprême  qui  aurait  dû  rester 


^0 


ï/art  profane  a l'église 


vêtue  de  terre  dit  Michelet  ; mais  ceux  de  Lübeck  sont  pleins  de 
vie  et  amusent  par  leur  esprit  satirique.  Ces  joyeux  ébats  d outre- 
tombe nous  remettent  en  mémoire  la  pièce  de  vers  du  grand  ura- 


niste^ Frédéric,  sur  la  Mort,  qui  se  termine  par  ce  quatrain  phdoso- 

phico-physiologique  : 

Mille  chemins  nous  sont  ouverts 
Pour  quitter  ce  triste  univers  ; 

Mais  la  nature,  si  féconde, 

N’en  fit  qu’un  pour  entrer  au  monde. 


d.  Son  ami  Voltaire  avait  cloimé  au  précurseur  des  homosexaeh  le  surnom  de 

Lac,  le  patron  des  amateurs  de  Famour  à l’envers  : « Quand  Sa  Majesté,  c 1 1 

Voltaire,  était  habillée  et  bottée,  le  stoïque  donnait  quelques  moments  a la  secte 
d’Epicure  : elle  faisait  venir  deux  ou  (rois  favoris,  soit  lieutenants  de  son  régiment 
tit^pages,  soit  heiduques  ou  jeunes  cadets.  On  prenait  le  cale.  Celui  ^ 
ietaiUe  mouchoir  restait  un  demi-quart  d’heure  tete  a tete.  Les  choses  na  c 
pas  jusqu’aux  dernières  extrémités,  attendu  que  le  prince,  du  vivant  de  pe  c 

Lail  été  fort  maltraité  dans  scs  amours  de  passades  et  non 

pouvait  jouer  le  premier  rôle,  il  fallait  se  contenter  des  seconds.  Ces  amusements 
étant  finis,  les  alfaires  d’Etat  prenaient  la  place.  » 


ALL  miAGNE 


ALSACE-LORRAINE 


21 


Magderourg.  Cathédrale.  — Un  groupe  hétérogène  intrigue  fort 
les  touristes  ; il  se  compose  d’un  aigle  ou  d’un  corbeau,  d’un  singe 
jouant  de  la  musique  et  d’une  femme  nue,  maiïlue,  mamelue  et 
fessue  chevauchant  un  bouc  (fig.  28).  Un 
symboliste  attardé  a découvert  Neptune  dans 
le  singe,  Jupiter  dans  l’aigle  et  Vénus  dans 
l’écuyère  qui  est  une  sorcière  habituée  à enfour- 
cher des  escouvelles,  des  ramons,  des  balais  ou 
des  boucs.  Elle  se  rend  au  Brocken,  où  une 
tradition  populaire  fait  rassembler  les  sabba- 
tières  pendant  la  nuit  de  Walpurgie,  du 
30  avril  au  mai.  N’oublions  pas  non  plus 
que  la  Luxure  est  souvent  personnifiée  de  la 
sorte.  28. 

Maniieim.  Eglise  des  Jésuites.  — Ecoutons  Gérard  de  Nerval  : 

Je  n oserais  affirmer  que  le  portail  ne  soit  pas  orné  de  divinités  mytho- 
logiques ; peut-être  aussi  sont-ce  de  simples  allégories  chrétiennes,  mais 
alors  la  Foi  ressemblerait  à Minerve,  et  la  Charité  à Vénus.  Du  reste,  le 
théâtre  est  situé  tout  en  lace,  et  ses  muses  classiques  paraissent  être  de  la 
même  époque  et  des  mêmes  sculpteurs. 

Mayence.  Cathédrale.  — Les  dames,  d’après  Malte-Brun,  ont 
érigé  en  1842  un  monument  à la  mémoire  de  leur  chantre  de  prédi- 
lection, le  ménestrel  Henri  de  Meissen,  dit  Frauenlob  (chanteur  des 
femmes),  mort  en  1318.  Un  chroniqueur  contemporain,  Albert  de 
Strasbourg,  raconte  que,  de  sa  maison  jusqu’à  son  dernier  asile,  il 
fut  porté  par  des  femmes  qui  poussèrent  de  grandes  lamentations, 
à cause  des  louanges  infinies  qu’il  avait  décernées,  dans  ses  poésies, 
au  sexe  féminin  sur  ses  vertus.  De  plus,  il  fut  versé  sur  sa  tombe 
une  telle  quantité  de  vin  qu’il  se  répandit  dans  tout  le  cloître.  Les 
Françaises  ne  s’emballèrent  pas  de  la  sorte  aux  obsèques  de 
Legouvé,  1 auteur  du  Mérite  des  Femmes;  elles  se  contentèrent  de 
lui  lendre  la  pareille,  sans  métaphore,  en  le  couvrant  de  couronnes 
et  de  fleurs.  Le  monument,  œuvre  de  Schwanthaler,  est  constitué 
par  une  femme  déposant  une  couronne  sur  un  cercueil.  L’heureux 
Frauenlob  avait  déjà  un  mausolée  dans  le  même  Munster;  il  con- 
siste en  un  portail  gothique,  avec  le  buste  du  ménestrel,  au  centre, 


l’art  profane  a l’église 


99 


et,  au-dessous,  un  haut-relief  où  de  zélés  prosélytes,  du  sexe  dit 
faible,  portent  un  cercueil  sur  lequel  est  déposé  une  couronne. 

Les  stalles  du  chœur  sont  admirablement  sculptées  de  sujets  fan- 
taisistes où  l’élément  profane  domine  ; les  spécimens  des  figures 
28  bis  et  29  n’en  donnent  qu’une  faible  idée. 


Metz  b L Saint-Etienne  b — Extérieur.  — Nous  n’avons  à men- 
tionner qu’une  femme  nue,  mutilée,  repoussant  un  serpent  qui  lui 

1.  Dans  scs  impressions  de  voyage  en  Ganle,  vers  1 an  417,  Glaudius  Rutilius 
Numatianus,  préfet  de  Rome,  reconnaît  qu’à  Metz  le  nombre  des  divinités  locales, 
de  peuplades,  de  tribus,  de  familles,  est  incalculable  : « Vous  concevez  qu’il  doit 
exister  une  lutte  acharnée  entre  tous  les  chels  réunis  à Metz  ; cest  a qui  brisera 
ou  transformera  le  plus  d’imag-cs  adoptées  par  une  religion  qui  n’est  pas  la  sienne. 
Ces  jours  derniers,  je  vis  à l’angle  d’une  rue  trente  ou  quarante  personnes  age- 
nouillées devant  un  buste  de  femme,  représentée  voilée  et  mamelle  pendante 
(fm.  29  hiü)  : c’étaient  des  chrétiens  et  des  païens  mêlés  ensemble  et  adorant,  les 
uns,  une  certaine  Vierçje  qu’ils  appellent  Maria,  les  autres,  une  déesse  Maire  (hg.  30) 
génératrice  ou  nourricière  ; quelques-uns  Isis,  la  messagère  des  songes  heureux,  » 

2.  Cf.  G.  Bcgin,  Hisl.  de  la  calhèd.  de  Metz  (1840). 


A LL  E.-^rAGNE 


A T.  S A C I>  L 0 R R A I N E 


23 


dévore  les  seins.  Cette  imag’e  de  la  Luxure  occupe  le  tympan  de  la 
porte  d'entrée  de  la  cathédrale,  qui  donne  sur  la  place  Saint-Ctienne. 


Intérieur.  — Au-dessus  des  arcades  de  la  nef  planent  des  modil- 
lons  à figures  grotesques  et  quelques-unes  immodestes  qui  mettent 
en  gaîté  les  visiteurs  non  recueillis.  Mais  c’est  surtout  le  jubé  qui 
attirera  notre  attention  ; les  nudités  y pullulaient.  A la  balustrade 
de  la  galerie  supérieure,  entre  les  pilastres  et  sur  des  cartouches  for- 
més de  branchages  entrelacés,  étaient  interprétés  plusieurs  traits 
croustillants  de  l’Ancien  Testament,  entre  autres  « les  obscénités 
de  Sodome  et  de  Gomorrhe,  les  crimes  de  bestialité  punis  par  le  feu 
du  ciel  ». 

Les  arcades  latérales  présentaient  une  profusion  de  sculptures 
allégoriques,  où  les  sujets  de  l’histoire  sainte  se  mêlaient  aux  fictions 
de  l'antiquité. 

A côté  d’une  nymphe  messagère  des  songes  et  d’Apollon  dieu-lyre, 
paraissaient  les  têtes  de  nos  vieux  patriarches  et  V Enlèvement  de  Déja- 
nire.  Les  luttes  amoureuses  des  satyres  et  des  faunes  servaient  de  pen- 
dants aux  exploits  du  jeune  David  ; les  cyclopes  se  trouvaient  associés  au 
géant  Goliath  et  à saint  Christophe  5 partout  enfin  les  légendes  sacrées 
étaient  melées  aux  traditions  profanes. 

Du  côté  de  la  chapelle  Saint-Michel,  un  pilastre  offrait  en  saillie 


24 


l’art  profane  a l’église 


dans  son  socle  une  statuette  d’Orphée,  haute  de  32  cent.  ; le  tendre 
et  inconsolable  époux  d’Euridice,  qui  fut  déchiré  parles  Bacchantes, 
était  nu  et  jouait  de  la  lyre. 

Le  socle  des  pilastres,  du  côté  gauche,  près  de  la  porte  du  chœur, 
était  orné  de  figurines  de  mêmes  dimensions  : un  berger  nu,  vu  de 
face,  tenait  de  sa  main  droite  une  corne  à bouquin  et,  de  sa  gauche, 
une  torche  enflammée,  et  la  Folie,  nue  aussi,  était  assise  sur  une 
pierre,  une  marotte  à la  main  gauche  et  une  massue  dans  l’autre  ; 
((  l’extrémité  d’une  draperie  légère  passait  sous  ses  fesses  et  venait 
se  replier  sur  son  bras  gauche  ». 

Vers  la  même  porte,  mais  au  socle  des  jambages  du  côté  opposé, 
« un  ange  femelle,  nu  et  accroupi,  les  ailes  étendues,  les  cuisses 
élargies  de  manière  à montrer  ses  parties  sexuelles  »,  portait  un 
cartouche  avec  le  millésime  1522,  date  de  la  construction  du  jubé. 
Au-dessous  de  cette  figure  angélique,  Samson,  entièrement  nu, 
terrassait  un  lion.  En  regard  de  l’amant  de  Dalila  se  dressait  « une 
jeune  fille  toute  nue,  vue  de  face,  tenant  un  long  serpent  dans  ses 
mains,  comme  si  elle  eût  voulu  se  faire  mordre  le  sein.  » Etait-ce 
Cléopâtre  ou  le  symbole  de  la  Prudence?  se  demande  G.  Bégin;  il 
sé  pourrait  que  ce  fût  la  punition  de  la  Lubricité  ou  VHygic  gallo- 
romaine  (fig.  30  bis  et  ter). 

Du  côté  de  l’Epître,  sur  deux  pilastres  contigus,  on  voyait  deux 
amours  nus  ; l’un,  debout  sur  une  sphère,  avec  un  arc  détendu, 
venait  de  décocher  une  flèche  à son  voisin. 

La  face  du  jubé  qui  regardait  la  chapelle  de  Notre-Dame  était 
agrémentée  de  sujets  non  moins  curieux.  Sur  un  médaillon  était 
sculpté  un  personnage  nu,  assis,  des  pampres  à ses  pieds  ; il  montrait 
un  autre  médaillon  où  figurait  Hermès  sans  draperie  pareillement. 
((  C ’était  évidemment  le  dieu  de  la  Santé  ; il  avait  guéri  le  person- 
nage qui  le  désignait  comme  son  sauveur  et  qui  s’applaudissait 
d’avoir  fait  choix  d’un  tel  médecin.  » L’impudent  messager  de 
l’Olympe,  métamorphosé  en  Esculape  se  retrouvait  sur  divers  piliers 
en  d’autres  postures,  mais  toujours  avec  le  même  costume  primitif, 
tantôt  son  caducée  en  main,  tantôt  terrassant  un  dragon  ailé. 

Sur  la  face  tournée  du  côté  de  la  chapelle  Saint-Nicolas,  David 
chaussé,  pour  tout  vêtement,  d’une  paire  de  brodequins  qui  montent 
au  genou,  était  accoudé  à l’un  des  piliers;  Neptume,  le  trident  en 


A LLEM AGN  E 


A L S A G E - L 0 R R A 1 N E 


main,  contemplait  le  roi  des  Juifs.  Un  peu  plus  loin,  le  dieu  de  la 
mer  était  traîné  par  un  cheval  marin  et  accompag'iié  d amours. 

Au-dessous  d un  sphinx  a tête  de  bélier 
et  d'un  énorme  singe,  la  tête  appuyée  sur 
un  sceptre  qu'il  tenait  en  main,  on  voyait 
Apollon  nu  et  à cheval,  deux  jnques  à la 
main  droite  et  sa  Ivre  en  bandoullière. 

«y 

Vis-à-vis  se  livrait  le  combat  du  centaure 


Fiff.  30  bis. 


Fis?.  30  ter 


et  du  lapithe  qui  se  disputaient  une  femme  nue  couchée  sur  le  dos, 
les  cheveux  épars  et  faisant  de  vains  efforts  pour  échapper  aux 
étreintes  du  monstre.  Le  peuple,  simpliste  et  ignorant,  prétendait 
quVn  avait  voulu  figurer  le  diable  enlevant  une  femme  à son  mari. 


20 


L ’ A R T P R O F A N E A L ’ ELISE 


Au-dessus  d’Adam  et  Eve  « paraissant  embarrassés  de  leur  nu- 
dité »,  Gupidon,  appuyé  sur  son  arc,  les  ailes  déployées,  retenait  par 
un  ruban  un  petit  chien,  le  syml)ole  de  la  Fidélité  qui  jure  entre 
les  mains  du  volage  enfant  de  Gypris.  Ges  images  étaient  surmontées 
de  la  figure  d’un  jeune  homme  nu,  ((  occupé  à s’habiller  »,  et  de 
deux  amours,  dont  l’un  était  assis  sur  des  brasiers  ardents,  tandis 
que  l’autre  bandait  son  arc  et  préparait  ses  flèches. 

Terminons  la  description  de  cette  galerie  émoustillante  où  se 
mêlent  à Tenvi  « les  divinités  de  l’Olympe  avec  les  sanctifications 
de  la  Bible,  les  héros  dTIomère  avec  ceux  de  l’Evangile  »,  par  une 
figure  en  pierre  à'Isis,  mesurant  4.‘1  cent,  de  haut  sur  29  de  large 
et  qui  provenait  du  vieux  cloître.  La  saillie  de  ce  haut-relief  était 
de  18  cent.  ; il  représentait  un  buste  nu  de  femme,  mais  si  maigre, 
que,  pour  nous  servir  d’une  expression  imagée  de  l’abbé  Brantôme, 
« elle  ne  pouvoit  rien  monstrer  que  le  bastiment  » ; sa  tête  était 
couverte  d’un  voile.  « Deux  mamelles  sèches  pendaient  à sa  poi- 
trine » comme  celles  des  Dianes  d’Ephèse.  La  peau  était  colorée 
en  rouge  et  la  draperie  qui  contournait  la  taille  en  noir:  le  rouge 
dans  les  mystères  d’Eleusis  signifiait,  paraît-il,  l’innocence,  et  le 
manteau  noir  indiquait  « la  messagère  des  songes  heureux  ». 

Une  statue  analogue  existait  à Saint-Germain-des-Prés  et  à Saint- 
Etienne  de  Lyon. 

L’/5i5  de  Metz  a donné  lieu  à une  légende  accréditée,  non  seule- 
ment par  le  vulgaire,  mais  par  le  chapitre  messin  lui-même  ; laissons 
la  parole  à Bégin  : 

Certaine  jeune  femme  extrêmement  belle,  idolâtre  de  ses  charmes,  fut 
frappée  par  où  elle  avait  péché.  Dieu  la  rendit  aussi  laide  qu  elle  avait  été 
jolie,  et  lorsqu’elle  mourut,  elle  voulut  qu’en  mémoire  de  cette  punition, 
et  par  acte  d’humilité  chrétienne,  on  sculptât  sur  son  tombeau,  d une 
manière  exacte,  l’image  qu’elle  présentait  alors.  Ainsi  se  trouvaient  con- 
firmées les  paroles  du  sage  : Vanâ  est  pulchriiiido  ,*  millier  timens  Deum 
ipsa  laudabitur. 

On  appela  la  jeune  résignée  la  Rechigna  ; mais  son  histoire  est  un 
conte  fait  à plaisir  et  n’a  pas  la  saveur  de  celle  de  la  Vergognosa 
qui  nous  attend  à Pise. 

Sur  les  boiseries  des  stalles,  saint  Glément,  le  premier  évêque  de 
Metz,  terrasse  le  Graouilli  et  l’enchaîne  avec  son  étole.  G est  une 


ALLEMAGNE  A L S A G E - L 0 R R A 1 N E 


27 


légende  mystique  et  romantique  souvent  utilisée  par  les  hagiogra 


Vis.  31. 

phes  et  qu’ils  appliquent  aux  épiscopes  sans  histoire  ; seule  la 
forme  du  monstre  varie. 

On  voit  encore  une  scène  du  Délu  f/e  « palpitante  d’émotion  » : une 


mère  échevelée,  presque  nue,  est  assise  sur  un  arbre  et  allaite  le 
fruit  de  ses  entrailles  quand,  patatras,  l’arbre  se  brise  et  entraîne  la 
malheureuse  famille  dans  les  flots. 

Le  long  de  la  rampe  de  la  chaire  est  sculpté  un  loup  prêchant  des 
brebis  séduites  par  ses  paroles.  A Amiens,  le  prédicateur  est  un 
renard^  dont  le  capuce  est  rempli  de  poulettes;  il  cherche  à attirer 
celles  qui  picorent  au  bas  de  sa  chaire. 

Abside.  La  Irise  des  chapelles  du  chevet  est  décorée  de  trois 
tableautins  bizarres,  au  milieu  de  feuillages  entrelacés.  Le  premier 
(fig.  31)  est  un  sujet  « érotique  » ; le  second  (fîg.  32)  offre  les  svm- 
holes  de  la  force  brutale,  c’est-à-dire  un  lion,  un  taureau  et  Hercule 
nu  armé  de  sa  massue  ; le  dernier  motif  (hg.  33)  donne  « l’image  des 
plaisirs  sensuels  »,  l’ivresse  du  vin  et  des  belles. 

1.  La  queue  de  cet  animal  servait  autrefois  de  goupillon;  en  vieux  français,  ^onnf7 
signifie  renard. 


28 


i/art  profane  a l’église 


Sur  1 un  des  vitraux  échappés  au  vandalisme  révolutionnaire  et 
conservés  par  le  chapitre  Ggure  Vichnou,  sous  l’incarnation  de  la 
Trimourti  indoue',  couché  sur  une  feuille  de  lotos  et  bercé  par  les 


Fig.  33. 


ondes  lactées  primitives.  Près  de  lui,  deux  têtes  de  femmes,  celles 
vraisemblablement  de  Lakchmi  et  de  sa  rivale  Mohanimaïa,  ont  fait 
considérer  ces  diverses  figures,  propres  aux  mythes  indous,  comme 
emblèmes  des  anciennes  confréries  de  la  Mère  folle.  Mais,  à Chartres, 
au-dessus  de  la  grande  porte,  ne  trouve-t-on  pas  aussi  plusieurs 
scènes  copiées  dans  la  mythologie  indienne? 

Une  autre  verrière,  toujours  diaprés  le  même  auteur,  représentait 
au  milieu  d’une  rosace  l’/o/ii,  la  source  de  tout,  la  demeure  éter- 
nelle du  Linr/ain,  phalle  adoré  sur  les  bords  du  Gange  : « le  Lingam.^ 
naît  dans  un  triangle,  qui  lui-même  est  sorti  du  lotos  ou  padma  ». 

Ces  ornements  mythiques  d’une  église  carlovingienne  n’ont  pas 
lieu  de  nous  surprendre,  quand  on  songe  aux  emprunts  faits  par  le 
dogme  et  la  liturgie  catholiques  au  bouddhisme  — Jean  de  Saint-Saba 
ne  s’est-il  pas  occupé  à christianiser  le  Bouddha  ? — et  à la  fré- 
quence du  mélange  de  l’élément  païen  et  de  l'élément  chrétien 
dans  l’art,  dès  le  début  du  moyen  âge,  où  la  fusion  du  mysticisme 
et  de  l’érotisme,  delà  foi  et  de  la  joie,  existait  déjà,  à l’état  latent, 
dans  les  esprits. 

Munich.  Musée.  — Rubens,  dans  son  Massacre  des  Innocents., 
trouve  une  heureuse  occasion  d’exposer  un  nombre  respectable  de 
gorges  gonflées  de  lait.  De  même,  ses  Jugements  derniers  (fig.  34, 
pl.  1 et  35)  ne  sont  que  des  œuvres  de  chairs,  où  domine  le  nu  féminin  ; 

1.  Brahma  créateur,  Vichnou  conservateur  et  Cica  destructeur:  les  trois  éuergies 
de  la  nature. 


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ALLEMAGNE  — A L S A CE- L U R R Al NE 


29 


véritable  avalanche  de  gros  flocons  neigeux  qui  roulent  dans  1 abîme. 
Cette  interprétation  ultra-réaliste  du  maître  flamand  n a rien  de 


commun  avec  celle  de  Michel-Ange;  elle  s’en  distingue  surtout  par 
le  tohu-bohu  désordonné  et  fantastique,  ce  que  les  Italiens  appellent, 
à l’adresse  de  G.  Mazzuola,  « una  stupcnda  fiiria  dipenello  »,  une 
étonnante  furie  de  pinceau.  Le  style,  c’est  l’homme,  aussi  bien  en 
peinture  qu’en  littérature  : Rubens,  en  raison  de  son  caractère  géné- 


30 


L ’ A R T P R O F A N K A L ’ É G 1. 1 S 1<: 


reux  et  chevaleresque,  a laissé  à l’apre  Buonarroii  le  coté  terrible 
de  cette  page  religieuse  et  n'en  a gardé  que  le  a coté  consolant  », 

selon  la  remarque  de  IL  Durand. 
Ces  amas  d’académies  sont  traités 
avec  une  ampleur,  une  exubé- 
rance de  fougue  et  une  maestria 
qui  trahissent  la  touche  du  maître. 

G esL  trop  de  j^raisse  humaine  éta- 
lée, grognonne  le  D*"  himile  Laurent, 
que  toutes  ces  l)rutales  visions  du 
stupre,  écroulements  formidables  de 
ventres  et  de  fesses,  grappes  dé- 
nouées de  mamelles  et  de  hanches, 
clos  annelés  de  plis  gras,  vautrements 
presque  obscènes  de  génisses  mame- 
lues,  avec  une  lumière  crue  éclairant 
leurs  seins  et  leurs  cuisses. 

Dans  l’un  de  ces  tableaux  vivants  (hg.  35),  une  des  ressuscitées, 
assise  et  sans  voiles,  les  mains  croisées  sur  la  poitrine,  attire  l’œil; 
c est  le  portrait  d’Hélène  Fourment,  seconde  femme  de  Rubens.  Sa 
carnation  capiteuse  resplendit  souvent  dans  son  œuvre;  ce  qui 
n’empêcha  pas  cette  prude  u poseuse  »,  à la  mort  de  son  mari,  de 
vouloir  brider  plusieurs  de  ses  tableaux  qu  elle  trouvait  indécents, 
elle  qui  étala  si  complaisamment  sur  ses  toiles  sa  gorge  opulente 
et  cette  saillie  cpi’en  équitation  on  qualifie  d’arrière-train  ! 

Le  peintre  s’est  aussi  portraituré  et  s’elface  modestement  derrière 
son  épouse.  Ce  tableau  avait  été  demandé  par  ^^mlfgang-Guil- 
laume,  duc  de  Neubourg,  pour  décorer  l’église  des  Jésuites  de  cette 
ville.  Tout  de  même,  l’art  et  la  littérature  doivent  beaucoup  aux 
disciples  de  Loyola,  aussi  bien  qu’à  Alexandre  VI  : Rubens,  le 
Voltaire  de  la  peinture,  est  un  élève  des  Jésuites,  comme  l’auteur 
de  la  Piicelle^  et  Rorgia  délivra  Florence  du  farouche  iconoclaste 
Savonarole. 

Nuremberg.  RSaint-Sebald.  — Getemple  protestant,  contrairement 
à la  règle  inflexible  du  puritanisme  calviniste,  est  un  véritable  musée  : 
bas-reliefs,  peintures,  ornements  y foisonnent  et  récréent  la  vue  et  l’es- 
prit. Il  contient  la  merveille  de  l’art  nurembergeois  : le  tombeau  et  la 


Fii;-.  3(1. 


ALLPniAGNE  — ALSAGG- L ORR  A IA  E 


31 


châsse  (le  saint  Sébald^,  en  airain,  œuvre  du  maître  fondeur  Pierre 
Msclier.  Cette  châsse,  supportée  par  des  escargots  pour  rappeler  le 
silence  de  la  tombe,  olfre  une  bigarrure  choquante  de  figurines  my- 
thiques et  chrétiennes,  vêtues  ou  non  (tig.  3b).  Des  apôtres,  des  pères 

de  l’Église  et  des  anges  se  mêlent 
aux  amours,  aux  divinités  des 
bois  et  des  eaux,  faunes  et  né- 
réides, et  aux  héros  fabuleux, 
Samson,  Nemrod,  Hercule  et 


37 


Fiy-.  38. 


Thésée,  qui  occupent  avec  des  harpies  les  piliers  des  angles 
(fig.  37).  Les  petits  Cupidons  qui  jouent  avec  des  animaux  ou  des 
instruments  sont  nus  et  s’ingénient  à mettre  en  évidence  leurs 
organes  procréateurs  (fig.  38). 

Les  figures  nues,  assises  au  pied  du  tombeau,  ont  la  vigueur  des  créa- 
tions de  Michel-Ange  ; et  les  sirènes  aux  formes  fuyantes  qui  soutiennent 
des  candélabres,  aux  quatre  angles  (fig.  39)  semblent  avoir  été  posées  là 
par  la  main  aristocratique  du  Primatice.  Mélange  naïf  et  charmant  du 
spiritualisme  chrétien  et  de  la  mythologie  païenne,  de  la  religion  de  la 
souffrance  et  de  la  religion  de  la  joie. 

La  chapelle  de  Lœffelhalz  renferme  une  cuve  colossale  en  fonte, 
où  aurait  été  baptisé  à sa  naissance  Pempereur  Wenceslas,  qui,  à 
l’exemple  de  Constantin  VI  Copronyme,  salit  l’eau  baptismale. 

A l’extérieur,  vers  l’Anschreibthüre,  porte  donnant  accès  dans  le 


1.  Ce  sailli  jiatroii  de  Nuremberg-  serait  le  üls  d’un  roi  de  Danemark.  A la  suite 
d’une  scène  de  jalousie,  selon  les  uns,  pressé  par  le  désir  de  vouer  son  existence  à 
Dieu,  selon  d’autres,  il  aurait  abandonné  sa  femme,  le  jour  de  ses  noces,  et  serait 
venu  prêcher  l’Evangile  dans  la  contrée  de  Nuremberg,  où  il  mourut  en  801. 


ili 


32 


l'art  profane  a l’église 


collatéral  Nord,  on  aperçoit  une  sculpture  de  personnag-e  nu,  vu 
de  dos,  couvert  de  crapauds  et  de  serpents  qui  lui  déchirent  les 

chairs  ; c’est  la  sanction  pénale  de  la 
Luxure. 

Au  portail  des  Trois  Maries^  le 
torse  découvert  de  Marie-Madeleine 
fait  une  saillie  dont  la  proéminence 
surprend  et  étonne  l’œil  de  l’igno- 
rante 

2®  Fontaine  de  la  Vertu.  — Ce 
monument  hydraulique,  élevé  sur 
la  place  de  l’église  Saint-Laurent, 
revêt  un  caractère  religieux  grâce 
aux  sept  Vertus  qui  en  forment  l’or- 
nementation. Nos  lecteurs  connais- 
sent de  longue  date  ces  figures  al- 
légoriques qui  versent  des  filets 
d’eau  par  leurs  seins-.  Les  deux  jets 
qui  s’échappent  des  mamelles  de  la 
Charité  seraient  plus  volumineux 
que  ceux  de  ses  voisines  : « Ils  vont 
nourrir  comme  d’un  lait  substantiel 
les  deux  enfants  qu’elle  tient  près 
d’elle  »,  écrit  un  auteur  d’ailleurs  mal  renseigné,  car  il  n’a  vu 
que  trois  Vertus.,  les  théologales. 


Fi«-.  39. 


3®  Musée.  — René  Mélinette  décrit,  dans  ses  Instantanés  T Alle- 
magne., un  Jugement  « rempli  de  cocasseries  » : 

Un  de  ces  diables,  muni  de  deux  ailes  rondes  de  papillon,  vole  et  montre 
son  train  de  derrière  osseux  ; entre  ses  jambes  on  aperçoit  sa  tête  ren- 
versée, ses  yeux  ronds  et  ses  oreilles  de  chauve-souris.  Et  que  fait-il  ? 
Eh  ! bien  !...  — C’est  le  supplice  ad  vitam  æternam  infligé  à l’évêque  qui 
se  trouve  au-dessous  de  lui,  — ce  diable...  pète  sans  cesse  au  nez  du 
prélat. 


1.  Bihl.  des  Arts  déc.  Kj^liscs  51,  ii“  2. 

2.  V.  nos  Anec.  hisl.  et  relig.  sur  les  seins  (lig.  5). 


ALLEMÀGNÉ  — ALSACE-LORRAINE 


33 


D'autres  artistes  ont  été  plus  loin  en  matérialisant  des  scènes 
analog'ues.  Mais  ce  personnage  impétueux  qui,  comme  le  couple  des 
diablotins  de  Cousin  % évoque  à l’esprit  léger  l’encouragement 

d’Arrie  à son  époux  : Pæie  non 
dolet,  n’est-il  pas  le  démon,  au 
geste  non  moins  pétulant,  de  la 
cathédrale  de  Strasbourg  ? 

Quoi  qu’il  en  soit,  il  n’a  certes 
rien  de  commun  avec  Mme  du 
Plessis,  sœur  du  cardinal  de 
Richelieu,  c[ui  croyait  avoir  en 
verre  « ce  qu’il  faut  pour  s’as- 
seoir » et  demeurait  debout 
crainte  de  se  casser,  ni  avec  le 
péripatéticien  Métroclès,  lequel  se  croyait  déshonoré 
parce  qu’un  lapsus  recti,  lui  avait  échappé  en  pré- 
sence de  ses  disciples.  Vous  savez  comment  le  stoï-  , 

cien  Lrates  « lui  osta  ce  scrupule  »,  a laide  d ar- 

^ , Fig.  41. 

guments  ad  honiineni  : « se  mettant  à peter  à l’en- 

vuy  avecques  luy  »,  dit  Montaigne^. 


Fig.  4Ü. 


Ratisbonne.  Cathédrale.  — Un  archéologue  allemand,  M.  Rolle, 
a vu  un  moine  embrassant  une  religieuse  dans  une  sculpture  de  la 
Visitation^  où  Marie  et  Elisabeth  se  congratulent  de  leur  passage 
à l’état  sphéroïdal. 


2®  Saint-Jacques  [Schottenkirche) . — « Elle  a au  portail  Nord 
des  sculptures  singulières  » , assure  Bædeker  ; la  néréide  de  la  figure  40 
est  sans  doute  l’une  de  ces  singularités  artistiques. 

Rosiieim.  — L entablement  d’un  pilier  de  cette  église  est  agré- 
menté d’un  obscenum  de  petite  dimension,  mais  de  grande  licence. 

SciiLEswiG.  Cathédrale.  — Au  maître-autel  est  représentée  une 
Eve  (tig.  41),  statue  en  bois  de  Hans  Bruggemann  (1520).  Pour 

1.  L’Art  profane  à l’église,  France,  fig.  170,  171. 

2.  Cf.  PiBURB  Pic,  Pilules  apérilives  à l'extrait  de  Montaigne. 

I.'ART  PROFANE.  — II.  .1 


34 


l'art  profane  a l'église 


mieux  cacher  sa  nudité,  le  sculpteur  ne  se  contenta  pas  d’une  seule 
feuille  de  vigne,  il  en  fît  un  paquet  sous  forme  de  rondelles  et  fixa 
le  tout  à l’aide  d’un  gros  clou  (fîg.  42).  C’est  peut-être  une  addition 

postérieure  qui^  certes,  attire  beaucoup 
plus  le  regard  que  ne  le  ferait  la  région 
anatomique  au  naturel. 


Fig.  42. 


SoEST.  Saiïite-Marie-des-Prés  [Wiesenkirche).  — A l'un  des 
vitraux,  sur  la  table  de  la  sainte  Cène^  au  lieu  de  l’agneau  pascal,  il 
y a une  tête  de  cochon  et  un  superbe  jambon  de  Westphalie, 

Jambons  crossoienL  de  tous  côtés, 

Ainsi  que  s’ils  étoient  plantés. 

Accessoires  qui  donnent  à cette  solennité  une  couleur  locale  toute 
spéciale  et  rappellent  les  12  preux  de  la  Table- Ronde...  de  Liebenberg. 

On  remarque  encore  des  sculptures  sur  bois  se  rapportant  à la 
Passion,  « mais  d’un  tel  réalisme,  dit  Malte-Brun,  que  nous  ne  pou- 
vons entrer  ici  dans  aucun  détail  à leur  sujet  ». 

Strasbourg.  1°  Notre-Dame.  — Extérieur.  — Exposition  des  sept 
péchés  capitaux,  dont  le  plus  capiteux,  Luxuria,  attire  spécialement 
le  regard. 

Au  tympan  se  trouve  une  représentation  de  nos  premiers  parents 
en  costume  paradisiaque;  Adam  ne  cache  rien,  mais  il  tient  la  main 
de  son  épouse  et  lui  forme  un  écran  naturel.  Quel  est  ce  petit  per- 
sonnage nu  qui,  à l’ouverture  de  la  gueule  du  Léviathan,  appuie  sa 
main  gauche  sur  la  tête  d’Eve? 

Sur  la  corniche  du  Sud-Ouest  est  taillé  le  Sabbat  : les  esprits 
infernaux  enlèvent  les  sorcières  dans  les  airs.  A la  frise  extérieure 
un  diable  traîne  par  les  pieds  un  damné,  le  mauvais  riche  (fig.  43), 


Ar.r.  K.AIAC.NE  ALSACE-LORRAINE 


35 


taudis  qu’un  autre  approche  son  siège  du  visage  de  ce  patient  et,  orc 
rotundo^  s’apprête  à l’embrener,  après  lui  avoir  donné  un  soulïlet. 
Cette  incongruité,  que  nous  avons  déjà  rencontrée  dans  un  coin  de  la 
Tentation  de  saint  Antoine^  parCallot,se  retrouvera  au  Canipo  Santo 
de  Pise.  Elle  est  souvent  mentionnée  dans  les  supplices  de  l’Enfer; 
un  manuscrit  du  xii*^  siècle,  les  Visions  de  Fiilher't^  j fait  allusion  : 

Quidam  {dæmones)  fœtidum  slercus  in  os  projecerunt, 

Et  quidam  in  faciem  ejus  comminxerunl. . . 

(Quelques-uns  (des  démons)  évacuèrent  dans  sa  bouche  un  excré- 
ment fétide;  quelques-autres  lui  urinèrent  sur  la  ligure). 

Dans  le  voisinage,  un  groupe  non  sympathique  (fîg.  44)  allégorise 
la  lune  rousse  matrimoniale  ou  « la  lutte 
pour  la  vie  conjugale  » : un  personnage  nu, 
le  mari,  est  terrassé  par  sa  douce  et  faible 
moitié.  Ce  niais  porte  une  grosse  pierre  pour 
établir  que  la  force  physique  est  asservie  par 
le  pouvoir  psychique,  ou  plutôt  sensuel,  et 
qu’à  l’exemple  d’Hercule,  il  lui  faut  filer  doux 
aux  pieds  de  son  Omphale  courroucée.  C’est 
une  variante  de  <(  la  dispute  de  la  culotte  », 
si  souvent  reproduite  sur  les  stalles.  Moralité 
sociale  à rebours,  en  révolte  avec  la  loi  civile 
et  religieuse  qui  impose  à la  femme  mariée  l’obéissance  passive, 
et  dangereux  enseignement  pour  un  sexe  déjà  trop  enclin  à l’esprit 
d’imitation. 

Intel  leur.  Nef.  Le  bas-relief  d un  des  chapiteaux  des  grands 
piliers  reproduit  une  procession  satirique  où  l'on  distingue  un 
pourceau  porteur  d’un  bénitier,  suivi  d’ânes  revêtus  d’habits  sacer- 
dotaux et  de  singes  munis  de  divers  attributs  de  la  religion,  ainsi 
qu’un  renard  enfermé  dans  une  châsse.  C’est  la  Procession  du  Renard 
ou  de  la  Fête  de  V Ane  (fig.  45). 

Un  autre  chapiteau  est  occupé  par  une  néréide  à qui  le  petit  caresse 
familièrement  le  sein  (fig.  46). 

A 1 étage  supérieur  de  la  nef,  côté  droit,  une  verrière  très  déla- 
brée symbolise  \aLutte  des  douze  Vices  et  des  douze  Vertus  jDrésidée 

par  Ezéchiel  et  Aristote  dont  la  logique  était  celle  de  la  scolastique 
médiévale. 


De  « plaisantes  figures  » couvraient  autrefois  l’appui-main  de 
la  rampe  et  la  porte  de  la  chaire  à prêcher,  chef-d’œuvre  de  la 


sculpture  ogivale  fleurie.  En  fait  de  sujets  profanes,  il  ne  reste  plus 
aujourd’hui,  au  pied  de  la  chaire,  que  les  portraits  de  Jean  Ham- 
merer,  le  sculpteur  qui  l’exécuta  en  1486,  et  de  sa  femme. 

En  1698,  Misson  vit  sur  le  « pulpitre  » de  la  cathédrale  un  bas- 
relief  inoui  : « une  nonne,  écrit-il,  est  couchée  auprès  d un  moine  qui 


AI.L  1<]MA(;NE 


A L s A C E - L 0 R R A 1 IN  P: 


37 


tient  son  bréviaire  ouvert,  d’une 
de  la  religieuse  (tig.  47)^  ». 
Cette  idylle  profano-sacrée  est 
un  reflet  des  mœurs  monacales 
d'antan  et  en  même  temps  la 
mise  en  pratique  du  précepte 
évangélique  : Aimez-vous  les 

uns  les  autres.  Mais  il  est  pro- 
bable que  cette  représentation 
a disparu  : les  œuvres  d’art  des 


main,  et  passe  l’autre  sous  la  jupe 


édifices  religieux,  depuis  la 


1.  A a t-il  heu  de  se  scandaliser  de  la  présence  de  telles  images  au  sein  môme 
du  sanctuaire,  si  l’on  songe  à celles  que  les  missels  et  autres  livres  de  piété 
exposaient  sous  les  yeux  des  üdéles  ? Nous  avons  donné  un  avant-goût  de  c^ette 
iconogTaphie  epicee  dans  nos  Seins  à l’église;  nous  n’ajouterons  à ces  spécimens 


1 usage  de  Charles  V (Bibl.  nat.  Mss  français,  16G)  (tig.  47  his  — 47 


quinque] 


38 


li  ART  PROFAN  Fi  A L KfUilSF 


Fig-.  47  quarte. — P.  i.xiit.  « ...  Signifie  que  par 
ivresse  personne  est  appareillé  à tout  vice,  et 
la  foule  de  damnation  lui  est  due  et  à son 
père  et  à ceux  qui  ne  les  ont  corrigés  à qui  ils 
appartiennent.  » 


Fig.  47  qiiinque.  — P.  xia.  « Un  des 
fils  d’Israël  surpris  dans  le  tabernacle 
avec  une  mauvaise  femme,  sont  percés 
tous  deux  par  un  des  fils  d’Eléazar  (a). 


(cl)  Le  gaillard  et  paillard  d’Absalon  commit  un  dëciqdc  inceste  à meilleur  compte,  quand 
il  s’empara  des  dix  femmes  de  son  père  David  et  les  viola  les  unes  après  les  autres,  en  présence 
de  toute  la  ville  (Samuel  ii-xvi,  22). 


AL  LEMAT.  N E 


ALSACE-LORRAINE 


39 


Réforme,  ont  été  soigneusement  expurgées  par  les  censures 
ecclésiasti([ues. 

Art  monumental  reproduit,  sans  explication,  une  sculpture  de 


Fig.  48. 


la  même  église  (fig.  48)  ; un  saint  nimbé,  nu,  est  entouré  d’animaux 
fantastiques.  Le  Père  Allegranza,  dominicain,  le  grand  maître  des 
symbolistes,  eût  pu  seul  expliquer  ce  groupe,  mais  il  est  mort  ! 

La  fameuse  horloge  de  la  cathédrale  est  peuplée  de  divinités 
mythiques,  sans  draperies,  comme  il  convient  aux  habitants  de 
l’Olympe  : Apollon  et  Diane  symbolisent  le  Soleil  et  la  Lune  ; Vénus 
trône  parmi  les  divinités  auxquelles  chaque  jour  de  la  semaine  est 
consacré. 

2®  Saint-Thomas.  . — Ce  temple  protestant,  contrairement  au 
dogme  réformé,  est  orné  du  mausolée  de  Maurice  de  Saxe,  dû  au 
ciseau  de  Pigalle  sous  l’inspiration  de  l’abbé  Gougenot  (lig.  49). 
Le  maréchal  appartenant  à la  religion  réformée  ne  put  être  enterré 
à Saint-Denis. 

Voici  le  détail  du  monument.  En  avant.  Hercule,  sans  autre  vête- 
ment que  la  peau  du  lion  de  Némée  sur  les  épaules,  prend  l’attitude 


10 


i/ar'I'  1' ko  fa  ni-:  a i/éoiosi: 


de  la  Désolation  ; plus  loin,  la  France,  sein  gauche  dévoilé,  cherche 
à empêcher  le  héros  de  descendre  dans  la  tondre  ouverte  à ses  pieds, 


et,  en  même  temps,  repousse  la  Mort  qui  attend  sa  victime,  le 
sablier  Audc  à la  main.  Au  second  plan,  Eros,  par  lequel  le  vain- 
queur de  Fontenoy  fut  maintes  fois  subjugué,  pleure  comme  le  fils 
d’Alcmène  et  éteint  son  flambeau.  Des  puritains  refusent  de  voir  le 


AL LEMAGNE 


ALSACE-LORRAINE 


41 


lîls  de  Gypris  profaner  un  temple  luthérien  et  en  font  le  Génie  de  la 
i^uerre  ; mais  alors  il  ferait  double  emploi  avec  la  larmoyante  victime 
de  Déjanire. 

Le  petit  Génie  qui  est  à côté  du  maréchal,  dit  de  Saiiit-Foy,  m a paru 
équivoque.  On  ne  sait  si  c’est  le  Génie  particulier  du  Héros,  le  Génie  de 
la  Guerre,  ou  le  Génie  de  l’Amour.  Gomme,  par  l'emblème  d’Hercule  ou 
de  la  Force,  l’Artiste  avoit  lig-uré  la  force  prodigieuse  et  le  courage  du 
Maréchal,  il  a sans  doute  voulu  exprimer,  par  l’emblème  de  l’Amour,  son 
penchant  à la  g-alanterie;  mais  des  Critiques  judicieux  lui  ayant  repréfenté 
qu'un  pareil  symbole  seroit  déplacé  dans  un  ouvrage  destiné  pour  une 
Eglise,  il  a ôté  tous  les  attributs  qui  caractérisoient  l'Amour,  et  en  a fait 
un  Génie  qu’on  ne  devine  plus. 


Un  peintre,  à qui  Gabrielle  d’Estrées  avait  commandé  un  jDortrait 
d’Henri  IV,  fut  plus  explicite  : 


il  peignit  le  brave  vert  galant 
tenant  son  casque  qu’un  Amour, 
sous  les  traits  de  la  favorite, 
entourait  de  laurier,  avec  cette 
inscription  : Ad  dit  fortihus 
alas.  G’est  vraisemblablement 
la  même  idée  qu’a  voulu  in- 
terpréter le  ciseau  de  Pigalle. 


il, 


Fig.  oO,  51. 


A gauche  sont  rangés  les  emblèmes  des  puissances  vaincues  par 
le  maréchal  dans  les  guerres  de  Flandre  : Y aigle  d’Autriche,  le  lion 
de  Hollande  et  le  léopard  d’Angleterre. 

Le  sarcophage  d’Adaloch,  qui  eut  un  court  pontificat,  est  enjolivé 
de  sculptures  gothiques  (fig.  42),  où  nous  relevons  la  Mer  (fig.  50), 
sous  les  traits  d’une  femme  nue  à cheval  sur  un  monstre  marin,  et 
la  Terre  (fig.  51),  sous  la  figure  d’un  personnage  nu,  couvert  de 
poils,  avec  un  appendice  caudal  et  des  pieds  de  bouc;  il  tient  des 
serpents  que  la  même  allégorie,  mais  féminine,  allaite  à Bamberg. 


Stuttgart.  Musée.  — Signalons  d’abord  une  Eve  de  Van  Dyck, 
« violemment  colorée,  dit  le  E.  Laurent,  effet  de  la  honte  ou  de 
la  pudeur  sans  doute  de  se  voir  toute  nue  avec  un  ventre  de  femme 
hydropique  » ; ensuite,  une  Madeleine  éplorée  de  Rubens,  chargée 
d une  poitrine  qui  déborde  et  déferle  sous  ses  doigts  occupés  mais  en 
vain  à la  contenir. 


42 


l/  A R T PROFANE  A [/  É G L I S E 


Trêves ^ l*’ Saint-Pierre. — L’auteur  des  Instantanés  (V Allemagne 
se  réjouit  de  voir  dans  cette  cathédrale  une  religion  « plantureuse  » ; 
des  statues  « bien  nourries  » ; des  anges  joufflus  aux  « petites 
cuisses  grassouillettes  » , on  dirait  des  Amours, et  la  taille  de  la  Vierge, 
serrée  à « faire  saillir  les  chairs  en  bourrelets  » . 

Les  panneaux  de  la  chaire  de  Vérité  expliquent  les  Sept  OEuvres 
de  miséricorde  corporelle . 

— ((  J’avais  faim,  et  vous  m’avez  donné  à mander.  J’avais  soif,  » etc. 
— Ces  alfamés  n'ont  pas  l’air  de  trop  souffrir.  « Niidus  eram,  dit  l’un, 
j’étais  nu,  et  vous  m’avez  vêtu.  » Et  on  voit  s’avancer  un  mendiant 
robuste  et  plutôt  gras,  à qui  une  personne  charitable  essaye  d’enfiler  une 
chemise.  Derrière  lui,  sa  femme,  nature  forte  et  rebondie,  attend  patiem- 
ment que  ce  soit  son  tour  de  recevoir  la  chemise.  Pour  le  moment,  elle 
n’en  a pas  ni  quoi  que  ce  soit  qui  en  tienne  lieu. 

C’est  de  l’art  bien  humain,  bien  charnel,  rien  d’ascétique  et  de  triste, 
mais  de  la  vie,  de  la  santé.  Et  tout  cela,  d’autre  part,  porte  la  marque  du 
XVII®  siècle. 

Trésor  de  la  cathédrale.  En  dehors  du  divin  clou  — le  « clou  » 
de  cette  inestimable  collection,  — l’une  des  pièces  importantes, 
par  son  ancienneté  sinon  par  sa  facture,  est  un  ivoire  roman  du 
xE  siècle  qui  décore  un  manuscrit  des  prophètes  de  l’Ancien  Testa- 
ment. Sur  cette  plaque,  deux  motifs  superposés  sont  sculptés  en 
vigoureux  relief  : la  Vierge  et  1 Enfant-Dieu  reçus  au  temple  de 
Jérusalem  par  Siméon  ; et,  au-dessus,  le  Baptême  du  Christ 
(fig.  51  his)^  où  les  personnages  ressemblent  à des  caricatures.  Le 
Sauveur  est  absolument  nu,  aséxué  ; les  eaux  du  Jourdain,  formées 
de  celles  qui  sortent  des  urnes  du  J or  et  du  Dan,  ceux-ci  sans  le 
moindre  costume,  montent  en  arrière  de  Jésus  et  le  submergent. 
Saint  Jean,  sous  les  traits  d’un  patriarche,  de  sa  droite,  lui  fait  subir 
la  triple  immersion  du  baptême  primitif,  mais  ne  le  baptise  pas  par 


1.  L’évcque  Rustique  de  Trêves,  jaloux  de  saint  Goar  qui  avait  acquis  la  réputa- 
tatioii  de  faire  des  miracles,  le  manda  auprès  de  lui  pour  qu’il  donnât  une  preuve 
publique  de  sa  vertu  miraculeuse.  Rustique  ordonna  au  saint  de  faire  dire  à un 
enfant  trouvé,  qu’il  lui  désigna  le  nom  de  son  père.  Aussitôt  la  vérité  sortit  de  la 
bouche  de  l’enfance  dans  ces  mots  articulés  distinctement  : « L'évêque  Rustique 
est  mon  père  ».  L’histoire  ne  dit  point  si  le  prélat  considéra  cette  réponse  comme 
surnaturelle  ou  naturelle.  Cette  lég-ende  a servi  à d’autres  saints. 

La  cathédrale  de  Tré^■es,  comme  l’église  d’Argenteuil,  possède  nne  tunique  sans 
couture  de  Jésus,  tissée  de  lils  élastiques  de  la  Vierge,  apparemment,  s’il  est  vrai 
que  ce  vêtement  se  soit  élargi  au  fur  et  à mesure  de  la  croissance  du  Seigneur  ! 


ALLEMAGNE  A L S A CE - L 0 B R A 1 N E 


43 


infusion,  comme  le  veulent  L.  Palustre  et  X.  Barbier  de  Montault, 
ce  qui  serait  contraire  au  texte.  Deux  anges  tendent  une  draperie 


Fig.  51  his. 


pour  essuyer  le  seigneur  à la  sortie  du  bain  et  un  troisième  barbu 
tient  sa  tunique. 

2°  Saint-Mathias.  — Trésor.  Les  émaux  et  plaques  filigranées  qui 
encadrent  le  tableau  du  xiii®  siècle  où  est  exposée  la  vraie  croix 
portent  de  nombreux  ornements  païens.  Sur  un  camée,  on  distingue 
le  buste  d’un  empereur  romain,  Commode  vraisemblablement;  dans 
un  autre,  Didron  reconnaît  Romulus  apprivoisant  Taigle  de  Rome  et 
X.  Barbier  de  Montault,  Ganymède  abreuvant  l’aigle  de  Zens.  Des 
intailles  montrent  l’Abondance  ou  Gérés  tenant  des  épis  et  la  corne 
d’Amalthée,  en  compagnie  d’Arès,  d’Hermés  et  d’Eros  nu,  une  coupe 
à la  main  ; on  y voit  encore  un  cheval  marin,  monté  par  un  triton, 
évoluer  au  milieu  d’apôtres,  de  saints  et  d'anges  thuriféraires. 

Ulm.  Cathédrale.  — Aux  stalles  du  chœur,  en  stvle  renaissance 
menuisées  et  sculptées  vers  1469  par  Georgius  Surblin  ou  Svrlin, 
sont  accrochées  quelques  indécences  et  grossièretés  qui  font  des 


44 


l’art  profane  a l’église 


grimaces  ou  sont  parfois  inconvenantes.  Mais  elles  sont  plus  rares 
que  sur  nos  miséricordes  de  France^  celles  d’Amiens,  par  exemple. 
En  Allemagne,  la  qualité  le  cède  à la  quantité  : ainsi,  une  femme 
échevelée  lève  ses  jupons  et  un  petit  homme  grotesque  commet  une 
« salauderie  ». 

Si,  au  xii"^  siècle,  l’austère  défenseur  de  la  règle  cistérienne,  saint 
Bernard  s se  récriait  déjà  contre  les  tendances  libertines  de  l’art 
laïque  qui  succédait  à celui  des  moines  et  substituait  l’allégorie 
satirique  au  symbolisme  religieux,  qu’aurait-il  dit  des  caprices  des 
décorations  ornementales  des  siècles  suivants? 

A coté  de  ce  dévergondage  excessif  du  ciseau,  de  nombreuses 
figures  en  bois  de  femmes  et  d’hommes  sont  séparées  dans  le  chœur, 
comme  au  temps  de  la  primitive  Eglise,  et  forment  une  étrange  dis- 
parate. Le  sexe  féminin  s'aligne  sur  trois  rangs,  à gauche  ou  au  Sud 
et  le  sexe  masculin,  sur  trois  rangs,  à droite  ou  au  Nord.  En  regard 
des  philosophes  sont  placées  les  Sibylles  ; les  Prophètes  font  face 
aux  illustres  juives,  et  les  Apôtres  aux  Saintes.  Tout  de  même  une 
exception  est  faite  en  faveur  des  médecins,  les  saints  Luc  et  Corne  : 
ces  privilégiés  voisinent  avec  sainte  Madeleine.  La  pécheresse 
démoniaque,  possédée  de  sept  démons,  y est  désignée  sous  le  quali- 
ficatif de  Fœcuncla,  qui  n’est  pas  latin,  mais  est  mis  là  pour 
fecunda. 

Indiquons  une  autre  ^particularité  qui  ne  plaide  pas  en  faveur  de 
la  modestie  des  artisans  d'autrefois,  quoi  qu’en  dise  la  tradition  : le 
sculpteur,  une  verge  en  main,  s'est  placé  à la  tête  des  philosophes 
pour  les  diriger  et  a mis  sa  femme,  arrogante,  à la  suite  des  saintes 
femmes  pour  les  surveiller. 

Weciiselburg  (Saxe).  — Les  chapiteaux  de  Péglise  du  monastère 
d'augustins  de  Zschillen,  fondé  en  1174  par  Dedo  le  Gras^  sont  ornés 
de  figurines  grotesques.  Dedo,  le  dodu,  y fut  enterré  avec  son 
épouse,  après  une  mort  singulière  : désirant  suivre  Henri  VI  dans 
son  expédition  en  Italie,  il  voulut  se  débarrasser  de  sa  corpulence  et  se 
laissa  enlever,  par  le  médecin  du  couvent,  charcutier  à ses  heures, 


1.  « Dans  les  cloîtres,  s’écrie  ce  saint,  à quoi  servent  ces  monstruosités  ridicules, 
ces  admirables  dilTormités  ?...  Grand  Dieu!  si  l’on  n’est  pas  honteux  de  tant  de 
lutilités,  comment  du  moins  ne  pas  regretter  tant  de  dépenses  ! » 


ALLEM  A(1NK 


ALSACE-LORRAINE 


45 


la  graisse  qui  le  gênait  : Dedo  perdit  sa  panne  et  la  vie  en  même 
temps  ^ 


1.  Nous  rassemblons  ici  divers  documents  figurés  qui  appartiennent  à des  édifices 
religieux  de  l’Allemagne,  mais  dont  nous  ne  pouvons  autrement  désigner  l’identité. 
Tels  : une  gargouille  (fig.  52)  provenant  d’une  église  Wende  et  reproduite  par 
Grand  Carteret  dans  scs  Images  galantes  — elle  jette  l’eau  par  la  fente  équivoque 
d’une  tire-lire  — et  plusieurs  motifs  détacliés  de  viti-aux,  une  famille  de  satyres 
(fig.  55),  une  cariatide  à buste  suggestif  (fig.  54),  un  évêque  qui  est  accompagné  d’une 
oie  (le  démon)  et  porte  un  calice  d’où  surgit,  non  la  couleuvre  symbolisant  le  poison 
versé  à saint  Jean,  mais  une  femme  nue,  la  croix  à la  main  (fig.  55).  Notons  enfin  les 


armes  sépulcrales  d un  eveque  agrémentées  de  deux  chimères  mamelues  (fig.  55  his 


y 


St 


mât 


;•  y.-’ 


■SJ  “ 


II 


AMÉRIQUE 


New-Hampsiiire.  Eglise  de  Mitcheldever.  — Mausolée  dû  au 
ciseau  de  Flaxman,  élevé  par  le  baronet  sir  Francis  Baring-  à son 


Fig.  56. 


épouse.  On  remarque  un  bas-relief  (üg-,  BO)  où  le  nu  domine  ; c’est 


48 


i/aut  profane  a i/église 


une  allégorie,  Que  votre  règne  arrive,  tirée  du  Pater  et  qui  fait 
pendant  à un  autre  tableau  emblématique,  Délivrez-nous  du  mal. 

Sarayacu  (Pérou).  Eglise  des  Franciscains’. 

Guzco.  Monastère  de  Santa-Clara^ 


1.  M.  Paul  Marcoy,  dans  le  Tour  du  Monde  de  J8G.o,  nous  donne  deux  représen- 
tations intéressantes  de  la  femme  de  Sarayacu  : 1 une  la  montre  dans  son 
intérieur,  vêtue  seulement  de  son  pagne  ^ l’autre,  en  costume  d église,  la  poitrine 
cachée  par  une  mante,  à la  mode  espagnole,  qui,  de  plus,  lui  encapuchonné  la  tête. 

2.  Le  même  voyageur,  en  1863,  fut  témoin  d’une  scène  étrange  et  qui  pourrait 
s’intituler  le  saphisme  au  monastère.  Une  religieuse,  avec  sa  guitare,  vint  chanter 
une  chanson  d’amour,  devant  une  cellule,  dans  une  attitude  extatique,  les  yeux 
langoureux.  Une  religieuse  sortit  d’une  cellule  voisine,  courut  sur  la  virtuose,  s em- 
para de  sa  guitare  et  la  lui  cassa  sur  la  tête,  puis  lui  infligea  « cette  correction 
manuelle  dont  la  seule  menace  fait  frémir  les  petits  enfants  » : la  femme  ou  la  morue, 


n’est  bonne  que  battue,  dit  la  sagesse  des  nations.  Aux  cris  de  la  victime,  1 abbesse 
accourut  et  eut  toutes  les  peines  du  monde  a l’arracher  aux  mains  de  son  bour- 
reau. M.  Paul  Marcoy  eut  bientôt  l’explication  de  cette  voie  de  fait  : la  nonne  dilet- 
tante s’était  attiré  cette  correction  pour  avoir  donné  une  sérénade  à l’amie  de  cette 


rivale  vindicative. 

A Gurzo  également,  il  vit  le  Seigneur  des  tremblements  de  terre,  dont  les  mem- 
bres mus  par  des  ressorts  tremblent  pendant  les  processions,  la  tête  couverte  d une 
chevelure  noire  d’e.xtraordinaire  longueur  provenant  d’une  pécheresse  que  ses  excès 
conduisirent  prématurément  au  tombeau.  Le  père  de  cette  Madeleine,  un  intendant 
de  police,  lit  don  au  chapitre  de  la  cathédrale  des  cheveux  de  sa  fllle,  « tant  pour 
racheter  les  fautes  de  la  pauvre  enfant  que  pour  remplacer  l’ancienne  chevelure  du 
Christ  que  les  vers  avaient  rongés  ». 


III 


ANGLETERRE  — ÉCOSSE  — IRLANDE  — ISLANDE 


On  donne  le  nom  de  Shelah-na-Gir/  ou  Julie-la-Giddij  (fille 
publique)  à des  fig*ures  obscènes  que  1 on  rencontre  encore,  mais 


rarement  en  France,  et  qui  ornaient  de  nombreuses  églises  d ’outre- 

Manche;  elles  servaient,  comme  le  phallus,  d’images  protectrices 
contre  le  mauvais  œil. 

La  figure  57  provient  dTine  vieille  église  d’Irlande  et  est  visible 
au  musée  de  Dublin.  L'a  figure  58  a été  trouvée  dans  une  église  à 
lV,chestone,  comté  de  Tipperoy;  elle  était  placée  en  haut  du  cintre 
de  la  porte  d’entrée  et  a été  reproduite  par  Richard  Payne  Knie-ht  • 
enfin,  la  figure  Q9,  plus  fruste  et  plus  grossière  que  les  autres,  est 

I races  du  ..  loyer  de  ou  du  ..  passade  du  1 ,!!n,  v e rj  T" 

dans  le  monde  ((ui  SC  qualilie  modcslement  de  « grand  ».  ’ * ' " "=iigncnr 


L ART  PROFANE. 


II. 


50 


i/arï  PIIORANE  a i/église 


orig“inaire  d’une  église  du  comté  de  Gavan  et  se  voit  au  Musée  de  la 
Société  des  Antiquaires  de  Dublin. 


Cambridge.  Collège  de  Saint- Jean.  — Mausolée  de  William  Ashton. 
Le  défunt  est  richement  costumé  à la  partie  supérieure  du  monu- 
ment; mais,  à la  partie  inférieure,  ce  n’est  plus  qu’un  affreux  cadavre 
nu  et  décharné,  rongé  par  les  vers.  La  nudité  des  effigies  est  l’em- 
blème de  l’humilité. 


Canterrury.  Cathédrale.  — A l’un  des  chapiteaux  des  arcatures 
fausses,  on  remarque  une  femme  nue  à côté  d’un  animal  fantas- 
tique. 

Ely.  Cathédrale.  — Deux  personnes  jouent  à saute-mouton  sur 
une  miséricorde  (hg.  60)  ; des  polissonneries  sont  sculptées  à d’autres 
stalles,  par  exemple  la  Tentation  (hg.  60  bis\  où  le  démon  préside 
aux  ententes  cordiales. 

GilliiNGHAM.  — Sur  un  vitrail,  le  corps  virginal  de  sainte  Agnès 
est  couvert  d’un  vêtement  par  un  ange.  Il  n’est  donc  pas  tenu  compte 
ici  de  la  légende  qui  attribue  ce  rôle  à la  pousse  miraculeuse  de  sa 
chevelure. 

Grenjadarstadur.  — Dans  ce  temple  d’Islande,  une  tapisserie  au 
métier  du  xiii®  siècle  raconte  la  vie  d’un  évêque.  Deux  de  ces  épisodes 
(6g.  61,  62)  sont  identiques  à ceux  qui  sont  attribués  à saint  Romain, 
sur  des  quatre-feuilles  de  la  cathédrale  de  Rouen,  et  se  rapportent  à 


A i\  G 1.  \ ] T !•:  n R E — c o s s i<:  — i R l a n D K 


ISLANDE 


51 


la  tentation  du  saint  par  le  démon,  sous  les  apparences  d’une 
ribaude  en  eostunie  d’bive. 


Eiff.  (il 


Fi^. 


Hertford.  CathédralG.  — Sous  une  sellette  du  chœur  un  cordon- 
nier ou  un  vilain,  et  non  « un  moine  paillard  »,  comme  on  l’a  écrit 
a tort^  puisqu’il  n a pas  la  robe  à capuce,  prend  ou  essaie  la  chaus- 
sure d une  ménag'ère  et  glisse  son  autre 
main  plus  haut  qu  il  ne  convient.  Le  galant 
décontit  reçoit  à la  tete,  non  « une  écuelle 
d eau  en  guise  de  douche  réfrigérante  »,  mais 
une  assiette,  un  plat  ou  le  couvercle  d’une 
marmite  (tig.  (>3). 

Londres.  L Westminster.  — Tombeau  de 
Gray.  Le  sculpteur  a représenté  la  muse  de 
Gray  en  demi-relief,  de  grandeur  naturelle,  Fig.  (13.  — Reproduite 
tenant  contre  son  sein  le  buste  en  médaillon  ^yvighL 

du  poète.  ,<  Cette  ligure  accroupie,  dit  Mme  de  Geiilis,  a beaucoup 
de  grâce,  mais  cette  composition  profane  est  bien  peu  convenable 
pour  un  tombeau,  et  sans  convenance.  » 

Qu’eût  dit  la  prude  institutrice  des  enfants  du  duc  d’Orléans  en 
presence  du  tombeau  d’Isabelle,  lille  du  comte  de  Glocesteret  veuve 
du  fameux  Warwick,  qui  voulut  que  sa  statue  destinée  à son  tom- 
beau  lut  exactement  nue  : grande  preuve  alors  d'humilité  ? 

1,  2.  Reproduites  par  A.  Demmiii,  loc.  cil. 


52 


t/*AUT  l’UOKA.NK  A i/k(;usi: 


Le  tombeau  d'Elisabelli  Warren,  ciselé  par  Weslmacoti,  est  une 
statue  de  jeune  fille  à demi-nue  et  accroupie,  comme  la  Madeleine 
de  Ganova.  Le  sculpteur  s'est  appliqué  à imiter  la  grosse  toile  d une 


chemise  « de  laquelle  on  compterait  les  fils  ».  Singularité  puérile 
qui  rappelle  le  Christ  sous  le  suaire  et  le  Péché  dans  le  filet  de  la 
chapelle  délia  Pietra  de  Sanr/ri,  à Naples. 

2^  Saint-Paul.  — Rien  d’impudique  à blâmer  dans  cet  édifice, 
mais  sur  le  piédestal  du  monument  de  Thomas  Dundas  qui  prit  k 
la  France  les  îles  des  Indes  Orientales  — se  dresse  une  allégorie 
impudente  et  immodeste  i VAiif/leterre  défend  la  Liberté  contre  la 
Rébellion  et  la  Fraude^  à la  façon  de  Robert -Macaire.  Un  comble  ! 

3®  South  Kensington.  Muséum. — Une  moquerie  plaisante,  relevée 
sur  une  miséricorde  provenant  dune  église  de  h rance,  montre  un 
franc-archer  en  bonne  ou  plutôt  en  mauvaise  fortune  chiffonnant  le 
corsage  d’une  Lucrèce  qui  file  et  fait  filer  son  agresseur  après  une 
défense  héroïque  L 

Le  Musée  possède  le  dessin  du  tombeau  de  Gaston  de  Foix 
(fig.  G4)  qui  devait  être  exécuté  par  Agostino  Busti  dans  une  église 

1.  L'Art  profane  h l’iùjlise,  en  France,  11^'. 


A N c.  I . v:  T i <:  R R 1-: 


IRLANDE 


53 


ÉCOSSE  


I s L A N I ) E 


de  1 \aveniie.  où  « le  Foudre  d’Italie  » fut  tué.  Ce  monument  gran- 
diose était  orné  de  plusieurs  ligures  de  femmes  complètement  nues. 
Milan  possède  de  nombreux  fragments  de  ce  tombeau,  provenant  de 
1 ancien  couvent  de  San  Marto  ; la  bibliothèque  Ambroisienne  en  a 
recueilli  dix-sept,  au  musée  archéologique  ; diverses  parties  se 
trouvent  à Gastellazzo-Arconate,  à Turin,  et  dans  d’autres  localités. 

Parmi  les  tableaux  religieux,  le  National  Gallerij  possède  une 
Annonciation  naturaliste  de  Fra  Filippo  Lippi,  peinte  pour  Cosme 
de  Médicis.  Gette  composition  se  distingue  de  ses  congénères  par  la 
direction  logique  que  prend  l’oiseau  de  Gypris  : il  gagne  un  autre 
conduit  que  l'auditif  pour  féconder  la  Vierge  (fîg.  64  bis). 


M ».  f/iX 


Fig’. 


V'A  FA  ^\VAV\W^ 


Lüüunv.  — Wright  a doimé  le  dessin  d’une  diablerie  sculptée 
sous  une  sellette  de  stalle  : une  cabaretière  vient  de  mourir  ; le 
diable  1 emporte,  toute  nue,  sur  ses  épaules  « jambe  de-ci,  jambe 
de-là  »,  la  tête  renversée  en  arrière  ; puis,  au  son  de  la  cornemuse 

écossais,  précipite  la  marcbande  de  bière,  fraudeuse  et  libidineuse 
dans  FFnfer  (hg.  (Jbj.  ’ 


XORTIIA.MPTÜN,  Saint-Pierre.  — Un  auteur  y signale  de  nombreux 

emblèmes  profanes  et  indécents  ». 


« 


Noiiwicii.  Saint-Jean-Madder- Market.  — Un  panneau  de  la  clôture 

du  chieur  montre  le  Supplice  de  sainte  Atjathe  : le  sein  gauebe  de  la 


54 


i/aRT  profane  a l/ÉflLlSE 


martyre  est  pris  dans  des  tenailles.  A l’église  de  Wiggenhall,  comté 
de  Norfolk,  la  même  vierge  a le  couteau  sur  la  poitrine  à nu. 


Oxford.  — Dans  les  créneaux  des  cloches  de  Magdalen-College 
se  cache  une  statue  de  la  Luxure  (fîg.  66),  dont  nous  avons  atté- 
nué les  détails  inférieurs  ; elle  est  conçue  dans  le  même  esprit, 
mais  plus  libertin,  que  la  fontaine  de  Jean  Bologne  (Musée  de  Douai) 
(%•  67). 

Siierrorne.  (Comté  de  Dorset).  — Une  stalle  de  la  cathédrale 
indique  comment  on  corrigeait  et  corrige  encore  en  Angleterre  les 
écoliers  paresseux  (fîg.  68)  ; ce  choc  choquant  n’est  pas  shocking 
pour  John  Bull,  qui  se  refuse  à prononcer  le  mot  culotte,  mais  non  à 
déboutonner  la  chose  ni  exhiber  la  saillie  charnue  appelée  mappe- 
monde par  les  géographes,  verso  par  les  bibliophiles,  revers  par  les 
numismates,  arrière-garde  au  régiment,  culasse  par  les  armuriers, 
gras-double  par  les  charcutiers,  lune  par  les  astronomes,  cupidon 
ou  krupp  (prononcez  croupe)  en  Allemagne,  prussien  en  France, 
enfîn  la  dix-septième  lettre  de  Falphabet  dans  les  couvents  k 

So.MMERSET.  U East-Breilt.  — Sur  les  miséricordes  sont  sculptées 
des  représentations  satiriques  et  caricaturales,  surtout  contre  le 

1.  Marie  de  Médicis  fut,  un  jour,  indignée  de  voir  Henri  IV  louetter  le  dauphin  ; 
elle  lui  dit:  » Vous  ne  traiteriez  pas  ainsi  vos  bâtards.  — Pour  mes  bâtards,  répondit 
le  Vert-Galant,  on  les  pourra  fouetter  s’ils  font  les  sots  ; mais  lui,  il  n aura  per- 
sonne qui  le  fouette  ». 


A N G r.  E T E R R E 


ECOSSE 


I R L A N DE  ' — ISLANDE 


55 


clergé  régulier.  On  y voit  un  renard-capucin  pendu  par  une  oie 
(ouaille),  tandis  que  deux  renardeaux  glapissent  au  bas  du  gibet  ; un 


autre  renard-abbé,  coiffé 
de  la  mitre  et  la  crosse 
en  patte  ; un  troisième 
renard  enchaîné,  tenant 
un  sac  d’argent,  au  milieu 
d'oies,  de  grues  et  de  bé- 
casses ; un  singe  avec 
une  hallebarde  de  suisse  ; 
un  second  quadrumane 


Fig.  66. 


Fiir.  67. 


Fiff.  68. 


en  prière,  un  hibou  perché  sur  la  tête,  etc.  (J.  Mason  Neale  et 
Benj-Webb). 

2®  Eglise  de  Nailsea.  — Les  mêmes  auteurs  indiquent,  mais  sans 
le  moindre  détail,  une  sculpture  a des  plus  grossières  »,  sur  le  nord 
de  1 arc  de  triomphe  de  cet  édifice  religieux. 

Stamfort.  Entre  autres  sujets  peu  convenables  qui  historient  les 
culots  des  stalles,  on  remarque  le  baptême  d'un  chien. 


Stevington.  — Sur  une  stalle  (fîg.  68  his),  une  Victime  de  la 
dyspepsie  s’apprête  à restituer  le  trop-plein  stomacal  : c’est  la 
punition  de  la  Gourmandise.  Sursum  corda! 

Tewksbury.  — Comme  à Cambridge  pour  le  tombeau  de  Wiliam 
Ashton,  celui  de  lord  Abbat  offre  les  mêmes  particularités  : le 


50 


L A HT  PROFANE  A I.  EOEISE 


défunt  est  somptueusement  habillé  sur  l'entablement  et  paraît  au 
soubassement  à l’état  d'borrible  squelette  couvert  de  vers. 


Wellingrorougii.  — Augustin  Filon,  dans  la  Caricature  en  An- 
f/le  terre,  parle  d'un  bas-relief  de  cette  église  qui  représente  une 
jeune  cabaretière  {alewife)  grassouillette  et  appétissante. 

Elle  est  habillée  avec  une  certaine  recherche...  Son  corsage  s'échancre 
très  bas  sur  la  poitrine  ; un  petit  treillis  formé  de  cordons  entre-croisés 
s’oppose  à l’invasion  d’une  main  brutale,  sans  refuser  le  passage  à un 
doigt  indiscret:  demi-précaution  pour  une  demi-vertu.  Le  costume  dit  les 
mœurs.  Quand  on  a vu  ce  corsage,  on  sait  ce  qui  se  passait  dans  les  ale- 
hoiises,  meme  sans  lire  les  vers  de  Skelton  à dame  Elinour. 

Mais  un  proverbe  anglais  dit  : « Sein  découvert  ne  met  pas  le  cœur 
à nu  ».  Aussi,  comme  le  rappelle  Georges  Duval,  vhz  temps  de 
Shakespeare,  à la  cour  d’Elisabeth,  il  était  d’usage  que  les  vierges 
aient  le  sein  nu.  La  reine  elle-même  observera  cette  coutume  à 
l’âge  de  70  ans,  ainsi  qu'en  témoigne  llentzer  qui  la  vit  à Green- 
wich « le  sein  découvert,  comme  toutes  les  dames  anglaises  jusqu’à 
ce  qu’elles  se  marient  ». 

Wells.  Cathédrale.  — A signaler  une  néréide  peu  commune,  elle 
tient  un  lion  de  la  main  droite  et  relève  sa  queue  de  la  gauche  (fig.69)  : 
le  symbole  de  la  toute-puissance  des  charmes  féminins? 

Nous  n’insisterons  pas  sur  la  sortie  des  tombeaux;  les  ressuscités, 
hommes  et  femmes  à l’état  de  nature,  sont  isolés  ou  groupés  sous 
diverses  arcades  gothiques.  Le  motif  en  est  banal,  quoique  vif 


A NG  u:ti:khk  — écosse  — Irlande 


I s 1.  A N D I 


r ^ 

O / 


(fîj;'.  70,  71)  ; riiii  d’eux  étend  la  main  qui  ne  cache  rien  : tenons 
lui  conqile  de  rintention  (li^.  72). 


Winchester  h 


ORCESTER.  1®  Cathédrale.  — Tombeau  de  la  comtesse  de  Salis- 
bury,  en  1 honneur  de  qui  Edouard  III  institua  Tordre  de  la  Jarre- 
tière. On  voit  des  anges  ou  des  amours  qui  jettent  sur  le  sarcophage 
des  jarretières,  comme  d’autres  elïeuillent  des  roses.  « Il  est  inutile 
de  remarquer,  d après  Mme  de  Genlis,  combien  il  est  ridicule  de 
rappeler  sur  une  tombe  une  anecdote  de  ce  genre  - ». 

L ordre  du  Collier  — devenu  TAnnonciade  sous  le  pieux  Amé  VU 


1.  ly  comte  Crooclwin,  vers  lOEi,  sur  la  foi  de  l'ahljc  Holicrt,  appelé  eu  Auj^leterrc 
par  L.douard  le  Coiilcsscur,  accusa  la  reine  iMiime,  mèi‘c  d’Edouard,  « tTuii  com- 
merce scandaleux  » avec  Alwin,  évê(pic  de  ’UdnchesLer.  J^a  reine  démontra  son 
innocence  par  1 épreuve  du  feu  : les  yeux  haiulés,  elle  marcha  sans  éprouver  la 
moindre  douleur  sur  douze  socs  de  charrues  rougis  au  feu  ou  seulement  rougis  à 
la  peinture,  car  le  juf-ement  de  Dieu,  en  l’espèce,  nous  paraît  èti*e  une  couleur. 
Néanmoins,  le  roi  se  déclara  convaincu  et  demanda  pardon;  il  consentit,  en  expia- 
tion, a recevoir  le  fouet  avec  la  discipline,  de  la  main  de  l’évêipic  ininstenient 
accusé. 

2.  llappelons,  en  passant,  un  des  nombreux  illo-isines  des  imeurs  brilanniinics  : 
le  mot  iiantalon  est  schocliiiuf,  improper,  chacun  sait  ça,  et  la  jarretière  ipii  est 
au-dessous  ne  l’est  pas  ! Le  pantalon  n’existe  même  pas  dans  le  vocabulaire 
Ang-lais;  les  Ecossais  ont  fait  mieux,  ils  l'ont  supprimé. 


58 


i/aht  profane  a l église 


— a aussi  une  orig’ine  amoureuse,  ce  qui  ne  rempêclie  pas  d’être 
porté  en  l'église  de  Westminster  par  des  princes  d’Albion.  Cet 

ordre  vient  d’un  bracelet  qu’une 
dame  avait  tressé  avec  ses  cheveux 
pour  Amé  V,  en  lacs  d’amour  ; il 
portait  cette  devise  passionnée  : 
F.  E.  R.  T.  (Frappez,  Entrez,  Rompez 
Tout). 

Sur  une  autre  sépulture  est  sculp- 
tée  en  bas-relief  la  JVaissance  cVEve 
(fig.  73).  Adam  accouche  debout  et 
son  corps  à deux  troncs  simule  un 
monstre  dicéphale,  variété  des  mé- 
lionides,  genre  Rita-Gristina. 

2^^  Grcat-Malvern.  — Une  miséricorde  du  chœur  dissimule  dans 
son  ombre  le  groupe  burlesque  et  inconvenant  d’un  personnage  qui 
souille  au  derrière  d’un  diable  ; de  même  les  Scythes  souillaient 


Fig-.  73  his.  Fig.  73  ter. 

dans  l’anus  des  cavales  pendant  qu’on  les  trayait.  Cette  grossièreté 
ne  nous  est  pas  inconnue  et  vous  savez  que  des  esprits  subtils  y ont 
découvert  une  satire  à l’adresse  des  « soulïleurs  »,  des  hermétiques 
chercheurs  de  la  pierre  philosophale  (lig.  73  bis).  Mais  nous  diront- 
ils  pourquoi  les  beignets  souillés  ont  été  gratifiés  du  vocable  mondain 
« vent  d’ange  »,  vulgo  « pet  de  nonne  » ? 

Sous  une  sellette  voisine,  un  malade  et  son  médecin  semblent 
trinquer  à leur  santé,  l’un  avec  un  pot  de  tisane  et  l’autre  avec  un 
urinai;  à moins  qu’il  n’y  ait  qu’une  simple  coïncidence  dans  le  geste 
élévateur,  en  quel  cas  la  facétie  ne  serait  plus  qu  une  simple  image 
d’un  trait  de  mœurs  (fig.  73  ter). 


Fig.  73. 


ANC.T.ETERRE  — ■ ÉCOSSE  IRLANDE 


l S L A N D E 


59 


Nicosie  (Chypre).  SaintG- Catherine.  — Détail  du  portail  Nord  : 
une  néréide  tient  deux  poissons  à la  place  des  extrémités  de  sa 
queue  bifide,  attitude  ordinaire  de 
cette  ligure  allégorique  (fig.  74). 

Bemsouef  (Égypte).  Couvent  St- 
Antoine.  — La  boiserie  qui  ferme 
le  sanctuaire  de  l’église  grecque  et 
les  murailles  du  couvent  sont  ornées 
de  plusieurs  tableaux  sans  perspec- 
tive ; l’im  des  saints  du  schisme, 

Barsoum  le  Nu,  y est  représenté  au 
naturel^  en  justification  de  son  qua- 
lificatif. 

Avant  le  protectorat  anglais,  on  rencontrait  dans  les  villages  des 
bords  du  Nil  des  Sainions  absolument  dévêtus,  ermites  vénérés  de  la 
population,  surtout  des  femmes  qui  désiraient  être  fécondées. 


Fig-.  74. 


AUSTRO-IIONGKIE. 


TYROL 


\iENNE.  R Eglise  de  la  Cour.  — Tombeau  d’une  archiduchesse, 
sœur  de  Joseph  IL  Un  i^énie,  les  ailes  repliées  et  appuyé  sur  un 
lion, pleure  <(  la  Grandeur  et  la  Beauté  moissonnées  dans  leur  fleur  ». 
Sa  nudité  est  al)solue,  sauf  une  feuille  de  vig-ne  qui  l’accentue  encore  ; 
Ganova  en  a fait  une  sorte  d’Amour  adolescent  a pleurant  sa  pre- 
mière défaite  ». 

2^^  Belvédère.  — Peinture  religieuse  de  Jean  Van  Eyk  (1452)  où 
le  nu  abonde  : le  sein  droit  de  la  Vierge  tout  entier  est  dévoilé, 
comme  le  torse  du  Bcimbino  y a coté  d’eux,  Adam  et  Eve,  en  peau 
naturelle,  grignotent  la  pomme  fatale  qu’ils  tiennent  d’une  main, 
tandis  que  l’autre  leur  sert  de  pagne. 

En  visitant  les  églises  viennoises,  nous  avons  trouvé  beaucoup 
d’ornements  de  mauvais  goût,  mais,  pas  la  moindre  nudité,  à l’ex- 
ception toutefois  de  celle,  bien  anodine,  que  nous  venons  de  signa- 
ler. Dans  cette  ville  ultra-catholique,  la  censure  administrative  v 
est  très  sévère,  excessive  même.  Si  la  pudeur  est  une  vertu  chez  la 
femme  et  son  plus  bel  ornement,  dans  l’administration  elle  frise 
souvent  le  ridicule.  Ainsi  un  correspondant  du  Temps  raconte  qu’en 
août  1907,  les  autorités  préposées  à la  pudeur  publique  ont  interdit 
à la  devanture  des  libraires  et  papetiers  toutes  les  nudités,  mêmes 
artistiques  ! Défense  d’exhiber  la  Petite  plisse  de  Rubens,  ^ que  tout 
le  monde  peut  admirer,  couleur  en  plus,  au  Musée,  et  les  Filles  de 
Leiicippe  du  même  peintre  ! 

1.  V.  nos  Seins  et  V Allaitement  dans  l'Histoire,  lig-.  13;i. 


02 


L ’ A R T 1‘  R O F A N F A l/  !■]  G L I S i: 


L’autorité  viennoise  entend  sans  doute  marquer  à Castor  et  Pollux  sa 
désapprobation.  Nous  ne  saurions  le  lui  reprocher.  Il  est  fâcheux  seule- 
ment que  Rubens  soit  atteint  par  contre- 
coup. 11  n’est  pour  rien  dans  l’acte  lui- 
même.  Son  rôle  s’est  borné  à raconter, 
le  plus  loyalement  qu’il  a pu,  ce  déplo- 
rable attentat  aux  nnjeurs.  Tout  au  plus 
pourrait-on  lui  reprocher  d’avoir  plaidé 
pour  les  divins  ravisseurs  les  circons- 
tances atténuantes,  par  la  manière  dont 
il  a exposé  le  corps  du  délit...  Après 
tout,  cette  aventure  s’est  terminée  par 
un  double  mariage  mythique.  Voilà  ce 
que  les  autorités  viennoises  ne  devraient 
pas  oublier. 

Et  cette  toile  appartient  à la  Pina- 
cothèque de  Munich,  où  elle  est 
visible.  Voilà  donc  le  maître  anver- 
sois  et  son  modèle  favori,  Hélène  Fourment,  convaincus  de  por- 
nographie ! Ces  pudiques  ronds  de  cuir  viennois,  ces  fanfarons 
de  vertu,  émules  de  notre  sot  Sosthène  de  La  Rochefoucauld, 
tiennent-ils  tant  a rappeler  que  les  Austro-Hongrois  ont  du  sang 
d Ostrogoth  dans  les  veines?  La  pudeur  et  la  chasteté  sont  des 
sentiments  contre  nature;  ils  n’ont  été  imaginés  que  par  les  lai- 
drons  : (,asla  est  quam  nemo  j'oçjavit  (Celle  qui  est  chaste  est  celle 
que  personne  n’a  sollicitée),  dit  fort  bien  Bussy-Rabutin. 

3®  Saint-Etienne-. 

Egra  (Bohème).  — Sur  un  chapiteau  de  cette  église,  les  deux 
sexes  exposent  les  organes  réputés  souverains  contre  les  maléfices 
(lig.  75).  Quelques  esprits  pointilleux  et  fervents  de  Pau  delà 
assurent  y reconnaître  une  audacieuse  liguration  de  nos  premiers 
parents,  mais  il  est  plus  logique  de  rapprocher  ces  images  chrétiennes 
des  priapes,  phallus  et  Shelah-na-Gig  protecteurs  reproduits  sur 
les  anciens  édifices  civils  et  relisrieux. 

O 

1.  Bien  que  les  yeux  chassieux  des  chastes  aient  la  berlue,  nous  avons  expurgé  à 
leur  intention  le  réalisme  trop  criard  de  ces  images  religieuses. 

-1.  Le  pavé  de  la  cathédrale  viennoise  est  jonché  de  tombes.  A celle  de  l’empe- 
reur Frédéric  II,  sur  son  sceptre  se  lisent  les  cinq  lettres  initiales  A.  E.  I.  O.  de 
la  célèbre  devise  de  la  maison  d’Autriche  : Austriæ  Est  Imperare  ürhi  Universo. 


Fig.  7â.  — D’après  von  Ilamnicr- 
P ü rgs  t al  1 , Eu  ndcjr  ii  h e n 
des  Orients,  vol.  VI.  p.  20 L 


A USTUU- HONGRIE  — TYRüL 


63 


l)RixEN  (Tyrol).  — Misson  a vu  dans  l’église  de  cette  ville  un 
tableau  curieux  : Jésus  fait  couler  dans  un  grand  bassin  le  sang  de 
son  côté,  ouvert  par  la  lance  de  Longin;  la  Vierge  presse  ses  mamelles 
et  le  lait  qui  en  jaillit  tombe  dans  le  même  récipient.  Le  trop-plein 
s’écoule  dans  un  second  bassin  et  se  perd  au  fond  d un  gouffre  de 
flammes,  où  les  âmes  du  Purgatoire  des  deux  sexes,  en  bustes  nus, 
« s’empressent  à recevoir  cette  précieuse  liqueur  qui  les  console  et 
les  rafraîchit  ». 

Au  bas  de  cette  vieille  peinture  on  lit  une  inscription,  en  latin  de 
sacristie  : 

Dum  finit  e Christi  benedicto  Vulnere  sanc/uis, 

Et  dum  Virçjineum  lac  pia  Virgo  premit, 

Lac  finit  et  sanguis,  sanguis  conjungitnr  et  lac, 

Et  sit  Fans  vitæ,  Fous  et  Origo  boni. 

(Tandis  que  le  sang  s’écoule  de  la  blessure  bénie  du  Christ  et  que  la 
Vierge  sainte  presse  son  sein  virginal,  le  lait  et  le  sang  jaillissent  et  se 
mélangent,  et  deviennent  la  Fontaine  de  vie,  la  Fontaine  et  la  Source  du 
bien  ). 


Trente  h — Prague^. 


1.  Le  même  voyageur  rapporte  les  deux  derniers  vers  d’une  épitaphe  qu’il  a lue 
dans  l’église  Saint-Marc.  C’est  une  jeune  femme  débonnaire,  Dorothée  Tonna,  qui 
s’adresse  à son  mari  : 

Inimalura  péri  ; xed  la  diulariiior,  armos 
Vive  jneos,  Conjux  optime,  vive  laos. 

(Je  suis  morte  prématurément;  mais  toi,  mon  excellent  époux,  vis  plus  longtemps, 
vis  mes  années,  vis  les  tiennes.) 

2.  Entre  les  multiples  statues  qui  ornent  le  pont  de  la  Moldau,  celle  de  saint 
Jean  Népomucéne,  le  patron  révéré  de  la  Bohême,  est  l’objet  d’un  culte  tout 
particulier.  Tandis  qu’il  était  aumônier  de  l’épouse  de  W'enceslas  l’Ivrogne,  cet 
alcoolique  le  tit  précipiter  dans  le  fleuve,  parce  qu’il  refusa  de  violer  le  secret  de  la 
confession,  en  lui  dénonçant  les  fautes  dont  la  reine  s’accusait.  Hippolyte  Durand 
a vu  de  pauvres  gens  s’agenouiller  devant  le  saint  et  a remar([ué  qu’ils  se  relevaient 
plus  « sereins  >»  ...On  le  serait  à moins. 


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BELGIQUE 


Aerschot.  — Une  miséricorde,  d’après  Maeterlinck,  porte  deux 
femmes  nues  qui  fondent  l’une  sur  l'autre,  la  lance  en  arrêt;  elles 
((  chevauchent  sur  des  hommes  qui  rampent  sur  les  genoux  et  les 


Alosï.  Saint-Martin.  — Cette  église  possède  un  tableau  historico- 
allégorique  de  Hubens,  la  Peste  d’Alosl  (fig.  70),  qui  ne  manque  pas 
de  valeur,  quoique  peint  en  huit  jours.  Nous  y voyons  saint  Roch 
envoyé  par  le  Christ  au  secours  des  pestiférés  qui  l’implorent.  La 
femme  dépoitraillée  qui,  dans  tous  les  thèmes  semblables,  étale  ses 
mamelles  au  premier  plan,  est  ici  reléguée  au  second  ; elle  use  large- 
ment de  ce  privilège,  bien  qu’elle  n’ait  pas,  comme  à l’ordinaire 
et  pour  excuse,  un  enfant  auprès  d’elle  et  qu’elle  soit  entourée 
d hommes.  Pour  un  tableau  d autel,  ce  nu  est  excessif  j Rubens  n’est- 
il  pas  coutumier  de  ces  libertés  ' ? 

Anvers.  1»  Notre-Dame  ^ — Transept  Sud.  Inutile  d’appeler  l’at- 
tention du  visiteur  sur  la  Descente  de  Croix  de  Rubens,  la  plus 


mains  ». 


1.  Dans  les  Flandres,  autrefois,  la  pudibonderie  de  l’école  Béi 
Ognic  de  Luxembourg,  épouse  de  Baudoin  à la  belle  barbe,  lièi 
devenue  enceinte  dans  un  Age  fort  avancé,  lit  dresser  une  b 


drenger  était  inconnue. 


al  des  troubles  fut  traînée  la  corde  au  cou  à travers 


l'art  profane.  — II. 


i/art  profane  a i/éolise 


G() 


fameuse  de  ses  conceplions  religieuses.  Le  volet  gauche  de  ce  ma- 
gnifique et  grandiose  triptyque  est  occupé  par  la  Visilalion  : Isabelle 
Brandt  y représente  la  Vierge  au  terme  d’une  grossesse  qui,  selon 
saint  Luc  b ne  fait  que  commencer  ; la  personne  qui  porte  une 
corbeille  serait  le  portrait  de  sa  fille. 

Transept  Nord.  \J Erection  de  la  Croix  est  un  autre  triptyque  du 
même  maître  qui  fait  pendant  au  précédent.  Le  sujet  du  volet 
gauche  représente  les  Disciples  et  les  Saintes  femmes  ; au  premier 
plan,  une  mère  à genou  donne  le  sein  à son  enfant  (fig.  77).  Elle  fait 
partie  d’un  groupe  d’autres  femmes  « effrayées  à la  vue  d’une 
vieille  qui  vient  de  sortir  du  tombeau  »,  dit  un  critique  d’art;  mais 
nous  nous  permettrons  de  censurer  ce  censeur  : la  « vieille  » en 
question  est  comprise  dans  le  groupe  des  femmes  éplorées  devant 
le  terrible  spectacle  de  la  Crucifixion  Sur  le  volet  droit  est  peint 
le  Crucifiement  des  larrons^  dont  les  bassins  sont  voilés  contraire- 
ment à la  tradition 

Victor  Hugo,  lors  de  son  voyage  en  Belgique,  à la  date  du 
22  août  1837,  se  plaint  du  doyen  de  la  cathédrale,  un  certain 
M.  Lawez^  qui  a fait  couvrir  d une  serge,  « sous  prétexte  d’indé- 

1574,  puis  brisée,  huit  ans  avant  la  mort  de  ce  valet  du  bourreau  Philippe  II, 
prince  que  l’on  n’a  jamais  vu  rire,  ({ui  se  plaisait  seulement  aux  spectacles  éclairés 
par  les  flammes  des  autodafé  et  préférait  régner  sur  des  cadavres  plutôt  que  sur 
des  hérétiques.  Tels  sont  les  sentiments  et  les  goûts  qu'inspira  le  fanatisme  religieux 
à ce  condottiere  scélérat  du  catholicisme. 

1.  A",  nos  Accouchemenls  dans  les  Beaiix-Arls,  fig.  12. 

2.  Ce  musée  chrétien  ne  se  contente  pas  de  donner  des  distractions  profanes  aux 
yeux  des  fidèles,  il  réjouit  encore  leurs  oreilles  — surtout  les  vendredis,  jours  de 
marché  — par  son  carillon  de  (luatre-vingt-dix-neuf  clochettes  qui  « jouent,  dit 
Gonty,  tous  les  airs  possibles  depuis  l’opéra  jusqu’aux  ariettes  les  plus  légères  ». 
De  plus,  les  dimanches  et  jours  de  fêtes,  à 10  heures,  on  y exécute  les  messes  des 
grands  compositeurs  de  musique  religieuse. 

3.  Relevons  l'inscription  de  la  tombe  du  peintre-forgeron  Quentin  Metzys  qui  fut 
enterré  aux  pieds  de  la  cathédrale,  proche  du  grand  portail  ; conivviuahs  .\mor  de 
MVLCinRE  EECiT  APELLEM,  (D’uii  forgcroii  famour  conjugal  fit  un  Apelle.)  Cette  cu- 
rieuse épitaphe  fait  allusion  à son  mariage.  Quentin,  vous  le  savez,  fut  d’abord 
maréchal  et  martela  de  feuillages  le  puits  placé  près  de  cette  église,  mais  il  ne  put 
obtenir  la  main  de  la  fille  d’un  peintre  qu’à  la  condition  de  remplacer  le  marteau  et 
l’enclume  par  le  pinceau.  L’auteur  du  Voyage  de  Brabant  (IG08)  — un  pédant  — 
à qui  nous  empruntons  ces  détails,  ergote  sur  le  sens  de  l’inscription  funéraire  : 

« Connuhialis  amor,  est  l’amour  d’un  mari  pour  sa  femme,  ou  d’une  femme  pour 
son  mari  (chose  qui  passe  pour  être  fort  rare).  Or,  Quentin  étant  amoureux  d’une  fille, 
([ui  n'étoit  pas  encore  sa  femme,  on  ne  peut  pas  appeler  son  amour  d’alors  connu- 
bialis  amor.  Il  aimoit  pour  se  marier;  mais  on  ne  pouvoit  pas  dire  alors  qu’il  fût 
amoureux  et  marié.  )>  La  même  particularité  s’applique  à l’ex-chaudronnier  Antoine 
Solari,  dit  le  Zingaro. 


I!  Ku;  I nri'] 


G7 


cence  »,  un  Jwjement  demie?'  de  Backers,  son 
« Impossible,  écrit-il,  de  faire  lever  cette  ser^-e. 


meilleur  tableau. 
Voilà  un  stupide 


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1 

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G8 


l’art  RROFANË  a i/ EGLISE 


doyen,  n’est-ce  pas?  » Encore  un  « pauvre  d’esprit  )>  qui  se  croyait 
((  bien  pensant  » ! 

2®  Saint-Paul.  — Transept. 
Admirons  d’abord,  une  Flacjel- 
lation  de  Rubens,  dont  le 
Christ  et  l’un  de  ses  bourreaux 
sont  presque  nus  (fig.  77  Lis)  ; 
puis,  dans  le  bas-coté  du  sud,  les 
Sept  œuvres  de  miséricorde^  de 
Téniers  le  Vieux,  où  une  mère 
abreuve  son  enfant  à son  sein. 

o"*  Saint-Jacques.  — Expo- 
sition permanente  de  peinture 
et  de  sculpture.  Chapelle  de  la 
Sainte-Trinité.  Saint  Pierre 
trouve  dans  le  corps  d’un  pois- 
son (d’Avril)  la  pièce  du  tribut. 

Chapelle  de  Rubens.  Là  re- 
pose le  gT-and  artiste  aux  côtés 
de  ses  deux  femmes  Isabelle 
Brandt  et  Hélène  Fourment. 
Le  maître  de  l’école  flamande 
a fait  revivre  ses  deux  meil- 
leurs modèles  dans  le  tableau 
d’autel,  ex-voto  de  famille,  la  Vierge  et  V Enfant  Jésus,  accom- 
pagnés des  saints-.  Isabelle  paraît  sous  la  figure  de  Marie  ou  de 
Marthe,  et  Hélène  en  Madeleine,  fortement  dégralfée.  Mlle  Lun- 
den  ^ serait  l’une  des  deux  autres  saintes  placées  derrière  la  Vierge 
ou  la  Vierge  elle-même  ; saint  Jérôme  aurait  les  traits  du  père  de 


làü-.  77. 


1.  Les  Sept  œuvres  de  miséricorde  spirituelle  et  les  Sept  œuvres  de  miséricorde 
corporelle  sont  énumérées  en  deux  hexamètres  mnémoniques  : 

Cüiisiile,  Carpe,  Duce,  Solare,  Remilte,  Fer,  Ora, 

VisUo,  Polo,  Ciho,  Re<Finio,  Tego,  Colligo,  Condo. 

2.  Les  Seins  dans  l’Histoire,  lig.  13G. 

3.  Dont  le  portrait  a une  réputation  universelle,  sous  le  nom  de  Chapeau  de  paille 
(Londres). 


1^  E T.  G 1 Q U E 


09 


Hiibeiis  et  saint  Georges  ceux  du  peintre  ; enfin,  on  a reconnu  dans 
le  temps,  son  grand-père,  et  sous  les  ailes  d’un  ange,  son  plus 
jeune  lils. 

L autel  est  dominé  par  une  Mater  dolorosa  en  marbre  de  Luc 
Fayd’lierbe,  portant  fixé  dans 
le  sein  gauche  un  ^^etit  sabre 
qui  se  tient  horizontalement. 

Chapelle  Sainte-Anne.  Une 
mère  penchée  sur  un  berceau 
donne  le  sein  à son  nouveau- 
né. 

(diapelle  Saint- Charles - 
llorromée.  Jacques  Joardens 
le  Vieux  (1655)  montre  le 
saint  aux  pestiférés  de  Milan  ; 
sur  le  i^remier  plan,  on  aper- 
çoit le  groupe  inévitable  de 
l’enfant  pendu  au  sein  de  sa 
mère  expirante. 

Chapelle  de  la  Visitation. 

Peinture  de  Victor  Wolfvœt, 
qui  a trait  à la  rencontre  des 

deux  cousines  enceintes.  Ici,  l’artiste  a donné  à sa  Vierge  les  traits 
d Hélène  Fourment  ; il  devait  bien  cette  compensation  à celle  qui 
avait  été  représentée  en  pécheresse,  par  son  époux,  dans  sa 
chapelle  mortuaire. 

Chapelle  Saint-Antoine.  Tableau  d’autel,  la  Tentation  du  saint 
ermite,  où  Martin  de  Vos  le  Vieux  s'est  donné  le  malin  plaisir  de 
figurer  l’esprit  des  ténèbres  sous  les  traits  gracieux  de  son  épouse, 
Jeanne  Leboucq,  avec  iiir  décolleté  de  circonstance.  En  arrière  de 
saint  Antoine,  un  démon  porte  un  collier  de  quatre  œufs  d'autruche 
dont  la  forme  et  la  couleur  simulent  deux  paires  de  mamelles  et 

lui  donnent  l’aspect  d’une  caricature  de  Diane  d’Ephèse,  multi- 
mammée. 

Chapelle  Saint-Pierre  et  Saint-Paul.  Un  Jugement  universel, 
triptyque  de  Bernard  van  Orlay,  offre  le  spectacle  savoureux  de 
séduisantes  damnées  en  peau.  Sur  l’un  des  volets  figurent  sainte 


Fiij’.  77  his. 


70 


l’aRI'  profane  a l/ÉflLISE 


(Catherine  et  Mine  Ixockox,  femme  du  bourgmestre  donateur  et 
descendante  de  la  Mère  Gigogne,  avec  ses  onze  biles  '. 

Saint- André.  — \ J Ange  gardien  d’Erasme  Quellyn  le  Vieux, 
élève  de  Uubens,  protège  son  pupille  contre  les  séductions  du 
monde.  La  Volupté  sous  les  dehors  d'une  mondaine  le  tire  par  le 
bras,  tandis  que  l’Amour  tend  son  arc  et  s’apprête  à lui  décocher 
une  flèche  ardente. 

5°  Saint- Walbur gis.  — Abraham  Golnitz,  dans  son  Voyage  en 
Belgique  et  en  France  (1631),  raconte  qu’un  priape  figurait  sur  la 
porte  d’entrée  de  la  clôture  de  cette  église,  détruit  sans  doute 

D’après  cet  auteur,  à certaines  fêtes,  les  Anversoises  enguirlan- 
daient de  fleurs  ces  attributs  de  la  fécondité;  nous  savons  que 
Priape  et  le  dieu  Mutinus  eurent  pour  successeurs  saint  Foutin, 
corruption  de  FoLinus,  premier  évêque  de  Lyon,  saint  Greluchon,  etc.; 
de  même  Esculape  fut  remplacé  par  saint  Luc,  Lucine  par  sainte 
Marguerite,  etc. 

6®  Musée — Il  possède  un  second  Jugement  de  Bernard  van 
Orley  ; les  nudités  y sont  encore  en  nombre  respectable  et  les  sexes, 
au  milieu  de  la  vallée  de  Josaphat,  se  coudoient  dans  une  promis- 
cuité confuse.  Ge  sujet  est  fort  répandu  dans  les  Pays-Bas  : c’était 
alors  la  coutume  de  placer  un  Jugement  dernier  dans  la  salle  du 
tribunal,  comme  naguère  en  France,  un  Ecce  Homo. 

Bruges.  V Cathédrale  Saint-Sauveur.  — Bas  côté  sud.  Dans  le 
Martyre  de  saint  Hippolyte.^  triptyque  de  Dierick  Bouts,  le  saint, 
dépourvu  de  draperie,  est  étendu  sur  le  sol;  à ses  membres  sont 
attelés  quatre  vigoureux  chevaux  pour  l’écarteler. 

1.  Avant  de  quitter  Saint-Jacques,  relevons  une  malice  flamande  anticléricale  qui 
termine  Tepitaphe  du  richissime  Corneille  Van  Landscliodt  : 

Men  windt  den  lieinel  met  gexvclt, 

Of  is  te  tioup  door  hriicht  l'un  gelt. 

On  obtient  le  ciel  avec  des  dons 

Et  on  le  garde  par  la  puissance  de  l’argent. 

2.  Le  Musée  de  peinture  occupe  un  ancien  couvent  de  franciscains  et  le  Musée 
moderne  est  établi  dans  la  partie  de  ce  couvent  dont  l’entrée  est  rue  de  Vénus, 


15  E L G 1 Q E I-' 


71 


Pourtour  du  chœur.  Peinture  d’un  primitif  : La  Vierge  et  saint 
Bernard  y en  ((  tete  à tette  » sans  doute  ? 

Le  mausolée  de  Charles  le  Téméraire  et  de  sa  fille  est  couvert 
d'écus  des  duchés,  comtés  et  seigneuries 
apportés  en  dot  par  la  princesse,  victime 
d’une  chute  de  cheval.  Ces  blasons  sont 

soutenus  par  des  figu- 
rines féminines  dont 
plusieurs  ont  le  buste 
dépouillé  de  tout  vête- 
ment (fig.  78). 

Les  miséricordes  des 
stalles, comme  celles  de 
la  cathédrale  d’Amiens, 
sont  sculptées  de  sujets 
sacrés  et  profanes  où 
ITiistoire  se  mêle  au 
svrnbole,  à la  satire  et 
à la  fantaisie. 


Fii 


fS. 


Fig-.  78  his.  — Groupe 
reproduit  par 
La  Belgique  illuslrée. 


2°  Notre-Dame.  — 

Les  sculptures  y sont 
plus  remarqualjles  que  les  tableaux  ; au  premier  rang  figure  le 
groupe  de  Michel-Ange  qui  décore  l’autel  de  la  chapelle  du  Saint- 
Sacrement  et  représente  la  Vierge  et  Jésus  (fig.  78  his).  Le  Bambino 
a grandi  et  est  sevré  depuis  longtemps  comme  l’indique  la  fibule 
qui  ferme  le  corsage  virginal,  mais  il  n’a  pas  perdu  Phabitude  du 
nu  absolu.  Rubens  risque  la  même  audace  dans  un  tableau  du 
musée  de  Bruxelles,  où  Jésus  adolescent  ne  porte  pas  encore 
de  tunique. 


3°  Académie  des  Beaux-Arts.  — Le  Jugement  dernier  du  primitif 
Jean  Provost  fourmille  de  bizarreries.  D’abord,  le  Christ  justicier 
(fig.  79),  buste  nu,  semble  se  presser  la  mamelle  droite,  mais  en 
réalité  il  montre  sa  plaie  à la  Vierge  qui,  comme  dans  le  Christ 
voulant  foudroyer  le  monde^  de  Rubens,  lui  présente  le  sein  qui 

1.  Anect.  hist.  et  relig.  sur  les  seins,  üg.  87  bis.  « On  peut  tout  critiquer  dans  ce 


5* 


i/aUT  IMIOFANE  A 1/É(1LISE 


l’a  nourri.  Quelques  esprits  pieux  protestent  contre  cette  exhi- 
bition  du  sein  virginal  ; ils  oublient  les  paroles  de  saint  Hernard  : 

Mater  os  tendit  filio  pectus 


Fiu-.  71). 


et  ubera  ; fdius  ostendit 
patri  latiis  et  viilnera. 

Au-dessous  vaguent  les 
élus  et  les  réprouvés  en 
nombre  très  restreint,  une 
douzaine  au  j)lus  ; c’est  le 
Jugement  qui  en  contient 
le  moins.  Il  est  vrai  que 
les  éclievins  de  l’hôtel- 
de-ville  dont  le  tableau 
de  Provost  ornait  la 
grande  salle,  chargèrent 
Pierre  Pourbus,  le  Da- 


niel de  Volterre  flamand,  d’effacer  un  char  entraînant  des  ecclé- 
siastiques nus  vers  l’Enfer.  Du  côté  des  bienheureux,  nous  remar- 
quons un  groupe  charmant  formé 
par  une  reine  et  un  ange  qui  lui 


80. 


Fic’.  81. 


retire  sa  robe  et  sa  couronne  (lig.  80).  Du  côté  des  damnés,  notons 
le  groupe  terrifiant,  constitué  par  une  impure  agenouillée  s'arrachant 


1 


tableau,  écrit  E.  Fromentin,  le  Christ  qui  n’est  que  ridicule,  le  saint  François  qui 
n’est  qu’un  moine  épouvanté,  la  Vierge  qui  ressemble  à une  Ilécubc  sous  les  traits 
de  la  plantureuse  beauté  d’Hélène  Fourment...  et  pourtant  je  ne  crois  pas  qu’on  ait 
trouvé  beaucoiq)  d’elïets  pathétiques  de  cette  vigueur  et  de  cette  nouveauté.  » 


M E I.  G I O U E 


1 ‘> 
/ O 


les  cheveux  de  désespoir  et  uii  monstre  infernal  c|iii  la  saisit  et 
l’attire  dans  le  ^-oullVe  en  feu  (lig-.  81). 

Pourbus  a aussi  son  Jiujement  mais,  pour  satisfaire  la  gravité  des 
municipes  il  n’a  fait  figurer 
parmi  les  damnés  aucun  per- 
sonnage de  marque  ; tous 
symbolisent  les  péchés  ca- 
pitaux. 

Hôpital.  — Le  pan- 
neau de  gauche  d’un  dip- 
tyque de  Hans  Memling  est 
occupé  par  la  Viercje  et  ren- 
iant Jésus.  Une  main  sacri- 
lège a mutilé  l’image  du 
Bamhino  et  en  a fait  un 
petit  Abélard,  Gomme  quoi 
la  Pudeur  n’est  pas  seule- 
ment fille  de  la  Laideur, 
mais  aussi  de  la  Bêtise. 


Bruxelles.  U Saint-Jac- 
ques. — Dans  une  Sainte 
Famille  de  Rubens,  on  re- 
lève une  singularité  de  com- 
position : nous  y voyons  symétriquement  disposés  deux  enfants 
nus  (Jésus  et  saint  Jean),  femmes  (la  Vierge  et  sainte  Elisa- 

beth), deux  vieillards  (Joseph  et  Zaccharie),  ce  dernier  offre  à 
Jésus  une  branche  de  pommier  portant  c/eno;  pommes  ; enfin,  deux 
lapins  et  un  mouton  à côté  de  la  seconde  toison  du  petit  Jean 
(fig.  81  bis).  Mais  la  Vierge  rompt  cette  curieuse  dualité  en  ne  mon- 
trant qu’un  sein,  le  gauche.  Réveil  a gravé  ce  curieux  tableau 
dans  son  Musée  de  sculpture  et  de  peinture^ 

■2«  Sainte-Gudule  et  Saint-Michel.  — La  chaire,  dite  de  Vérité 
était  destinée  aux  Jésuites  de  Louvain  ; elle  abrite  la  Mort  poursui- 

1.  Tome  I,  pl.  2.  Eygimann,  édit. 


Fi”-.  81  bis. 


74 


L^VRT  PROFANE  A L^îdLlSE 


vant  Adam  et  Eve  qui,  particularité  curieuse,  sont  habillés.  h>e 
emmitouflée  tient  à la  main  une  pomme  encore  intacte.  « L’En- 


semble, dit  V.  Hugo,  ami  de  l’antithèse,  est  prodigieusement  rococo 
et  prodigieusement  beau.  » 

Autre  détail  intéressant  : le  corsage  de  la  Chaînté  qui  orne  le 
mausolée  du  chanoine  Triest  est  hermétiquement  fermé.  De  nu,  il 
y a : l’enfant  sur  ses  genoux  qui,  nouveau  Tantale,  en  est  réduit 
à téter  son  pouce  ; un  autre  orphelin  à qui  elle  offre  un  bol  de  lait  et 
la  Vertu ^ dont  le  torse  est  entièrement  découvert  (fîg.  81  ter).  L’ar- 
tiste qui,  contrairement  à la  tradition  artistique  de  toutes  les  écoles, 
surtout  de  Técole  italienne,  a vêtu  la  Charité ^ semble  avoir  voulu 


exprimer,  à Taide  du  pinceau,  l'idée  qu’on  se  fait  de  cette  Vertu  et 
de  sa  discrétion  : 

Quanta  si  monstra  men,  tanta  è pin  hella. 

(Elle  est  d’autant  plus  belle  qu’elle  se  montre  moins  b) 


3""  Notre-Dame-de-la-Ghapelle  ^ — 

Chapelle  de  la  Vierg-e.  Monument 
des  Spinola  : le  buste  de  run  d’eux 
surmonte  une  pyramide  à laquelle 
s’adosse  le  groupe  principal  (lig.  81 
quarte).  Le  Temps  se  dispose  à re- 
mettre à la  Renommée  le  médaillon 
du  second  Spinola,  que  la  Mort^ 
blottie  entre  ses  jambes  s’efforce  à 
retenir.  Le  personnage  agenouillé  est 
Albertine  Isabelle,  l'épouse  d’Hya- 
cinthe, qui  a élevé  ce  monument  à sa 
glorification  ; « elle  semble,  dit 

Edouard  Fétis,  prier  Dieu  de  donner 
un  heureux  dénouement  à ce  duel 
allégorique  »,  assez  obscur. 

4*"  Musée  royal.  — La  Légende  de 
Marie- Madeleine.^  triptyque  de  J. 
Gossaert,  dit  Mabuse^,  « le  premier 
de  l’école  flamande,  écrit  J.  Wau- 
ters,  qui  osa  substituer  aux  modestes 


Fig.  81  qiinrle. 


1.  Qumit  au  muimmeiit  en  marbre  exécuté  par  Guillaume  Gecfs  à la  mémoire  du 
comte  Ip’édéric  de  Mérode,  tué  en  1830  au  combat  de  Bcrchem  et  dont  les  armes 
de  la  lamille  sont  accompagnées  de  cette  lière  devise  : « Plus  d’honneur  que 
d’honneurs  »,  il  évoque  à l’esprit  le  souvenir  profane  de  la  ballerine  parisienne, 
doublement  belge  et  par  droit  de  naissance  et  par  droit  de  conquête,  qui  semble 
avoir  retourné  à son  prolit  cette  Hère  devise. 

2.  Une  dalle  en  marbre  noir  indique  l’endroit  où  reposent  les  restes  de  Jean- 
Baptiste  Rousseau,  mort  en  exil,  « dûment  convaincu  d’avoir  composé  des  vers 
impurs,  satiriques  et  dill'amatoircs  »,  et  qui  eut  pour  épitaphicr  ’c  licencieux  Piron  : 


Ci-git  1 illuslre  et  malheureux  Housseaii, 

Le  Brabant  lut  sa  tombe  et  Paris  sou  berceau. 
Voici  l’abrég’é  de  sa  vie 
Qui  lût  troj)  courte  de  moitié  ; 

Il  lut  trente  ans  digue  d'envie 
Et  trente  ans  digne  de  pitié. 

3.  Attribué  aussi  à Van  Goninxlo,  de  l’école  néerlandaise. 


l’art  profane  a l’ÉFxLISE 


7f) 


patronnes  mystiquement  encapnchonnées  de  l’école  gothique  les 
saintes  aux  mythologiques  nudités  plantureusement  étalées  ».  Au 


panneau  central,  la  pécheresse  baise  les  pieds  du  Christ,  sous  la  table 
de  Simon  le  pharisien,  et  les  oint  de  parfums.  Pour  accomplir  cet 
acte  d humilité,  elle  est  obligée  de  prendre  une  attitude  qu’un  des 
convives  montre  du  doigt,  en  riant,  à son  voisin  (fîg.  82).  Le  volet 
droit  rappelle  l’ascension  — sur  l'aile  des  anges  — de  la  patronne 
des  filles  repenties,  vêtue  seulement  de  sa  blonde  chevelure. 

Le  Christ  du  Saint  François  sauvant  le  nionde  \ par  Rubens,  n'est 
autre  que  l’Appolon  Pythien  du  Gouvernement  de  la  reine  du  même 
artiste. 


Enghien.  Eglise  des  Capucines.  — Le  tombeau  en  albâtre  de 
Guillaume  de  Groy,  archevêque  de  Tolède,  mort  à Worms  en  1521, 


1.  Anect.  hist.  el  relief.,  flg.  87  bis. 


H EL G I QUE 


77 


est  chargé,  sur  le  socle,  de  nudités  mythologiques  (hg.  83)  et,  au 
Ironton,  de  nudités  chrétiennes  du  Jugement  universel  (lig.  84). 


Gand.  1°  Saint-Bavon  h — La  chaire,  chef-d’œuvre  de  Laurent  Del- 


Fig-.  84. 

vaux  (1743),  est  d un  style  moins  austère  que  celle  de  la  cathédrale 
de  Bruxelles.  Nous  y voyons  le  Paganisme,  vieillard  nu  qui  som- 

1.  En  1G03,  la  foudre  abaUil  la  llèclie  de  la  tour,  mais  l’esprit  religieux,  dans  sa 
lucidité  et  son  ecpiite  habituelles,  se  refusa  à accuser  le  feu  du  ciel  et  s’en  prit  à deux 

et'rlXrnnTn  T""  f demeures,  - l’une  habitait  Bruxelles 

et  1 autre  llarlebeke,  — lurent  convaincues  d’avoir  incendié  la  llèclie  « nar  l’inter 
mediaire  de  Satan  »,  et  furent  brûlées  vives.  ’ ^ 


78 


l'  a UT  PUOFANK  A l’É(;lISL 


meille  au  pied  d'un  arbre  84  his):  près  de  lui,  la  Vérité  soif^neu- 
sement  drapée,  conformément  à la  symbolique  chrétienne,  le  réveille 


Fie'.  >S  i /j/s. 


par  ces  paroles  de  saint  Paul  : Surge  qui  dormis,  ci  eæsurqc  a 
moriuis  et  illuminahit  te  Christus^ . 

A gauche  de  Pautel  s'élève  le  remarquable  mausolée  de  l'évêque 
Albert-Eugène  d'Allamont,  par  Jean  Delcourt.  Le  prélat  est  age- 
nouillé aux  pieds  de  la  \ ierge  qui  porte  Jésus  nu.  Derrière  lui^  le 
Génie  de  la  Mort,  sous  les  traits  d'une  femme  à la  poitrine  dévoilée 
(lig.  8o),  s avance,  un  glaive  à la  main,  pour  exécuter  la  fatale  sen- 
tence. Ce  personnage  allégorique  fait  double  emploi  avec  le  squelette 
en  cuivre  doré  qui  émerge  du  sarcophage. 

Le  mausolée  d Antoine  Triest,  par  Jérome  Duquesnav,  qui  occupe 
le  côté  opposé  du  maître-autel  passe  pour  le  chef-d’œuvre  de  la 
sculpture  en  Belgique.  Le  prélat  est  couché  sur  un  sarcophage  entre 
la  Vierge  et  Jésus-Christ  nu,  les  reins  drapés,  appuyé  sur  la  croix  ; 
six  angelots  pudibonds,  munis  de  draperies  protectrices,  complètent 
Lornementation  de  ce  groupe.  Rien  de  plus  décent,  et  pourtant 
1 artiste  qui  La  conçue  n’était  qu'un  malpropre  uraniste  pris  en  fla- 
grand  délit  dans  la  cathédrale  même,  en  1054  : il  fut  condamné  à 


1.  Cf.  II.  Ilymans,  Gund  et  Tournai'^  II.  Laureus,  édit. 


n E r.  (’.  I O i:  e 


79 


otro  étranglé  puis  brûlé.  En  Italie,  où  il  avait  contracté  ce  que  nous 
avons  appelé  le  ((  vice  a icrcjo  »,  il  empoisonna  son  frère  Francisco 
Haniingo,  François  le  Flamand,  — auteur  du  Manneken-Pis  de 
Bruxelles  et  des  ornements  principaux  du  baldaquin  de  Saint-Pierre 
de  Rome,  — qui  l’avait  chassé  à cause  de  sa  dépravation.  Un  arg'U- 
ment  de  plus  en  faveur  de  notre  thèse  où  nous  soutenons  qu’il  n’est 
pas  nécessaire  d avoir  la  foi  ni  d’être  inspiré  du  ciel  pour  imaginer 
des  « bondieuseries  » sublimes;  le  talent  suffît. 

Le  retable  de  1 Adoration  de  V Agneau  mystique  par  Jean  et  Hubert 
van  Eyck  et  la  Conversion  de  Saint  Bavon  de  Rubens  (fig.  8b)  sont 
les  deux  joyaux  de  la  cathédrale. 

Le  polyptyque  des  frères  van  Eyck  nous  intéresse  surtout  par  ses 
volets  où  le  caractère  réaliste  du  nu  d’Adam  et  d’Eve  a été  forte- 
ment souligné.  Celle-ci  a le  ventre  proéminent,  conformément  à la 
mode  du  xv^  siècle.  Jehan  de  Meung  disait  avec  raison  « qu'on  ne 
cognoit  souvent  les  vuides  des  enceintes  »,  et  l'auteur  de  la  Sorcière, 
à propos  de  ce  chef-d’œuvre,  remarque  aussi  que  « toutes  les  vierges 
paraissent  enceintes  ».  Il  en  est  de  môme  des  Eves  de  Hans  Mem- 
ling,  d Albert  Dürer,  de  Lucas  Kranach  et  d’autres  primitifs. 

En  1781,  Joseph  II  le  bien  nommé  — fut  choqué  de  la  nudité 
de  nos  premiers  parents  et  obligea  la  fabrique  à faire  disparaître  de 
la  cathédrale  ces  volets  scandaleux.  Il  estimait  que  ces  peintures 
étaient  une  sorte  d’outrage  public  à la  pudeur.  Elles  furent  retirées 
et  soigneusement  cachées  à l’évêché  de  Gand.  Mais,  en  18bl,  le 
Musee  de  Bruxelles  les  exposa  de  nouveau.  Les  volets  de  la  cathé- 
drale ne  sont  donc  qu'une  copie  moderne  des  originaux. 

Dans  sa  Conversion,  saint  Bavon,  sous  les  traits  de  Rubens, quitte 
après  une  jeunesse  orageuse,  la  carrière  des  armes  pour’  la  vie 
monastique  : quand  il  se  fait  vieux,  le  diable  se  fait  pieux.  Parmi 
les  miséreux  auxquels  le  converti  vient  de  distribuer  tous  ses  biens 
on  remarque  deux  mères,  aux  seins  nus;  l’une,  de  proliL  allaite  son 
nouveau-né;  I autre  tourne  le  dos  au  joublic  (bg.  8b). 

Du  côté  opposé  à ce  groupe,  la  plus  décolletée  des  deux  dames  — 
les  épousés  du  peintre  — détache  une  chaîne  d’or  de  son  cou  pour 
suivre  1 exemple  du  saint  ; ce  serait  Hélène  Fourment,  sa  seconde 
lemme.  I nmitivement,  ce  chef-d’œuvre  décorait  le  grand  autel  mais 


80 


l'art  PROFArsK  A l/É(il.ISE 


Dans  Tune  des  chapelles  qui  entourent  le  chœur  est  accroché  une 
toile  de  Luc  d’Heere  : la  Reine  de  Saba  devant  Salomon.  Le  peintre 


flagorneur  adonné  au  roi  d’Israël,  dont  la  sagesse  et  l’équité  restèrent 
légendaires  dans  tout  LOrient,  les  traits  du  dément  cagot  Philippe  II, 
petit-fils  de  Jeanne  la  Folle. 

Saint- Jacques.  — Contre  le  dernier  pilier  de  la  nef  un  monu- 
ment fut  élevé  par  le  Collegium  medicorum  à la  mémoire  de  l’accou- 
cheur Jean  Palfyn,  de  Courtray,  l’inventeur  du  forceps.  La  Science 
en  pleurs^  unique  figure  de  ce  maigre  mausolée,  ne  manque  pas  de 
charme  ; elle  est  dans  la  posture  d’une  femme  à terme,  surprise  par 
le  travail  d’accouchement  :une  Science  en  douleurs  (fig.  87). Un  autre 
monument  plus  important  est  consacré  au  même  tocologue  sur  l’une 
des  places  de  la  ville  ; on  y voit  sculpté  rinstrument  — déjà  avec 
les  deux  courbures  — auquel  il  dut  sa  célébrité  ; mais  il  l’acheta  à 
lleister  qui  l’avait  dérobé  aux  Ghamberlen. 


n K L (J  1 O ü E 


8i 


Saint-Michel.  — L'  Invention  de  la  croix ^ de  Paelinck,  relate 
rexpérience  décisive  imaginée  par  Hélène  pour  reconnaître  la  vraie 
croix  parmi  les  trois  trouvées  — ou  mieux  truquées  par  des  juifs 


87. 

habiles  — à Jérusalem.  Elle  touche  avec  chacune  d’elles  le  sein 

d une  jeune  moribonde  et  sa  guérison  subite  fait  reconnaître  la  croix 
du  Sauveur. 

Cette  église  possède  le  Supplice  de  sainte  Barbara  (fig.  88),  par 
don  Antonio  Van  Den  Heuvel  : les  bourreaux  s’apprêtent  à brûler 
les  seins  de  la  suppliciée. 

L Annonciation^  le  cbef-d  œuvre  d André  Lens  et  les  tribulations 
qu  il  occasionna  à son  auteur  nous  fourniront  les  faits  et  mots 
comiques  de  la  fin.  La  scène  ne  comprend  comme  toujours  que  deux 
personnages,  mais  que  de  transformations  pudiques  ils  eurent  à 
subir!  Tout  d’abord  le  clergé  se  scandalisa  de  la  Vierge,  « dont  on 
devinait  un  peu  trop  les  formes  »,  et  de  l’archange  Gabriel  qui 
((  montrait  fort  indécemment  une  épaule  et  un  genou  presque  nus  » . 
L’artiste  se  soumit  à la  censure  ecclésiastique  : il  chargea  de  drape- 
ries le  messager  céleste  et  aplatit  les  f. ..  ormes  virginales.  Mais  ce 
ne  fut  pas  tout,  un  membre  delà  confrérie  de  la  Sainte-Vierge,  lequel, 
dans  ses  prières,  recommandait  le  peintre  à Gabriel  a pour  qu’il  con- 

L ART  PROFANE.  — II. 


82 


i/aHT  IMUJl'ANE  A l’ÉELISE 


duise  son  pinceau  dans  un  travail  qui  le  regarde  de  si  près  »,  lui 
adressa  cet  ultimatum:  « Messieurs  les  ecclésiastiques  veuillent  (sic) 
faire  ôter  le  tableau  de  l’église,  parce  que  l’archange  n’a  pas  d’ailes  ; 
ils  citent  un  texte  de  saint  Ambroise  qui  prouve  sans  réplique  que 
Gabriel  a toujours  été  représenté  avec  des  ailes  ».  Et  le  peintre  tou- 
jours docile  ((  retripatouilla  » sa  toile  et  mit  des  ailes  d’oie  à l’archange  h 
Ceci  se  passait  au  commencement  du  dix-huitième  siècle,  en  1810. 


4«  Les  Béguines  ^ Saint-Nicolas  h — 0«  Hôpital  de  Biloqueh 

Couvent  Saint-Laurent  ^ 


1.  La  Belg.  illiist.  A Waj^ener  et  P.  Frédéricq, 

2.  Aiiou,  en  sou  Voynffe  de  t Inndi’es^  sij^iiale  dans  cette  église  la  présence  d’un 
crucifix  miraculeux  à la  bouche  ouverte  et  eu  donne  l’explication  : « Une  Béguine  fort 
allligée  de  ce  que  toutes  ses  compagnes  s’étoient  allées  divertir  un  jour  de  Carnaval, 
et  1 avoient  laissée  seule,  alla  laii’e  ses  condoléances  au  Crucifix.  Le  Crucifix  lui 
répondit  . i\c  l afflige  pas,  ma  Bille,  demain  tu  te  réjouiras  avec  moi  : Tu  seras  à 
mes  noces  éternelles.  En  effet,  la  Béguine  mourut  le  lendemain,  et  le  Crucifix  est 
demeuré  la  bouche  ouverte.  » Après  un  tel  l’écit,  nous  n’avons  pas  autre  chose  à 
faire. 

.1.  Lun  des  piliers  de  la  nef  porte  un  tableau  de  famille  qui  pourrait  servir  d’em- 
blème a la  ligue  Piou,  société  d’encouragement  à la  reproduction  de  l’espèce  humaine, 
peu  humaine,  aussi  sale  et  puante  au  moral  qu’au  physique  : pour  ne  parler  que  de 
la  fraîcheur  de  son  haleine,  sur  dix  individus  neuf  et  demi  ont  une  bouche  d’égout. 
Cette  enseigne  de  sage-femme  représente  Minjon  Olivier  (le  daim)  et  sa  femme 
Amelberge  Slangen  (la  dinde),  entourés  de  leurs  trente-et-un  enfants  ! Toute  cette 
lapinerie  tut  heureusement  enlevée  en  152(»,  par  une  épidémie  de  suette.  Le  bel 
exemple  a donner  aux  prolétaires,  déjà  trop  enclins  à l’imprévoyance  et  à satisfaire 
les  mauvais  penchants  de  leur  égoïsme  coupable  ! La  conscience  défend  à tout  hon- 
nête homme  de  tirer  du  néant  un  être  dont  il  ne  peut  assurer  l’existence  ni  le  bon- 
héur. 

Cette  église  est  célébré  dans  les  annales  judiciaires  par  un  procès  que  son  clergé 
eût  à soutenir  contre  celui  de  Sainte-Pharailde  et  qui  dura  cent-cinqante  ans.  Seule 
la  plume  satirique  de  l’auteur  du  Lutrin  eût  pu  nous  dire  tout  « le  fiel  distillé  par 
les  gens  d’église  »,  en  la  circonstance,  et  justifier  son  alexandrin  fameux  ; 


Tant  de  fiel  cnlrc-l-il  dans  lame  d'un  dévêt  ! 


4.  Nous  avons  vu  à Saint-Bavon  l’esprit  religieux  couper  les  ailes  au  génie  de  l’art; 
ici,  durant  un  siècle,  il  a tenu  la  science  anatomique  sous  le  boisseau.  Au  dix- 
septième  siècle,  l’abbesse  et  les  religieuses  qui  desservaient  l’hôpital  s’opposèrent 
judiciairement  à l’érection  d’une  école  d’anatomie,  au  nom  « des  bonnes  mœurs  » ! 
La  Bévolution  balaya  ces  benoîtes  bêtes  à bon  Dieu,  puis  installa  des  salles  de 
dissection. 

Cet  ancien  hospice  contenait  le  mausolée  de  Wenemaer,  couché  tout  armé 
aux  côtés  de  son  épouse  drapée  d’un  suaire  ; il  étreignait  de  la  dexte  sa  longue  épée 
sur  laquelle  était  gravée  son  altière  devise  ({ue  contredisaient  sa  mort  et  son  sépulcre 
en  pays  ennemi  : Ilorrebanl  dudum  me  cernere  niidum.  (Depuis  longtemps  ils  fris- 
sonnaient de  me  voir  nue.)  C’était  la  seule  nudité  qu’on  rencontrait  dans  cet  édifice. 
Jacques  P'',  roi  d’Angleterre,  ne  pouvait  pas  en  dire  autant,  lui  qui  tremblait  à la 
vue  d’une  épée  nue,  non  pas  par  pudeur  — Albion  n’en  était  pas  encore  là  — mais 
par  crainte. 


I?  |]L(;  KJUE 


83 


CiiiKEL.  Sainte-Dymphe'. 

Likgk.  Saint  Jacques. — 
Les  stalles  du  chcuiir  de  la 
« merveille  » de  Lièi^e  sont 
couvertes  d'animaux  où 
dominent  les  sing-cs  et  les 
chats  en  attitudes  variées. 
Les  chats  sont  les  plus 
nombreux,  u soit  (pie  ce 
lût  l’animal  favori  des 
moines,  dit  Nisard,  soit 
que  ce  fût  leur  emblème  ; 
dans  ce  cas,  il  fallait  que 
ces  saints  personnages 
fussent  bien  absorbés  par 
la  contemplation  pour  ne 
pas  voir  et  sentir  sous  leurs 
mains  leurs  ironiques  cari- 
catures ». 


Fig.  88. 


Lst-ce  une  allusion  à la 
mine  chafouine,  au  carac- 
tère fehn,  c’est-à-dire  à l'audace  et  à la  ruse  du  clergé  régulier 
d antan  ou  à son  dévergondage  comparable  à celui  des  matous? 


Lol’vaix.  Saint-Pierre.  — Pourtour  du  chœur.  Le  Martyre  de 
saint  Erasme,  par  Dierick  Bouts;  deux  bourreaux,  précurseurs  de  la 
laparotomie,  lui  dévident  les  intestins  sur  un  treuil.  Ce  tableau  de 
cil  constance  ornait  la  chapelle  des  Chirurgiens. 


Saint-Michel,  ex-église  des  Jésuites.  — La  chaire  était  d 


ecoree. 


1.  Comme  sainte  Bai-l)e,  cette  vierge  fut  décapitée  par  son  père,  roi  d’Irlande  nour 

a\oir  résisté  a ses  poursuites  incestueuses.  Une  sainte  ététée  uuelle  ’ 

le  clergé  ! Il  en  fit  aussitôt  la  patronne  des  aliénés  et  cette  nouvelle  « rece^t/r  de 

onnc  Icmmc  » lit  des  cures  aussi  prodigieuses  (luc  scs  rccetles  T ’nl’in  i 

<lésc„umi,rc..s  lut  telle  que  les  habitants  en  linenl  l'eues  eÙnlrenr^uv  i p " 

constate  une  cn-culaii-o  du  bailli,  en  1734.  «on  ne  peut  pin»  faire  de  dislinclion  e l,e 

un  homme  lou  et  un  homme  raisonnable  ».  Pinel  connaissait-il  mttn  ■ c.  ^ 

quand  il  substitua  des  mesures  de  douceur  aux  violences  et  aux  entraves  dont 
victimes  les  aliénés  ? tlllla^  es  dont  étaient 


I 


84 


l\rt  moi' a Ni':  a l’égi.  isp: 


comme  celle  de  Sainte-Gudule,  du  premier  homme  et  de  sa  com- 
pagne. Près  d’Adam  se  tenaient  un  lion,  un  aigle  et  un  cheval, 
symbolisant  la  force,  le  courage  et  1 activité  , par  opposition,  Ii\c 
était  escortée  d'un  paon,  d’un  singe  et  d’un  perroquet,  images  emblé- 
matiques de  la  vanité,  de  l’esprit  d’imitation  et  de  la  loquacité. 

Mons.  Sainte-Matrice  h 


Nivelles.  Sainte-Gertrude.  — Au  bas  de  la  chaire,  on  remarque 
le  groupe  en  marbre  du  flirt  évangélique  du  Sauveur  et  de  la  Sama- 
ritaine, décolletée  « en  demi-peau  ». 

Une  curieuse  statuette  de  sainte  Gertrude  est  placée  dans  le  chœur 
des  Vénérables;  les  bords  de  sa  tunique  sont  grignotés  par  des 
souris.  C’est  une  allusion  à la  principale  prérogative  de  la  nimbée  : 
elle  protège,  non  pas  les  rongeurs,  mais  leurs  victimes.  Des  bâtons 
enluminés  de  ses  couleurs  font  une  rude  concurrence  à la  mort-aux- 

rats  et  se  débitent  à l’ombre  du  sanctuaire. 

A l’intérieur  de  l’une  des  tourelles  est  disposé  un  oratoire,  dit 
Trou  de  la  sainte;  les  pèlerins  s’évertuent  à traverser  l’espace  très 
étroit  ménagé  entre  la  muraille  et  un  pilier.  Ce  passage  est  aussi 
une  épreuve  de  vertu  pour  le  sexe  sujet  aux  hydropisies  de  neuf 
mois;  un  ventre  en  gestation  ne  peut  s’y  engager.  A cette  pierre  de 
touche  de  nitouches,  nous  préférons  le  toucher  moins  aléatoire  de 
l’homme  de  Fart.  « Les  profondes  empreintes  laissées  sur  la  pierre 
parles  genoux  des  pénitentes,  dit  M.  Xavier  Olin,  témoigneraient 
de  la  vertu  des  paroissiennes.  » Dans  une  mosquée  du  Caire,  les 


1 D’après  la  Chronique  médicale,  M.  Alfred  Ilarou  rapporte  qu’au  hameau  de 
Mons,  aux  environs  de  Visé  (Liè^e),  s’élève  cette  petite  chapelle.  « Les  femmes  qui 
soullrent  de  cet  orj-ane  vont  implorer  leur  guérison  par  l’intercession  de  la  sam  e, 
qu’on  chercherait  en  vain  dans  le  calendrier.  En  guise  d’ex-voto,  elles  piquent  sur 
une  pelote  ou  mieux  sur  un  morceau  de  bois  fendu,  (lui  parait  etre  du  liege,  es 
épingles  auxquelles  sont  attachés  des  morceaux  de  leur  chemise  coupes  a 1 endroit 
correspondant  à la  partie  malade  du  corps.  Ces  morceaux  de  chemise  varient  entre 
deux  ou  trois  millimètres  carrés.  Traitement  facile  à suivre,  meme  en  voyage.  » 

Cf.  Rev.  des  Iradit.  popiil.  janv.,  11)07.  ^ 

A Nogent-le-Rotrou,  suivant  A.  Morin  et  P.  Saintyves,  yuntc  Venice  ou  ^ enise, 
— « antique  Vénus  gallo-romaine  dont  le  nom  s’est  délorme  et  a fini  par  .lustifier  les 
dévotes  qui  l’invoipiaient  pour  faire  revenir  leurs  époques  » --  layorisc  les  avances  ou 
les  retards  et  guérit  les  maladies  de  matrice.  Les  lemmes  attachent  a sa  statue 
ruban  blanc  pour  arrêter  les  règles  et  les  pertes,  ou  un  ruban  rouge  pour  provoquer 
les  époques.  La  même  sainte  a des  vertus  analogues  a Ceton  dans  l Orne. 


B E I.  Cf  I Q U E 


85 


croyants  qui  passent  entre  deux  colonnes  très  rapprochées  ont  leur 
place  assurée  au  paradis  de  Mahomet  h 


OsTENDE.  — O.  Le  lloy  raconte  qu’il  a vu  sur 
un  tombeau  construit  à la  porte  d'une  église, 
est-ce  Saint-PierrG  et  Saint-Paul  ? en  mémoire 
d’un  ancien  curé  de  cette  ville,  une  geôle  en 
fer,  imitée  de  la  grant  geôle  qui  figurait  le 
Purgatoire  dans  les  mystères.  « C'est  ici  un 
Purgatoire  aussi  au  milieu  duquel  le  curé,  de 
grandeur  naturelle,  et  quelques  autres  âmes, 
tous  entourés  de  flammes,  soupirent  après 
l'heure  qui  doit  les  réunir  à Dieu.  » Dans  la 
plupart  des  églises  et  des  cimetières  de  Bel- 
gique, des  représentations  analogues  sont  figurées  sur  les  murs 
pour  inspirer  la  crainte  du  péché,  et  aussi  pour  empêcher  d’y  dé- 
poser des  ordures. 


Oldenberg.  Chapelle  du  Vieux-Mont-. 


Tongres  (Limbourg).  — Le  trésor  possède  un  diptyque,  en  ivoire, 
sur  lequel  la  Terre  est  personnifiée  par  une  femme  qui  allaite  un 
serpent  (lig.  89). 


1.  A 1 extérieur  de  la  tour,  Jean  de  Nivelles,  bardé  d’une  armure  de  cuivre  doré 
frappe  automatiquement  l’heure.  Pour  faire  mentir  le  dicton  populaire,  on  avait 
placé  un  chien  à ses  pieds,  mais  une  tempête  l’emporta  et  depuis,  le  fugitif  continue 
à courir  même  quand  on  ne  l'appelle  pas. 

t.  Au  carnaval,  les  autorités  ecclésiastiques  et  communales,  suivies  de  la  foule 
se  réunissent  dans  cette  chapelle.  Après  les  litanies  de  la  Vierge,  on  olfre  un  vin 
d honneur  au  cui-é,  au  bourgmestre  et  aux  échevins  dans  des  coupes  d’argent  pleines 
de  « jus  divin  » où  Irétillcnt,  non  des  serpents  comme  pour  saint  Jean,  mais  des 
goujons  vivants  qu  ils  avalent  A.  M.  1).  G.  Les  lidèlcs  se  contentent  d’avaler  les 
couleuvres  traditionnelles.  Le  cardinal  Simon  de  Brie,  pape  sous  le  nom  de  Martin  IV 
et  gastronome  renommé,  était  friand  des  anguilles  du  lac  de  Bolsema,  en  Toscane- 
d les  faisait  mettre  tontes  vives  dans  le  vin  blanc  et  doux  de  Vernaccia,  puis  acco- 
moder  en  matelote.  Tandis  que  les  pauvrettes,  recherchées  pour  la  délicatesse  de 
leur  chair,  mouraient  à petit  feu,  enivrées  dn  nectar  véronais,  le  prélat  s'écriait  en  se 
pourléchant  les  lèvres  ; « Combien  nous  soutirons  pour  la  sainte  Eglise  ! » 


Hhhe  lu  sauta  chiesa  in  le  sue  hraccia  : 
Dal  torso  fui,  e puvga  per  digiuno 
L'Anguille  di  liolsena  e la  Vernaccia. 

Purg.,  ch.  xxiv. 


8(> 


i/art  prokank  a i/Ér.r.isK 


Tournai.  Notre-Dame.  — Extérieur.  — On  distingue  plusieurs 
nudités  importantes,  sans  compter  Adam  et  l^.,ve  hors  concouis, 
parmi  la  profusion  de  sculptures  c|ui  ouvrent  le  porticjue  d entrée. 


Iiitéj'ieur . — Oa  Eclivi'cince  des  unies  du  Pur^utoire y de  Iduhens, 
est  une  composition  pleine  de  hardiesses  autorisées  et  même  exigées 
par  le  sujet.  La  toile  mal  éclairée  et  détériorée  par  Thumidité  per- 
met à peine  de  deviner  sur  le  premier  plan,  qui  occupe  presque  tout 
le  tableau,  la  silhouette  de  deux  hommes  et  de  trois  femmes,  dont 
Tinévitable  Hélène  Fourment,  sans  la  moindre  draperie,  entraînés 
par  des  anges  vers  le  Père,  le  Fils,  le  Saint-Esprit  et  la  Vieige 

réunis  au  sommet. 

Les  fameuses  tapisseries  conservées  à la  cathédrale^  et  fabriquées 
k Arras  en  1402  comprennent  quatorze  tableaux  de  la  Légende  de 
saint  Piat  et  de  saint  Eleuthère.  Nous  reproduisons  les  scènes  qui 
se  rapportent  k notre  sujet  : 

VP  tableau  (tig.  90)  : Saint  Piat  confère  le  baptême  k Ilireneus, 

1.  Vasseur-Delméc,  édit.;  Tüurnay  et  L.  Quarre,  édit.,  Lille, 


15  K L r,  I O l’ v: 


87 


père  ou  aïeul  de  saint  Eleuthère,  à sa  femme  et  à son  fils,  « les 
premiers  baptisés  de  tous  les  Tournisiens  ». 

Vlb‘  tableau  (fig’.  91)  : Saint  Eleuthère  baptise  quatre  païens  à 


92. 


Blandain,  où  se  sont  retirés  les  chrétiens  fuyant  la  persécution  ; la 
jeune  femme  parait  inquiète  des  gestes  de  son  compagnon  de 
cuve. 

Le  XL  tableau  est  renouvelé  d’une  scène  biblique  : Blanda,  la 
fille  du  tribun  qui  commandait  à Tournay,  éprise  de  saint  Eleu- 
thère,  cherche  à le  séduire  ; mais  il  lui  abandonne  seulement  son 
manteau^  comme  Joseph.  Blanda,  remplie  de  confusion  et  de  dépit, 
mourut  peu  après.  L’évêque  débonnaire  promit  au  père  de  la  jeune 
toquée  de  la  ressusciter  s’il  s’engageait  à se  convertir  à la  vraie  foi, 
et,  sur  sa  promesse,  saint  Eleuthère  fit  sortir  Blanda  de  son  tombeau; 
c’est  l’objet  du  XIE  tableau  (lîg.  92). 

XlIIe  tableau  (fig.  93)  : Baptême  de  Blanda;  la  mère  de  l’évêque 
lui  sert  de  marraine. 

Dans  un  bas-relief  de  chapiteau  où  s'ouvre  la  gueule  du  Lévia- 
than pour  engloutir  un  réprouvé,  Maeterlinck  croit  rencontrer  le 


88 


l’art  profane  a l’église 


mythe  de  Saturne  dévorant  ses  enfants;  et  comme  ce  syml)ole  « fait 
partie  de  toute  une  suite  de  figures  retraçant  la  légende  de  Frédé- 


gonde  »,  V.-L.  Cloquet  ’ pense  que  c’est  la  reine  scélérate  qui  est 
ici  figurée  sous  les  traits  de  la  proie  du  démon. 

Walcourt.  — Au  Martyre  de  saint  Quentin  siècle),  pan- 

neau mutilé  du  jubé,  le  supplicié  n’est  vêtu  que  d un  suspensoir. 

Ypres.  Saint-Martin.  — A la  chapelle  des  Ames  du  Purgatoire, 
existait  un  tableau  d’autel  de  Mathieu  \ an  brée  représentant, 
d’après  A.  Van  den  Peereboom,  ((  un  bel  ange  qui  délivre  des 
flammes  une  âme  figurée  par  une  jeune  fille,  plus  belle  encore  ». 
Ce  tableau  a disparu  ; <(  il  donnait  peut-etre  aux  jeunes  imaginations, 
observe  le  même  auteur,  une  idée  trop  peu  effrayante  du  Purga- 
toire ». 


1,  Tournai  el  Tournaisis,  p.  181. 


VI 


ESPAGNE  — PORTUGAL^ 


Le  nu  est  relativement  rare  dans  les  tableaux  de  Plbérie  ; Plnqui- 
sition-  ne  veillait  pas  seulement  au  « maintien  de  l’orthodoxie  »,nos 
lecteurs  ne  l’ig-norent  pas^,  mais  aussi  à « la  décence  dans  les  pein- 
tures sacrées  » : en  1618,  Pacheco,  le  beau-père  de  Velasquez,  était 
chargé  de  ce  soin.  Déjà,  en  1576,  dans  le  contrat  que  le  Mudo  fît 
avec  le  prieur  de  l’Escorial  pour  la  livraison  d’un  certain  nombre 
de  tableaux  de  sainteté,  le  peintre  s’engageait  à ne  mettre  dans  ses 
œuvres  aucune  « figure  déshonnête  ».  Aussi,  comme  l’observe 
justement  Viardot,  les  peintres  espagnols  se  sont-ils  surtout  appli- 
qués à exécuter  des  têtes  et  des  draperies. 

Cependant,  un  des  derniers  et  des  meilleurs  clients  de  Rubens 
fut  Philippe  IV  d’Espagne,  qui  commanda  au  maître  flamand  une 
série  de  peintures  sur  le  thème  des  Métamorphoses  d’Ovide,  pour 
son  pavillon  de  chasse  de  Torre  de  la  Parada.  Le  propre  frère  du 
roi,  le  cardinal-infant  don  Fernando,  était  chargé  de  hâter  l’achève- 
ment du  travail.  Après  avoir  reçu  vingt-cinq  tableaux,  Philippe  IV, 
raconte  un  rédacteur  anonyme  du  Temps,  en  demanda  dix-huit 
autres. 


1.  En  Portugal,  nous  n’avons  à mentionner  qu’un  seul  tableau,  placé  clans  la  sacristie 
de  la  Miséricorde  de  Vizeu,  et  dont  nous  ignorons  le  sujet  : plusieurs  personnages 
nus,  conduits  par  des  soldats  au  haut  d’une  montagne,  sont  précipités  dans  l’abîme. 

2.  Dans  la  salle  des  treize  tribunaux  du  saint  office  institués  en  Espagne,  étaient 
représentés  des  tenailles  entre  un  gril  et  un  bûcher  ; on  lisait  au-dessous  de  ces 
instruments  et  appareils  de  supplices  trois  mots  enqunints  d’une  ironie  amère  ; justice, 
CHARITÉ,  MISÉRICORDE,  que  la  fumistcrie  nationale  a remplacé,  en  Erance,par  ces  écpii- 
valents  ; lirerté,  égalité,  fraternité  ! 

3.  Les  Seins  à L^Éylise. 


90 


i/aRT  profane  a l/Ér.ElSE 


La  merveille  de  cette  seconde  collection  expédiée  d’Anvers  à Madrid 
fut  le  Jugement  de  Pàris.  Don  Fernando  écrivait  au  roi  : « C’est  sans 
doute,  au  dire  de  tous  les  peintres,  la  meilleure  œuvre  de  Rubens.  Je  ne 
lui  reproche  qu’un  défaut,  mais  à propos  duquel  je  n’ai  pu  obtenir  satis- 
faction, c’est  l’excessive  nudité  des  trois  déesses,  à quoi  l’artiste  a répondu 
que  c'était  là  que  se  voyait  te  mérite  de  la  peinture.  » Et  le  cardinal 
ajoutait  sans  y entendre  aucunement  malice  : « La  Vénus  placée  au  milieu 
est  le  portrait  fort  ressemblant  de  la  femme  du  peintre,  la  plus  belle  de 
toutes  les  dames  d’Anvers.  » 

Barcelone.  1®  Cathédrale.  — Sculpture  inexplicable  sur  une  stalle 
du  chœur  : deux  personnag-es  jouent  au  cerf-volant  (fig.  9i)  et  ont 

quitté  tout  vêtement  pour  être  plus 
libres  dans  leurs  mouvements. 

Autre  groupe  plus  compréhensible 


Fig.  94.  Fig.  94  his. 


mais  non  moins  dévêtu  (fîg.  94  bis)  : deux  nymphes  — la  Luxure? 
— caressent  la  figure  hirsute  du  Vice. 

2^  Couvent  des  Capucins.  — Sous  les  superbes  ombrages  de  ses 
vastes  jardins  comparés  aux  bosquets  de  Paphos,  à défaut  de  satyres 
et  de  nymphes,  on  rencontrait  des  groupes  de  capucins  à longue 
barbe  et  une  fontaine  d’une  Madeleine  d’où  l’eau  jaillissait  par  les 
veux,  pour  rappeler  les  torrents  de  larmes  répandues  par  la  cour- 
tisane repentie.  On  voyait  aussi  des  jets  d eau  s écouler  des  stigmates 
d’un  grand  saint  François. 

Bergos.  Cathédrale.  — Un  Santo  Christo  singulier  : les  pieds, 
les  mains,  le  cou  et  les  épaules  sont  recouverts  de  peau  humaine,  le 
reste  est  en  bois  ; en  sus,  le  Christ  porte  une  petite  jupe  à la  grecque, 
sorte  de  tutu. 


K s PAC.  NK 


P O i\  r i;  n a r. 


91 


Dans  une  chapelle  sombre,  un  tableau  d’autel  de  Fra  Diego  de 
Levva,  moine  chartreux,  a pour  sujet  le  Martyre  de  sainte  (,asilda^ 
à qui  le  bourreau  vient  d’amputer  les  deux  seins  qui  gisent  à terre  : 
le  sang  jaillit  de  la  double  plaie  circulaire.  Le  réalisme  de  la  peinture 
espagnole  apparaît  ici  dans  toute  son  horreur. 

La  Chronique  médicale  cite  plusieurs  exemples  d’hypertricbose 
dans  l’art  réunis  à la  cathédrale,  k la  chapelle  du  connétable  Pedro 
de  Hernandez  de  Velasco,  comte  de  Haro,  qui  renferme  son  tom- 
beau et  celui  de  sa  femme,  Mencia  de  Mendoza.  L’écu  armorial  du 
comte  est  maintenu  par  deux  hommes  velus,  armés  l’un  d’un  sabre, 
l’autre  d’une  massue;  en  regard,  on  voit  le  blason  de  la  comtesse 
soutenu  par  deux  femmes  vêtues  d’un  court  manteau.  « Le  visage, 
les  mains  et  la  partie  supérieure  des  seins  sont  normaux,  mais  le 
reste  du  corps  est  couvert  de  longs  poils.  Si  les  hommes  velus  sont 
relativement  fréquents  dans  l’art,  surtout  comme  supports  d’ar- 
moiries, il  n’en  est  pas  de  même  des  femmes  velues,  dont  la  repré- 
sentation doit  être  rare.  » 

A propos  des  actes  naturels  dans  Fart,  le  même  périodique  men- 
tionne sur  l’une  des  stalles  du  chœur  les  figures,  en  marquetterie, 
de  deux  anges  ailés,  ((  fièrement  campés  de  part  et  d’autre  d’une 
large  vasque,  ils  lancent  en  l’air  les  deux  paraboles  élégantes  de  leur 
jet  d’urine  qui  va  retomber  dans  la  vasque.  » Ces  marquetteries  sont 
du  xv'^  siècle,  par  Philippe  Vigarni  ».  U Enlèvement  d’Europe.,  du 
même  artiste,  est  le  motif  d’ornementation  d’une  autre  stalle. 

M Art  ornemental  a reproduit  plusieurs  croquis  de  H.  Régnault, 
d’après  les  sculptures  fantaisistes,  chimères  et  nudités,  de  cette 
cathédrale. 

La  scène  de  la  Circoncision,  en  figures  de  grandeur  naturelle,  est 
blottie  dans  une  niche  profonde  ; on  y assiste  k tous  les  détails  de 
cette  délicate  opération. 

Ajoutons  enfin  k notre  inventaire  une  Nativité,  reproduite  dans 
le  Répertoire  de  peinture  de  L.  Reinach,  p.  88,  où  la  Vierge,  age- 
nouillée devant  Jésus  avec  une  sage-femme,  présente  encore  un 
ventre  de  femme  k terme,  selon  la  mode  de  l’époque;  les  hommes 
portaient  des  chausses  collantes  et  des  manteaux  si  courts  qu’ils 


Anec.  hisl.  eL  rel.  sur  les  seins. 


i/art  profane  a l’église- 


09 


découvraient  <(  médias  nates  et  memhrum  et  c/enitalia  «.  De  môme 
à Fég-lise  conventuelle  de  Kaisheim,  dans  une  Présentation  au 
Temple  (v.  môme  recueil,  p.  115),  Marie  paraît  avoir  une  g-rossesse 
gémellaire  avancée. 


Burjazot*. 

Escurial.  San  Lorenz o. 
— Pour  la  première  fois,  au 
v“  siècle,  on  expose  le  Christ 
en  croix;  jusque-là,  la  cru- 
cifixion était  considérée 
comme  infamante  et  réser- 
vée aux  vils  esclaves.  D’ail- 
leurs, ces  figurations  sont 
rares  jusqu’au  x^  siècle  ; 
mais  alors,  le  Christ  était 
toujours  revêtu  d’une  robe. 
Aux  xi'^  et  xii^^  siècles,  le  nu 
fait  son  apparition  dans  la 
représentation  du  Sauveur. 
Un  tablier  s’étend  de  la  ceinture  au  milieu  des  cuisses;  peu  à peu 
ce  voile  se  raccourcit,  et  au  xv®  siècle  il  est  réduit  à une  bande 
d’étoffe.  Et  cependant,  d’après  saint  Athanase,  saint  Ambroise, 
saint  Augustin  et  d’autres  Pères  de  l’Eglise,  le  Christ,  comme 
tous  les  crucifiés,  fut  cloué  sur  la  croix  dans  une  nudité  absolue. 
La  tradition,  aidée  de  la  pudeur  chrétienne,  admit,  nous  le  savons, 
que  Marie  détacha  son  voile  pour  couvrir  la  nudité  de  son  divin  fils  ; 
mais  Renan  n’admet  pas  la  présence  de  la  Vierge  au  pied  de  la  croix. 

Les  Christ  complètement  nus  ne  sont  pas  trèsrares^.  M.  Rigol- 


Fi^-.  95. 


1.  Dans  l’cg-lisc  de  ce  bourj^-  voisin  de  Madi-id  se  trouve  le  tomlîean  de  Françoise 
FAdvenant,  fameuse  comédienne  « morte  en  sainte,  dit  un  de  ses  panégyristes,  après 
avoir  vécu  en  épicurienne  »,  Galipaux  écrirait  enceinte.  La  fin  de  son  épitaphe  en 
latin  rappelle  la  condition  de  cette  belle  et  infortunée  courtisane  ; Jadis  l'idole  des 
amoiiJ's^  elle  n’est  aujourd’hui  que  cendre  et  que  poussière...  En  Espagne,  les 
femmes  galantes  se  faisaient  enterrer  en  habit  de  carmélite  et  les  hommes  avec 
celui  de  francîscain,  tant  il  est  vrai  (juc  l’habit  ne  fait  pas  le  moine.  Pierre  le  Cruel 
ordonna  qu’à  sa  mort  on  le  revêtît  de  cet  habit,  pour  en  imposer  à saint  Pierre,  le 
portier  du  paradis. 

2.  Nous  avons  reproduit  une  peinture  murale  de  l’église  abbatiale  de  Saint-Antoine, 
en  Viennois,  in  L'Art  profane  à l’Eglise,  en  France,  fig.  327. 


!•: vS  1>  AC,  N E 


P 0 R r II  Ci  A L 


93 


loi,  clans  son  Ilisf.  des  arts  du  dessin,  reproduit  un  diptyque,  en 
ivoire,  de  style  roniano-chrétien,  dont  une  leuille  représente  le 
liapteme  de  Jésus  (lig-.  95).  Le  Seigneur  est  ligure  en  Apollon  qui 
avait  le  privilège  d’une  éternelle 
jeunesse.  D’autre  part,  Lévêque 
Grégoire  de  Tours,  annaliste  cré- 
dule, mais  digne  de  foi  pour  ce 
qu’il  a vu,  raconte  que  l’image  d’un 
crucilîx  parla  tout  à coup  à un 
prêtre,  nommé  Bazilei,  et  lui  or- 
donna de  le  faire  couvrir,  « parce 
qu’il  était  indécent  de  le  voir  tout 
nud  ». 

Michel- Ange,  l’ami  de  l’art  et 
de  la  vérité,  représenta  le  Christ 
d’après  la  version  des  auteurs  mys- 
tiques. Benvenuto  Gellini  suivit 
son  exemple  et  tailla  dans  un  seul 
bloc  de  marbre  le  crucifix  dont  le 
grand  duc  Don  Francesco,  à la 
mort  du  duc  Cosme,  fit  hommage 
à Philippe  II  ; mais  le  roi  d’Es- 
pagne ((  n’osa  le  regarder  ainsi 
et  s’empressa  de  le  couvrir  d’un 
voile  »,  puis  l’olîrit  au  chapitre  de 
San  Lorenzo.  On  fixa  une  draperie 
en  étoffe  aux  hanches  ; cette  pré- 
caution ne  suffît  pas  : on  le  relégua 
derrière  l’autel,  bien  que  l’ambassa- 
deur de  Toscane  eût  fait  espérer  à 
son  prince  qu’il  occuperait  la  place  la  plus  importante  de  l’église  L 
Dans  la  reproduction  de  ce  chef-d’œuvre  (lig.  96),  Plon  a supprimé 
les  organes  sexuels  — la  pudeur  a des  raisons  qu’ignore  la  raison 
— son  document  est  donc  inexact.  Sur  l’original,  le  prépuce  est 
conservé,  malgré  la  circoncision;  mais,  en  cela,  l’artiste  florentin  est 


1.  Plon.  Benvenuto  CelLinl. 


04 


l’aUT  IMIÜFANE  A i/ÉELISE 


d’accord  avec  les  textes  du  théologien  que  M.  J.  de  Bonnefon  cite 
dans  ses  Cas  de  conscience  modernes  : 

Jacques  de  Voragine,  dans  sa  treizième  légende,  alîirme  que  Noire- 
Seigneur,  avant  de  monter  au  ciel,  a ce  qui  manquait  « pour  entrer  com- 
plet dans  le  royaume  du  Père  ». 

Saint  Athanase,  homme  tort  respectable  dans  le  recul  du  tem})s,  croit 
aussi  que  Jésus-Christ  ressuscita  tout  entier. 

Le  jésuite  Suarez,  en  une  thèse  copieuse,  prouve  que  Notre-Seigneur 
« a maintenant  dans  le  ciel  l’objet  du  litige  ». 

Le  débat  a lait  couler  des  Ilots  de  discussion.  On  a publié  à Rome  une 
((  Narration  critique  et  historique  de  la  relique  très  précieuse...  » 

L’auteur  assure  que  « l’absence  de  cette  partie  infiniment  petite  ne  nuit 
pas  à l’intégrité  rayonnante  du  corps  de  Jésus  ». 

Parmi  les  peintures  de  la  voûte  du  grand  escalier,  à l’angle  Sud- 
Ouest,  plusieurs  des  Vertus  cardinales  se  font  remarquer  par  la 
nudité  et  l’opulence  de  leurs  seins  (PL  I,  fîg.  97) L 

Le  Noli  me  tangere  du  Gorrège,  que  l’on  admire  au  Musée  de 
Madrid,  figurait  au  monastère  de  Philippe  II,  « où,  dit  Viardot,  il 
était  enseveli  sous  un  ignoble  badigeonnage,  dont  quelques  moines 
imbéciles,  sous  prétexte  de  voiler  des  nudités  innocentes,  l'avaient 
outrageusement  barbouillé. . . L’attitude  du  Sauveur,  auquel  le  peintre 
a mis  une  bêche  à la  main  pour  justifier  sa  nudité  presque  complète, 
est  vraiment  admirable.  » 

Ce  Musée  possède  en  outre  une  Tentation  de  saint  Antoine,  sorte 
de  parodie  du  Jugement  de  Paris,  dont  Quentin  Metzys  ou  Massys 
a peint  les  personnages,  et  Joachim  le  paysage. 

Trois  jeunes  beautés,  écrit  L.  Maeterlinck^,  vêtues  à la  dernière  mode 
d’Anvers,  ont  entrepris  la  séduction  d’un  saint  anachorète.  Elles  s’appro- 
chent souriantes,  et  d’un  air  candide.  Tune  d’elles  lui  tend  une  pomme, 
allusion  visible  au  premier  péché.  Le  démon,  sous  les  traits  d’une  vieille 
pi'oxénète  outrageusement  décolletée,  rit  d’avance  du  succès  de  sa  ruse. 
Un  singe,  une  des  incarnations  favorites  du  démon  au  moyen  âge,  tire  à 
la  capuce  de  l’ermite  pour  l’empêcher  de  se  détourner  à la  vue  de  ses 
jolies  séductrices.  M.  H.  Ilymans  dit  que  : « Metzys  n’a  rien  lait  de  plus 
beau,  de  plus  délicat,  ni  de  plus  chaste  »,  quoique  le  sujet  doive  se  ranger 
dans  la  catégorie  des  compositions  satiriques  plutôt  scabreuses. 


1.  D’après  VHistoi'ia  del  moiiasterio  de  S.  Lorenzo  del  Escorâil,  par  D.  Antonio 
Rotondo  ; D.  Euserbio  Aguado,  édit.,  Madrid,  2®  édit.,  1863. 

2.  Le  Genre  satir.  diins  la  peint,  flnm. 


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95 


Toujours  au  inéiue  Miisée,ÏAssonip(ion  de  la  Madeleine  du  Titien 
qui,  au  dire  du  Tintoret,  peig-nait  avec  de  la  chair  broyée,  provient 
aussi  de  TKscorial'. 

Girone.  Cloître  de  la  Cathédrale.  — Episode  caricatural  d'un 
JiKjenient  où  une  damnée  est  enlevée  par  un  démon  auquel  elle 
oppose  la  plus  vive  résistance  (fîg.  98)  ; situa- 
tion pénible,  en  effet,  pour  le  sexe  habitué  à 
donner  et  non  à recevoir  des  ordres,  qui,  dans 
1 enfer  conjugal  a toujours  le  dernier  mot  et 
désormais  est  obligé  de  se  soumettre  aux  « con- 
cessions à perpétuité.  » 

Grenade.  Cathédrale.  — Cet  édifice  abrite  le 
tombeau  des  abominables  Ferdinand  et  Isabelle 
qui,  pour  s'assurer  le  ciel  où  les  criminels  sont 
reçus  à bras  ouverts,  établirent  Tlnquisition. 

La  garde  des  ossements  de  ces  époux  assortis 
est  confiée  à des  harpies  mythologiques  qui 
occupent  les  extrémités  du  monument,  en  regard 

de  figures  chrétiennes  de  saints  préposés  au 

A . ^ ^ lug-.  98. 

même  emploi.  Pour  de  tels  personnages,  on  ne 

pouvait  choisir  de  plus  vils  gardiens  que  ces  chiennes  voraces, 

filles  de  Zeus  et  d’Héra,  monstres  ailés  au  visage  de  femme,  au 

corps  de  vautour  et  aux  griffes  crochues. 

Madrid.  Prado.  — Nous  connaissons  le  tableau  où  Murillo  a 
peint  saint  Bernard  dans  sa  cellule,  agenouillé  aux  pieds  de  la 
Vierge  qui  lui  apparaît  au  milieu  d’un  nuage  et  lui  lance  au  visage 
une  douche  de  son  lait  -. 

2*^  Notre-Dame  d’Atocha  [Notre-Dame-du-Bulsson).  — Lantier, 

1.  Est-il  utile  de  rappeler  dans  quelles  circonstances  le  cruel  dévot  Philippe  II  éleva 
le  monastère  de  San-Lf)renzo  près  de  Madrid?  Au  siège  de  Saint-Quentin,  le  féroce  roi 
catholique,  ((ui  pensait,  comme  le  fait  dire  Shakespeare  à l’iin  de  scs  personnages, 
que  « le  monde  est  une  huître  (ju’il  faut  ouvrir  avec  un  couteau  »,  avait  endommagé 
1 église  de  Saint-Laurent  ; en  expiation,  il  lit  vœu  de  faire  consacrer  au  saint  nn  mo- 
nument auquel  il  donnerait  la  forme  d’un  gril,  l’instrument  de  son  supplice. 

"2.  Anec.  hist.  et  relig.  lig.  52. 


l'art  l'ROKANE  A l’É(11JSL 


9 G 


en  1835,  vit  dans  la  chapelle  de  la  Vier^^e  un  curieux  ex-voto,  sous 
forme  de  tableau  représentant  une  scène  de  flagrant  délit  d'adul- 
tère. Voici  l’anecdote.  Un  hidali^o  surprend  sa  femme  avec  son 
amant  cjui  s'évade  prestement  par  la  fenetre , 1 Othello  espagriol 
retourne  sa  fureur  contre  son  épouse  agenouillée  et  s’apprête  à la 
larder  de  son  épée,  quand  soudain  il  éprouve  un  vertige  indéfinis- 
sable qui  paralyse  ses  mouvements  ; puis  revenu  à la  réalité,  il  fait 
grâce  à la  coupable.  Il  lui  demande  à quel  saint  puissant  elle  s’est 
recommandée  « A.  Notre-Dame  d Atocha,  lui  fut-il  répondu,  j ai 
fait  vœu  d’aller  à Madrid  visiter  son  église.  — Allez  accomplir  votre 
vœu,  madame,  je  ne  m’y  oppose  pas.  » 


Saragosse.  Nuestra-Senora-del-Pilar.  — Une  Vierge  enceinte,  avec 
l’enfant  Jésus  dans  le  ventre,  a été  sculptée  sur  une  stalle  de  cette 
basilique  par  Giovanni  Morelo,  de  Florence,  en  1542  h 

De  Saint-Foix  décrit,  dans  la  cathédrale  de  Saragosse,  le  tom- 
beau d’un  fameux  inquisiteur  : « Il  y a,  dit-il,  six  colonnes  sur  ce 
sépulcre,  et  à chacune  de  ces  colonnes  un  Maure  nu,  attaché  et  qu’il 
paroît  qu’on  va  brûler.  Si  jamais  le  bourreau,  dans  quelque  pays 
étoit  assez  riche  pour  se  faire  élever  un  mausolée,  celui-là  pourroit 
lui  servir  de  modèle.  » 

Séville.  U Cathédrale.  — Près  de  la  porte  de  la  Lonja  se  trouve  la 
fameuse  Génération  de  Louis  Vargas  ; le  chapitre,  peu  soucieux  des 
probabilités  historiques,  mais  essentiellement  pudibond,  y fit  voiler 
la  poitrine  d’Eve  î 

Ce  tableau,  dit  Desbarolles,  fait  dans  la  manière  de  Raphaël,  a acquis 
auprès  des  étrangers  une  certaine  célébrité,  par  un  mot  de  Ferez  de  Alesco 
incessamment  répété  par  les  guides.  Il  dit,  en  le  regardant,  que  la  jambe 
d’Adam  seule  valait  beaucoup  mieux  que  tout  le  saint  Christophe  colossal 
peint  à fresque,  à quelques  pas  plus  loin. 

Le  devant  d’autel  de  la  chapelle  de  Azulejos  n’est  autre  qu’une 
peinture  décorative,  1 jAnnonciation ^ sur  faïence,  par  Niculoso  Fran- 
cisco. Ce  médaillon  est  soutenu  par  deux  centauresses  à torses  nus, 
suffisamment  capitonnés  (fig.  90). 


1.  Document  communique  à la  Chron,  luédic,  par  M.  Pluyette,  de  Marseille. 


K S P A G N E 


PORTUGAL 


97 


Le  superbe  mausolée  où  repose  Maria  Padilla,  la  favorite  de  Pierre 
le  Lruel,  évo([ue  les  nudités  que  cette  beauté  se  plaisait  à exposer 
aux  veux  émerillonnés  des  gens  de  cour  quand,  en  leur  présence, 
elle  preiunt  un  bain  dont  chacun  devait  boire  une  tasse. 


Fiii-.  !)!). 

2^  La  Giralda.  — Ce  « clocher  de  la  cathédrale  » est  une  tour  à 
caractère  religieux  et  satirique  surmontée  d’une  girouette  symbo- 
lisée par  une  statue  de  la  Foi.  De  fait,  on  ne  pouvait  trouver  une 
figure  plus  piquante  de  V Abjuration,  et  quand  la  nouvelle  reine 
d'Espagne,  Pépouse  d’Alphonse  Xlll,  passera  en  vue  de  cette  anti- 
thèse artistique,  elle  songera  à sa  conversion  et  à celle  d’Henri  IV 
pour  qui  le  royaume  de  France  valait  bien  une  messe. 

^ 3«  Musée.  — Les  Ames  du  Purgatoire  d’Alonso  Gano  sont  autant 
d académies  à mi-corps,  enveloppées  de  flammes.  Au  premier  plan 
du  Jugement  universel  de  Martin  de  Vos,  une  des  nombreuses  dam- 
nées privée  de  son  corset  retient,  avec  peine,  ses  mamelles  exubé- 
rantes et  croulantes. 


4°  Eglise  de  l’Université.  — Le  tombeau  de  Don  Pedro  Enriquez 
est  couvert  de  nudités. 

S»  Couvent  de  la  Caritad  '. 

t.  Un  rideau  voile  une  toile  célèbre  de  Valdes  Léal,  le  Triomphe  de  U Mort  ■ les 
cadavres  grouillent  de  vers  et  le  réalisme  macabre  est  à ce  point  repoussant  que 
Munllo,  a la  vue  de  ce  charnier,  s’écria  : „ Il  faut  se  boucher  le  nez  ! » 

l'art  profane.  — II.  _ 


98 


l’art  profane  a L ÉGI.ISE 


Tolède.  Cathédrale.  — La  façade  est  percée  de  trois  portes  dites 
de  VEnfer,  du  Pardon  et  du  Jugement,  en  raison  des  sujets  qui  y 

sont  sculptés. 

Parmi  les  curieuses  incrustations  des  stalles,  les  impudents 


Manne ken-Pis  foisonnent  ; le 
plus  fameux  de  tous,  celui  de 
Bruxelles,  est-il  leur  ancêtre 
ou  un  de  leurs  descendants  ? 
Toutefois,  la  domination  espa- 
o-nole  dans  les  Flandres  ne 

O 

semble  pas  étrangère  à ces  si- 
militudes. 

Contraste  décevant  : à côté 
de  ces  actes  naturels  ruisse- 


Fig-.  101. 


lants  d’inouisme  qui  donnent  une  image  joyeuse  de  la  vie,  1 epitaphe 
inscrite  sur  le  tombeau  du  cardinal  Porto  Carrero  nous  rappelle  son 

inanité  I Hic  jacet  pulvis,  cinis  et  nihil.  ^ ^ 

Un  panneau  des  armoires  de  la  salle  capitulaire  est  orne  d un 
buste  de  femme  nue  (fig.  100).  Enfin,  le  curieux  heurtoir  de  la 
porte  des  Lions  ou  de  l’Alegria,  qui  conduit  au  cloître  de  la  cathé- 
drale, est  formé  de  deux  torses  de  néréides  aux  seins  lourds  (fig.jlOl). 


Valence.  Cathédrale’. 


1.  A la  fête  de  la  Vierge,  le  15  août, 
honni  soit...  Nous  voulons  dire  qu’on  y 


l’église  devenait  une  véritable  cage  à serins; 
lâchait  une  multitude  de  canaris,  à la  queue 


10  s P A (i  N 10 


PORTUGAL 


99 


^rsT.  Monastère  dit  de  Saint-Just  \ — A l’ombre  duquel  le  bou- 
limique, enq)hysémateux,  prog'iiate,  hémorroïdaire,  g’outteux,  ar- 
tério-scléreux  et  surtout  ca^ot  Charles  Quint  vint  se  retirer  et 
finir  ses  jours,  en  exhalant,  de  sa  bouche  de  brochet,  dans  un  souille 
ultime  et  infect  des  adénoïdiens,  son  Ame  catholique,  apostolique  et 
romaine. 

On  vit  longtemps  dans  la  Chapelle  de  l’Empereur  la  gracieuse 
statue  de  la  Vierge  à la  cruche,  dont  l’origine  légendaire  vaut  d’être 
contée.  \ers  1780,  d après  le  récit  de  L.  Lurine  et  A.  Brot,  un 
jeune  gentilhomme  du  voisinage,  don  Manuel,  sculpteur  amateur, 
rencontra  une  ravissante  paysanne,  Marica,  qui  venait  de  remplir 
sa  cruche  a la  rivière  ; il  s’en  éprit  aussitôt.  La  jeune  fille,  surprise 


desc[iiels  ctait  attachee  une  banclerolle  do  papier  doré  5 la  g'alanterio  espaj^'iiolc 
exigeait  que  ces  volatils  emblématiques  lussent  attrapés  par  les  gens  de  tout  âge  au 
C(xui  jeune  et  oflcrts  a leur  eiuiinorndo,  Rien  qu  un  nonce  ait  défendu  aux  hommes, 
sous  peine  d’excommunication,  d’olîrir  de  l’eau  bénite  à l’église  parce  qu’ils  en  pro- 
fitaient pour  glisser  des  billets  doux,  le  rigorisme  du  clergé  n’était  qu’apparent  et, 
comme  dans  tous  les  pays  méridionaux,  le  sensualisme  faisait  bon  ménage  avec  le 
mysticisme  ; le  culte  de  la  religion  était  intimement  lié  à celui  de  Vénus.  Et  cette 
tolérance  se  conçoit  d autant  mieux  Irii  la  la  los  montes  que  les  premiers  auteurs 
comiques  de  l’Iberie,  sont  des  prêtres  : Lopes  de  Vega.  avec  ses  dix-huit  mille  pièces, 
et  Calderon,  chanoine  de  Tolède,  auteur  de  plus  de  sept  cents.  N’oublions  pas  non 
plus  que  le  patron  de  Valence  est  Vincent  Terrier,  prédicateur  facétieux  à qui 
La  Fontaine  a emprunté  le  calendrier  des  vieillards  et  dont  la  saveur  pimentée  de 
ses  sermoues  sancti  ne  le  cédait  en  rien  à celle  du  üécaméron.  Nous  avons  rapporté 
son  apologue  pour  inciter  les  épouses  négligentes  à remplir  leurs  devoirs  conjugaux 
(les  Seins  à l'Eglise,  p.  189). 

Ecoutez  cet  autre  sermon  sur  le  maquillage  et  la  parure  des  femmes.  « N’est-ce 
pas  taire  1 œuvre  du  démon  ([ue  de  vouloir  changer,  comme  font  les  femmes  en  se 
peignant  le  visage,  ce  que  Dieu  a créé?  Sentez-vous,  mesdames,  quel  alTront  c’est 
pour  Dieu  ? Corrigeriez-vous  le  tableau  d’un  habile  peintre  ? Dieu  n’a  pas  besoin 
qu’on  lui  montre  à peindre,  il  en  sait  bien  autant  que  vous.  Il  vous  a donné  un  sein 
rond  et  volumineux,  et  vous  voulez  vous  faire  une  petite  gorge  ; il  vous  a donné  de 
petits  yeux,  et  vous  en  voulez  de  grands;  vous  êtes  nées  avec  des  cheveux  noirs,  et 
vous  les  changez  en  crins  roux,  comme  la  queue  d’un  bœuf.  Aussi  qu'arrive-t-il  ? 
{{uand  vous  priez  Dieu,  il  détourne  la  tête  et  prend  vos  tigurcs  pour  des  têtes  de 
diables;  et  siyous  disiez  : « Seigneur,  je  suis  votre  créature  ; il  vous  répondrait  : 
vous  mentez,  je  ne  vous  connais  pas.  » Entre  temps,  il  recommande  aux  dames  de 
porter  du  linge  blanc,  ne  vir  senlial  malum  odorem.  Il  appelle  les  moines  (rrossos 
porcos...  ; on  n’est  jamais  trahi  que  par  les  siens. 

L Ly  auteurs  des  Couvents  racontent  encore  qu’un  jour,  les  franciscains  de 
Sain t-'^  ust  apprirent  que  Mata-Florida,  ancienne  religieuse  de  la  communauté  de 
Iluelgas,  ballerine  célèbre  du  théâtre  del  Principe  à Madrid,  était  de  passage  dans 
les  environs  du  monastère  pour  se  rendre  à Lisbonne,  où  l’appelait  une  fantaisie 
royale;  ils  la  prièrent  de  venir  danser  dans  leur  réfectoire;  ce  qu’elle  fit  de  la  meilleure 
grâce  du  monde  (fig.  101  his).  MM.  Bérenger,  G.  Lecomte,  A.  Brisson  et  autres  che- 
valiers de  la  triste  figure,  ne  criez  pas  au  scandale  et  souvenez-vous  que  l’abbaye  de 
Chelles  vit  danser  la  Gamargo  et  la  Sallé. 


loo 


l’art  l'IlOFANE  A l/ÉfiLlSE 


de  cette  rencontre,  se  sentit  détaillir...  iit  une  chute  sur  1 hei bette 
et  sa  cruche  se  brisa.  Les  familles  des  deux  amoureux  s’opposèrent 
à cette  mésalliance.  De  chagrin,  don  Manuel  devint  fou  et  aveugle  ; 


mais  il  huit  par  obtenir  de  son  père,  grand  d'Espagne,  que  Marica 
lui  servit  de  compagne  et  de  guide.  11  tailla  dans  le  marbre  une 
statue  de  la  Vicrrjc  à la  cruche  et  lui  donna  les  traits  de  sa  bien 
aimée  ; puis,  il  attendit  qu’elle  s’animât  et  vécût  comme  la  Galatee 
de  Pygmalion.  Afin  de  réaliser  son  rêve,  Marica  imagina  de  prendre 
la  place  de  la  statue  ; don  Manuel  saisit  son  ciseau  pour  corriger  un 
défaut  de  grain  qu’il  croyait  sentir  au  sein  de  son  idole,  mais  celle-ci 
épouvantée  arrêta  la  main  de  l’artiste...  « Enfin,  s’écria-t-il,  elle  a 
remué,  elle  vit  ! » L’émotion  fut  si  vive  que  le  pauvre  insensé  revint 
à la  raison.  On  attribua  cette  miraculeuse  cure  à l’intervention  de 
la  "Viero-e  de  la  Pitié.  Quelques  années  plus  tard,  Marica  mourut , 
Manuef  se  retira  chez  les  franciscains  de  Saint-Yust  et  leur  fit  don 
de  sa  statue,  aux  pieds  de  laquelle  il  passa  le  reste  de  ses  jours. 

Canaries.  Santa-Cruz  de  Ténériffe.  — Pendant  la  messe  de 


ESPAr.M: 


PORTUGAL 


101 


minuit,  à Noël,  la  paroi  abdominale  d’une  statue  en  bois  de  la 
\derg-e  à terme,  s'ouvre  à deux  volets,  comme  ceux  d’un  dij)tyque, 
et  Marie  accouche,  à minuit  sonnant,  du  divin  Bambino  par  l’opé- 
ration césarienne. 

La  statue  richement  parée,  dit  un  témoin  oculaire,  est  placée  sur  un 
autel.  Quand  l’heure  de  l’accouchement  est  arrivée,  un  prêl  re  s’en  approche 
et,  après  force  génullexions,  il  introduit  ses  mains  sous  la  robe,  ouvre  les 
deux  portes  ménagées  dans  le  ventre  et  en  retire  à la  grande  joie  des  as- 
sistants, un  joli  bébé  rose. 


VII 


HOLLANDE 


Bois-le-Duc.  Cathédrale  Saint-Jean.  — Nef.  Aux  arcs-boutants 
((  une  armée  de  créatures  humaines  et  animales,  parmi  lesquelles 
des  monstres  alternent  avec  des  hommes  livrés  à différentes  sortes 
de  vices  ». 

Genoels-Elderen  (Limbourg).  Saint-Mar- 
tin. — Un  diptyque  du  ix®  siècle  conservé 
dans  cette  église  porte  une  Visitation  cu- 
rieuse surtout  par  les  attitudes  de  la  Vierge 
et  de  sainte  Elisabeth  ; celle-ci,  comme  une 
sage-femme,  pratique  sur  sa  cousine  le  pal- 
per abdominal  (fîg.  102). 

Gouda.  La  grande  église  [Groole 

— Quoique  consacrée  au  culte  protestant,  cet  VEncycl.  des  Beaux-Arts, 

, 1 Pi'P  A.  Demmin. 

ediiice  possédé  encore  de  precieuses  verrieres  ^ . 

L’une  allégorise  la  Liberté  de  conseienee  : dans  un  char  traîné  par 
V Amour,  la  Justiee,  la  Confianee,  etc.,  et  qui  écrase  sous  ses  roues 
un  vieillard,  personnifiant  la  Tyrannie,,  sont  assises  deux  femmes, 
la  Conseienee  vêtue  en  guerrière  et  la  Foi  nue.  Une  inscription  tenue 
par  deux  cupidons  explique  cette  allégorie. 

Une  autre  verrière  a pour  sujet  la  Prise  de  Damiette  ; Mars  et 
Neptune  y figurent. 

Leyde.  Musée. — Un  ancien  triptyque  d’église  par  Lucas  de  Leyde, 


1,  Cf.  Odin,  le  Vilrail. 


101 


l’art  rrofank  a l’églisl 


consacré  au  Jugement  dernier,  au  Paradis  et  à V Enfer,  est  un  des 
rares  tableaux  de  nu  de  l’école  hollandaise. 

Losdln.  — Misson  a vu  dans  Téglise  de  ce  village  les  deux  plateaux 
qui  continrent  les  365  enfants  de  la  comtesse  de  Henneberg,  fille  de 
Florent  IV,  comte  de  Hollande.  On  connaît  Fanecdote  : le  ciel  punit 
la  noble  dame  d’avoir  reproché  à une  malheureuse  femme  sa  fécon- 
dité, laquelle  lui  souhaita  autant  d’enfants  qu’il  y a de  jours  dans 
l’année^,  et  la  comtesse  accoucha  de  cette  formidable  portée.  Mais 
ses  rejetons  naquirent,  furent  baptisés  et  moururent  le  même  jour. 
L'inscription  de  l’église  nomme  l’évêque  Guillaume  suffragant  de 
Trêves,  — précurseur  du  baron  de  Crac  — qui  a baptisé  les  365 
((  poissons  d’Avril  ».  Au-dessus  de  l’inscription  mensongère  se 
lisent  ces  vers  : 

En  tibi  monstrosum  nimis  et  memorahile  factum 
Quale  nec  a mundi  conditione  datum, 

(Voici  un  fait  trop  monstrueux  et  mémorable,  en  dehors  de  toute 
loi  naturelle.) 

Et  au-dessous  : 

Ilæc  leqe,  inox  aiiimo  stupefactus  lector  ahibit. 

(Lis  cela  et  bientôt  le  lecteur  stupéfait  s’en  ira.) 

Nos  aïeux  étaient  si  crédules  en  matière  de  merveilleux  qu’on  leur 
servit  plusieurs  fois  cette  légende  puérile;  ainsi  Marc  Gremerius 
raconte  sérieusement  qu’une  noble  Polonaise,  femme  du  comte  de 
Virboslaüs,  accoucha  de  36  enfants  à la  suite  d’une  semblable  impré- 
cation : le  gogotisme  est  contagieux. 

Maestriciit. — L’auteur  du  Voyage  d’ Allemagne  relate  que  « chez 
les  religieuses  joignant  la  grande  place,  il  y a un  Grucifîx  qui,  dit- 
on,  ne  peut  être  peint  : l’Italie  n’en  a pas  de  plus  curieux  ».  Est-ce 
à dire  qu’il  ne  peut  être  « décrit  »,  à cause  de  sa  nudité  choquante? 

1.  Une  autre  version  raconte  (jne  la  comtesse  reprocha  à la  pauvre  femme  ses 
deux  enfants  jumeaux,  comme  ne  pouvant  pas  être  du  même  père  , un  troisième 
ajoute  que  parmi  les  3G3  enfants  de  la  comtesse,  « outre  les  mâles  et  les  lemelles,  il 
y eut  des  hermaphrodites.  » 


HOLLANDE 


105 


Saauda^i.  Eglise  du  Taureau.  — Le  vocable  de  cette  église  réfor- 
mée s’explique  par  un  tableau  placé  au  fond  du  chœur  et  que  nous 
avons  reproduit  dans  notre  Histoire  des  Accouchements^ . On  y voit 
un  taureau  furieux  qui,  sur  ses  cornes,  enlève  une  femme  grosse  : au 
même  instant,  la  femme  accouche  et  retombe  avec  le  nouveau-né. 
L'enfant  aurait  vécu  un  mois  et  la  mère  serait  morte  au  bout  de 
trente-six  heures  ; ce  fait  divers  paraît  plus  véridique  que  le  pré- 
cédent. 


1.  Fig.  128. 


il 


1 


I 


VIII 

ITALIE 


A.malfi.  Cathédrale  Saint- André.  — A la  nef,  deux  sarcophages 
antiques  sont  couverts  de  sculptures  qui 
traitent  des  sujets  du  paganisme  : VEnlè- 
vement  de  Proserpine^  les  Noces  de  Pelée 
et  de  Thétis  ou  de  Thésée  et  d’Ariane. 


Vallée  d’Aoste.  Cloître  de  la  collégiale 
de  Saint-Ours  K — Le  chapiteau  historié  qui 
a le  plus  frappé  M.  Edouard  Aubert  est  celui 
où  l’évêque  Plocéan  est  entraîné  dans  les 
flammes  de  l’Enfer  par  les  démons,  vengeurs 
de  son  apostasie 

Aquila.  Couvent  de  Santa  Maria  di  Colle 
magnio.  — Kuter,  moine  célestin,  élève  de 
Rubens,  décora  la  chapelle  de  Saint-Gélestin 
de  peintures  fantastiques  qui  se  rapportent  à 
la  vie  de  ce  pape. 


Fie-,  103. 


Arezzo.  — A l’intérieur  de  l’église,  un 
colossal  Cupidon  (fig.  103)  sculpté  par  Pierre  délia  Francesca,  vêtu 
de  son  bandeau,  dirige  ses  flèches  sans  le  secours  de  son  arc  dans 
le  tas  de  fidèles  qui  se  prosternent  au  pied  des  autels.  Cet  impu- 
dique enfant  de  Gypris  s’est-il  blotti  sous  les  voûtes  sacrées  pour 


1.  Qualificatif  curieux,  à rapprocher  de  celui  qui  est  donné  aux  églises,  en  Sicile  ; 
les  chanoines  sortis  du  chapitre  de  la  cathédrale  étaient  appelés,  paraît-il,  dans  les 
aneiennes  chartes,  frères-uiérins  de  cette  égiise-mère. 


108 


l’art  profane  a l’étilise 


rappeler  la  vision  de  saint  Dominique  qui  vit  un  diablotin  assis 
sur  le  sein  d’une  jeune  fille  nue,  d’où  il  dardait  des  flèches  à 
pointes  de  feu  contre  ceux  qui  l’appétaient  ? 


Assise.  — Giotto,  dans  l’allégorie  de  la  Pénitence  (fîg.  104),  place 
encore  un  Cupidon^  son  carquois  en  bandoulière  et  dont  l’arc  vient 
de  faire  une  victime  ; mais  il  le  transforme  en  esprit  du  mal,  avec 
des  griffes  de  vautour  b 

Le  sacré  couvent  « renferme  autant  de  merveilles  que  de  pierres  » ; 
c’est  la  folie  de  l’art  chrétien  qui  célèbre  « la  folie  de  la  croix  »,  pour 
nous  servir  d’une  expression  ironique  de  Bossuet,  à propos  de 
de  François  d’ Assises.  Ce  ne  sont  que  décors  et  ornements  peints, 
sculptés  ou  burinés. 

Valéry  signale  le  manque  de  tenue  du  personnage  qui  représente 
la  reine  de  Chypre,  llécube  de  Lusignan,  sur  son  vaste  mausolée  : 
« sa  statue  assise  a une  jambe  en  l’air,  passée  sur  le  genou  de 
l’autre,  posture  fort  singulière  pour  une  femme,  pour  une  reine  et 
pour  une  statue  d’église,  et  dont  le  lion  rugissant,  au-dessus  du  lit 
dont  deux  anges  soulèvent  la  draperie,  paraît  horriblement  choqué.  » 

1.  Rappelons  une  circonstance  mystérieuse  de  la  naissance  de  saint  François,  en 
nous  appuyant  sur  l’autorité  du  R.  P.  Arsène  de  Chalet. 

Sa  mère,  Rica,  était  en  proie  à de  terribles  sonlTrances,  sans  pouvoir  enlanter, 
lorsqu’un  pèlerin  de  passade,  après  avoir  reçu  son  aumône,  Ht  cette  prédiction  : 
« La  mère  ne  sera  délivrée  (juc  dans  une  étable  et  1 entant  ne  verra  le  jour  que  sur 
la  paille  ».  Aussitôt,  la  patiente  fut  installée  sur  une  botte  de  paille  dans  une  étable 
du  voisinage  et  mit  au  monde  son  fils  qui  naquit  comme  Jésus.  L étable  a été 
convertie  en  chapelle  San  Francesco  il  Piccolo  (Saint-h rançois-le-Petit). 


ITALIE 


109 


Hereame.  — 1*^  Santa  Maria  Maggiore.  — Chapelle  Colleoni.  Le 
sarcophage  de  ce  prototype  des  condottières  « qui  vendaient  leur  force 
comme  les  avocats  leur  éloquence^  sans  se  soucier  de  la  cause  »,  est 
entouré  d’une  frise  d’amours  dansant 
une  farandole  au  milieu  de  guirlandes 
tleuries.  Nous  connaissons  la  statue 
de  l’orgueilleux  personnage,  à Venise, 
avec  ses  indécentes  armes  parlantes  ^ 


Fit:-.  105. 


Fit 


106. 


2^  Oratorio  Suardi.  — Une  importante  fresque  de  Lorenzo  Lotto 
raconte  la  Vie  de  sainte  Barbe.  Sur  le  premier  plan,  on  conduit  la 
vierge  au  bourreau  (fîg.  105)  ; dans  le  fond,  le  tortionnaire  lui 
arrache  les  seins  (fîg.  106),  et,  après  son  supplice,  un  ange  la  couvre 
d’une  draperie. 

Bologne.  U Cathédrale  Saint-Pierre.  — Portail  central.  Entre 
autres  superbes  figures  de  Jacopo  délia  Quercia,  qui  a puisé  ses 
thèmes  dans  les  récits  mythologiques  et  bibliques,  notons  une  Eve 
naissante  et  dodue,  d’une  grâce  incomparable. 

Au  haut  du  sanctuaire  se  trouve  V Annonciation^  fresque  de  Louis 
Garrache,  son  dernier  ouvrage;  l’attitude  de  l’archange  Gabriel  dans 
cette  situation  intéressante  est  équivoque  : il  semble  avancer  les 
mains  sur  le  corsage  de  la  Vierge  pour  lui  découvrir  la  gorge. 

1.  Les  Seins  à l’église,  fig.  61. 


110 


i/art  profane  a i/éolise 


2®  San  Petronio.  — A la  façade,  un  bas-relief  d’un  réalisme  eni- 
poig-nant  dans  un  sujet  banal  par  lui-meme,  représente  Joseph 
laissant  son  manteau  aux  mains  de  la  Putiphar.  C’est  une  touchante 
et  dramatique  allusion  à une  vive  affection  contrariée  de  la  belle 
artiste,  Properzia  de  Rossi,  peintre,  sculpteur,  graveur  et  musicien, 
pour  un  cruel  Bolonais.  Aux  quatre  cordes  de  son  arc,  elle  voulut 
ajouter  celle  de  (iupidon,  et  mal  lui  en  prit.  La  pauvre  dédaignée, 
après  avoir  ciselé  son  chef-d’œuvre,  où  les  traits  des  protagonistes  de 
Paventure  ont  été  fidèlement  reproduits,  se  désespéra  et  mourut  de 
chagrin  ou  mieux  de  poison  en  15J0. 

Un  magnifique  bas-relief  de  Jacopo  délia  Quercia  montre  Eve 
longtemps  après  le  péché  et  cependant  complètement  nue  ; deux 
enfants  nus  aussi  lui  grimpent  aux  jambes,  tandis  qu’elle  file  sur  un 
fuseau.  Le  chef  de  la  première  communauté  bêche  dans  le  voisinage, 
en  costume  d’Adam  *. 

Evoquons  deux  souvenirs  qui  appartiennent  au  domaine  de  Part. 
Le  cardinal  Castaldi  offrit  de  terminer  à ses  frais  la  façade  de 
S.  Pétrone,  à la  condition  d’y  faire  sculpter  ses  armoiries  ; la  fabrique, 
par  dignité,  refusa  cette  proposition.  Une  telle  recherche  de  réclame 
vaniteuse  n’est  pas  rare  chez  le  haut  clergé;  nous  ne  citerons,  d’après 
F.  de  Guilhermj,  qu’un  exemple,  celui  du  cardinal  de  Noailles. 
Dans  la  rose  du  transept  méridional  de  Notre-Dame  de  Paris,  il 
substitua  ses  armoiries  à la  figure  du  Christ  placée  au  centre  de 
l’armée  triomphante  des  apôtres  et  des  martyrs. 

Le  second  incident  se  rapporte  à la  statue  colossale  de  Jules  II,  en 
bronze,  par  Michel-Ange,  qui,  avec  IqMoïsc^  devait  faire  partie  de 
son  somptueux  mausolée  et  vint  échouer  devant  le  portail  de  S.  Pé- 
trone, où  elle  fut  brisée  plus  tard  et  remplacée  par  un  monument 
païen,  la  fontaine  de  Neptune  dont  il  est  question  plus  loin.  Il  est 
vrai  que  la  première  statue  représentait  plutôt  un  Jupiter  tonnant 
qui  menace,  qu’un  pontife  qui  bénit  : Michel- Ange  avait  demandé 
au  fougueux  pontife  s’il  devait  lui  mettre  un  livre  dans  la  main 
gauche  : « Non,  répondit-il,  en  contradiction  avec  le  précepte  évan- 
gélique, donne-moi  une  épée;  je  ne  suis  point  un  écolier».  Une 
Lurche  eût  suffi  à l’ancien  valet  de  ferme;  la  caque  sent  toujours  le 
poisson. 

1.  Hisl.  de  L’art  en  tableaux,  t.  I.,  pl.  nu,  lig.  S. 


rr  A L I E 


111 


Saint-Paul.  — Lo  Guerchin  exprime  le  Purcjatoirc  — invention 
(lu  pape  Griigoire  dit  le  Grand  — par  des  âmes  nues  qui  rissolent 
au  milieu  d\in  feu  temporel  et  invoquent  la  clémence  du  ciel  élevant 
vers  lui  leurs  bras  suppliants  (1503). 

San  Michel©  in  Bosco.  — On  conserve  à la  chapelle  du  légat 
une  copie  en  plâtre  de  la  Justice,  Tune  des  statues  en  marl^re  du 
mausolée  de  Paul  III  à Saint-Pierre  de  Rome.  Cette  ligure,  dans 
son  premier  état,  était  entièrement  nue,  mais  une  fausse  pudeur 
l’a  couverte  d’une  draperie  en  étotfe,  comme  la  sainte  Geneviève  de 
Glamecy,  tandis  que  le  Bernin  a passé  à l’original  une  chemise  en 
métal. 

5®  San  Rocco.  — Chapelle  de  l’Oratoire.  Dans  une  peinture  du 
Guerchin  représentant  saint  Roch  soupçonné  d’espionnage,  le  pré- 
venu est  conduit  par  un  soldat,  <(  à grands  coups  de  pieds  dans  le  c..,  » 
écrit  de  Lalande  en  toutes  lettres.  ((  Cette  idée  est  basse,  mais  parfai- 
tement rendue  dans  le  tableau  »,  ajoute  ce  voyageur. 

6*^  Mendicanti  di  Dentro  b — Il  est  rare  que  les  artistes  nous  fassent 
assister  à la  fameuse  scène  de  jalousie  de  saint  Joseph  — c’est  une 
((  scène  » de  ménage  qui  n’est  pas  <(  à faire  ».  Une  toile  d’Alessandro 
Tiarini  nous  procure  cette  surprise  : la  Vierge  est  dans  un  état  de 
grossesse  avancée  ; l’abstrus,  énigmatique,  ténébreux,  résigné,  mé- 
lancolique époux  in  partihus  sort  de  son  ombre  et  de  sa  réserve 
ordinaires,  puis  se  jette  aux  pieds  de  son  épouse  — d’autres  disent 
sa  fiancée  — et  lui  demande  pardon,  comme  à Notre-Dame  de  Paris, 
de  l’avoir  soupçonnée  d’infidélité.  Tous  les  mêmes  ! Marie  lui 
montre  le  ciel  pour  lui  rappeler  que  ce  miracle  a été  accompli  par 
l’intervention  du  Saint-Esprit.  « Cinq  ou  six  petits  anges  derrière 
Joseph,  écrit  le  président  de  Brosses,  rient  sous  cape  et  se  le  montrent 
l’un  à l’autre,  pendant  qu’un  autre  ange  plus  grand  et  d’un  âge  rai- 
sonnable leur  fait  signe  de  se  taire,  de  peur  que  Joseph  ne  s’en 
aperçoive.  » 

Sachetti,  dans  sa  soixante-quinzième  Nouvelle ,v‘acoxïïq  que  Giotto, 
accompagné  de  plusieurs  amis,  entra  un  jour  à l’église  Saint-Marc. 


1.  Les  mendiants  du  dedans  de  la  ville. 


Devant  une  Sainte  Famille^  Fun  des  compagnons  du  maître  florentin 
lui  demande  pourquoi  on  peignait  saint  Joseph  — et  non  la  Vierge 
comme  M.  Rio  le  rapporte  dans  son  étude  de  la  Poésie  chrétienne  — 
avec  un  air  maussade  ? Giotto  répondit  que  c’était  avec  raison  : Che 
vede  prègna  la  nioglie^  e non  sa  di  oui.  (Parce  qu’il  voit  sa  femme 
enceinte  et  ne  sait  pas  qui  en  est  cause). 

7*^  Chapelle  des  Ecoles  de  FUniversité.  — Le  Cesi  y a représenté 
la  Religion  <(  par  une  figure  de  femme  toute  nue,  assure  de  Lalande, 
sous  un  voile  d’une  transparence  sans  égale  ».  Rubens,  dans  le 
Triomphe  de  la  Religion  (Louvre),  supprime  toute  gaze  ; il  est  vrai 
qu’il  ne  s’agit  pas  ici  d’un  tableau  d’auteL 


8*^  Fontaine  de  Neptune.  — A Bologne,  la  dévotion  est  telle  qu’on 
rencontre  à chaque  pas  des  images  de  la  Madone  entourées  de  veil- 
leuses allumées,  et  jusque  dans  la  loge  où  se  distribue  les  billets  de 
la  Comédie.  Il  y en  a à la  tête  du  lit  de  toutes  les  Bolonaises  : elles 
tirent  le  rideau  quand  u on  se  prépare  à Foffenser  »,  assure  un 
voyageur  documenté  L 

9°  Monastère  de  Saint-Benoit 

Brescia.  1®  Dôme  vieux.  — Ce  monument,  Fun  des  plus  anciens 
de  l’Italie,  a été  longtemps  considéré  comme  un  temple  païen,  en 
raison  des  nombreux  emblèmes  idolâtres  que  l’on  y trouva  et  dont 
la  destruction  fut  stupidement  décidée,  les  19  avril  et  25  mai  1456, 
parle  conseil  de  la  ville.  (Valéry). 


1.  Rien  donc  d’étonnant  qu’ait  été  dcdice  à l’archevêque  de  Milan,  légat  de 
Bologne,  saint  Charles  Borromée,  la  fontaine  mythologique  de  la  place  du  Géant, 
dominée  par  le  groupe  de  Neptune  et  de  quatre  néréides  qui  se  pressent  les  ma- 
melles d’où  jaillissent  des  jets  d’eau.  « Le  Neptune  est  nu,  observe  encore  cet  indis- 
cret de  Lalande,  et  les  parties  que  la  pudeur  oblige  de  cacher  y sont  si  marquées 
que  souvent  les  mères,  en  passant  dans  la  place,  avertissent  leurs  fdles  de  détourner 
les  yeux.  » 

2.  Les  moines  de  l’abbaye  avaient  abandonné  la  forte  somme  pour  la  construction 
de  la  cathédrale,  à la  charge  d’une  piteuse  redevance.  Voici  en  quoi  elle  consisLiit: 
au  banquet  de  la  fête  patronale  de  l’abbaye,  le  censitaire  se  présentait  au  réfec- 
toire porteur  d’une  écuelle  couverte,  garnie  d’une  poularde  au  riz.  Arrive  en  pré- 
sence de  l’abbé,  il  levait  le  couvercle  et  passait  l’écuelle  sous  son  nez,  puis  se  retirait 
avec  la  poule  dont  il  ne  devait  à l’abbé  que  le  fumet. 


1 T A L l E 


113 


'2^  Couvent  de  Sainte-Julie.  — Didier,  le  dernier  roi  des  Lom- 
bards, donna  à sa  fille  Ansber^,  al)besse  du  couvent,  une  croix  qui 
est  le  principal  joyau  de  la  Bil)liotlièque  de  la  ville.  Elle  est  enri- 
chie de  camées  représentant  Pégase,  les 
neuf  Muses,  les  trois  Grâces,  « et  d'autres 
sujets  mythologiques  qui  ne  sont  pas 
tous  fort  décents  ». 

Gasstno.  Couvent  de  Saint-Benoît 
(Mont  Gassin)  b — Que  vient  faire  dans 
un  édifice  religieux  — usine  de  pieux 
mensonges  — une  Vérité  de  Luca  Gio- 
darno,  qui  n’a,  au  dire  de  Taine,  que 
ses  cheveux  blonds  pour  tout  vête- 
ment ? Une  autre  figure  allégorique 
du  même  peintre,  la  Bonté,  passe  pour  le  portrait  de  sa  femme. 

Gastelfranco.  Cathédrale.  — La  sacristie  est  ornée  de  fresques 
peintes  par  \ éronèse  et  provenant  de  la  villa  Soranza  5 on  y remar- 
que la  Justice,  la  Prudence,  le  Temps  et  la  Renommée,  avec  un 
cortège  d’aniours. 

Gertaldo.  San  Michèle  e Giacomo.  — Le  tombeau  de  Boccace 
fut  érigé  en  1503  dans  cette  église  de  son  pays  natal;  mais,  en  1783, 
le  monument  fut  détruit  et  les  ossements  dispersés  : il  était  sur- 
monté de  la  statue  du  poète  tenant  son  peu  orthodoxe  Déccunéron  ! 

Gome.  San  Fedele.  — Une  figure  de  femme,  munie  d’une  cein- 
ture de  feuillage  qui  ne  cache  rien,  prend  une  pose  acrobatique 
au  sommet  d’un  arc  brisé  (fig.  107).  Elle  rappelle  la  Shelah-na-Gig 
des  anciennes  églises  irlandaises. 


107. 


. Vasari,  a 1 exemple  de  beaucoup  de  ses  collègues,  ne  négligeait  aucune  occasion 
e se  distraire  et  ne  cherchait  guère  ses  inspirations  dans  la  foi  religieuse,  comme 
e veulent  les  pieux  admirateurs  du  passé,  qui  prennent  leurs  désirs  pour  des  réalités. 

onc,  en  peignant  dans  ce  couvent  le  Festin  d’Assuériis,  le  facétieux  peintre  joua 
e our  a un  moine  d’esquisser  sa  trogne  rubiconde  sur  un  vase  de  cristal  plein  d’eau 

avec  la  deformation  accusée  des  traits  due  à la  réflexion  des  images  sur  les  miroirs 
convexes. 

Par  ailleurs,  nous  connaissons  le  débraillé  des  miniatures  qui  enluminent  les  an- 


I>  ART  PROFANE. 


II. 


114 


l’art  profane  a l’éolise 


CüRTONE.  Le  Dôme.  — « Paganisme  immortel,  es-tu  mort  ? » 
s’écrie  Sainte-Beuve.  Non,  il  n’est  pas  mort,  répond  G.  Vanor, 
puisque  ce  sont  justement  les  églises  catholiques  qui  se  sont  im- 
posé de  le  perpétuer  dans  leurs  propres  sanctuaires  : 

Santa  Anastasia  de  Rome,  n’est-elle  pas  établie  sur  douze  colonnes 
provenant  du  temple  de  Neptune  Palatin?  Dans  la  chapelle  dômale  de 
Cortone,  un  sarcophage  antique  n’ollre-t-il  pas,  en  bas-relief,  le  combat 
des  Centaures  et  des  Lapithes  ? Hier^  à Sienne,  nous  contemplions  l’aven- 
ture de  Neptune  et  de  la  Naïade,  dans  le  transept  de  la  cathédrale,  et  les 
ligures  mythologiques  ornant  le  candélabre  qui  supporte  le  bénitier 
sculpté...  Kt  encore  à Rome,  dans  la  basilique  Ghigi,  les  mosaïques  de  la 
coupole  figurent  Jupiter,  Diane  et  Mercure,  gravitant  comme  des  pla- 
nètes autour  de  Jéhovah  !...  Non, il  n’est  pas  mort  le  paganisme  qui  revêt 
ainsi  de  sa  sensualité  les  basiliques  chrétiennes,  il  s’immortalise  encore 
dans  les  offices  du  culte  qui  le  remplaça. 

Ferrare  Cathédrale.  — L’abside  est  décorée  du  Jugement  der- 
nier^ œuvre  capitale  de  Sebastiano  Filippi,  dit  le  Bastianino  (157/). 
Cette  fresque  inspirée  de  Michel-Ange,  contient  aussi  un  trait  sati- 
rique. L’une  des  damnées,  saisie  par  les  démons,  serait  la  belle 
Livia  Grazzioli  qui,  après  lui  avoir  promis  de  Fépouser,  lui  préféra 
Stefano  Gorreggiari  i la  donna  è mobile.  A coté  de  1 inconstante, 
on  lit  sur  un  cartel  : 

NUL  (lum)  MAL  (um)  IMF  (unitum). 

En  revanche,  la  femme  qui  la  remplaça  figure  au  milieu  des  élus 
et  foudroie  de  son  mépris  la  dédaigneuse  Livia.  Filippi,  d’après 
Gustave  Gruyer,  sAst  placé  avec  elle  à la  droite  de  son  patron  qui 
tient  à la  main  les  flèches  de  son  martyre,  et  c'est  sa  mère  que  Fon 
voit  à la  gauche  de  saint  Sébastien,  s’il  faut  en  croire  M.  G.  Boari. 

2«  Saint-Benoît.  — Chapelle  de  Saint-Jean-Baptiste.  Le  tableau 
d’autel  est  de  Bononi  i Salomé  y parait  outrageusement  décolletée, 
moins  cependant  que  celle  de  Henri  Régnault  qui,  elle,  est  complè- 


ciens  missels.  La  bibliothèque  du  couvent  du  Mont-Gassin  possède  un  psautier  dont 
les  majuscules  de  chaque  psaume  sont  ornées  de  fleurs  et  de  feuillages  ; parfois  1 ar- 
tiste a joint  à ces  lettres  enjolivées  des  rébus,  où  les  notes  de  la  gamme  forment  une 
partie  du  texte,  par  exemple  cette  jolie  devise:  sol  la  speranza  mi  fa  trion  fa  hb, 
(L’espérance  seule  me  fait  triompher.) 


1 T A L 1 


115 


tenient  « dôbustée  ».  Ce  serait  le  portrait  de  la  maîtresse  du  duc 
Alphonse,  le(|uel  (Ig'ure  à côté  d’elle  sous  les  traits  d’IIérode. 

Sainte-Madeleine.  — Un  tableau,  où  la  pécheresse  repentante 
portait  le  costume  en  satin  de  peau  de  son  premier  métier,  a été  un 
peu  gâté,  au  dire  de  Lalande,  par  le  scrupule  d’un  archevêque  de 
Bologne,  u qui  a voulu  faire  descendre  les  cheveux  sur  la  gorge  de 
la  belle  pénitente  ». 

40  Couvent  des  Bénédictins 

5®  Sainte-Marie  del  Valdo.  — La  plus  ancienne  église  de  Ferrare 
contient,  entre  autres  tableaux  remarquables,  celui  du  Carpi,  le  Miracle 
de  saint  Antoine^  qui  fait  justifier  une  femme  par  l’enfant  dont  elle 
vient  d’accoucher,  et  la  superbe  composition  de  Dosso  Dossi,  Saint 
Jean  l Evangéliste  contemplant  la  femme  mystérieuse  de  son  Apo- 
Ce  personnage  a été  singulièrement  gâté  par  un  présomp- 
tueux restaurateur  ou  gate-sauce  boulonais  qui  l’a  enveloppé  d’une 
draperie  verte.  « Indépendamment  du  souvenir  d’un  tel  affront,  dit 
ingénuement  Mme  Ginevra  G.,  qu  un  ferrarais  ne  se  serait  point 
jDcrmis,  nous  avons  la  douleur  de  ne  plus  admirer  ces  excellentes 
proportions,  ces  formes  si  nobles  dont  la  beauté  des  mains  et  des 
pieds  peut  faire  présumer  la  j^érfection.  » 

6 Séminoirc.  Le  plafond  d une  petite  pièce  du  rez-de-chaussée 
servant  de  classe  était  décoré  de  figures  et  d’arabesques  du  Garofolo  ; 
elles  sont  à peu  près  cachées  par  le  'barbouillage  pudique  d’un  badi- 
geonneur  sans  scrupule,  et  il  ne  reste  d’une  figure  de  femme,  au  dire 
de  Valéry,  que  la  tête  et  la  main. 

Floreînce.  1®  Le  DôniG.  Sântâ  Msria  dcl  Fiorc.  — Extérieur . 

Le  portail  Nord  en  bronze,  profondément  fouillé  par  le  ciseau  de 
Niccolo  Aretino,  est  fleuri  d’arabesques  et  de  volutes  qui  encadrent 

1.  Vestibule  du  réfectoire.  Dans  son  Paradis,  Benedetto  da  Garafolo  a placé 
1 Ariostc,  son  ami,  avec  sa  belle  barbe  noire,  entre  sainte  Catherine  et  saint  Sébastien 

donis  chrétien.  Le  chantre  de  Roland  furieux  lui  disait,  en  plaisantant  : « Met- 
tez-moi  dans  ce  Paradis-là,  parce  qu’il  n’y  a pas  apparence  que  je  sois  dans  l'autre.  >> 


de  ^n-acieux  médaillons,  où  sont  ciselées  de  nombreuses  ligures  nues, 
quelques-unes  dans  des  attitudes  équivoques  (üg.  108)  ^ 

D’autres  ligures  décoratives  couvrent  le  portail  Sud  ; on  y re- 
marque un  jouvenceau,  cravaté  d’une 
vipère,  et  une  jouvencelle  qui  passent 
leurs  têtes  à travers  des  lucarnes  orne- 
mentées et  se  lancent  des  œillades  en- 
flammées. Ce  groupe  est  un  diminutif 
du  fameux  duo  de  la  Luxure  que  nous 
trouverons  à la  cathédrale  de  Bâle, 
mais  d’un  caractère  licencieux  moins 
expressif. 


Fiiî.  108. 


Fig.  109. 


Fig.  110. 


Toujours  au  dehors,  sur  le  côté  méridional  de  l’abside,  deux 
modillons  où  sont  sculptées  des  académies  émergeant  de  feuillages 
touffus  (lig.  109,  110).  Dans  l’embrasure  de  la  porte  de  la  Man- 
dorla,  à la  partie  supérieure  des  pieds  droits,  1 œil  pénétrant  recon- 
naît encore  quelques  détails  légers  (fig.  110  bis^  ter^  quarte^. 

Intérieur. Sur  la  concavité  de  la  double  coupole  se  développe  le 

Jugement  dernier  de  Vasari  et  de  Frédéric  Zuccari.  Trois  cents 
figures,  environ,  peintes  à fresques  et  tirées  de  la  Divine  Coniedie ^ 
animent  cet  immense  panorama.  Pour  éviter  l’injure  des  travestisse- 
ments après  coup,  les  artistes  ont  pris  soin  sans  souci  de  la  vrai- 


1.  Reproduit  par  Vllist.  de  Larl  en  tableaux. 


ITALIE 


117 


semhlance  — de  vêtir  tous  les  personnages,  même  Apollon,  à 
1 exception  toutefois  des  ressuscités  de  la  zone  inférieure,  où  ils 
forment  une  masse  circulaire  de  nudités  profanes  et  esquissent  des 
((  écartements  monstrueux  ». 


Un  des  rares  tableaux  égarés  dans  ce  vaste  désert  est  accroché  au 
côté  gauche  de  la  nef,  c’est  le  portrait  en  pied  du  Dante  Alig-hieri, 
peint  sur  bois  par  Domenico  di  Michelino,  sur  l’ordre  de  la  Répu- 
blique florentine.  Le  second  plan,  à droite,  est  occupé  par  une  vue 
de  Florence  en  1465.  A gauche  se  déroulent  les  épisodes  de  la 
Divine  Comédie  : V Enfer ^ « où  est  laissé  toute  espérance  » ; le  Pur- 
gatoire et  le  Paradis^  remplis  de  pécheurs  et  d’élus  sans  costume. 
Dans  le  groupe  des  damnés  qui  se'  dirigent  vers  les  cercles  infer- 
naux, les  femmes,  contrairement  à la  galanterie  habituelle  des 
artistes,  paraissent  en  plus  grand  nombre,  et  ce  n’est  que  justice  : 
Saint  Paul  ne  dit-il  pas  que  la  femme  a perdu  le  monde?  Nous  pou- 
vons même  ajouter  qu  elle  continue  à le  perdre. 

Naguère,  derrière  le  grand  autel  se  dressait  le  groupe  colossal 
d\Adam  et  A'ue  (fîg.  111)  par  Baccio  Bandinelli.  Mais  ce  marbre, 
après  avoir  pendant  plus  d’un  siècle  servi  de  retable  au  maître- 
autel  de  la  cathédrale,  fut  conspué  par  Cosme  III  et  relégué  dans  la 
cour  du  Musée  municipal,  à cause  de  son  réalisme  violent.  En 
effet,  les  organes  saillants  d’Adam  sont  ombragés  de  leur  toison 
naturelle,  mais  Eve  est  épilée,  rien  ne  dissimule  sa  nudité;  elle 


118 


L^\RT  PROFANE  A l’ ÉGLISE 


écarte,  au  contraire,  les  mains  de  son  tronc  et  sa  riche  nature 
semble  solliciter  l’admiration  des  visiteurs.  Anomalie  curieuse  : la 


Fig.  111. 


compagne  d’Adam  est  de  plus  grande  taille  cpie  lui;  est-ce  pour 
indiquer  la  prépondérance  conjugale  de  la  femme? 

Encore  un  méfait  de  la  pudicité  dont  fut  victime  le  premier 
homme.  L’Eglise  des  Saints-Apôtres,  dont  la  fondation  a été  attri- 
buée à Charlemagne,  contenait  une  Conception^  le  chef-d  œuvre  de 
Vasari;  or,  assure  Valéry,  « elle  a reçu  quelque  dommage  d un 
méchant  peintre  chargé  de  donner  plus  de  pudeur  à la  figure 
d’Adam.  » 

Dix  gracieux  et  vivants  bas-reliefs  exécutés  de  1431  à 1440  par 
Donatello  et  Luca  délia  Robbia,  et  qui  étaient  destinés  à l’orne- 
mentation de  la  tribune  des  orgues  sont  exposés  au  Musée  du  Dôme. 


ITALIE 


119 


C’est  une  l)ande  de  fillettes  couvertes  de  draperies  transparentes  et 
de  garçonnets  k peu  près  nus,  mais  pudiques,  qui  chantent  et 
dansent  avec  entrain.  En  face  d’eux  un  groupe  de  génies  entraînés 
par  l’exemple  déploient  encore  plus  d’ardeur  dans  leurs  évolutions 
chorégraphiques.  Cette  bacchanale  chrétienne  est  trop  connue  pour 
être  reproduite  ici  h 

2®  Baptistère.  — Ce  vaste  monument,  qui  était  primitivement  la 
cathédrale,  le  duômo,  abrite  aussi  les  mânes  de  tristes  personnages, 
comme  le  scandaleux  Balthasar  Coscia,  devenu  pape  sous  le  nom 
de  Jean  XXIIl.  L’ancien  pirate  repose  en  paix  à l’ombre  d’un  mau- 
solée dû  au  ciseau  de  Donatello,  sous  la  protection  des  Vertus  théo- 
logales dont  la  plus  auguste  — la  Charité  — olfre  ses  mamelles  géné- 
reuses. 

Sur  un  autel  se  dresse  une  hideuse  statue  en  bois,  du  même 
artiste;  elle  représente  la  Madeleine  vieillie,  émaciée,  vêtue  de  ses 


1.  On  s’étonne  de  rencontrer  au  milieu  d’une  nef  d’église  une  statue  de  Donatello 
représentant  Poggio  Bracciolini,  autrement  dit  le  Pogcfe,  auteur  de  contes  ultra 
licencieux,  quoique  secrétaire  du  Concile  qui  lit  brûler  Jérôme  de  Prague  ; mais 
de  telles  surprises  sont  fréquentes  en  Italie.  Il  est  d’ailleurs  en  fort  mauvaise  com- 
pagnie, celle  du  condottiere  anglais  Jean  Aucud,  fameux  par  sa  cruauté  et  dont  Paolo 
Uccello  a sculpté  le  tombeau.  Voici  un  de  scs  exploits  : Pendant  le  sac  de  Faenza, 
voyant  deux  officiers,  dans  un  couvent,  se  disputer  une  jeune  et  belle  religieuse,  il 
ne  trouva  rien  de  plus  ingénieux  pour  trancher  le  différent,  que  d’égorger  la  pauvre 
nonne  tte. 

Avant  de  quitter  le  Dôme,  rappelons  un  usage  qui  dura  jusqu’à  la  fin  du  dix- 
huitième  siècle  : les  bagasses  ou  femmes  de  mauvaise  vie  étaient  tenues  d’assister 
au  sermon  prêché  à la  cathédrale,  la  cinquième  semaine  du  carême  ; « ce  sermon, 
dit  Valéry,  était  destiné  à peindre  l’ignominie  de  leur  état  et  à les  en  faire  sortir  ». 
Les  repenties,  touchées  par  la  grâce  ou  la»  rente  viagère,  étaient  admises  dans  le 
Conservatoire  cleUe  mal  ma  rite,  asile  placé  sous  l’invocation  de  Marie-Madeleine. 
Les  courtisanes,  en  Italie,  eurent  leurs  jours  de  grandeur  et  de  décadence.  Ainsi,  le 
Sénat  vénitien,  qui  les  avaient  chassées,  les  rappelèrent  vers  le  milieu  du  di.x- 
huitième  siècle  par  un  décret,  où  elles  étaient  qualifiées  de  noslro  hene  marile  me- 
relrici.  On  leur  accorda  une  indemnité  et  une  dotation,  mais  elles  furent  parquées 
dans  des  maisons  appelées  case  rampane,  d’où  la  dénomination  injurieuse  decaram- 
pana.  En  1800,  la  police  française  lit  moucher  les  deux  chandelles  allumées  la  nuit 
à leur  fenêtre,  comme  une  enseigne  lumineuse.  Il  va  sans  dire  ({ue  ces  luminaires 
profanes  n’avaient  rien  de  commun  avec  les  deux  lumières  qui  brillaient  et  brillent 
encore  au  dehors  de  Saint-Marc,  pour  rappeler  aux  juges  l’erreur  commise  sur  un 
boulanger,  accusé  d’assassinat  parce  qu’il  avait  eu  le  tort  de  ramasser  et  de  garder 
le  fourreau  d’un  poignard  trouvé  sur  un  cadavre.  L’austère  cour  d’Autriche  qui,  à 
Schœnbrünn,  banissait  de  la  vue  de  Marie-Louise  les  animaux  mâles,  supjirima  les 
filles  publiques  de  Venise,  en  1810  ; et  comme  cet  ostracisme  pudibond  coïncidait 
avec  la  restitution  et  la  réinstallation  â la  cathédrale  des  fameux  chevaux  de  bronze, 
les  Vénitiens  murmuraient  qu’en  leur  rendant  leurs  chevaux  on  aurait  aussi  bien 
tait  de  leur  laisser  leurs  vacche. 


120 


t/art  profane  a i/éc.mse 


cheveux.  C’est  une  œuvre  d’un  réalisme  dont  la  violence  n’a  rien  à 
enviera  celle  de  sa  cong'énère  de  l’église  delà  Sainte-Trinité  (fig.  VM). 


Un  ruban,  revenez-y  de  coquetterie  surannée,  enserre  la  taille  de 
cette  ruine  sans  parvenir  à la  dessiner,  en  raison  de  sa  maigreur 
squelettique. 

A la  sortie,  nous  avons  tout  le  loisir  d’admirer  les  mille  détails 
délicieusement  fouillés  des  trois  célèbres  portails  en  bronze,  surtout 
celui  de  l'Est,  chef-d’œuvre  d’orfèvrerie,  ciselé  par  Gbiberti,  et 
nommé  « la  porte  du  Paradis  » depuis  que  Michel-Ange  l’avait 
déclaré  digne  de  fermer  l’entrée  de  l’Eden.  Les  bas-reliefs  de  cette 
merveille  sculpturale  qui,  à notre  point  de  vue  spécial,  attirent  le 
plus  l’attention  sont  : la  Naissance  d’Èvc  (fig.  7 bis),  que  des  ange- 
lots aident  à sortir  du  flanc  d’Adam;  la  Tentation,  où  un  séraphin 
ingénieux  et  prévo}"ant  voile  du  bout  de  son  aile  les  organes  du 
premier  homme,  et  V Ivresse  de  Noc  (bg.  112),  avant  que  1 un  de  ses 
fils  ne  couvre  sa  nudité. 


ITALIE 


121 


Dans  les  mag-nifîques  encadrements  de  la  porte  Sud,  où  Ghiberti 
s’est  portraituré  avec  sa  tête  chauve,  on  remarque  une  Cai'itas  dans 
le  simple  appareil  (fi Hd)  et  un 


d une  main,  la  mâchoire  d’âne  qui  lui  servit  à combattre  les  Philis- 
tins et  ébranle,  de  l'autre,  la  colonne  du  palais  dont  les  ruines  vont 
1 ensevelir.  On  se  demande  à quoi  sert  l'ample  draperie  qui  flotte 
derrière  lui. 

3®  Campanile.  — De  même,  Caïn  se  sert  d’une  peau  de  bête  pour 


i/aHT  profane  a l/EfiLlSE 


1 oo 

X ^ ^ 


couvrir  seulement  son  dos;  aussi  sa  nudité  antérieure  a t elle  été 

sérieusement  endommagée  par  un  adepte  de  Savonarole  (fig.  il  à). 

La  Création  cT Eve  (lig.  11(1)  et 

V Ivresse  de  Noé  (lig.  117)  dessi- 
nent encore  des  nudités  un  peu 
crues. 

Donatello  a gratifié  son  David 
des  traits  de  Zuccone,  l’homme  le 
plus  laid  de  Florence  ; il  consi- 
dérait cette  caricature  comme  son 
chef-d’œuvre. 

4«  Opéra  del  Duomo.  — V Œu- 
vre de  la  Cathédrale^  située  der- 
rière l’abside  du  Dôme,  conserve 
les  documents  figurés  et  plasti- 
ques qui  ont  trait  à 1 histoire  de 
Santa  Maria  del  Fiore  et  de  son 
Baptistère. 

Aux  murs  de  l’escalier  sont  fixés  les  vingt-quatre  bas-reliefs 
imaginés  et  exécutés  par  Baccio  Bandinelli  et  Giovanni  Lorenzo, 
pour  le  chœur  de  l’église;  mais,  à cause  de  la  trop  grande  liberté 
d’allure  des  sujets  traités,  ils  ont  été  relégués  au  Musée  du  Dôme. 
Nous  reproduisons  le  plus  expressif  (fig.  118);  ab  uno  disce  omnes. 

On  voit  dans  la  première  salle  trois  chapiteaux  enjolivés  de 
néréides  au  buste  nu,  — tre  capitelli  di  pietra  serena,  — et  dans  la 
seconde,  les  Cantoria,  pleins  de  fougue  et  de  sans-gene,  de  Dona- 

tello,  déjà  décrits. 

5»  Annonciade'.  — 6»  Congrégation-. 


Fig.  115. 


70  Santa  Croce.  — A l’entrée  de  ce  Panthéon  florentin  s’élève  le 


1.  Dans  V Adoration  des  Macfes  d’André  del  Sarto,  la  ligure  tournée  vers  le  specta- 
teur est  celle  de  Sansovino,  et  le  personnage  qui  s’appuie  sur  son  épaulé  est  le  pein  re 
lui-même.  Les  fresques  de  Sainte-Marie-Nouvelle  sont  aussi  .l'emplies  de  portraits 

2.  Le  facétieux  Piovano  Arlotto  ou  Mainardi  a etc  inhume  eu  dans  cette 

église  qui  existait  Via  San  Gallo  ; « sa  plaque  funéraire,  dit  de  Lalande,  portait  une 
épitaphe  plaisante,  dans  le  goût  du  personnage  », 


F 


ITALIE 


123 


Fis-,  lit». 


Fig.  117. 


124 


i/aRT  profane  a l/Ér.LISE 


colossal  mausolée  de  Michel-Ange, 
nardo  Rossellini  : V Architecture^ 
(fig.  119).  Celle-ci  est  la  seule  qui  a 
le  buste  en  partie  découvert;  elle 
tient  une  figurine  d’homme  nu, 
sans  bras,  mais  muni  d’organes 
vigoureux  et  ombragés  de  poils. 

Vis-à-vis,  est  érigé  le  tombeau  de 
Galilée^  par  J.  Foggini  ; il  est  sur- 
monté de  la  Géométrie  boutonnée 
et  de  V Astronomie  « dépectorée  » 
(fig.  120).  La  favorite  de  Galileo 


Fig-.  118. 


orné  de  trois  statues  de  Ber- 
la  Peinture  et  la  Sculpture 


Galilei  montre  son  hémisphère  mammaire  droit  à nu  et  tient  de 
l’autre  côté  le  dessin  de  la  sphère  solaire,  une  quasi  variante  de  la 
Comparaison  de  Lawrence. 

Vous  savez  que  longtemps  la  sépulture  ecclésiastique  fut  refusée 
à Galilée,  en  qualité  d’hérétique.  D’abord  inhumé  place  Saint-Marc, 

1.  En  181o,  tous  les  papiers  enlevés  à l’Italie  lui  furent  restitués,  à l’exception  du 
procès  de  Galilée.  Quelle  est  la  main  pieuse  qui  a fait  disparaître  ce  dossier,  inté- 
ressant à plus  d’un  titre?  Is  fecit  cui  prodest. 


1 r A L 1 E 


125 


à la  porte  du  noviciat  des  Dominicains,  on  toléra  dans  la  suite  le 
tlépot  de  ses  os  à l’intérieur  de  Santa-Cu'oca,  mais  sans  le  moindre 
apparat,  jusqu'à  ce  que  l’érection  de 
son  monument  funèbre  fut  en  lin  au- 
torisée. Le  même  hommage  tardif  a 
été  rendu  au  Dante,  exilé  de  Flo- 
rence : le  portrait  de  Fauteur  réha- 
bilité de  la  Divine  Comédie  figure 
à la  cathédrale,  par  suite  d’un  décret 
de  la  République  qui  annonçait,  en 
même  temps,  Félévation  d^un  mau- 
solée expiatoire,  resté  à Fétat  de 
projet. 

Dans  le  tableau  d’autel  de  la  cha- 
pelle Zanchini,  Agnolo  Alloio,  dit  le 
vieux  Brozini,  a peint  la  Délivrance 
des  âmes  par  le  Christ. 

Il  y a là,  écrit  Maximilien  Misson  en 
1688,  je  ne  sçay  combien  d’âmes  femelles 
qui  sont  bien  j^aillardes  pour  un  tableau 
d’autel.  On  dit  mesme  que  celle  qui 
figure  estoit  le  vrai  portrait  de  la 
maîtresse  du  peintre,  et  que  celui-ci  se 
seroit  représenté  au  côté  droit  du  ta- 
bleau, regardant  la  première  femme. 

Ce  tableau  de  famille,  de  la  main  gauche,  a disparu  de  l’église 
Sainte-Croix. 

Chapelle  Bardi.  Une  fresque  de  Giotto  montre  saint  François 
d’ Assise  qui  se  dépouille  de  ses  vêtements  et  renonce  à l’héritage 
paternel. 

Sur  un  vitrail  de  la  quatrième  fenêtre,  relatif  au  martyre  de  Sanc- 
tus  Siffismond ^ rex  Burgundiæ,  un  homme  nu  occupe  une  tribune. 

Nous  aurons  à signaler  le  tombeau  de  FArétin,  le  poète  et 
habile  historien  chaste,  pour  rappeler  la  méprise  commise  par 
Mme  de  Staël  qui  le  confondit  avec  son  cynique  homonyme,  lequel 
se  vantait  d’avoir  deux  plumes,  l’une  d’or  et  l’autre  de  ferb 

1.  Le  tombeau  de  Pierre  Arctin  est  à Venise  dans  l’église  de  Saint-Luc,  dont 


126 


i/art  profane  a l’éolise 


Terminons  cette  ronde  funèbre  par  un  détail  décoratif  de  la  sépul- 
ture de  saint  Antonin  ; il  nous  fournira  la  note  facétieuse,  le  mot  de 
la  lin.  Nous  résumons  le  récit  de  « deux  "•entilliommes  suédois  » 
(1764).  L’une  des  peintures  qui  ornent  la  chapelle  funéraire  d’Anto- 
nin  représente  un  de  ses  miracles.  Cet  archevêque  tient  une  balance 
dont  l’un  des  plateaux  est  occupé  par  un  panier  de  fruit,  l’autre  par  un 
papier  sur  lequel  est  écrit  deo  gratias.  A coté,  on  voit  un  villageois 
« dans  un  stupide  étonnement  ».  Ce  paysan  vient  d’apporter  à saint 
Antonin  un  panier  de  fruits  et,  pour  tout  paiement,  l’auréolé  le 
gratifie  d’un  Deo  gratias.  Le  rustre  mystifié  objecte  que  ce  gratias 
est  une  maigre  rémunération  ; pour  lui  en  faire  apprécier  la  valeur, 
saint  Antonin  demande  une  balance  et  montre  que  le  poids  de  son 
Deo  gratias  l’emporte  sur  celui  des  fruits.  Et  voilà  comme  une 
mystification  devint  un  mystique  miracle. 


8®  San  Lorenzo.  — Le  Saint-Denis  de  Florence.  Chapelle-mau- 
solée des  Médicis  à la  Nouvelle  Sacristie.  A droite  s’élève  le  tombeau 
de  Julien  II  de  Médicis  (*|- 1516),  troisième  fils  de  Laurent  D*’  le 
Magnifique,  duc  de  Nemours,  frère  de  Léon  X,  représenté  assis,  en 
général  des  Etats  de  l’Eglise,  le  bâton  de  commandement  à la 
main;  tête  énergique  de  condottiere.  Il  paraît  presque  nu,  le  torse 
emprisonné  dans  une  cuirasse  en  peau  qui  accuse  ses  formes  athlé- 
tiques et  dessine  la  saillie  des  mamelons.  Le  Jour  (fig.  125)  et  la 
Nuit  (fig.  122,  123  et  PL  III)  sont  à demi  couchés  sur  le  sarcophage 
à volutes  trop  étroit.  Pour  la  statue  de  la  Nuit.,  qui  seule  est  terminée, 
Michel-Ange  s’est  surpassé  ; il  lui  a prodigué  toute  la  puissance  et 
l’originalité  de  son  génie.  Elle  est  musclée  en  Hercule,  même  au 
repos,  comme  toutes  les  conceptions  de  Buonarroti  ; sa  nudité  est 
absolue.  « Elle  semble  s’assoupir,  dit  Paul  de  Musset,  dans  une  atti- 

ranagramme  convient  à l’impudicité  de  ses  vers.  Jean  de  la  Faye  rapporte  l’épitaphe 
qui  fut  faite  à cet  écrivain,  vénal,  vénéneux  et  vénérien,  lequel  devint  évêque  de 
Nocera  — encore  un  nom  prédestiné,  de  nocere,  (nuire)  : 

Condit  Aretini  cineres  lapis  iste  sepullos, 

Mortales  atro  qui  sale  perfricuit. 

Intactus  Deus  est  illi  : causamque  roqatus 
HcLUC  dédit;  Ille,  inquit,  non  mihi  notas  erat. 

Le  temps  par  cpii  tout  sc  consume.  Des  Monarques,  de  qui  la  gloire 

Sous  cette  pierre  a mis  le  corps  Est  vivante  après  le  trépas  ; 

De  l’Arétin,  de  (pii  la  plume  Et  s’il  n’a  pas  contre  Dieu  même 

Blessa  les  vivants  et  les  morts  ; Vomi  quelque  horrible  blasphème, 

Son  encre  ternit  la  mémoire  C’est  qu’il  ne  le  connaissait  pas. 


Flanche  111 


ITA  LIE 


127 


tilde  être  humain  ne  saurait  garder  plus  de  cinq  minutes,  sous 

peine  d'avoir  des  crampes  intolérables  dans  tous  les  membres  ».  Un 


Fij:::.  121.  — Le  Crépuscule.  Etat  de  projet.  La  planche  V donne  l’état  d’exécution. 


poète  contemporain  de  Michel- Ange,  Jean  Strozzi,  y inscrivit  un 
quatrain  dont  voici  une  traduction  versifiée  : 

Tu  vois,  ici,  doucement  sommeiller 
La  Nuit,  qu^un  Anj^i^e  en  la  pierre  a formée  ; 

Puisqu’elle  dort,  c'est  qu’elle  est  animée  : 

N’en  doute  pas  ; tu  n’as  qu’à  l’éveiller. 


Fig.  122.  — La  Nuit.  Etat  de  projet. 


Le  sculpteur  florentin  répondit  par  un  quatrain  plein  d’amertume, 
où  il  fait  allusion  à l’oppression  de  la  liberté  anéantie  avec  la  répu- 


128 


I/ART  l'UÜFANE  A L É(iLlSE 


blique  par  Alexandre  de  Médicis  (la  crainte  de  représailles  l’empéclia 
d’achever  son  œuvre)  : 

J’aime  à dormir,  je  ne  regrette  pas 
D’être  de  pierre,  en  ces  jours  d’injustice, 

Voir  et  sentir,  ce  serait  un  supplice  : 

Epargne-moi,  de  grâce,  parle  bas  ! 


Fig.  123,  124.  — La  Nuit  et  l’Aurore.  Etat  d’exécution. 


C’était  la  consigne  de  l’Italie  opprimée  : à Naples,  le  Mazaniello 
de  la  Muette  de  Portici  chante  : « Pêcheur,  parle  bas  » ; à Venise, 
dans  Haydé,  on  répète  en  sourdine  : « Ghantez-y,  mais  n’y  parlez 
pas  ! » 

En  face  de  Julien,  son  neveu  Laurent  (*j- 1519),  duc  d’Urbin,  le  père 
de  la  cruelle  et  peu  scrupuleuse  Catherine  de  Médicis,  domine  aussi 
son  tombeau.  Par  opposition  à son  oncle,  qui  exprime  la  vie  active, 
combative,  militante  ou  V Action^  Laurent  allégorise  la  vie  contem- 
plative et  méditative  ou  la  Pensée^.  Il  paraît  plongé  dans  une  pro- 

1.  Rachel  et  Lia  du  tombeau  de  Jules  II  représentent  aussi  la  vie  active  et  la  vie 
contemplative. 


1 l’ A L 1 E 


120 


fonde  rêverie,  ce  qui  lui  a valu  le  surnom  de  il  Pcnsicro  ou  Pcn- 
siero,<io,  le  Penseur.  Mais  cette  attitude, 


Où  Micliel-Ano-e  a fait  le  marbre  de  Carrare 
Penser  sur  un  tombeau. 


n est  nullement  en  rapport  avec  le  caractère  du  personnage  ; il  cache 
sa  tiagique  et  laide  figure  de  violent  débauché  sous  la  visière  de  son 


Fig'.  — L’Aurore.  Etat  de  projet. 


casque,  comme  s’il  méditait  un  mauvais  coup.  L’expression  de  cette 
statue  est-elle  pour  quelque  chose  dans  le  choix  de  la  sépulture 
d Alexandre,  assassiné  en  1537?  On  sait  qu’il  repose  aux  côtés  de 
Laurent  dans  le  même  sarcophage  décoré  aussi  de  deux  ficrures 

l’art  profane.  II. 


9 


130 


L Airr  PROFANE  A I.  EOTJSE 


symboliques  : le  Crépuscule  (fig.  121  et  pl.  Vj  et  V Aurore  (fig.  12b  et 
pl.  IV),  groupe  qui,  avec  celui  du  Jour  et  de  la  Nuii^  ])ersoiiuitie  les 
phases  fugitives  de  la  destinée  humaine. 

Charles-Quint,  dit-on,  s’étonna  de  ne  pas  voir  V Aurore  se  lever 
et  parler,  tant  elle  est  vivante.  A l’exemple  de  son  antagoniste,  le 


Fig.  127.  Fig.  128.  Fig.  129. 


Crépuscule^  sa  nudité  est  complète  ; la  taille  seule  est  enrubannée 
d’une  ceinture  de  Vénus.  Les  mamelles  de  la  Nuit  sont  gonflées 
outre  mesure  et  prêtes  à éclater  ; elles  offrent  une  autre  particularité 
curieuse  : leurs  mamelons  sont  en  érection,  comme  hypertrophiés, 
et  ceinturés  d’une  aréole  boursoufllée,  tandis  que  les  bouts  de  seins 
del’xiu/’orc,  sa  voisine,  sommeillent  et  saillent  à peine.  Aussi,  les 
pudibondes  miss  appellent-elles  la  première  Florror^  et  dans  les 
ateliers,  célèbre-t-on  la  beauté  « tétonique  )>  de  Tune  et  titanique 
de  l’autre.  Ces  détails  anatomiques  sont  en  contradiction  avec  le 
symbolisme  du  repos  et  du  réveil  de  la  Nature  exprimé  |w  ces  deux 
figures  féminines. 

Les  têtes  du  Jour  et  du  Crépuscule  sont  à peine  ébauchées,  la 
première  surtout  ; mais,  par  contre,  leurs  organes  génitaux  sont  ter- 
minés et  vigoureusement  accusés.  Aucune  feuille  de  vigne  ne  les 
recouvre,  et  nous  sommes  dans  une  chapelle,  tandis  qu’à  l’Académie 
des  Beaux-Arts,  la  copie  en  plâtre  en  est  munie  ! 

Pourtant,  à Saint-Laurent,  V Aurore  fut  longtemps  affublée  d une 
draperie  en  métal,  comme  on  le  voit  sur  la  figure  124  ; mais  on  a fini 
par  reconnaître  que  cet  écran  protecteur  n’avait  rien  à cacher  et  il 


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Planche  I\'. 


Page  130.  — \ J Aurore.  Phot,  Brogi. 


Planche  V 


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fut  dévissé  vers  1865.  Quant  à la  Nui/^  Michel-Ange  a été  au-devant 
des  (IcsidenUa  des  Pères  la  Pudeur  transalpins  en  plaçant  au  bon 
endroit,  comme  sauvegarde  de  la  chasteté  des  touristes,  un  hibou, 
l'oiseau  consacré  à Pallas,  déesse  de  la  sagesse. 

La  meme  chapelle  funéraire  renferme  une  Madone  inachevée,  de 
Buonarroti  (fig.  128);  cette  sublime  ébauche  est  placée  entre  les 
patrons  des  Médicis,  saint  Cosnic  (hg.  127)  et  saint  Damien  (lig  129). 
Au  petit  Jésus  rien  ne  manque  que  la  pudeur;  sa  posture  est  aussi 
forcée  qu  immodeste  ; on  peut  le  prendre,  observe  Alexandre  Dumas, 
pour  Bacchus,  Apollon  ou  Hercule,  comme  sa  mère  pour  Sémélé, 
Latone  ou  Alcmène.  Le  Bamhino  est  posé  de  telle  façon  quhl  lui 
est  bien  difficile  de  saisir  le  sein  de  Marie  sans  risquer  un  torticolis 
et  un  détour  de  reins.  Ce  sans-gêne  de  Jésus  est  en  rapport  avec 
celui  de  sa  mère  qui  ne  craint  pas  de  sortir  sa  mamelle  en  présence 
de  deux  saints,  aux  yeux  indiscrètement  fixés  sur  elles  ; il  est  vrai 
que  ce  sont  les  patrons  des  médecins'. 

9^^  San  Marco.  — Le  Saint  Sébastien  de  Fra  Bartolomeo  fut 
envoyé  par  les  moines  de  ce  couvent  à François  F^‘,  grand  amateur 
de  chaii  fiaiche,  parce  que  les  Florentines  s Accusaient  à confesse 
de  contempler  avec  trop  de  concupiscence  cette  captivante  académie. 
Vous  rappelez-vous  la  genèse  de  ce  chef-d’œuvre  ? Après  sa  con- 
version, opérée  par  Savonarole,  le  Frate  ne  peignit  que  des  sujets 
religieux,  à personnages  strictement  drapés  ; aussi  Paccusa-t-on  de 
ne  pouvoir  faire  le  nu.  Son  Saint  Sébastien^  œuvre  qui  parle  aux 
sens  et  ne  jaillit  pas  de  la  foi%  répondit  à cette  critique.  Nul 
n Ignore  que, chez  les  Romains,  les  criminels  et  les  martyrs  chrétiens 
étaient  dépouillés  de  leurs  vêtements  avant  de  subir  leur  su23plice. 

Fn  raison  de  sa  nudité,  Sébastien  est  le  saint  préféré  des  artistes 

1.  L’Arc-(in,  comme  Golleoni  à Venise,  se  décerna,  par  (estamenl,  une  statue  oui 
lut  placée  dans  le  cloître  de  Saint-Laurent.  ^ 

;<  G est,  dit  Libri,  un  prcjni^c  fort  répandu  que  les  j-rands  artistes  n’avaient  si  bien 
traite  des  mi, jets  de  dévotion  que  parce  qu’ils  étaient  eux-mêmes  éminemment  reli- 
t;-ieux.  » Xombrenx,  en  ellet,  sont  les  exemples  qui  s’inscrivent  en  faux  contre  la 
dépendance  de  a loi  et  de  l’art.  Ainsi  le  Frate,  moine  dominicain,  tout  pieux  qu  d 
était  a rarement  pu  e.xprimer  le  sentiment  chrétien,  tandis  que  le  sceptique  Giotto 
1 irrclij.neux  Pcruyin,  le  libertin  Mariotto  Albertinelli,  etc.,  y réussissaient  à mer’ 

A eillc.  Giotto,  qui  vivait  au  milieu  des  moines  d’Assise,  les  visait  malicieusement 
dans  sa  chanson  contre  1 hypocrisie  des  imposteurs  ; elle  se  terminait  par  cette  pointe 
<•  eui  adresse  . « Va,  ma  chanson,  si  tu  rencontres  un  de  ces  cafards  parais  à ses 
yeux  pour  le  convertir,  et,  s’il  résiste,  sois  assez  hardie  pour  le  confondre.  » 


132 


l'art  profane  a l'église 


et  du  public,  en  Italie  ; chaque  édifice  religieux,  chaque  musée  ou 
galerie,  vous  le  savez,  en  possède  au  moins  un. 

Aux  lunettes  de  la  cour  qui  sert  de  vestibule  figure  Saint  Philippe 


Fig-.  130. 


Benizzi  donnant  sa  chemise  à un  lépi'eux  nu,  peint  par  Corne 
Rosselli. 

10®  Santa  Maria  del  Carminé  b — Chapelle  Brancacci  : Adam  et 
Eve,  que  Raphaël  copia  servilement  pour  les  loges  du  Vatican.  Ces 
fresques  de  Masaccio  — qui,  à l’exemple  du  Giotto,  s’est  lancé  dans 
le  nu  réel  et  animé,  — sont  de  remarquables  académies,  poussées  à 
un  naturalisme  saisissant. 

Même  chapelle  : le  jeune  homme  complètement  nu  qui  vient 
d’être  rappelé  à la  vie  et  occupe  le  milieu  du  tableau  de  Saint  Pierre 
ressuscitant  Eutychus  (fig.  130)  a été  terminé  par  Filippo  Lippi, 
sur  l’esquisse  laissée  par  Masaccio.  L’anatomie  des  catéchumènes 
dévêtus  de  Saint  Pierre  baptisant,  de  ce  dernier  peintre,  est  sur- 
prenante d’exactitude  ; le  personnage  grelottant  de  froid  est  univer- 
sellement connu. 

1.  Boccace  l'aiL  rcncünLrer  dans  cette  église,  après  la  peste  de  1348,  les  jeunes  flo- 
rentines qui  se  rendirent  à la  villa  Palmieri,  sur  la  route  de  Fiezole,  pour  se  distraire 
en  se  racontant  les  Nouvelles  du  Décaméron,  publié  en  1352.  L’auteur  de  cette 
œuvre  licencieuse,  mais  puissante,  a son  tombeau  dans  Féglise  de  Santa  Maria 
Novella  de  la  même  ville. 


ITALIE 


133 


1 1°  Santa  Maria  Novella.  — Michel-Ange  avait  pour  cette  église 
une  prédilection  telle  qu  il  l’appelait  sa  fiancée,  son  épouse  — la 
sua  sposa. 

De  vastes  fresques  des  frères  Orcagna  décorent  la  chapelle  des 
Strozzi.  A gauche,  le  Jugement  dernier^  au  fond,  le  Paradis  d’An- 
drea, à droite,  les  cercles  de  V Enfer  dantesque  par  Bernardo.  L’un 
des  damnés  est  1 huissier  qui  avait  saisi  les  meubles  du  peintre  ’ il 
est  reconnaissable  à « 1 exploit  » piqué  sur  son  bonnet. 

Cette  dernière  composition  est  la  moins  bonne  et  la  moins  bien 
conservée  des  fresques  ; il  y a un  pullulement  de  nudités  qui  sont 
détériorées  par  le  temps  et  par  l’humidité,  au  point  d’être  méconnais- 
sables, et  c est  dommage,  en  raison  de  l’originalité  et  de  l’imagina- 
tion dune  foule  de  détails  amusants.  On  y voit  des  luxurieuses  dé- 
vorées par  des  serpents  et  d'autres  pécheresses  avec  la  tête  à 
l’envers  ; représentation  du  moral  par  le  physique  qui  justifie  notre 
réflexion  sur  le  manque  de  jugement  du  beau  sexe  : l’homme 
raisonne  et  la  femme  résonne,  avec  un  accent  aigu,  très  aigu. 

Dans  la  Nativité  de  saint  Jean-Baptiste  par  Cxhirlandajo,  une 
nourrice  (fîg.  131)  offre  le  sein  au  futur  précurseur.  « L’artiste,  dit 
le  D^  Bouchacourt,  a donné  à la  femme  qui  s'avance  au-devant  de 
faccouchée  un  ventre  énorme  et  une  attitude  lordosique  qui  font 
penser  à la  grossesse.  11  s’agit  sans  doute  d’un  effet  voulu  d’o^Dpo- 
sition.  » La  jeune  dame  en  visite  ne  nous  paraît  pas  enceinte  ; 

1 ampleur  quelque  peu  exagérée  de  la  moitié  inférieure  de  son  corps 
tient  au  vêtement  lâche,  sans  manches,  en  étoffe  épaisse  et  roide  qui 
recouvre  sa  robe  ; sa  poitrine  n’est  pas  celle  d’une  femme  grosse, 
non  plus  que  sa  taille  qui  est  fine,  à en  juger  par  la  convergence  de 
la  ligne  nettement  tracée  du  corsage  (fig.  132).  Quant  à la  lordose 
nous  ne  la  remarquons  pas  : la  tête  est  bien  dans  l’axe  de  la  base  de 
sustentation.  Le  personnage  qui  pourrait  donner  lieu  à cette  mé- 
prise serait  plutôt  la  servante,  chargée  de  fruits,  avec  sa  jupe  bouf- 
fante (fig.  133).  ^ 

Une  fresque  du  sanctuaire,  la  Visitation^  reproduirait  le  portrait 

profane,  mais  charmant,  de  la  belle  Ginevra  de  Benci,  à ses  dix-huit 
printemps. 

Au  fond  du  chœur  au-dessous  d’une  fenêtre  dominée  par  le 
ouronnement  de  la  Vierge, on  reconnaît  aussi  les  portraits  de  Jean 


134 


l’art  profane  a l’éomse 


Tornabuoni  et  de  sa  jeune  épouse,  Francesca  Pilli,  morte  en  couches 
à la  suite  d’une  opération  césarienne.  Un  important  bas-reliet  en 


Fig-.  131. 


Fig.  132. 


Fis-.  133. 


marbre  au  Bargello  de  Florence  (%.  134),  par  Verrochio,  perpétue 
le  souvenir  de  ce  dramatique  événement.  Une  servante  près  de 
l’ag-onisante  s’arrache  les  cheveux  de  désespoir,  il  ne  lui  en  reste 
plus  sur  le  sommet  du  crâne  ; la  nourrice  assise  à ses  pieds  en  a 
complètement  perdu  la  tête,  mais  nous  la  lui  avons  restituée. 

Les  deux  cloîtres  attenant  à Fég'lise  {Chiostro  verde  et  Chriostro 
grande)  ainsi  que  la  chapelle  des  Espag“iiols  sont  ornés  de  fresques 
mutilées  par  le  temps.  Elles  sont  consacrées  à la  g'iorifîcation  de  saint 
Dominique  et  de  sa  secte:  les  Dominicains  [doinini  canes)  symbo- 
lisés sous  forme  de  chiens  en  lutte  victorieuse  avec  des  loups 
hérétiques. 

C’est  une  multitude  extraordinaire  de  personnages  sacrés  et  prolanes, 
le  Christ,  les  Apôtres,  les  Docteurs,  le  Pape,  l’Empereur,  les  Sciences 


ITA  ME 


135 


avec  leurs  plus  illuslrcs  représentants,  Pythagore, 
Denis  Taréopagite.  Cicéron  et  Jean  Damascène, 
d'I^Jée,  Justinien  et  Clément  A",  les  hérétiques  Arius 


aussi  bien  que  saint 
Tubalcain  et  Xénon 
, Sabellius,  en  com- 


log'.  loi.  — Moitié  droite  du  bas-relief. 


pagnie  cl  Averrhoës,  une  loule  d’hommes  et  de  femmes  célèbres, 
Pétrarejue,  dit-on,  et  Laure,  Philippe  le  Bel  et  Boccace.  C’est  presque 
une  cohue,  tant  les  ligures  y sont  multipliées  L 

Des  peintures  sont  aussi  consacrées  a 1 histoire  de  la  C rcRtion  * 
la  plus  remarquable  est  celle  qui  retrace  l’épisode  biblique  des 
Sacrifices  de  Cciin  et  d A.hel^  1 image  de  la  fraternité  familiale^  elle 
porte  pour  légende  ce  vers  latin  : 


SACRVM  PINGVE  DAHO  iNÜN  MAGRV3I  SACRIEICARO, 

qui  se  lit  des  deux  côtés  et  oifre  un  sens  différent  ; le  bon  s’applique 
à Abel  et  le  mauvais  a son  frère.  Ceux-ci  sont  représentés  aux 
extrémités  du  vers  qui  les  concerne. 


12  Or  San  Michol.  rabernacle  de  la  Vierge.  Curieuse  Charité 
par  Orcagna  (tig.  135).  La  « Mère  de  toutes  les  Vertus  »,  d’après 
saint  Thomas  d’Aquin,  est  couronnée  d’un  cercle  à fleurons  d’où 


1.  Un  mois  en  Italie. 


136 


l'art  profane  a l'église 


s'échappe  une  gerbe  de  feu;  sa  mamelle  gauche,  à laquelle  puise  un 
orphelin  avide,  sort  d’une  fente  de  son  corsage  décemment  fermé  au 
col.  D’une  main,  cette  bonne  mère  adoptive  aide  son  nourrisson  à 


vider  son  sein,  et,  de  l'autre,  elle  lève  un  cœur  enflammé.  C'est  bien 
la  Charité  chrétienne  qui,  seule,  associe  l'amour  maternel  à l'amour 
universel. 

Au  même  tabernacle,  V Incrédulité  de  saint  Thomas  groupe  en 
marbre  par  Andrea  del  Verocchio  (fîg.  136)  ; le  Christ  montre  la 
cicatrice  de  sa  plaie  à l’incrédule  apôtre,  et,  à travers  une  fente  de  sa 
tunique,  comme  la  Vertu  précitée,  il  découvre  un  sein  aussi  déve- 
loppé que  celui  d'une  femme. 

13°  San  Spirito.  — Sacristie.  Les  chapiteaux  de  l’autel  sont  his- 
toriés par  Antonio  Pollajuolo  de  quatre  hommes  nus,  d’une  ana- 
tomie parfaite,  traînant  des  guirlandes. 

Chaque  accotoir  des  stalles  du  chœur  est  orné  à son  sommet  du 
même  motif  fantaisiste  : un  buste  nu  chargé  d’une  formidable  paire 
de  mamelles  (lig.  136  bis). 

14°  Santa  Trinita.  — Saint  Barthélemy  en  peinture,  sans  la 
moindre  étolFe  sur  le  corps,  s’apprête  à être  disséqué  vif  par  quatre 
bourreaux  transformés  en  carabins,  armés  de  scalpels  et  de  cisailles. 


ITA  LIE 


137 


Les  org'anes  sexuels  ont  déjà  disparu.  G est  une  façon  comme  une 
autre  de  les  voiler,  par  respect  pour  la  pudeur  alarmée  ; pourtant 

des  touffes  pileuses  sont  en- 
core visibles  au  pubis. 

Sur  un  autel  de  marbre 
blanc  se  dresse  une  statue 
en  bois  de  Marie-Madeleine ^ 
par  Desid.  da  Settig-nano 
(fig.  137);  l’ex-enjôleuse  n’a 
plus  rien  de  la  femme.  Elle 
tient  à la  main  le  vase  de 
parfums  qui  la  distingue  de 
son  émule,  Marie  l’Egyp- 


ifia  uii.  r 


Fia-.  137. 


Fi^.  138. 


tienne,  autre  fille  publique  devenue  pudique.  Comme  pour  cette 
dernière  entôleuse,  ses  cheveux  lui  servent  de  robe;  un  cordon  enserre 
sa  taille  et  dessine  un  corsage  et  une  jupe,  mais  sans  autres  on- 
dulations que  celles  de  son  .système  capillaire. 

15°  Musée  Uffîzi. — Arrêtons-nous  devant  deux  tableaux  d’église  : 
la  Deseente  du  Sauveur  aux  Limbes^  par  A.  Bronzino,  délicieuse 


138 


i/aRT  IMIOFANK  A t/ KG  MS  K 


composition  où  le  Christ  donne  le  ton  de  la  nudité,  et  la  Vier(jc  dans 
sa  gloire  (%.  138),  avec  une  sainte  Madeleine  dénudée  qui  pourrait 
bien  être  le  portrait  de  la  donatrice  de  cet  ex-voto,  commandé  à 
Carlo  Caliari.  Pourquoi  tant  de  figures  nues, se  demande  M.  Romain- 
Roland  ? Vasari  va  lui  répondre  .*  « per  monstrarc  maggiormenie , 
Varie  sua  essere  grandissima  ». 

Sous  forme  de  borne,  un  priape  colossal  en  marbre  blanc,  d’un 
mètre  de  hauteur  sur  0.30  cent,  de  diamètre,  se  dissimule  dans  le 
coin  d une  des  salles.  De  Lalande  raconte  que, vers  1730, on  en  trou- 
va quatorze,  de  toutes  dimensions,  dans  les  fouilles  d’un  couvent  de 
religieuses.  « Les  mauvais  plaisans,  ajoute  le  narrateur,  disoient 
que  ces  bonnes  Dames  ne  pouvoient  trouver  une  plus  belle  occasion 
de  planter  des  bornes  autour  du  couvent.  » 

En  mémoire  de  la  religion  des  païens,  citons  une  Baechanale 
(n®  210)  attribuée  à Rubens,  où  s’afïiche,  au  milieu  des  prêtresses 
qui  célèbrent  les  mystères  de  Dionysos,  un  membre  actif  de  la 
nombreuse  famille  flamande  des  Maaneken-Pis. 

lO^"  Palais  PittiL 

17®  Académia  des  Beaux-Arts.  — Gabriele  Castagnola  a fixé  sur 
la  toile  les  amours  de  Filippo  Lippi  et  de  la  monaca  Bail  (fig.  139); 
il  en  a été  longuement  question  dans  nos  Seins  à V église. 

Fiesole.  1®  Couvent  de  la  Badia.  — Les  murs  du  réfectoire  ont 
été  couverts  de  fresques  grotesques  par  Jean  da  San  Giovanni. 

2®  San  Ansano. — En  1795,  cette  église  fut  achetée  par  le  chanoine 
Bandini,  qui  la  convertit  en  Musée  et  la  légua  à la  commune  de 
Fiesole.  Elle  donne  asile  maintenant  au  Triomphe  de  V Amour  et  au 
Triomphe  de  la  Chasteté  : 

Sur  un  socle  doré  placé  à l’arrière  d’un  char,  la  Chasteté  debout,  vêtue 

1.  La  Madone  de  Raphaël,  dite  du  Grand-Duc,  parce  que  Ferdinand  III,  duc  de 
Toscane,  s’en  rendit  acquéreur,  était  un  objet  de  vénération  de  sa  part  ; elle  l’accom- 
pag-nait  dans  tous  ses  voyages.  Présentement,  elle  est  placée  au  même  palais  dans  la 
chambre  à coucher  du  Grand-Duc.  « La  duchesse  actuelle,  dit  un  auteur  en  1862,  attri- 
bue à son  intercession  la  naissance  du  prince  héritier.  » De  même  que  notre 
superstitieuse  impératrice  Eugénie  attribuait  celle  du  Prince  impérial  à une 
méchante  statue  de  la  Vierge  d’un  couvent  de  religieuses,  à Saint-Mandé, 


I l'A  L I E 


139 


crime  robe  de  bure  semée  de  cbardoiis  d’or,  tient  une  palme.  A ses  pieds, 
Im’os  est  euebaîué  par  deux  femmes,  taudis  cpi’une  troisième  bande  sou 
arc  et  qu'une  ipiatrième  accourt  apportant  d’autres  liens.  Au  char  sont 


attelées  les  licornes  symboliques  de  la  pureté,  conduites  par  des  femmes 
à peine  voilées  de  tuniques  transparentes  que  soulève  le  vent  ; l’une 
d’elles  marche  en  avant  avec  la  bannière  de  la  pureté,  une  hermine  déta- 
chée sur  un  fond  rouge. 

Foligni.  Cathédrale. — Parmi  les  corps  momifiés,  comme  ceux  de 
1 ég-lise  Saint-Michel  de  Bordeaux  et  ceux  du  vestibule  de  Saint- 
Nicolas  à Toulouse,  on  en  exhibe  un  qui  porte  f étiquette  de  sainte 
Messaline  et  évoque  à l’esprit  le  souvenir  de  la  reine  Claude,  qui 
aima  trop  les  prunes-Monsieur  et  en  mourut. 

Gaete.  Cathédrale  Saint-Erasme.  — Le  Musée  de  Naples  possède 
un  vase  en  marbre,  « dans  lequel  on  pourroit  mettre  quelques  ton- 
neaux d eau  » et  sur  lequel  l’Athénien  Scalpion  a sculpté  V Educa- 
tion de  Bacchus  (fig.  140).  Longtemps  ce  vase  a servi  de  fonts 


140 


l’art  profan  K A l’fOLISE 


baptismaux  dans  la  cathédrale  de  Gaète.  En  1071,  le  marquis  de 


Fig. 


140. 


Seignelay  signale  au  même  endroit  la  présence  de  cette  cuve  païenne 
et  de  Lalande  en  donne  la  description  : 

G est  un  vase  porté  par  quatre  lions  de  marbre  avec  bas-reliefs  repré- 
sentant Ino,  femme  d’Athamas,  roi  de  Thèbes,  qui  cache  un  de  ses  enfants 
dans  son  sein  pour  le  garantir  de  la  fureur  d’Athamas,  tandis  que  des 
Faunes,  des  Satyres  et  des  Bacchantes  dansent  autour  d’elle. 

Cet  enfant  n est  autre  que  « le  petit  Bacchus,  tout  frais  émoulu  de 
la  cuisse  de  Jupiter  » et  qui  est  remis  par  Mercure  à Ino. 

Le  même  voyageur  note,  en  face  de  l’autel  du  Saint-Sacrement, 
un  monument  symbolique,  encore  d'origine  païenne,  qui  paraît  se 
rapporter  à Esculape. 


ITALIE 


J41 


C’est  la  statue  de  marbre  d’un  vieillard,  qui  met  le  pieds  sur  un  petit 
chien  ; sous  le  chien,  il  y a une  teste  de  mort  ; un  serpent  dont  la  queue 
est  posée  sur  le  chien,  s’entortille  entre  les  jambes  du  vieillard  et  s’appuye 
sur  la  teste  de  ce  vieillard,  lequel  a un  aij^le  sur  la  sienne. 


Garignano.  — La  Chartreuse  est  intéressante  parles  fresques  de 
Daniel  Grespi,  qui  ont  trait  à la  vie  de  saint  Bruno.  L’un  de  ces  chefs- 
d œuvre  montre,  dans  la  première  lunette  à droite,  le  docteur 
Didier,  de  Paris,  sortant  de  son  cercueil  ; il  annonce  à ceux  qui 
prient  pour  lui  sa  propre  damnation  : Justo  judicio  damnatus  sum. 
Sans  doute  pour  avoir  exercé  sa  coupable  industrie. 

Gênes.  — Un  voyag-eur  vertueux,  M.  Bordes,  dans  une  lettre  en 
prose  et  en  vers  datée  du  30  août  1 755,  se  plaint  qu’à  Gênes  partout 
où  il  passe  « en  ville,  à la  campagne,  dans  les  édifices  publics  ou 
privés,  civils  ou  religieux  »,  il  vit  dans  une  atmosphère  d’impudi- 
cité..., ((  le  pauvre  homme  » ! 

La  chaleur  du  climat  répand  ici  un  air  de  nudité  auquel  ma  pudeur  a 
peine  à s’accoutumer;  statues,  peintures,  jusqu’aux  pieds  des  autels, 
semblent  etre  dessinées  par  1 Arétin.  Ils  ont  rendu  la  nature  comme  ils 
la  voyoïent  : elle  est  presque  sans  voiles,  surtout  dans  les  campagnes. 

Sur  ces  bords  règne  la  nature, 

Dans  son  antique  pureté. 

Sans  corset,  jupon  ni  chaussure. 

Du  beau  sexe,  pendant  l’été, 

Une  simple  chemise  est  l’unique  parure. 

Sous  ce  tissu  grossier,  flottent  à l’aventure. 

Au  gré  d’un  zéphir  désœuvré, 

Qui,  je  crois,  très  peu  s’en  soucie. 

Deux  tétons  tremblants,  ballottants. 

Qu’à  leur  libre  arbitre  on  confie, 

Vont  sans  cesse  s’entre-choquant. 

La  très  exacte  modestie, 

Sur  la  ceinture  étend  un  tablier 
Qu’elle  laisse,  il  est  vrai,  tailler 
Par  les  mains  de  l’économie. 

Ainsi,  sans  atours  superflus, 

Tout  semblable  à celui  des  ondes. 

On  les  voit  promener  le  flux  et  le  reflux 
De  leurs  fesses  vagabondes. 


142 


i/aRT  PnoKANK  A I/K(iLlSK 


Ne  nous  étonnons  donc  pas  si,  dans  un  milieu  aussi  libre,  nous 

rencontrons  encore  des  documents 
échappés  à la  vig-ilance  des  censures 
ecclésiastiques  qui  en  ont  tant  détruit 
depuis  le  Concile  de  Trente.  A Gênes, 
les  églises  sont  ornées  avec  soin,  sinon 
avec  goût;  elles  ressemblent  plutôt  à 
des  boudoirs  qu’à  des  sanctuaires.  Par- 
tout, des  adolescents  sculptés  ou  peints, 
parce  qu’ils  ont  des  ailes  dans  le  dos, 
se  croient  autorisés  à montrer  ce  qui  se 
cache  en  bonne  compagnie. 

1®  San  Ambrogio.  — C'est  l’église 
des  Jésuites  ; elle  est  décorée  à l’excès 
comme  toutes  celles  du  même  ordre  : 

Ce  ne  sont  que  festons,  ce  ne  sont  qu’astragales. 

On  ne  voit  sur  les  frises  que  des  amours  d’anges,  de  grande  taille 
et  du  sexe  féminin,  à en  juger  par  le  développement  de  leur  poi- 
trine ; mais  ils  sont  d’ordre  décoratif,  les  ailes  leur  servent  de  bras 
et  le  corps  se  termine  en  gracieuses  arabesques.  Un  groupe  de 
quatre  grands  séraphins  en  pied  sont  préposés  à la  garde  de  la  cha- 
pelle du  fond.  Cette  orgie  d'ornementation  nuit  au  caractère  reli- 
gieux de  l’édihce.  Non  loin  de  là,  une  Charité  chrétienne  (üg.  141), 
se  tient  debout  et  porte  un  orphelin  sur  le  bras  droit.  Les  seins  sont 
nus,  selon  la  tradition  italienne,  et  un  cœur  est  sculpté  au-dessous 
de  la  mamelle  «•auclie:  ce  viscère  svmbolise  la  bonté.  De  sa  main 

O 

libre,  elle  prend  celle  d'un  second  enfant  nu,  c{u’elle  dirige  et  protège. 

2*^  San  Lorenzo.  — La  façade  se  compose  d’assises  alternatives 
de  marbre  noir  et  blanc  qui  rappellent  les  raies  de  1 instrument  de 
supplice  du  patron  de  cette  cathédrale.  Au  tympan  du  principal 
portail, le  martyr  est  figuré  dans  une  nudité  complète,  couché  sur  un 
gril  et  placé  de  champ,  face  au  public,  pour  mieux  se  montrer. 
C’est  dans  un  pareil  costume  qu’une  composition  de  Baccio  Bandi- 
nelli  représente  le  saint  et  ses  bourreaux  (fig.  142).  La  draperie 


141. 


I T A L 1 E 


]43 


dont  on  ratrul)lo  ordinairement  est  d’ailleurs  superflue,  puisque  le 
feu  commence  son  œuvre  destructive  par  elle. 

La  partie  su|)érieure  d’un  des  pieds  droits  de  ce  portail  est  occupé 


Fig:.  142. 


par  un  groupe  allég-orique  assez  sing-ulier  : une  reine  assise, 
lEfflise^  au  port  majestueux,  couronnée  d’un  diadème  et  le  torse 
nu,  presse  contre  ses  seins  gonflés  de  lait  la  Bible  et  l’Evangile, 
sous  la  figure  de  deux  vieillards  barbus  qui  s’y  rassasient  en 
conscience  et  les  saisissent  à pleines  mains  (fîg.  143). 

L’entrée  de  la  chapelle  de  saint  Jean-Baptiste  qui  renferme  les 
reliques  du  Précurseur  est  formellement  interdite  aux  femmes,  en 
souvenir  d’une  de  leurs  semblables  qui  demanda  sa  mort.  Seule, 
Eve,  accompagnée  d Adam,  y est  admise,  mais  en  marbre.  Matteo 
Livitali  a fait  de  la  première  femme  désobéissante  et  gourmande 
une  séduisante  Vénus  de  Médicis,  grassouillette  et  rondelette,  qui 
tient,  comme  la  divinité  païenne,  une  main  sur  l’un  de  ses  seins,  et 
1 autre  main,  mais  munie  de  la  leuille  de  vigne  réglementaire,  sur 
la  région  pubienne. 

Chapelle  Saint-Pierre.  — Du  côté  droit  de  l’autel,  un  bas-reliel 
en  marbre  ciselé,  par  Guillaume  délia  Porta  (1532),  symbolise  la 
Eoi  par  deux  femmes  au  sein  découvert,  qui  ont  le  bras  levé  à la 
façon  de.«  Bacchantes  et  semblent  esquisser  un  pas  de  deux.  Elles 


144 


l’art  profan i<:  a l'église 


sont  séparées  par  un  couple  d’amours  ou  de  génies  qui  s’accoudent 
sur  une  tête  de  mort  surmontée  d’un  sablier  et  d’une  croix  ailée  b 


d""  Santa  Maria  in  Garignano.  — 

A l’intérieur  de  cette  réduction  de 
Saint-Pierre  de  Rome  telle  que 
l’avaient  conçue  Bramante  et  Michel- 
Ange^  au-dessus  du  portail  on  a ac- 
croché un  vaste  tableau  allégorique 
dont  il  nous  a été  impossible  de  con- 
naître ni  le  sujet,  ni  le  peintre  : dans  le 
charabia  du  sacristain  nous  avons  cru 
entendre  Finale^  la  Fin^  le  Juge- 
ment deniier  ? Mais,  vraisemblable- 
ment, il  s’agit  de  la  Chute  des  anges 
rebelles  ou  de  la  Descente  de  Jésus 
aux  limbes.  Quoi  qu’il  en  soit,  cette 
page  magistrale  est  animée  d’une 
multitude  de  nudités  au  milieu  desquelles  évolue  le  Christ. 

Des  quatre  colossales  statues  en  marbre  d’un  seul  bloc  qui 
s’adossent  aux  piliers  de  la  coupole,  deux  surtout  nous  intéressent  : 
le  Saint  Barthélemy  de  David,  aux  chairs  pantelantes,  absolument 
nu  et  défaillant  au  pied  d’un  arbre  où  sa  main  droite  est  liée,  et  le 


Fiii'.  14:l 


1.  Ou  conserve  précieusemeiiL  dans  la  sacristie  le  bassin  d’émeraude  on  mieux  de 
verre  qui  aurait  lait  partie  des  présents  oll'erts  à Salomon  par  la  reine  de  Saba  ; 
nai>uère,  il  ne  l'allait  rien  moins  ([n’un  décret  dn  Sénat  pour  contempler  cette  l'ameuse 
mystification  mystique.  « C’était  l’arche  sainte  des  dévots  et  des  dévotes  du  pays  où 
florissait  le  siffisbe  ou  patito^  ou  encore  « l’ami  de  la  maison  »,  comme  l’écrit  le 
marn  ais  rimailleur  A.  M(.)ntemont,  en  18:27. 

De  la  scandaleuse  chronique 
S’il  fallait  croire  les  récits, 

Cette  iirécieuse  relique, 

Sur  la  fidélité  dont  la  femme  se  pique, 

A ilétrompé  bien  des  maris. 

Qui  furent  bien  marris. 

L’authenticité  de  ce  Sncro  Catiiio  n’est  pas  mieux  établie  que  celle  dn  vase  d'al- 
bâtre qui  passait  à l’abbaye  de  Port-Uoyal  pour  avoir  servi  aux  noces  de  Gana,..rd  ; 
le  premier  aurait  aussi  servi  à noire  Sci^’iieur  pour  la  Cène. 

Autre  curiosité  de  nature  toute  spéciale,  fort  ajipréciée  dans  la  haute  S(3ciété  de 
nos  voisins  d’outre-lleins. L’église  métropolitaine  de  Saint-Laurent  renferme  la  sépul- 
ture de  Jac([ues  Bonfadio,  littérateur,  qui  occiqmit  une  chaire  de  philosophie  et  fut 
condamné  an  l)ùcher,  en  15.^!).  jmur  vice  a largo. 


If  ALI  Ë 


145 


I 


Siünf  Scimsticn  de  Piiget, 
ligoté  aussi  à un  arbre  et 
cachant  à peine  ce  qu’il 
convient  avec  une  loque 
insulïîsante  (fig.  144)b 


Fi«-.  144. 


Fiff.  145. 


des  suffrag-es.  Les  figures  d'Adam 
(tig.  147),  par  Orengo,  et  d’Eve  (fig.  146),  par  Villa,  offrent  des  parti- 

1.  Pour  Irailcr  lo  même  sujet  (fiR.  145),  Coudray  sest  manilestement  insnir,’.  d„ 

L ART  PROFANE.  — IL 

10 


I 


l'akt  l'KOi^'ANi-:  A i/k(;lisi: 


1 K) 


ciilarités  curieuses  : la  suppression  de  la  cicatrice  onihilicale  et  la 
substitution  des  feuilles  de  bananier  aux  teuilles  de  vi^ne,  en  i^uise 


de  pagne.  Il  est  rare  de  rencontrer  le  premier  couple  humain  aussi 
expressif  de  geste  et  d'attitude.  L'un,  vigoureux,  mais  triste  et  son- 
geur, furieux  de  son  sort,  s’appuie  sur  une  sorte  d’alpenstock  et 
murmure  : « Seulement  par  ma  faute,  ici  règne  la  mort  ».  L'autre, 
gracieuse  et  inconsciente  de  son  péché  originel,  est  toute  prête  à 
recommencer;  car  la  femme  peut  être  bourrelée  de  coton  ou  de  crin, 
mais  jamais  de  remords. 


On  osl  attiré  à la  sépulture 
i,»-roupe  poi«-uaiit,  en  marbre 


de  la  famille  Goniiig-i  Repello  par  un 
; c'est  le  portrait  d’une  jeune  mère 


hurlant  de  douleur  à la  j>ensée  qu’il  lui  faut  abandonner  son  nou- 
veau-né pendu  à son  sein. 

Le  thème  de  la  décoration  du  monument  Celle,  le  Drame  éternel 
(hg.  148),  n’est  pas  moins  saisissant.  La  Mort,  spectre  terrible  et 

1.  Il  suffît  de  supprimer  sur  la  figure  le  voile  transparent  de  la  Vie  pour  recons- 
tituer le  modèle  primitif. 


rigide,  attire  k elle  la  Vie^  resplendissante  de  jeunesse  et  de  beauté. 
L’antithèse  est  frappante;  déjà  le  squelette  inexorable  enveloppe  sa 
proie  du  linceul  dont  elle  est  vêtue.  Le  sculpteur  Monteverde  mo- 
dela tout  d’abord  son  éloquente  allégorie,  en  laissant  nue  l’exquise 
ligure  de  la  Vie  ; mais  la  famille  pria  l’artiste  de  modifier  sa  con- 
ception première  et  d’atténuer  sa  nudité.  Le  statuaire  accéda  k ce 
désir  pudique  et  drapa  le  modèle  définitif  de  sa  vivante  poésie.  Cet 
admirable  groupe  en  bronze  se  détache  sur  une  plaque  en  marbre 
jaune  de  Sienne,  au-dessus  d’une  urne  de  marbre  rouge  très  rare. 

San  Gbiiniano.  Saint- Augustin.  — Rien  de  plus  admirable  que  la 
fresque  où  la  Vierge  écarte  son  manteau  et  ouvre  son  corsage  pour 
faire  contempler  la  chaste  splendeur  de  ses  seins  nus.  C’est  d’ailleurs 
la  seule  peinture  où  la  « reine  des  anges  » exhibe  ainsi  sa  poitrine 
entière  L « Le  Dante  s’agenouilla  devant  elle,  dit  Jean  de  Bonnefon, 
et  la  piété  d’un  Dante  vaut  celle  d’un  sacristain  ». 

Le  D"*  Van  de  Lanoitte  signale  k la  Galerie  Brera  de  Milan  une 
composition  analogue  : « Une  Madone^  par  Cesare  da  Sesto,  repré- 
sente Jésus  pressant  les  deux  seins  de  la  Vierge  entre  ses  mains;  les 
pommes  de  vie  sont  k nu  dans  la  tunique  entr’ouverte,  Jésus  regarde 
du  côté  du  spectateur.  » 

Guigliano-.  — Lecce.  San-Oronzo^  — Lom.  Cathédrale  ^ 


1.  V.  Les  Seins  à iluflise,  211. 

2.  En  Campanie,  on  célèbre  la  lëte  populaire  dn  « Vol  des  anyes  ».  Un  câble  en 
1er  est  tendu  entre  le  clocher  et  une  haute  maison  voisine  ; des  enfants  nus,  munis 
d’ailes,  sont  attachés  au  lil  conducteur  à l’aide  d’une  poulie  et  ils  traversent  ainsi 
l’espace,  en  glissant  à une  trentaine  de  mètres  de  hauteur. 

3.  Ce  martyr  sous  Néron  est,  d’après  Jean  llatzfeld,  un  saint  des  plus  susceptibles; 
il  punit  sévèrement  ceux  qui  essaient  de  se  soustraire  à sa  tutelle.  Une  dame 
Lucrezia  était  accouchée  d’un  garçon  ; elle  refusa  de  l’appeler  Oronzo  ; c’était,  disait- 
elle,  un  nom  d’âne  (ronzino)  et  non  d’homme.  Toute  la  nuit  l’enfant  pleura  comme 
s’il  soulTrait  d’un  mal  invisible  ; le  lendemain,  sa  mère  s’approcha  du  berceau  et 
s’aperçut  avec  stupeur  evolutis  ejus  pannis,  que  le  garçon  était  dévirilisé  et  trans- 
formé en  fille  ; si  bien  que  pour  lui  avoir  refusé  le  nom  d’Oronzo  elle  dut  lui  donner 
celui  de  Iloza.  La  vengeance  du  saint  fut  encore  plus  terrible  : la  fillette  mourut 
trois  jours  après.  Nos  saints  en  France  sont  plus  pitoyables  envers  les  enfantelets  : 
Nicolas  en  ressuscita  trois  qui  avaient  été  coupés  en  morceaux  et  salés  par  le 
méchant  aubergiste. 

4.  On  monti’e  ou  du  moins  on  montrait  une  maison,  la  chambre  et  même  le  lit,  on 
une  belle  boulangère  mit  dans  le  pétrin  pour  le  reste  de  ses  jours  notre  galant 
François  Vers  1764,  cette  maison  était  encore  habitée  par  un  boulanger  et 


ITALIE 


149 


Lorette.  Santa  Casa.  — Cette  ég-lise  possède  plus  de  trois  cents 
vases  décorés  par  RaphaëC  et  confectionnés  pour  le  duc  d’Urbain, 
qui  en  lit  don  a la  pharmacie  de  la  Santa  Casa  ; les  sujets  de  ces 
peintures  sont  empruntés  aux  lég-endes  bibliques  et  mythiques. 

Dans  le  nombre,  dit  Kotzebiie,  il  y en  a qui  me  paraissent  très  équivo- 
ques et  que  je  ne  crois  pas  avoir  été  traitées  par  Raphaël  : par  exemple, 

1 union  d Europe  avec  le  Taureau,  qui  est  dans  le  fait  une  peinture  très 
lascive.il  y a aussi  une  Vénus  sans  voile  et  d’autres  qui  sont  peintes  d’une 
manière  si  peu  décente  que  je  m’étonne  que  la  Sainte  Vierg^e  n’ait  pas  jeté 
ce  présent  à la  tête  de  celui  qui  le  lui  faisait. 

Entre  autres  ex-voto  de  prix  adressés  à la  Madone,  l’auteur  d’un 
Voyage  en  Italie  (1698)  s étend  sur  la  description  d'un  ange  en  or, 

« lequel  tient  un  cœur  plus  gros  qu  un  œuf,  tout  couvert  de  dia- 
mants- ». 


occupait  un  angle  de  la  place  de  l’ég-lise.  C’est  le  cas  de  reprendre  en  chœur  le 
couplet  parodié  de  Rlgoletto  : 

Souvent  femme  avarie, 

Bien  fol  est  qui  s’y  fie  I 

1.  Ces  vases  de  lapothicairerie  ne  sont  pas  du  peintre  d’Url3in  mais  de  Tadeo 
Zuccan  ou  d un  Raphaël  Ciarla. 

2 « Le  Jesmte  Anglois  qui  nous  a conduits,  nous  a appris  que  c'estoit  un  présent 
de  la  reine  d Angleterre.  Ce  R.  P.  nous  a dit  aussi  une  grande  nouvelle  dont  vous 
deviez  bien,  ce  me  semble,  nous  mander  quelque  chose.  Il  assure  que  cette  prin- 
cesse est  grosse  et  il  ajoute  qu’on  ne  peut  pas  douter  que  ce  ne  soit  par  miracle 
puisque  on  a calculé  que  l’instant  niesmc  auquel  le  présent  est  entré,  a esté  le  mo- 
ment heureux  auquel  elle  a conçu. 

« Voici  des  vers  qu’il  a faits  sur  cela,  et  dont  il  a bien  voulu  me  donner  copie  II 
introduit  1 Ange  parlant  à la  Madone,  et  la  Madone  liiy  répondant. 

Aoiis  lien  reproduirons  que  la  traduction: 

(L  Ange).  Bien  vous  soit,  puissante  Madone.  Vous  voyez  un  Ange  du  Ciel,  qui  vient  vous  nré 
enter  une  Iree  humble  rcquesle.  Mario,  Reine  d Angletcrro,  est  dans  une  al  tic  o Inc^v 

'n  vous  supplie  d’aorel;  le  ,r!b 

rit  • M qn  ebe  \ous  adresse.  Soyez  toucli(*e  de  compassion  pour  Elle  ù Sainte  et 

néSÏÏes  puisfll  conjure,  (pic  ses  entrailles  altén-es  et  un  peu 

tosds^elon  son  soui.ït  rT"‘  arrosées,  afin  quelle  conçoive,  et  qu  Klle  engendre  bi«n- 

iVbien  des  F aïs  bH  ( seulement  pour  sa  consolation,  mais  aussi  pour 

pœsentemenVchancheliante  mi  Catholique  qui  est 

(La  Madone.)  Oui-da,  <:her  Gabriel,  j’accepte  volontiers  le  pnîsent  de  la  Beinc  d’\nHeterre 

te  le  promets.' Au  moment  q^  je  tfiS  là 

(I  ’ \ f * Vr  ^/"tirasse  Marie,  Marie  embrasse  Jaques  et  Marie  conçoit.  ' ' 

(L  Ange).  Mais,  o benigne  Madone,  c’est  un  Fils  que  la  Heine  demande  à Votre  Majesti-  céleste  • 
car  11  y a d,-., a deux  Filles  du  Boy  qui  sont  capables  d’hériter  : (la  Ihances^.  (ro -an., 
Princesse  de  Danemark).  Accordez  donc  un  Fils  au  vœux  de  Marie.  ^ 

( a adone).  Oui,  mon  Entant,  la  Heine  aura  un  Fils.  Croi-mov,  l'alTairc  est  di'-ia  faite 
heureux  Heritier  sera  l’honneur  et  l’appuy  de  la  Couronne  et  de  la  iVeligion.  A^bml  ;'vad 

1 at'  ^ jej  e inexprimable  ! ô sujet  d’éternelles  acclamations'  La  BEINF  MAnirr 

la  Heine  Marie.  O bonheur  ! ô félicité  ! Alleluïah  ! Alleluïah  ! Alleluïah  ! 


Cet 
-en  en 


150 


l’aKT  PHOFANK  a l/ÉflI.lSF 


A midi,  l’église  est  close  et  les  pèlerins  qui  arrivent  après  la  fer- 
meture en  sont  réduits  à rendre  leur  liommage  aux  portes  en  bronze 


Fig-.  149. 


massif.  Le  panneau  inférieur  qui  est  à la  portée  de  ceux  qui  sont 
à genoux,  représente  en  haut-relief  le  meurtre  d’Abel.  Son  corps 
étendu  est  « absolument  nud  » et  sa  partie  antérieure  est  en  saillie 
des  deux  tiers,  mais,  à force  de  baisers  fervents,  elle  est  presque 
effacée,  la  région  pénienne  comprise. 

Lucques.  San  Martine.  — A l’autel  de  saint  Régule  figure  un 
important  bas-relief,  de  la  fin  du  xv®  siècle,  qui  représente  le  Mar- 
tyre de  saint  Sébastien  (fig.  149).  Le  supplicié  est  complètement 
nu,  malgré  la  présence  d’une  spectatrice  en  marbre  et  des  fidèles 
en  chair  et  en  os. 

11  existe  dans  la  nef  une  statue  du  même  saint  par  Givitali  ; cette 
figure  marmoréenne,  à intention  pudique,  porte  un  suspensoir  qui 
accuse  les  formes  (fig.  150),  et  comme  toujours  le  remède  est  pire 
que  le  mal. 

Le  soubassement  du  tombeau  d’Haria  del  Carreto  est  entouré 
d’une  chaîne  de  cupidons  reliés  par  des  guirlandes  de  fruits  et  de 
fleurs  ; l’un  d’eux  se  distingue  par  son  sans-gêne  : il  relève  la  dra- 
perie destinée  à cacher  sa  nudité  principale  (fig.  151). 

On  est  encore  surpris  de  rencontrer  dans  un  édifice  religieux  un 
sarcophage  où  Bacchus,  sous  la  conduite  de  l’Amour,  est  traîné  sur 
un  char  par  des  centaures,  et  suivi  d’une  joyeuse  escorte  de  faunes 


ITALIE 


151 


et  (le  hacchantes  : toiicliant  accord  du  pag’anisine  et  du  cliristianis- 
lue.  N'avous-nous  pas  à Milan  l'ég-lise  Saint-Satyre? 

Cl()turons  notre  inventaire  par  une  Crucifixion  d’où  Nicodèine  a 
exclu  toute  nudité,  à l’exception  des  mains 
et  du  visage,  les  pieds  eux-mémes  ont  des 
chaussures  et  le  corps  est  recouvert  d’une 
ample  robe  de 
chambre,  avec  sa 


Fig.  150. 


Fig.  151. 


Fig.  15i\ 


cordelière  (fîg.  152).  Cette  peinture,  bizarre  jiar  son  excès  de  pudi- 
cité, orne  la  chapelle  du  Volto  Santo. 


Maxtoue.  1®  Santa  Barbara.  — Son  trésor  possède  un  bassin 
d’argent  attribué  à l’interverti  Benvenuto  Gellini  ; sainte  Barbe 
occupe  le  centre  et  est  entourée  de  voluptueuses  ciselures  célébrant 
les  noces  d’Amphitrite. 

2®  Saint-Maurice.  — Cette  église  qui,  par  courtisannerie,  substi- 
tua, pendant  quelques  années,  à son  vocable  celui  de  Napoléon, 
montra  plus  de  goût  dans  le  choix  de  ses  peintures.  On  y remarque 
surtout  une  Annonciation  de  Louis  Carrache  : « l’ange,  observe 
Valéry,  a toutefois  un  certain  air  malin,  et  presque  peu  décent,  qui 
étonne  chez  ce  grand  maître  ». 


Milan.  Le  Dôme.  — Extérieur.  — Au  milieu  du  fouillis  luxu- 
riant et  luxurieux  des  sculptures  qui  décorent  la  façade  de  cette 
gigantesque  concrétion  de  stalactites  »,  de  ce  « glacier  aux  milles 


152 


l’art  profane  a i/église 


aiguilles  »,  de  cette  « montagne  de  marbre  taillée  à jour  »,  sur  \a  porta 
ma(j(jiorc^  Eve  à sa  naissance,  du  sculpteur  Vismara  flig.  155),  se 
distingue  par  ses  formes  admirablement 
modelées.  Non  loin  d’elle,  l'impudique 
Putiphar  de  Barthélemy  llibossi,  cho- 
que les  hiles  d’Albion  elFarées  par  le 
négligé  de  sa  toilette,  aussi  bien  que  par 
la  poitrine  monstrueuse  de  la  suivante 
de  Judith.  Que  d’outrages  à la  pudeur 
dans  ces  fioritures  bibliques. 

Un  détail  de  sculpture  de  la  même 
porte  montre  une  Lamie  (hg.  153  bis) 
au  buste  robuste 

Et  du  plus  friand  embonpoint. 

Au-dessus  de  la  cimaise,  des  caria- 
tides herculéennes  (fig.  154)  posent 
pour  le  torse,  comme  en  un  temple 
païen,  et  ne  supportent  que  de  maigres 
pilastres. 


Fig-.  lo3. 


Fig.  lo3  his. 


Parmi  le  monde  de  statues  — on  en  compte  6716  — qui  peuplent 
l’extérieur  de  la  cathédrale,  et  dont  plusieurs  sont  dignes  de  figurer 
dans  un  musée,  deux  couples  à' Adam  et  Eve,  dus  au  ciseau  de 
Christophe  Solari,  un  maître  de  la  Renaissance,  dominent  les  sa- 
cristies. « Eve,  dit  Théophile  Gautier,  est  d’une  grâce  charmante 
et  sensuelle,  qui  étonne  un  peu  dans  un  pareil  endroit.  Du  reste,  elle 
est  fort  belle,  et  les  oiseaux  du  ciel  ne  paraissent  nullement  scan- 
dalisés de  son  vêtement  paradisiaque.  » 


ITALIE 


153 


Saint  Georges  casqué  (fîg‘.  155)  porte  la  lance  crucifère  et  plane 
clans  Tair  [clnuisa  dcl  GiKjliollo  Omodco)  en  tenue  un  peu  cavalière. 

Ne  cjuittons  pas  le  faîte  du  demie  hérissé  de  sa 
myriade  de  flèches  empalant  autant  de  statues 
sans  caresser  du  regard  une  charmante  gar- 
gouille façonnée  en  ((  sirène  » (fîg.  15(i). 

Autres  i a c/ont  de  puceles 
Testes  et  cors  dusqii’à  nuimelles. 


Fiü-.  154. 


455. 


ditl  Image  du  monde;  la  nôtre  porte  une  conque  marine  par  laquelle 
s’écoulent  les  eaux  pluviales. 

Signalons,  enfin,  sur  les  contreforts  des  bas-côtés  et  de  l’abside 
quelques-unes  de  ces  innombrables  statues  qui  se  distinguent  par 
leurs  contorsions  extravagantes,  leur  nudité  ou  leurs  attitudes  pro- 
vocantes. Tels,  un  Milon  de  Crotone  dans  la  pose  classique  bien 
connue;  des  suppliciés  pendus  par  les  mains  ou  par  les  pieds  et 
puis  « des  jeunes  filles  court  vêtues,  dit  A.  Lance,  qui  sourient  aux 
passants;  des  vierges  folles  du  xvii'^  siècle,  dont  la  robe  chiffonnée 
se  relève  à point  pour  laisser  voir  à tout  le  monde  le  bas  d une 
jambe  qu  elle  devrait  cacher  dans  un  tel  lieu  )). 


154 


l’art  profane  a l/ÉflLlSE 


Intérieur.  — Entre  le  premier  et  le  second  pilier  de  gauche,  en 
1880,  étaient  placés  les  fonts  où  s’administrait  le  baptême  selon  le 
rit  ambroisien,  c'est-à-dire  par  l’immer- 
sion de  la  tête  de  l’enfant.  La  cuve  est 
une  antique  baignoire  qui  provient  des 
thermes  de  Maximien.  Des  ligures  de 
plâtre  y ont  été  ajoutées  pour  aug- 
menter la  pompe  d’une  cérémonie  de 
baptême,  et  ont  longtemps  contribué  à 
accuser  le  caractère  profane  de  cet  acces- 
soire liturgique. 

Transept,  bras  droit.  La  statue  « toute 
robée  » de  Saint  Barthélemy  (fig.  157), 
sous  l’aspect  d’un  écorché  qui  se  drape 


Fig-.  156. 

dans  sa  peau,  porte  ce  vers  prétentieux  sur  le  piédestal  : 

Non  me  Praxitèles,  sed  Marcus  fînxit  Agratus 

(Ce  n’est  point  Praxitèles,  mais  Marco  Agrati  qui  m'a  sculpté); 
réflexion  vaniteuse  qui  jure  dans  l’église  d’un  saint  dont  la  devise  était 
H U militas  et  que  rend  superflue  la  médiocrité  d’une  œuvre  dont  la 
place  est  mieux  indiquée  dans  un  amphithéâtre  d’école  de  médecine. 

De  superbes  bas-reliefs  enjolivent  le  pourtour  du  chœur.  Celui  qui 
nous  a le  plus  frappé  est  la  Descente  de  Croix à cause  du  torse  nu 
de  Marie-Madeleine  et  surtout  du  volume  des  seins  que  l’opulente 
chevelure  de  la  pécheresse  caresse  de  ses  mèches  soyeuses,  sans 
parvenir  à les  recouvrir.  Le  nombre  est  assez  considérable  de 
Madeleines  repenties  pourvues  de  mamelles  aussi  puissantes  ; ces 
organes  semblent  n’avoir  pas  soullert  des  privations  et  mortifications 
de  la  vie  ascétique.  Cette  image  marmoréenne,  très  attirante,  mais 
peu  conforme  à la  réalité,  nous  remet  en  mémoire  un  passage  des 


Fig.  157. 


ITALIE 


155 


sermons  du  llbre-prêcheiir  Micliel  Menot  sur  celte  sainte  qu'il 
tlépeint  <(  demi-nue,  quasi  nuda,  n’avant  que  son  corset  ou  sa  cotte 
simple,  et  léchant  les  pieds  du  Christ,  comme  une  chienne,  ut 
ca  nie  U la  ». 

Tombeau  de  saint  Pierre,  martyr  (1338).  Une  Charité  ollre  son 
sein  g-auche  à un  marmot;  un  autre  bambin  qui  vient  de  s’y  rassasier 
le  caresse  de  la  joue  et  de  la  main. 

Arrêt  facultatif:  le  sarcophag-e  de  saint  Charles  Borromée  est 
gardé  par  deux  douzaines  d’angelots  nus  et  autant  de  cariatides  des 
deux  sexes,  en  gaine,  les  hommes  pourvus  de  leurs  attributs  virils 
et  les  femmes  ornées  de  leurs  seins.  La  devise  de  l’illustre  prélat  est 
semée  sur  les  murs  de  son  sanctuaire  souterrain  et  contraste  avec  la 
richesse  des  habits  pontificaux,  enrichis  de  pierreries,  qui  enve- 
loppent le  cadavre  de  l’archevêque  dont  la  tête  mitrée  repose  sur  un 
coussin  d’or,  dans  un  sarcophage  de  cristal  de  roche. 

Arrêt  obligatoire  : contemplons  l un  des  plus  beaux  monuments 
sculpturaux  de  Milan  — Michel-Ange  en  a conçu  le  dessin  — le 
mausolée  de  Médicis  dit  Medichino,  oncle  de  S.  Charles  Borromée 
(fig.  158).  Aux  côtés  du  guerrier  sont  assis  V Héroïsme  militaire  et  la 
Paix^  le  torse  nu  ; la  corniche  supporte  la  Prudence  et  la  Renommée^ 
drapées. 

Près  de  la  sacristie,  dans  l’obscurité  de  la  galerie,  on  a peine  à 
distinguer  une  effigie  de  la  Vierge  dite  del  Parto  (des  accouche- 
ments) ; elle  est  invoquée  par  les  Italiennes  prolifiques  ou  qui 
aspirent  à le  devenir,  « dont  le  nombre  y est  quelquefois  assez  con- 
sidérable »,  assure  Ferd.  Artaria.  Dans  la  mvtholoffie  chrétienne, 

1/  O 7 

cette  Madone  joue  le  rôle  de  Lucine  et  protège  les  femmes  en  couches. 
En  Calabre,  à Monte  Giordano,  par  exemple,  elle  serait  sans  emploi: 
les  accouchements  s’y  effectuent  tiito.cito  et  juciinde,  à en  croire  un 
dicton  populaire  qui  avait  cours  en  1785  : « Une  servante  calabraise 
aime  mieux  accoucher  que  faire  sa  lessive  » . 

Fauteur  d'Un  mois  en  Italie^  s’apprêtant  à faire  l’ascension  du 
Dôme,  est  surpris  de  lire  dès  les  premières  marches  des  inscriptions 
officielles  inspirées  par  les  mauvaises  habitudes  du  pays  : 

« Son  pregali,  per  ordine  superiore,  di  non...  nè  sporcare,  nelle 
« scale  »,  ou  bien  encore  : « è vietaLo  spandere  acqiia  »...  Pas  n’est 
besoin  de  dictionnaire  pour  traduire  cela.  Il  est  juste  d’ajouter  qu’il  y a 


156 


l’art  profane  a l’église 


environ  cinq  cents  marches  à p^ravir,  et  que  toute  patience  a des  bornes. 
L’avertissement,  répété  de  palier  en  palier,  n’est  pas  sans  motif,  car  je 
me  rappelle  les  choses  blessantes  pour  la  vue  et  pour  l’odorat,  qui  cons- 
tellent les  marches  du  Campanile  de  Venise.  A la  cathédrale  de  Milan, 
des  cabinets  ad  hoc,  placés  de  distance  en  distance,  enlèvent  toute  excuse 
aux  contrevenants. 

En  raison  de  l’obscurité  des  nefs,  le  même  avis  pourrait  être 
affiché  sur  les  piliers,  si  nous  en  croyons  Alphonse  Karr  (1877)  : 

Pendant  qu’on  dit  la  messe  à un  autel,  bien  loin  de  là,  dans  les  autres 
parties  de  l’église,  on  se  promène,  on  cause,  on  rit.  J’ai  vu,  de  mes  yeux 
vu,  une  mère  portant  un  petit  enfant  qui  pleurait,  mettre  son  enfant, 
accroupi,  derrière  une  des  cinquante-deux  énormes  colonnes  de  granit 
gris  et  rose,  qui  soutiennent  la  voûte  et  le  relever  soulagé...  11  y avait  si 
loin  pour  sortir.  J’ai  vu  une  autre  mère  calmer  les  cris  de  son  enfant,  en 
se  dégralfant  le  corsage  et  en  se  tenant  debout,  car  les  sièges  manquent. 


Sant’Ambrogio.  — Sur  la  petite  porte  du  clocher  de  cette 
basilique,  un  bas-relief  antique  reproduit  une  Bacchanale  enfantine 
(pl.  VI,  fig.  15d,  160).  Près  du  chœur,  une  plaque  de  marbre  romain 
porte  la  sculpture  à’ Hercule,  tenant  un  lionceau  par  la  queue 

(fig.  161)'. 

D’autres  figurines  profanes  de  satyres  et  de  nymphes  vêtues  de  Pair 
du  temps  concourent  à l’ornementation  de  divers  pilastres  et  de 
sépultures,  entre  autres  celle  de  Pietro  Gandido  Decembrio 
(xv®  siècle). 

Un  serpent  d’airain  qui  s’enroule  autour  d’une  colonne  de  marbre, 
placée  dans  le  chœur,  a donné  lieu,  d’après  l’auteur  des  Délices 
d' Italie,  à des  interprétations  variées  : « Les  uns  veulent  que  ce 
soit  une  figure  du  serpent  d’Esculape  ; d’autres  prétendent  que  c’est 
le  serpent  que  Moyse  éleva  dans  le  désert.  Et  ce  qu’il  y a de  plus 
fâcheux  en  cela,  c’est  la  coutume  superstitieuse  que  les  nourrices 
delà  ville  ont  d’y  porter  leurs  enfants  malades,  le  Mardi  de  Pâques.  » 
Ce  reptile  a-t-il  quelque  rapport  avec  le  dragon  infernal,  figuré  sur 
les  sceaux  de  saint  Ambroise  (fig.  163)  et  qui  engloutit  les  pécheurs 
après  leur  mort,  tandis  que  de  leur  vivant  ceux-ci  subissent  la 
peine  du  fouet,  l’arme  de  combat  de  l’archevêque  (fig.  162)?  C’est 


1.  Tirées  de  JÏfo /lumen deW  irnp.  R.  Basilica  di  Sa.nt’Ambi'ogio,  in  Milano,  (1824), 
par  le  doct.  G.  Ferrario. 


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Planche  \'T. 


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ITAI.IE 


157 


rima^e  du  régime  pénitentiaire  de  la  religion  catholique,  qui  règne 
par  la  terreur  des  foudres  de  l’Eglise  et  celles  des  flammes  de 


Fig.'158. 


l’Enfer.  Cette  répression  justifierait,  d’après  Pierre  Véron,  la  modi- 
fication du  nom  d’une  des  vertus  théologales  : Fouet,  Espérance  et 
Charité.  Il  s agit  peut-être  d’un  monstre,  d’une  tarasque  dont  le 
saint  aurait  délivré  la  ville;  haut  fait  que  les  hagiographes,  gens 
de  peud  imagination,  prêtent  volontiers  à leurs  héros  sans  histoire  et 


f58 


J.  ’ A K T 1*  W O I'  AMI':  A l/  É 0 1. 1 S i: 


qu’ils  empruntent  k la  fable  : Apollon  vaimpieur  du  serpent  Python, 
Hercule  assoinant  Tliydre  de  Lerne,  etc. 

Une  mosaïque  assez  singulière  du  chœur  de  la  h.asill(|ue  reproduit 


saint  Ambroise  qui  s'endort  debout  en  disant  la  messe  ; un 
sacristain  lui  frappe  sur  l’épaule  pour  le  réveiller  et  lui  montrer  les 
paroissiens  qui  attendent  bouche  bée.  Qu’un  prêtre  endorme  ses 
ouailles  au  sermon,  rien  de  plus  naturel  et  le  fait  est  arrivé  à 
Fénelon,  mais  que  les  ronrons  d’un  ecclésiastique  l’endorment  lui- 
même  c’est  un  comble.  L’artiste  eût  pu  choisir  pour  thème  un 
épisode  plus  édifiant  de  la  vie  du  saint  ; comme  quoi  la  malice  des 
rapins  ne  perd  jamais  ses  droits. 

Chapelle  sainte  Catherine.  La  voûte  qui  recouvre  la  statue  en 
marbre  de  la  sainte  est  ornée  de  figures  païennes  d’Herculanum  : 
« l’une  de  ces  figures,  dit  Valéry,  porte  sur  sa  tête  un  agneau,  et, 
dans  cette  bizarre  peinture,  Fagneau  des  bacchanales  a pu  souvent 
être  pris  pour  l’agneau  pascal  » . 

d""  San  Costanza  hors  des  murs.  — Une  niche  située  en  arrière 
de  l’autel  abritait  un  vase  antique  en  porphyre,  sur  lequel  se 
déroulait  la  vie  fabuleuse  de  Bacchus,  agrémentée  de  la  représenta- 
tion orgiaque  de  bacchantes,  insuffisamment  couvertes  de  peaux  de 
tigres. 


ITALIE 


159 


O 


Santa  Maria  delle  Grazie.  — Chapelle  du  Rosaire.  Une  pein- 


ture re[)résenle  le  Piinjaloirc,  au  fond  d’un  puits;  la  Vierge  y puise 
des  âmes  dévêtues,  avec  un  chapelet,  à la  façon  des  chaînes  à pots 
utilisés  dans  les  sàkivés  d’Egypte. 

A coté  de  cette  église,  au  réfectoire  d’un  couvent  de  jacobins  on 
admire  les  débris  de  la  célèbre  Ccnc  de  Léonard  de  Vinci,  exécutée 
a 1 huile  sur  la  muraille  même.  La  main  de  saint  Jean,  d’après 
Adisson,  qui  lait  sans  doute  confusion  avec  le  tableau  suivant, 
serait  atteinte  de  polydactylie  ; elle  aurait  six  doigts.  Cette  anomalie 
congénitale  est  aussi  attribuée  à Lune  des  ligures,  la  femme  à droite 
des  l\oces  de  Ccina,  fresque  de  Caliste  Piazza  au  réfectoire  des 
Gélestins^  qui  sert  aujourd’hui  de  caserne  militaire. 

Les  moines  épicuriens  et  vandales,  pour  empêcher  leurs  plats  de 
se  refroidir,  ouvrirent  une  porte  au  beau  milieu  de  la  Cène  et  ampu- 
tèient  les  pieds  de  Jésus  qui  dit  ‘ « Lun  de  vous  va  me  trahir  » ; 

paroles  prophétiques  applicables  à Labbé  jacobin  goulu^  qui  mutila 
le  Seigneur. 

C’est  pour  la  chapelle  Sainte-Marthe  du  cloître  de  cette  église 
que  François  Recommanda,  en  1515,  le  tombeau  de  Gaston  de  Foix 
tué  à la  bataille  de  Ravenne,  en  1512.  Ce  monument  n’a  jamais  été 
terminé:  ses  fragments  sont  dispersés  en  diverses  collections. 


Un  tombeau  antique  très  joli,  dit  un  voyageur,  est  infixé  dans  le  mur  ; 
a la  partie  supérieure  de  ce  monument,  on  a sculpté  en  bas-relief  une 
danse  des  Trois  Grâces,  toutes  nues,  dont  deux  portent  distinctement  et 
lort  en  grand  le  caractère  de  leur  sexe,  et  l’autre,  pour  l’honneur  du 
pays  et  le  goût  des  fantasques,  se  présente  dans  l’attitude  ultramontaine. 


Ces  divinités  païennes,  certes,  n’étaient  pas  trop  déplacées  dans 

une  dépendance  d une  église  consacrée  à Sainte-Marie-des- 
Grâces. 

De  Lalande  a remarqué  aussi  ce  monument  funéraire  et  en  a donné 

une  description  analogue,  en  1769;  mais,  depuis,  le  couvent  a dû 
être  détruit  ou  transformé. 


5»  San  Maurizio.  Eglise  del  Monastère  Maggiore.  — Des  tableaux 


d.  De  meme  la  main  du  buveurqui  tient  le  verre  du  Bon  Bock,  de  Courbet  nnraît 
avoir  huit  doigts,  par  suite  de  la  réverbération  de  la  main  dans  le  niarbr’eT  U 


I 


l’art  profane  a l’église 


ît)0 


de  Luini  détaillent  les  diltérentes  phases  du  Martijrc  de  sainte 
Catherine.  Frère  Bandello,  dans  sa  quatrième  Nouvelle.^  dit  que  le 


peintre,  à la  scène  de  la  décollation,  fit  le  portrait  de  la  comtesse 
de  Cellanti,  fameuse  Messaline  de  l’époque  et  sing-ulier  modèle  pour 
une  peinture  religieuse,  à moins  qu’il  ne  s’agisse  d’un  enseigne- 
ment moral  indiquant  le  châtiment  mérité  par  une  telle  incon- 
duite. 

Dans  le  chœur,  une  Sainte  Agathe  (fîg.  164),  fresque  de  G. -A. 
Beltratlio,  porte  ses  deux  seins  sur  un  plat,  bien  qu'un  seul  fût 
coupé. 

(jo  Satyro.  — A l’abside,  une  peinture  de  Comerio  a pour 
sujet  Massa 3 io  plongeant  son  couteau  dans  le  sein  de  la  Vierge,  « d’où 
sortit  un  flot  de  sang  »,  assure  une  véridique  légende. 

La  frise  inférieure  du  Baptistère  est  occupée  par  un  groupe  de 
petits  amours  entremêlés  de  têtes  colossales,  parmi  lesquelles  on 
prétend  reconnaître  Bramante  et  le  sculpteur  Ambroise  Foppa,dit  le 
Caradosso,  qui  ont  élevé  et  décoré  cet  édifice. 


rr  A L 1 E 


IGl 


Musée  Brera.  — Le  Maj'iaçfc  de  la  Vierye  [lo  Sposalizio)  de 
Ixapliaêl,  peint  pour  la  chapelle  Albriziiii  de  l’église  des  franciscains 


Fig-.  164  bis. 


d attitude,  en  dehors  de  la  symétrie  singulière  des  groupes  disposés 
de  chaque  côté  du  grand  prêtre  : à sa  gauche,  six  rivaux  de  Joseph 
et  à sa  droite,  six  compagnes  de  Marie.  Remarquez,  côté  des  hom- 
mes, 1 artifice  qu  emploie  le  Sanzio  pour  cacher...  les  inconvénients 
de  la  mode  des  hauts-de-chausses  par  un  geste  — certes  le  geste  est 
beau  — du  bras  gauche  du  jeune  amoureux  transi  placé  au  premier 
rang.  G est  le  prétendant  de  beaucoup  le  plus  séduisant  de  tous  * 
mais,  le  galant  n avait  pas  en  sa  possession  la  braguette,  nous  vou- 
lons dire  la  baguette  ou  la  verge  fleurie  du  Taciturne  et,  en  sus.  Tin- 

décence  de  son  costume  ne  pouvait  que  lui  nuire  aux  yeux  de  la 
vierge  des  vierges. 

Modêne.  Santo  Pietro.  — Cette  église  fut  élevée  sur  remplace- 
ment dun  temple  dédié  à Jupiter;  il  reste  de  l’ancien  édifice  érigé 
sous  Trajan  la  corniche  et  la  frise  de  la  façade  où  sont  représentés 
des  génies  ailés,  montés  sur  des  chevaux  marins. 

Montefiascone.  San  Flaviano.  — La  chapelle  souterraine  ren- 

l’art  profane.  — II. 


11 


ferme  le  tombeau  de  Févêque  d’Aug'sl)oiirj^,  Jean  Füg-qer  (li^.  KJ.’J). 
On  sait  que  le  saint  homme  eut  une  fin  assez  semblable  à celle  du 

duc  Georges  de  Glarence,  auquel  son  frère 
Edouard  IV,  avait  laissé  le  choix  de  son  sup- 
plice et  demanda  à être  noyé  dans  un  tonneau  de 
malvoisie.  De  même  Becri-Mustapha,  favori 
d’Amurath  IV,  au  xvii*^'  siècle,  fut  enterré  entre 
deux  tonneaux.  Quant  à Régulus,  nul  n’ignore 
quhl  subit  aussi  son  supplice  dans  un  tonneau, 
mais  hérissé  de  pointes  de  fer. 

Notre  prélat,  aussi  grand  amateur  des  vignes 
du  Seigneur  que  des  canons  de  l’Eglise,  se  faisait 
précéder  à chaque  étape  par  son  domestique 
chargé  de  lui  signaler  les  auberges  pourvues 
des  meilleurs  crus.  Le  saïs  dégustateur  traçait 
le  mot  EST  sur  la  porte  des  hôtelleries  de  choix. 
A Montefîascosne  ou  mont  des  flacons,  le  valet 
fut  si  satisfait  du  Moscatello  qu’il  écrivit  trois  fois 
sur  Yosteria  privilégiée  le  mot  conventionnel  est 
(Il  y en  a).  Jean  Függerfut  enchanté  du  flair  de 
son  expert;  mais,  si  copieuses  furent  ses  liba- 
tions qudl  en  mourut.  Le  larbin  et  rat  de  cave 
traça  sur  la  pierre  tombale  de  l’Eminence,  où 
deux  coupes  sont  sculptées  de  chaque  côté  de 
ses  lèvres,  cette  épitaphe  plaisante  : 

Propter  nimium  est,  est, 

Dominu.s  meus  mortuus  est! 

(C’est  par  excès  d’EST,  est,  que  Monseigneur  Ci  est!)^  Le  meil- 
leur muscat  de  Montefîascone  s'appelle  encore  Est. 

Epilogue  de  cette  beuverie  tragique  : le  valet  de  chambre,  à la 
mémoire  de  son  maître,  fit  une  fondation  annuelle  de  deux  barils  de 
Moscatello  qui,  à la  Pentecôte,  étaient  répandus  sur  la  tombe  du 

1.  L’inscription  n’est  pas  aussi  nette;  les  lettres  sont  à moitié  effacées  et  mal 
gravées  : 

EST.  EST.  EST.  PR  E {proptev)  Miv  {nimiiim) 

EST.  HIC  lo  {Joannes)  d (de)  fvg  [Fuggeris]  d {Domiiius) 

MEVS  MORTVYS  EST 


ITALIE 


103 


prélat  allemaiul.  Ces  libations,  analogues  à celles  que  les  anciens 
taisaient  en  riionneur  des  dieux,  furent  exécutées  jusqu’à  l’épisco- 
pat du  cardinal  Barl)arigo  qui  les  convertit  en  distribution  de  pain 
aux  pauvres. 


Moxza.  Cathédrale.  — Le  trésor  conserve  précieusement,  à côté 
du  peigne  et  de  l’éventail  de  Théodelinde,  une  riche  allégorie, 
ollerte  à la  basilique  par  cette  reine  des  Lombards  ; elle  représente 
une  poule  avec  huit  poussins  en  or,  symbolisant  les  provinces  de  la 
Lombardie  : Milan,  Mantoue,  Bergame,  Brescia,  Crémone,  Corne, 
Pavie  et  Sondrio. 


Naples.  1«  San  Gennaro.  Cathédrale L ~ Substitution  fréquente 
en  Italie  : la  cuve  baptismale  est  d’origine  païenne  ; c’est  un  antique 
autel  de  Bacchus  décoré  de  thyrses,  masques,  etc.,  attributs  du  dieu 
de  la  treille  et  dont  la  place  est  indiquée  dans  un  Musée. 

Une  Madeleine  agenouillée  est  armée  d\me  discipline  et  d’un 
crucifix  ; mais,  en  souvenir  de  son  ancienne  profession,  ses  deux  seins 
s’échappent  de  son  corsage  : chassez  le  naturel... 

Chapelle  de  la  Vierge.  Notre-Dame  des  Sept  Douleurs  porte  un 
cœur  au  milieu  de  la  poitrine;  trois  poignards  en  argent  sont 
enfoncés  dans  chaque  sein,  comme  de  grosses  épingles  à chapeaux 
dans  des  pelotes. 


1.  Trois  fois  par  an  — le  premier  samedi  de  mai,  le  19  sept,  et  le  16  déc.  a 

lieu  le  miracle  thaumaturgiqiie  de  la  liquéfaction  du  sang-  de  saint  Janvier,  tour  de 
passe-passe  que  nos  illusionnistes  laïques  pourraient  facilement  renouveler.  Quand  le 
miracle  tarde  trop,  les  assistants  crient  au  saint  : Fa  miracolo!  Et,  dans  leur  fureur 
« l’accablent  de  sottises  malpropres  »,  sans  respect  pour  le  saint  lieu.  Mais  des 
hurlements  de  joie  accueillent  la  liquéfaction  du  précieux  liquide;  les  femmes  sur- 
tout poussent  des  cris  perçants  — c’est  le  femineus  iilulalus  de  Virgile  — en  dénit 
du  précepte  de  S.  Paul  : Mnlier  taceat  in  ecclesia  (I,  aux  Corinthiens). 

En  1789,  un  miracle  identique  se  voyait  à la  cathédrale  d’Avellino  : une  fiole  du 
sang  de  saint  Laurent  se  liquéfiait  pendant  huit  jours  du  mois  d’août;  à Bisse-dia 
e sang  de  saint  Pantaléon  offrait  le  même  prodige.  Mais,  déjà,  du  temps  d’Horace 
(bat.  à,  L.  1),  une  supercherie  analogue  s’opérait  dans  une  ville  voisine  de  Naples  • 


• De  hinc  Gnaiia  (a),  nymphis 

Iratis  exslructa,  dédit  risiisque  jocosqnc  ; 

Durn  flaninia  sine,  thura  liquescere  liinine  sacra 
Persnadere  ciipit.  Credal  Judæus  Apella, 

Non  ego. 


(Gnatie,  petite  ville  bâtie  en  dépit  des  Nymphes,  nous  amusa  On 
persuader  que  l’encens  s’y  brûlait  sur  l’autel,  sans  fen.  Qu’on  le  fasse 
Juit  Apella,  je  ne  le  crois  point.) 
a)  Aujourd’hui  Anasso,  à 37  mille.s  de  Bari,  sur  les  côtes  de  la  Pouillc. 


voulut  nous 
accroire  au 


164 


L^ART  PRUFANK  A l’ÉCIRISI: 


Parmi  les  nombreux  ex-voto  accrochés  à la  muraille  saillent  en 
ronde  bosse  plusieurs  mamelles  de  carton  pâte  colorié;  on  dirait 
l’étal  d’un  tripier. 

Chapelle  Saint-Janvier.  A l’un  des  ang-les  de  la  coupole,  unepein- 


lG(i. 


ture  du  Dominiquin  (lig.  IbG)  retrace  l’enlèvement  du  saint  au  ciel; 
au-dessous  figurent  les  allégories  de  la  Foi,  V Espérance  et  la  Charité^ 
le  buste  découvert,  à la  mode  italienne. 

Santa  Anna  de’  Lombardi.  Monte  Oliveto.  — La  chapelle  du 
Saint  Sépulcre  renferme  un  énorme  groupe  en  terre  cuite  par  Guido 
Mazzoni,  le  Christ  au  tombeau.  Le  Seigneur  est  entouré  de  six  figures 
agenouillées  qui  sont  des  portraits  de  contemporains  de  l’artiste 
mort  en  1518  : Sannazar  représente  Joseph  d’Arimathie  ; Pontanus, 
Nicodème;  Alphonse  II,  saint  Jean,  et  le  fils  d’Alphonse,  le  prince 
Ferdinand  (fig.  166  bis).  Ces  travestissements  de  personnages 


ITALIE 


165 


connus  devaient  nuire  au  caractère  mystique  de  l’œuvre;  ils  éveil- 
laient plutôt  la  curiosité  que  le  sentiment  relig'ieux. 

Sur  un  sarcophao’e  de  pierre,  couronné  d’un  petit  Bacchus,  est 


Fig'.  166  his. 

gravé  un  distique  composé  par  le  roi  Alphonse-le-Magnanime.  en 

l’honneur  d’un  mignon  qui  s’appelait  Massimo,  mot  qui  signifie 
très  g-rand  : 

Qui  fuit  Alphonsi  quondam  pars  maxima  Régis, 

Maximiis , hâc  teiiui  iiunc  tuinulatur  hinno. 

Celui  qui  fut  jadis  une  très  grande  part  du  roi  Alphonse, 
res  grand  lui-même,  occupe  maintenant  une  place  bien  petite  sous  cette 

[terre. 


IGG 


i/art  profane  a i/foiose 


3°  Saint-Dominique.  — Le  tombeau  du  cardinal  Hector  (Parada, 
observe  Fulchiron,  présente  un  étrange  contraste  entre  la  qualité 
du  défunt  et  ses  ornements,  tous  mythologiques;  « anomalie  inexcu- 
sable, puisqu’ils  furent  exécutés  du  vivant  de  ce  mondain  prélat  ». 

4®  Madona  Dell’  Arco.  — Les  murs  de  Sainte- Anastasie,  église 
d’un  village  à trois  lieues  de  Naples,  sont  couverts  d’ex-voto.  Une 
de  ces  images  votives  montre  une  dame  sur  laquelle  des  médecins 
en  costume  Louis  XV  pratiquent  l’opération  césarienne  ; une  autre 
est  le  portrait  d’une  forte  commère  qui  a passé  la  quarantaine,  mais 
n’avait  pas  encore  l’âge  de  raison,  à en  juger  par  cette  inscription 
naïve  : Je  me  débattais^  depuis  trois  joiu's,  dans  les  douleurs  d'un 
accouchement  'impossible,  quand  je  me  vouai  à la  Vierge,  qui  me 
sauva...  après  une  difficile  opération.  « La  réticence  à son  prix  », 
remarque  judicieusement  Marcellin  Pellet  : nous  ne  pouvons  que 
partager  son  opinion. 

Cette  Santissima  guérisseuse,  après  l’intervention  médicale,  a 
trouvé  à Pompéi  une  sérieuse  rivale  qui,  à en  juger  par  les  marques 
de  reconnaissance,  tableautins  en  argent  ou  en  carton  enluminé  des 
murailles  du  chœur,  semblerait  accaparer  la  spécialité  des  seins 
cancéreux.  Ce  privilège  devrait  appartenir  de  droit  à l’église  Saint- 
Louis  {di  Palazzo)  delà,  même  ville,  qui  possède  deux  fioles  de  lait 
— non  baptisé  ni  stérilisé  — de  la  Vierge. 

Santa  Maria  di  Donna  Regina.  — Une  Vierge  enceinte  porte 
l'image  du  Bamhino  nu,  peinte  sur  le  ventre.  A la  bonne  heure, 
le  clergé  napolitain  ne  craint  pas  d'apprendre  à la  jeunesse  que  les 
enfants  ne  viennent  pas  sous  les  feuilles  des  choux  ; si  encore  on  lui 
disait  qu'ils  se  font  souvent  sous  les  feuilles  des  arbres,  de  préférence 
les  chênes,  on  se  rapprocherait  de  la  réalité.  Au  pays  de  la  chou- 
croute, les  bébés  sont  apportés  par  des  cigognes  ; la  religion  et  le 
nationalisme  tudesques  se  refusent  à profaner  un  comestible  qui 
appartient  aux  crucifères,  dont  les  pétales  sont  en  croix,  et  qui, 
surtout,  est  un  mets  national. 

San  Paolo  Maggiore.  — Construit  sur  l’emplacement  d’un 
temple  (Apollon  ou  Castor  et  Pollux)  ou  d'un  théâtre.  C’est  là,  si 
l’on  en  croit  Sénèque  et  Tacite,  que  Néron  fit  ses  débuts  d histrion. 


I TALl  !•: 


1G7 


<(  Ce  monstre 
peuple  romain 
lie  ce  théâtre  ; 


s essayait  en  province  avant  de  s'avilir  aux  yeux  du 
» La  seconde  cour  présenterait  encore  run  des  murs 
mais,  d après  Fulchiron,  il  ne  reste  plus  de  son  orne- 


mentation primitive  que  les  deux  colonnes  flanquées  de  chaque  côté 

de  la  porte  et  les  statues  mutilées  des  tîls  de  Léda  et  du  cygne 

olympien,  gardées,  malgré  leur  origine  païenne,  dans  un  sanctuaire 
chrétien  (tîg.  167). 

Sacristie  Un  tableau  de  Solimène,  les  Vertus  théologales  (fîg.  168), 
représente  la  Charité^  comme  toujours,  les  seins  nus  ; à Lun  d’eux 
est  attaché  une  grosse  sangsue  d’orphelin. 

Les  Charités  en  peinture,  en  sculpture  et  même  en  nature,  abon- 


168 


r/ART  PROFANE  A l/É(il.ISE 


dent  k Naples  ; il  ii’est  pas  rare  de  voir  aux  portes  des  églises, 
comme  le  montre  une  gravure  du  Tour  du  Monde  (lig.  IG9)  des 


Fig.  168. 

tableaux  vivants  composés  d’une  miséreuse,  la  poitrine  nue,  entourée 


d’enfants  déguenillés  et  allaitant  le  dernier  né  — qui  ne  sera  pas  le 
dernier  — c'est  une  Charité  demandant  la  charité. 


1.  1801,  2«  sem.  p.  196. 


ITA  LIE 


1G9 


7^’  San  Pietro  in  Macello. — Plafonds  enluminés  par  Maffia  Preffi^ 
plus  connu  sous  le  nom  de  Calabrèse  : d"un  côfé,  la  décapifafion 


Fig.  170. 

dune  marfyre  ; de  Paufre,  son  enlèvemenf  au  ciel  par  des  ang-es 
(lîg.  170).  La  sainfe  a la  poifrine  nue  duranf  son  ascension;  mais, 
pour  son  supplice  elle  esf  k peine  décollefée,  ce  qui  a dû  gêner 
l’office  du  bourreau. 

8*^  SannazaroL  — Église  célèbre  par  le  fombeau  en  marbre  de 
Jacques  Sannazar,  l’aufeur  du  poème  des  Couches  de  la  Vierge  (De 

F Construite  sur  l’emplacement  de  la  Villa  Mergelina,  oITerte  par  Frédéric,  roi 
de  Naples,  au  poète  qui,  à l’exemple  de  son  ami  Jovianus  Pontanns,  prit  le  nom 
d Actius  Smeerus;  ce  lieu  de  délices  ayant  été  saccagé  par  Philbert,  prince 

ü Orange,  Sannazar  le  fit  démolir  complètement  et  abandonna  le  terrain  aux  reli- 
gieux servites. 


170 


i/aIIT  PROFA^’K  A l/ÉflLISF 


parla  Vircjinis)^  auxquelles  assiste  par  licence  poétique  .luriori- 
Lucine,  la  i)atroniie  des  sabres-femmes.  En  riionneur  de  cet  ouvraf^e 
qu’il  composa  sur  remplacement  de  l’édifice  religieux,  on  a joint  au 
vocable  de  l’église  celui  de  Sainte-Marie  del  Parla . On  v lit  une 
épitaphe  latine  du  cardinal  Bombo  : 

Da  sacra  cineri  flores  : hic  ille  Maroni 

Sincerus^  musâ  proximus  et  luniiilo. 

Elle  invite  à répandre  des  fleurs  sur  les  cendres  de  ce  poète  « qui 
n’est  pas  moins  près  de  Virgile  par  son  talent  que  par  le  lieu  de  sa 
sépulture  ». 

Autre  licence,  mais  celle-ci  artistique  : son  sarcophage  (fig.  171) 
disposé  derrière  le  chœur,  porte  le  buste  du  « Virgile  chrétien  » 
en  compagnie  des  hôtes  qui  hantaient  l’imagination  du  poète,  faunes, 
nymphes,  satyres  et  bergers,  lesquels  s’ébattent  au  soubassement. 
Neptune  y figure  aussi  pour  rappeler  que  Sannazar  a,  le  premier, 
composé  des  églogues  sur  les  poissons  et  réhabilité  la  mer  que 
Xercès  fit  fouetter.  Apollon  et  Minerve  concouraient  à la  garde  et  à 
la  décoration  de  ce  monument  : les  religieux  servites,  comme  tous 
les  gens  de  robe,  scrupuleux  protecteurs  de  la  Vérité,  mais  surtout 
pour  sauver  les  apparences,  présentent  ces  déités  païennes  sous  les 
noms  Israélites  de  David  et  Judith  gravés  sur  leur  socle  : une 
variante  du  poulet  subversif  baptisé  carpe.  On  raconte,  il  est  vrai, 
que  ce  pieux  mensonge  fut  imaginé  à la  suite  de  la  menace  d’un 
vice-roi,  qui  voulait  envoyer  à Madrid  ces  statues  inconvenantes. 
C’est  pourtant  Eun  de  ces  gouverneurs  espagnols  qui  construisit 
le  Château-Neuf,  à l’aide  d’un  impôt  j^rélevé  sur  les  filles  de  joie. 
De  plus,  pour  en  perpétuer  le  souvenir,  il  fît  tracer  un  « ovale 
allongé  » caractéristique  sur  le  parement  de  toutes  les  pierres  du 
bastion  qui  faisait  face  au  port. 

Autre  curiosité  artistique:  première  chapelle,  adroite,  l'archange 
saint  Michel,  sous  les  traits  de  Diomède  Caraffa,  évêque  d’Ariano, 
mort  en  1550,  terrasse  le  démon  qui  est  le  portrait  d'une  belle 
Napolitaine  peinte  sans  voiles,  Vittoria  Avalos,  laquelle  poursuivait 
l’austère  prélat  de  ses  assiduités.  L’émule  de  Joseph,  par  allusion 
au  nom  de  son  adoratrice  transie,  écrivit  au  bas  du  tableau  cette 
leçon  de  morale  : Feeit  vicloriam  alléluia!  Le  vertueux  épiscope  ne 


ITA  LIK 


171 


trouva  pas  d’iiutre  moyeu  de  se  débarrasser  d'une  aussi  pressante 
séductrice,  (iette  singulière  peinture  de  Léonard  de  Pistoie  a donné 
lieu  à un  dicton  populaire 
pour  désig'uer  une  sédui- 
sante beauté  : « C’est  le 


démon  de  la  Mergellina. 


Fis-.  171. 


Fiff.  172. 


IL  Cappella  Sansevero.  Santa  Maria  délia  Pieta  de  Sangri.  — 

Cette  église  renferme  le  tombeau  des  ancêtres  du  prince  Raymond 
de  Sansevero  et  autres  œuvres^  plus  curieuses  par  l’habileté  du 
sculpteur  que  par  leur  valeur  artistique  ; ce  sont  jeux  de  patience  ou 
tours  de  force  de  praticiens.  Tels,  un  Christ  en  marbre,  recouvert 
d un  linceul  quasi  transparent  par  Giuseppe  Sammartino  (1753)  ; le 
Disinganno^  le  Désenchantement  ou  le  Vice  détrompé  ou  encore  le 
Vicieux  désabusé,  exécuté  par  Francesco  Queirolo,  et  la  Pudeur 
due  à 1 habile  ciseau  d’Antonio  Conradini  de  Venise  (1752). 

Le  Vicieux  désabusé  (fîg.  172)  est  le  portrait  d’Antonio  di  Sangro, 
le  père  du  prince  Raymond.  Pris  dans  les  mailles  d'un  filet,  — celui 
des  vices,  — il  cherche  à s'en  dégager  avec  l'aide  de  la  Raison, 
allusion  à la  conduite  de  ce  prince  qui,  après  la  mort  de  sa  femme, 


172 


[/art  profane  a l’église 


se  livra  à une  vie  désordonnée;  puis,  renonçant  au  monde,  à ses 
pompes  et  à ses  œuvres,  se  fît  ermite.  Le  filet  ciselé  dans  Je  même 


qu’elle  n’avait  de  sévère  que  le 


bloc  de  marbre  est  à jourettouche 
à peine  à la  statue. 

Gecilia  Gaetani,  mère  du  prince 
Raymond,  allégorise  la  Pudeur 
(fig*.  173).  Cette  singulière  figure 
est  recouverte  d’un  voile  très  léger 
qui  accuse  toutes  les  formes  du 
corps,  de  sorte  que  l’effigie  de  la 
princesse  paraît  plus  que  nue. 
« Tout  ce  que  je  blâme,  dit  Kot- 
zebue,  c’est  que  Ton  donne  le  nom 
de  la  Pudeur  à une  statue  plus 
nue  qu’une  danseuse  de  l’Opéra, 
de  Paris  : la  Volupté  coquette^ 
voilà  comme  je  la  nommerais,  car 
ces  charmes  ne  me  semblent  si 
mal  cachés  que  j)our  attirer  et 
séduire.  » Mais  c’est  en  réalité 
une  Madeleine  repentie,  avec  le 
vase  de  nard  à ses  pieds.  La  con- 
duite légère  des  membres  de  cette 
famille  indique  tout  au  moins 
nom. 


10°  Sainte- Croix  al  Mercatoh 


1.  On  voyait  encore  en  1835,  « exposée  à toutes  les  saletés  d’une  sacristie  napo- 
litaine »,  dit  Valéry,  une  petite  colonne  de  porphyre  qui  avait  été  élevée  à l’endroit 
où  Gonradin  tut  exécuté  sur  l’ordre  de  Charles  d’Anjou.  L’impératrice  d’Allemagne, 
Marguerite,  accourue  pour  racheter  la  vie  de  son  lils,  arriA  a trop  tard  : le  premier 
régicide  commis  en  Europe  était  consommé.  Avec  la  rançon  qu’elle  destinait  au 
rachat  de  la  A ie  de  son  lils,  elle  fonda  le  monastère  del  Carminé  dont  l’église 
conserve  les  restes  de  Gonradin  ; la  statue  de  la  mère  y est  éle\A‘e  et  la  représente 
une  bourse  à la  main.  Sur  la  colonnette  commémorative,  on  lisait  cette  pitoyable, 
mais  peu  pitoyable,  plaisanterie  : 

Asturis  lingue  leo  piillum  rnpicnx  aqiiiliniini 
liic  depluinavil,  acephalaniqae  dédit. 

Asturis  désigne  Jean  Frangipani,  le  lâche  seigneur  d’Astura  qui  livra  Gonradin  ; le 


ITA  Llb: 


173 


1 h Cloître  de  l’église  Saint-Martin.  — Ce  couvent  des  chartreux 
possède  entre  autres  Lal^leaux  de  prix  un  Saint  Laurent  du  Titien,  et 
le  tanieux  Eccc  Homo  de  Micliel-Ang-e,  d’une  vérité  telle  que,  suivant 


Fig.  174. 


une  légende  fort  répandue,  mais  sans  fondement,  ce  Christ  fut  peint 

d’après  nature  sur  un  paysan  que  Buonarroti  assassina,  <c  après 
l’avoir  lié  à un  poteau  )>. 


Orvieto.  Dôme.  — Extérieur.  — Les  fameux  bas-reliefs  du  sou- 
bassement dus  au  ciseau  de  Nicolas  Pisan  et  inspirés  des  Écritures, 
ont  pour  thème  la  Création  de  l’Homme  et  de  la  Femme  et  le  Juge- 
ment universel.  Celui-ci  comprend  deux  tableaux  tumultueux  — 
la  Résurrection  et  les  Damnés  — où  les  nudités  ne  sont  pas  ménagées. 
Les  réprouvés  évoluent  sur  deux  zones  superposées  : au  premier 
étage  (üg.  174),  ils  se  dirigent  en  monôme  vers  l’Enfer  ; au  rez-de- 
chaussee  (fig.  178),  ils  sont  aux  prises  avec  les  tortionnaires  infer- 
naux. Du  côté  opposé,  c’est  la  marche  à l’étoile  des  élus. 

Intérieur.  — Chapelle  de  la  Madone  de  Saint-Brice  {San-Brizio). 
es  peintures  de  Benozzo  Gozzoli  offrent  une  bizarre  disparate  de 
sujets  païens  (fig.  176,  177)  et  chrétiens  ; des  divinités  mythiques  y 
coudoient  des  saints  et  des  poètes  anciens,  Cicéron,  Ovide,  Horace, 

lion,  leo,  ligurait  clans  les  armes  do  Krance.  Uannelons  encore  ee  „ • , 
intéressant  bien  qu’il  sorte  de  notre  cadre  ; mais  nous  ne  sommes  pas  a ime  cF 
s.on  près.  Le  bourreau  qui  e.-cécuta  le  jeune  prince  fut  poignardé-  par  un  , i 
acolytes,  ..  pour  anéantir  le  vil  ministre  qui  avait  versé  le  sang  d’un  rii  i ,? 


I.  A UT  PUOFAN1-:  A U EGLISi] 


17  1 


Sénèque,  Dante,  Virgile,  dans  les  scènes  tirées  de  leurs  œuvres.  Cet 
artiste  plein  de  verve  et  de  fougue,  que  nous  retrouverons  à Pise, 


Fig.  17G,  177.  — Fresques  de  Signorelli,  d’après  d’Agincourt. 


nous  montre  Orphée  et  Eurydice,  VEnlèvement  de  Proserpine, 
Perses  et  Andromède,  le  Conibnt  d Hercule  et  des  centimes,  la 


ITALIE 


175 


Dcsccnfc  (I  Encc  aux  enfers,  qu’un  tombeau  d’é- 
vèque  a fort  eiidoinmag’é  ; sans  compter  Diane, 
Dallas,  Venus  *.<.  et  de  lasciA^es  nudités  »,  dont 
le  cler^'é  de  1 église  a dû  cacher  quelques  parties 
par  les  ornements  d’une  boiserie,  au  dire  de  F.  de 
Mercey. 


Les  remarquables  fresques  sur  bois,  où  Luca 
Signoielli  (1499)  a traité  le  Jugement  dernier , 
couvrent  les  deux  parois  latérales  de  la  chapelle 
et  se  divisent  en  quatre  compartiments. 

Ganova,  pour  son  groupe  de  V Amour  et  Psyehé, 
s est  inspiré  de  deux  figures  qui  ressuscitent. 


Il  n’y  a peut-être  pas  au  monde,  dit  J.  de  Bonnefon,  d’étude  de  nu 
plus  puissante  que  celle  où  s’est  employé  Signorelli  dans  sou  Entrée  des 


m; 


L ’ A R I’  1»  R O l<  A N 10  A f/  K (i  U S 10 


élus.  Il  y a là  des  femmes  aux  seins  dégradés,  des  anatomies  de  moines 
extravagantes  dans  leurs  chairs  graisseuses.  Certain  danseur  napolitain 


Fig-.  180.  — Groupe  placé  en  dehors  du  tableau  principal  des  Damnés. 


(fig.  178)  campé  au  premier  plan,  révèle  son  origine  par  la  coiffure,  seule 
pièce  du  costume  qu’il  ait  conservée...  La /?è5iz/'rec^zo/i  de  la  chair  ménsige 
des  surprises  aux  alarmes  faciles  de  la  pudeur  moderne.  Les  squelettes 
même  ont  l’impudeur  du  geste,  comme  certain  page  vêtu  ou  plutôt 
aggravé  d’un  étrange  maillot. 

Les  Damnés  (fîg.  179)  offrent  aussi  de  nombreux  points  de  com- 
paraison avec  ceux  de  Michel- Ange.  Vous  savez^  que  Signorelli  s’est 
offert  le  malin  plaisir  de  peindre  une  maîtresse  infidèle,  Luca,  toute 
nue,  terrifiée  par  un  démon  c[ui  l’emporte  au  noir  séjour  sur  ses  ailes 
de  chauve-souris.  Isolons  de  cette  originale  et  terrible  composition 
deux  autres  groupes  où  les  démons  maltraitent  des  pécheurs  (^fig. 
180,  181)  et  surtout  des  pécheresses  récalcitrantes,  qui  ont  fini  par 

1.  Les  Seins  dans  V Histoire.,  fig-.  LR). 


1 TA  LIÉ 


177 


trouver  leurs  maîtres  (tig.  18:2). 


Les  agents  de  Lucifer,  comme  ceux 
de  Lépine,  ne  connaissent,  en  fait 
de  galanterie,  que  « le  passage 
a taljac  )) . 

Padoue.  1«  Saint-Antoine  — 

La  maigreur  et  la  nudité  de  la 
façade  de  cette  basilique  jurent 


avec  l’abondance,  la  richesse  et  le  décolleté  de  sa  décoration 
in  erieure  qui  i chausse  sa  splendeur  architecturale. 

Le  tombeau  du  général  vénitien  Contarini  est  surmonté  d’une 
figure  allégorique,  la  Tempérance  (fig.  183),  qui  baisse  modeste- 
ment les  yeux,  mais  découvre  sa  jambe  et  sa  poitrine.  Sur  un  autre 
mausolée,  un  squelette  ailé  sonne  de  la  tromjjette. 


1.  Sur  les  parois  de  cette  basilique  se  déroulent  les  incidents  de  la  vie  du  saini  ■ 
d va  sans  dire  que  ces  motifs  n’ont  rien  de  commun  avec  les  illustrations  dn  Grand 

vm^L^t^rvoti  mféctan^ruion^  >’'--onr  dn  texte 


En  tétant,  il  fermait  ses  yeux,  oui,  tout  l’indique  ! 
Et  lorsque  sa  nounou  laissait  un  peu  troj)  voir 
Son  biberon  de  chair,  alors  bébé  pudicjue, 

Il  lui  disait  tout  bas  : « Prenez-moi  et;  mouchoir.  » 


dutls  C . V ‘>““’ment  an  dôme  padouan  pour  être  renro 

du.ts  contentons-nous  de  donner  la  scène  de  la  TenUlio  (fig.  182  bis)  hitermé 
avec  le  bno  et  la  verve  du  crayon  de  W.  Busch  niterpictec 


i/art  profane.  — II. 


12 


178 


l’aUT  profane  a r/ÉGLISF 


Derrière  le  sanctuaire,  une  toile  de  premier  ordre  de  Tiepolo,  le 
Martyre  de  sainte  Agathe^  montre  un  bourreau  qui  lui  arrache  le 


Fig,  182  bis.  — Soudain,  sur  ses  genoux,  elle  étala  ses  grâces.  Fig.  183. 


Le  IL  Bazalgette,  dans  la  Chronique  niédieale^  attire 
l’attention  sur  l’autopsie  d’un  avare,  l’un  des  hauts-reliefs  en  marbre 
blanc  de  la  Chapelle  du  saint  : 

Le  cadavre,  des  plus  cachectiques,  est  couché  sur  une  table  ; il  pré- 
sente une  longue  incision  thoracique  traversant  obliquement  la  ligne 
médio-sternale.  Le  médecin,  placé  à sa  gauche,  a encore  les  doigts  dans  la 
plaie  et  paraît  tout  étonné  de  la  découverte  qu’il  vient  de  faire  : au  lieu  du 
cœur  qu’il  cherchait,  il  a trouvé  une  pierre,  de  forme  quelconque,  qu’un 
groupe  d’assistants  considère  avec  surprise  et  elfroi,  dans  une  cassette 
à moitié  remplie  de  pièces  d’argent. 

Et  saint  Antoine  apparaît  sur  la  droite  du  tableau  et  semble  démontrer 
à la  foule  la  véracité  du  vieil  adage  : 

A la  place  du  cœur,  l'avare  a un  caillou  ! 

Entre  autres  richesses  artistiques  figure  dans  le  chœur,  à côté  de 
l’autel,  un  candélabre  en  bronze,  haut  de  3 m.  60,  ciselé  par  Riccio 
(1507).  11  est  couvert  d’une  foule  de  motifs  bibliques  (hg.  184)  et 
païens  où  dominent  les  torses  féminins,  bien  que  cet  appareil  soit 


I 


ITA  LIE 


179 


destiné  à porter  le  cierge  pascal.  De  même,  le  porte-encens  du  trésor 
est  orné  de  néréides  à double  queue  b 


2^  Eremitani  (Ermites).  — Des 
fresques  de  Mantegna  ont  pour 
sujet  les  sept  planètes  qui  règlent 
les  sept  âges  de  l’homme  ; Vénus 
y préside  à l’Adolescence  — Ado- 
lescentia  dominât  Venus  per  annos 
scptcni.  Mercure,  d’après  Valeiy, 
serait  habillé  en  moine,  un  livre  à 
la  main  ! 

'V  Madonna  dell’  Arena.  — 

Giotto,  le  restaurateur  de  la  pein- 
ture, s’éloigne  quelque  peu  de  la 
donnée  dantesque  dans  son  Juge- 
ment dernier.  Cette  page,  à la  fois 
sublime  et  malicieuse,  fourmille  de 
détails  inimaginables;  nous  en  dé- 
tachons les  plus  pittoresques.  Les 
lubriques  sont  accrochés  par  où  ils 
ont  commis  le  péché  de  fornication  (fig.  185);  l’un  de  ces  luxurieux 
est  abeilardisé  (fig.  186)  ; une  pécheresse  sollicite  la  bénédiction 
d un  évêque  simoniaque,  tant  il  est  vrai  que  l’Enfer  est  pavé  de 
bonnes  intentions  et  qu'avec  lui  il  y a aussi  des  accomodements 
(fig.  187)  ; l’Avarice,  personnifiée  par  un  vieux  fesse-mathieu  qui 
a le  sac,  est  entôlée  par  l’Avarie,  qui  lui  fait  de  l’œil,  mais  non  à 

1.  La  sacristie  possède  un  vase  d’argent  doré,  servant  à la  confirmation,  qui  est 
couvert  de  figures  profanes.  A farchevéché  se  trouve  le  portrait  de  Pétrarque,  qui 
se  convertit  comme  Boccace  et  fut  pourvu  d’un  canonicat  ; tout  en  invoquant  Dieu 
et  sa  muse,  il  partagea  son  temps  entre  les  devoirs  de  son  bénéfice  et  les  tendres 
yuveniiy  de  sa  Laure.  « Rendons  grâces  au  clergé  padouan,  écrit  Ducos,  d’aioir 
inauguré  l’image  d’un  prêtre  moins  connu  peut-être  par  sa  dévotion  que  par  la  mon- 
danité de  ses  amours.  » D’ailleurs,  la  vertu  n’était  pas  la  marque  distinctive  du 
clergé  de  l’époque  : Balthazar  Castiglione  nous  a laissé  do  ses  désordres  une  fidèle 
peinture.  Par  exemple,  ce  colloque  d’un  religieux  de  Padoue  et  de  son  évéque.  Les 
cinq  religâyscs  d un  couvent  que  le  moine  dirigeait  se  trouvèrent  enceintes.  « Que 
répondrai-je  a Dieu,  disait  le  prélat,  au  jour  du  jugement  pour  excuser  mon  défaut 
de  surveillance  ? — Monseigneur,  répliqua  le  religieux,  vous  citerez  l’Evangile  : 
Domine  quinque  lalenta  tradidisti  rnihi  ; ecce  alia  quinque  superlucratus  sum.  » 


Fig.  184.  — Adam  et  Eve  chassés 


du  Paradis. 


I 


180 


i/art  profane::  a i/é(;lisk 


Tceil  (lîg.  188),  Tamour  vénérien 


Fig.  m. 

poitrine,  mais  celle-ci  est  aussi 
anomalie  non  moins  rare 
en  Italie,  la  Charité 
ferme  hermétiquement 
son  corsage  ; elle  se  con- 
tente comme  attribut  de 
tenir  un  cœur  à la  main. 

A la  chapelle  de  Scro- 
vegm,  Giotto  représente 
Anne,  déjà  grosse,  lors 
de  sa  rencontre  avec 
Joachim  sous  la  porte 
dorée. 


est  vénal,  pas  d’argent,  pas  de 
cuisse  ; plus  loin, 
une  autre  variété  de 
supplice  de  la  Lubri- 
cité (fig.  189);  une 
scène  de  jiu-jitsu 
(fig.  190),  etc. 

Par  contre,  au- 
dessous  de  ces  ima- 
ges grotesques  ou 
« giottesques  »,  les 
Vertus  et  les  Vices 
sont  peints  en  ca- 
maïeu avec  une  ré- 
serve exagérée  et 
qui  rappelle  que 
trop  souvent  l'hy- 
pocrisie prend  le 
. masque  de  la  pu- 
deur. La  Co/èrc,  par 
exemple  (fig.  191), 
ouvre  son  corsage 
pour  se  déchirer  la 
plate  qu’une  latte,  et,  par  une 


Fig.  18G. 


4°  Santa  Giuslina.  — Hieronymus  Gampagnola  a peint,  sur  les 


ITALIE 


181 


pilastres  du  cloître  du  Monas- 
tère Majeur  dont  Sainte-Justine 
dépendait,  des  arabesques  ana- 
logues à celles  des  Loges  va- 
ticanes,  qui  sont  peuplées  à 
profusion  d’êtres  fictifs  du 
monde  mythologique,  tels  que 


satyres,  faunes,  nymphes,  bacchantes,  driades,  cupidons,  néréi- 
des, sirènes,  chimères,  etc.,  traités  surtout  au  point  de  vue  dé- 


Fig.  189.  Le  moine  et  la  petite  bête  qui  monte,  qui  monte... 


182 


l’art  profane  a l’églïse 


coratif  et  où  les  mamelles  jouent  un  rôle  important.  A part  le 
déjà  vu,  comme  les  trois  Grâces  (fig.  101  a),  les  prisonniers  de 
guerre,  la  Force  hypermamelée  (lig. 

191  ù),  etc.,  certains  motifs  se  distin- 
guent par  leur  originalité  propre  : la 
Fortune  nue,  sur  une  boule,  se  laisse 
guider  au  gré  des  vents  à l’aide  d’une 
voile  (fig.  191  c)  ; deux  serpents  tettent 
un  animal  fantastique  à double  corps 
(fig.  191  d)  ; deux  tiges  verdoyantes 
sortent  des  mamelons  d’une  nymphe 
(fîg.  191  g)  ; au-dessous  d’elle,  les 


Fig.  191. 


organes  d’un  amour  servent  de  support  à un  ruban  qui  les  traverse; 
une  nymphe  fait  gicler  son  lait  dans  une  coupe  tenue  par  un  petit 
satyre  (hg.  191  c)  ; un  amour  callipyge,  bien  râblé,  se  montre  assis 
de  dos  entre  deux  chimères  mamelues  et  semble  parodier,  a pos- 
teriori, la  Comparaison  de  Lawrence  (fig.  191  f)  \ etc.  Çà  et  là  sont 
piquées  des  maximes  dans  le  goût  de  la  suivante  : obseqvivm  amicos 
VERITAS  ODivM  PARiT  (la  flatterie  engendre  les  amis,  et  la  vérité,  la 
haine). 

5°  Scuola  del  Santo  {Confrérie  de  Si-Antoine).  — Voisine  de  la 
cathédrale,  elle  offre  de  curieuses  fresques  que  Valéry  attribue  à 
l’école  du  Titien  et  qui  ont  trait  à la  vie  du  saint. 

Deux  surtout  sont  admirables  ; elles  rappellent  en  même  temps  les  vio- 


ITAT.TE 


183 


lences  jalouses  des  maris  de  cette  époque  et  la  commisération  de  sain 


Fie’.  191  a. 


Fig.  191  b. 


Fig.  191  c 


Fig.  191  d. 


Antoine  pour  les  femmes  : lune  représente  la  femme  que  son  mari 


184 


l’art  PROFAISE  a l’ÉCxLISE 


poignardée,  et  qui  est  rendue  à la  vie  par  le  saint;  dans  l’autre,  une  mère, 
aussi  fort  suspecte  à son  époux,  est  justiliée  par  l’enfant  dont  elle  vient 
d’accoucher,  qui  reconnaît  son  vrai  père. 


Fig.  191  e.  Fig.  191  f. 

Parme.  P Le  Dôme.  — Plusieurs  hauts-reliefs  décoratifs  à carac- 
tère profane  (fig.  lî)2,  103)  ont  été  reproduits  dans  les  Noces  de 
Philippe  V et  d'Élisabeth  Farnèse,  régente  de  France,  qui  furent 
célébrées  à cette  cathédrale  en  1727. 

Les  parois  de  la  coupole  sont  couvertes  de  la  large  et  merveilleuse 
Assomption  de  la  Vierge,  <(  la  reine  des  frescpies  »,  peinte  en  trompe- 
l’œil  par  le  Gorrège  ; on  n’y  distingue  plus  qu’une  multitude  de 
jambes  nues  d’une  étourdissante  virtuosité  (fîg.  194),  dont  plusieurs 
trahissent  leur  sexe.  Le  motif  de  la  ligure  195,  par  exemple,  pour- 
rait servir  de  pendant  aux  Hasards  heureux  de  V Escarpolette  par 
Fragonard  : le  volatil  céleste  et  si  leste  montre  son  périnée  à vol 
d’oiseau,  région  anatomique  que  le  langage  raffiné  du  xvii®  siècle 
appelait  « le  raphé  » L 

Ces  jambes  appartiennent  à des  anges  « purs  et  radieux  »,  ou  mieux 
à des  cupidons  qui  s’élèvent  d’un  vol  rapide,  et  rappellent,  sans  la 
justifier,  la  question  gouailleuse  prêtée  à un  marguillier  scandalisé 
par  tant  d’audacieux  raccourcis  et  la  hardiesse  de  leur  nudité  : 
« Est-ce  un  plat  de  grenouilles  — un  guazzetto  di  rane  — que  vous 

1.  Louis  XIV,  disait  le  galant  Mercure,  « a une  petite  tumeur  à côté  du  raphé  » ; 
autrement  dit  une  fistule  à l’anus. 


avez  voulu  peindre?  » deinaiida-t-il  au  peintre  de  la  grâce  et  de  la 
volupté.  11  paraît  que  cette  raillerie  déplacée  blessa  l’artiste  au  point 
de  le  faire  renoncer  à la  moitié  de  son  œuvre. 


Fif,''.  191  Cf. 


Fig-.  191  h 


Dans  cette  Assomption^  remarque  M.  Armengaud,  comme  pour 
varier  l’impression,  le  Gorrège  s’est  laissé  aller  à l’enjouement  de 

son  génie.  Laissons  parler  l’auteur  des  Galeries  publiques  de  l'Eu- 
rope : 

^ Parmi  ses  'Irais  Vertus  théoloqales  des  pendentifs,  la  Charité,  conçue 
(1  une  laçon  toute  profane,  est  lorgnée  en  quelque  sorte  par  un  petit  ange 
indiscret  a tête  d Amour.  Lt  clans  un  coin  de  la  voûte  môme,  l’artiste,  qui 
avait  à se  plaindre  du  prieur,  a placé,  droit  en  reg-ard  du  poste  ordinaire 
de  celui-ci,  une  figure  singulièrement  jetée  et  dont  l’aspect  ne  peut  être 


ï/Ain’  l*ROFANK  A l/ ÉGLISE 


l8(i 


qu’une  malicieuse  ironie  195).  Vengeance  bien  innocente,  à coup 
sûr,  et  souriante  pour  ainsi  dire,  comme  tout  ce  qui  émane  de  ce  souriant 

esprit,  qui  n’a  jamais  connu  la  colère, 
qui  a donné  meme  je  )ie  sais  quoi  de 
tendre  et  de  doux  à la  douleur  et  à la 
mort  elle-raôme. 


A la  zone  inférieure  de  la  coupole 
sont  groupés  les  Patriarches,  les 
Apôtres  et  les  Saints,  émerveillés, 
bouche  bée,  dans  Pattitude  de  la 
vénération  ; plusieurs  adultes  nus 
allument  des  torches  et  jouent  de 
divers  instruments  (fîg.  196).  Aux 
quatre  pendentifs,  en  dehors  de 
cette  foule  d'éphèbes  et  de  jDerson- 
nages  célestes,  se  tiennent  les 
quatre  saints  protecteurs  de  la  ville  : saint  Hilaire  (lîg.  197),  saint 


Fig-,  193. 

Bernard  (lîg.  198,  pl.  VII),  saint  Thomas  (lîg.  199)  et  saint  Jean 
(lîg.  200),  qui  forment  quatre  groupes  à part,  entourés  de  figures 


Planche  VJI 


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187 


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aiiî;’éliques,  quel([ues-iines  fraiicliement  sexuées,  à cheval,  assises  ou 
couchées  sur  des  nues  et  sans  le  moindre  voile. 

(iette  Assoniption  fut  fatale  au  Corrèg'e  : en  portant  le  prix  de  son 


Fig-.  194. 


travail,  en  monnaie  de  hillon,  dans  un  g-rand  sac,  il  contracta  une 
pneumonie  dont  il  mourut. 

A 1 autel  d une  chapelle,  une  Sainte  Famille  du  Corrèg'e  montre 
un  saint  Jérôme  et  une  Madeleine  à peine  drapés  ; Jésus  hadine  avec 
l’ondoyante  chevelure  de  la  pécheresse.  De  nombreuses  copies  ont 
été  faites  de  ce  chef-d’œuvre,  mais  aucune  n’a  pu  saisir  le  sourire 
enchanteur  de  Madeleine  transformé  en  grimace. 

O 

2®  Baptistère. — Au  tympan  du  g-rand  portail  est  fixée  une  singulière 
représentation  du  Jugement  derniei'^  avec  moult  nudités  dans  des 


188 


i/art  RROFANE  a isk 


attitudes  extravag’aiites,  La  façade  porte,  en  outre,  des  indices  de  la 
religion  de  Zoroastre. 


Fig-.  19G. 


rrALTiî 


189 


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La  voûte  est  couverte  de  fresques,  où  Diane  et  Apollon  fig-urent 


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à côté  des  prophètes,  des  évangélistes  et  des  apôtres;  Valéry  y lut 
le  Spiritüs  intùs  alit,  du  VD  livre  de  Y Enéide. 


, 3«  San  Giovanni  Evangelista.  — Les  bénédictins,  en  1520,  char- 

gèrent le  Gorrège  ddllustrer  leur  sombre  coupole  ; Lémule  de 
Raphaël  y célébra  une  vision  de  saint  Jean,  la  poétique  Glorification 


190 


L A H T l'  U O F A N F A L K fi  [.  I S K 


du  Christ.  Le  sauveur  est  entouré  des  onze  pi’opa^ateurs  de  la  foi  ’ 
et  d’ang'es  g-igantescpies.  « Ces  enfants  cpii  se  jouent  au  milieu  des 


Fig-.  199.  — Saint  Thomas. 


nuages,  ces  ligures,  écrit  le  président  Charles  de  Brosses,  sont 
dessinées  d’une  hardiesse  inouïe  et  plafonnent  d’une  manière  si  vraie, 
si  perspective,  qu'assurément  il  ne  s’est  jamais  rien  fait  d’égal  en  ce 
genre.  » Le  Gorrège,  ajoute  notre  spirituel  touriste,  ne  s’est  guère 


1.  Les  sujets  des  pendentifs  représentent  chaenn  un  Evangéliste  et  un  Docteur  de 
l’Eglise  : saint  Jean  et  saint  Angnstin,  saint  Matthieu  et  saint  Jérôme,  saint  Marc  et 
saint  Grégoire,  saint  Luc  et  saint  Ambroise. 


ITALIE 


101 


inquiété  de  suivre  la  tniditioii  ; « il  n’a  pas  craint  de  représenter 
plusieurs  des  Apoti'es  nus  »,  comme  des  dieux  de  l’Empyrée,  par 


Fig-,  200.  — Saint  Jean. 


opposition  aux  Evangélistes  et  aux  saints  protecteurs  de  l’Église 
qui  occupent  les  pendentifs  de  la  catliedrale.  Là,  ils  sont  si  soigneuse- 
ment habillés  qu  on  a signalé  « l’ampleur  olympienne  » de  leurs 
draperies  ; saint  Thomas  est  même  botté. 

Cette  église^  comme  la  précédente,  possède  une  Sainte  Agathe, 
au  début  de  son  supplice  (lig.  201),  mais  cette  œuvre  est  du  Parmesan! 


192 


i/aRT  PROFANK  a l/É(iI.ISË 


4®  Couvent  de  Saint-Jean  l’Evangéliste.  — Au  carrefour  des  corri- 
dors de  ce  cloître,  ou  a placé  quatre  statues  de  Begarelli,  d’après  les 


dessins  du  Gorrège.  Près  de  la  Vierge  se  tient  Jésus,  une  palme  à la 
main,  et  « dans  une  complète  nudité,  quoique  sa  taille  annonce  qu’il 
est  sorti  de  la  première  enfance  » . 

5®  Couvent  de  Saint-Paul.  — On  admire,  en  cet  ancien  monastère 
de  religieuses  soumises  à l’ordre  de  saint  Benoît,  la  « Chambre  » des 
fresques  du  Gorrège.  Ge  sont  les  mieux  conservées  de  toutes  celles 


193 


n'A  LIE 


({U  a conçues  1 élégant  peintre  de  la  vérité.  Elles  ont  été  exécutées 
de  lois  à 1520,  sur  les  désirs  de  Fabbesse  Jeanne  de  Plaisance,  une 
mondaine  — mais  non  une  nonaria^  — en  cornette,  pour  orner  la 


Fig-.  202. 


voûte  d’une  salle  principale  du  couvent,  oratoire,  boudoir  ou  réfec- 
toire. La  voûte  figure  une  treille  couverte  de  feuillages,  de  fleurs  et  de 
fruits  ; elle  est  divisée  en  plusieurs  secteurs  percés  de  quatre  fausses 
ouvertures  ovales,  où  s’ébattent  des  enfants  nus  — les  célèbres  Putti 
del  Correggio  (fig.  202,  203).  Au-dessous  de  ces  médaillons  folâtres, 
la  base  de  la  voûte  est  ceinte  de  seize  lunettes,  semi-circulaires^ 
feintes,  simulant  des  niches  où  s’abritent  des  personnages  de  la 
fable  . les  trois  Grâces  (fîg.  203,  204)  sans  voiles,  les  Parques  drapées 
et  adées,  la  Fortune,  Endymion  (fig.  205),  Adonis,  Minerve,  Vesta 
allaitant  Zeus,  des  vestales  sacrifiant  à leur  divinité,  enfin  Junon 
(fig.  206),  en  costume  de  Vénus.  Elle  subit  le  châtiment  que  lui 
valut  son  complot  avec  Neptune  pour  détrôner  son  époux.  Jupiter, 
dans  son  juste  courroux,  fit  suspendre  la  traîtresse  à une  chaîne  d’or’ 


1.  Prostituée  qui,  du  temps  de 

I/ART  PROFANE.  — II. 


Perse,  ouvrait  sa  maison  à 3 heures  après  midi. 

13 


avec  une  enclume  attachée  aux  pieds.  Quant  à Aphrodite^  elle  brille 
par  son  absence  ; elle  n’eût  cependant  pas  augmenté  le  scandale  de 


ces  inconvenances  mythiques,  bien  que  ces  nudités  ne  relèvent  que 
du  goût  et  de  l’art.  « C*est,  dit  Gustave  Planche,  la  mythologie 
païenne  prise  du  côté  gracieux,  mais  non  du  coté  lascif.  » 

La  plus  piquante  de  ces  peintures  est  isolée  sur  la  cheminée  ; c’est 
la  figure  de  Diane,  en  char  traîné  par  deux  biches  blanches.  La 
déesse  de  la  chasse  est  sullisamment  décolletée  (fig.  207)  et  paraît 
sous  les  traits  de  l’abbesse  elle-même.  Nous  ne  savons  si  son 
favori  Endymion  est  aussi  un  portrait;  en  tous  cas,  il  apparaît  abso- 
lument nu. 


I 


ITALIIO 


195 


A la  clef  (le  voûte,  une  crosse,  insigne  religieux  de  Tabbesse,  est 
juxtaposi'e  à trois  croissants  enchevêtrés,  les  attributs  de  Diane  : 
touchante  fusion  du  christianisme  et  du 


paganisme, 


Fiy’.  204. 


Fig.  205. 


En  agissant  ainsi,  cette  religieuse  faisait  acte  d’indéjiendance  à la 

barbe  d’un  evêque  tatillon  et  maussade  qui  voulait  imposer  son 

autorité  à la  réfractaire.  Celle-ci  ne  se  contenta  pas  de  railler  le  prélat 

avec  ses  peintures  anti-orthodoxes  ; elle  y mêla  des  inscriptions 

ironiques,  en  grec  et  en  latin,  à son  adresse.  La  victime  mitrée 

criblee  des  flèches  de  la  Diane  monacale,  en  appela  au  pape,  et 

1 abbesse,  qui  n avait  avec  Jeanne  d’Arc  rien  autre  de  commun 

que  le  prénom,  fut  obligée  de  fermer  son  couvent;  nous  allions  dire 

son  « salon  »,  sa  maison  d’illusion,  son  bateau  de  fleurs.  « La 

place  d’abbesse,  disait  la  babillarde  Sévigné,  est  toute  propre 

aux  vocations  un  peu  équivoques  ; on  y accorde  la  gloire  et  les 
plaisirs.  » 

Ces  peintures  justifient  la  suave  allégresse  du  nom  de  famille  du 
Corrège,  Allegri. 


196 


i/aHT  l'ROFANË  A l’ÉGLISË 


()®  Galerie  des  Arts.  — Un  curieux  tableau  du  Corrège  montre  le 
Christ  sous  l’aspect  d’un  Adonis,  complètement  nu  (fig.  208  his). 


Pavie.  Gertosa  (Chartreuse)  b — Nous  retrouvons, une  fois  de  plus, 
sur  la  façade  de  cette  coquette  égdise,  qui  tient  le  record  de  1 orne- 
mentation, les  promiscuités  de  l’art  païen  et  de  l’art  chrétien  ; des 
nudités  de  l’Olympe  prennent  contact  avec  la  Vierge  et  les  saints. 

La  Charité  du  tombeau  de  saint  Augustin  ne  livre  qu’un  sein  à 
deux  affamés  ] aussi  se  le  disputent-ils  avec  acharnement. 


1 Dans  nos  Sems  à l’Eglise,  p.  1,  nous  avons  parlé  de  l’cx-voto  vu  a la  cathédrale 
de  Pavie  et  figurant  un  moine  augustin  sur  une  jument  montée  par  un  <<  coquin 
de  mulet  ».  Nous  retrouvons  dans  la  Vie  privée  du  cardinal  Dubois  nn  tait  ana- 
logue à cette  bambochade,  mais  où  le  frocard  a changé  de  monture  et  se  trouve  en 

danger  de  panache  : . 

«Le  P Joseph,  ce  Capucin  si  célèbre  sous  Louis  XIII,  servait  au  siege  delà 

Rochelle  en  qualité  d’Aide-de-Camp  au  Cardinal  de  Richelieu,  et  portait  ses  ordres 

dans  l’armée.  Comme  il  se  plaignait  toujours  de  l’indolence  et  de  la  paresse  des 

chevaux  que  lui  donnaient  les  écuyers  du  Cardinal,  ils  lui  en  choisirent  un  des  plus 


ITALIE 


197 


Pelk).  — Peintures  remarquables  de  Fiammenghino  ayant  trait 
au  JiKjcnient  universel  et  à V Enfer. 


des  miséricordes  du  chœur,  des  centaures  lutinent  des  nymphes 
plus  nues  qu’émues  (fig-.  209,  210). 

iVIentionnons  un  charmant  bas— relief  ou  sont  fîg'urés  à mi-corps, 
mais  bien  en  formes,  nos  premiers  parents:  le  trop  débonnaire  Adam 
console  Ève,  au  lieu  de  la  houspiller  vertement,  après  la  faute. 

2 Sâint-André  Gt  S&int-BGrn3.rd.  — E)  un  des  bas-reliefs  de 
Duci,  1461,  où  se  déroulent  les  épisodes  de  la  vie  de  saint  Bernard, 
nous  détachons  divers  motifs  à nudités  (fîg-.  211,  7jis,  ter). 

PiSE.  1®  Le  Dôme.  En  faisant  la  part  de  l’exagération  permise 
à un  versificateur,  1 impression  rimée  de  Bordes  sur  cette  cathédrale 
(août  1755)  nous  donnera  un  avant-goût  des  curiosités  artistiques 
réunies  dans  ce  groupe  d édifices,  unique  au  monde,  qui  comprend 


108 


l’art  profane  a i/éllise 


le  Dôme,  le  Baptistère,  le  Campanile^  et  le  Campo-Santo,  au  milieu 
d’une  solitude  imposante  qui  gagnerait  cependant  k être  piquée  de 

quelques  arbres  : 

Ici,  dans  sa  gloire  niché, 

L’Eternel  tendrement  penché, 

Darde  un  rayon  droit  comme  un  cierge  ; 

L’Esprit-Saint,  sur  le  bout  perché, 

S’amuse  à becqueter  la  Vierge. 

En  faveur  des  humbles  élus, 

Les  saintes  vont,  troussant  leurs  cottes, 

Et  le  malin  petit  Jésus, 

Montrant  ses  appas  ingénus. 

Fait  rouler  l’œil  à la  dévote 
Qui  se  trouble  dans  ses  Aejaus. 

Oiïrant  leurs  attraits  sans  mistère, 

Ici,  des  anges  féminins, 

A la  barbe  de  Dieu,  le  père. 

Lui  débauchent  d’honnêtes  saints. 

O douce  indulgence  du  pape  ! 

Partout,  son  empire  bénin 
M’otTre  les  temples  de  Priape, 

Peints  des  crayons  de  l’Arétin, 

En  voyant  plus  d’une  Madonne, 

L’Amour  même  s’y  méprendroit. 

Et  le  petit  Dieu  s’écrieroit  : 

« Ah  ! voilà  maman  en  personne  ! » 

Que  d’appas  ! quels  traits  ! quel  regard  ! 

Cet  oiseau,  qui  sur  elle  tombe. 

Ah  ! je  le  vois,  c’est  la  colombe. 

Qui  va  s’atteler  à son  char. 

Là,  sous  la  chaire  évangélique. 

Brille,  en  marbre,  un  grouppe  à l’antique 
Figurant,  dit-on,  les  vertus  ; 

Et  ce  sont,  le  pourrez-vous  croire  ? 

Trois  nymphes  étalant  leurs  c... 

Et  le  reste,  à tout  l’auditoire. 

Aucune  décoration  extérieure  ne  répond  k notre  programme; 
cherchons  k l’intérieur.  Ici  nous  n’avons  que  l’embarras  du  choix. 


1 Cette  tour  penchée  — une  tour  de  force  — ivolTre  rien  de  remarquable  pour 
nous  que  son  inclinaison.  Elle  nous  fait  souvenir  d’un  mauvais  « tour  »,  pardon, 
que  nous  avons  joué,  par  ordre  supérieur,  à Fun  des  édifices  religieux  de  Pans,  a 
la  construction  duquel  nous  avons  participé  en  qualité  de  cliei  d atelier,  avant 
d’embrasser  la  carrière  paternelle.  Nous  avons  hâte  d’en  décharger  notre  conscience. 


ITA  UK 


H)9 


Les  clôtures  du  clueiir  sont  couvertes  de  bas-reliefs  profondémenl  et 
dextrenient  fouillés.  Tout  d'abord  l’atteiition  se  porte  sur  la  mise  en 


scène  mouvementée  d un  JLiffciTtent  dernier  où  g'rouille  tout  un 
monde  de  Lautre  monde,  démons  et  damnés  parés  du  nu  inhérent  à 
ce  thème  traditionnel. 

Au  voisinag’e  du  maître-autel  est  accrochée  une  portraicture  de 
la  benoîte  Sainte  Catherine  d’Andrea  del  Sarto  ; c’est  le  portrait 
profane  de  1 épouse  du  peintre,  « une  femme  sans  honneur,  dit 
Sterne,  dont  il  fut  le  jouet  ».  De  même,  au  cloître  del’Annunziata,  à 
Florence,  la  Madona  del  Saeco  est  Fimag-e  de  cette  indigne  Lucrezia 


Chaque  fois  qu’il  s agissait  de  glisser  dans  les  fondations  une  pierre  de  taille  avec 
tare,  lil,  délit  etc.,  nous  avions  ordre  de  retenir  à un  déjeuner  prolongé  et  copieu- 
sement arrose  1 inspecteur  de  la  Ville.  Ne  vous  étonnez  donc  pas  siî  un  ioi!r  du 
autie,  l une  des  tours  de  cette  eglise  prend  les  airs  penchés  du  campanile  pisin 
culpa!  En  tout  cas,  on  ne  pourra  pas  appliquer  à ce  monument  ce  que 
saint  Matthieu  dit  de  la  londation  de  l’Eglise  ; « Elle  n’a  point  été  renversée  paLe 
quelle  avait  ete  bâtie  sur  le  roc.  » Moralité  : le  constructeur  fut  décoré. 


200 


r/ART  PROFANE  A ï/Éfir.ISE 


et  la  Madona  dclla  sedia  (la  Vierge  à lu  ehiiise),  de  Raphaël,  est  le 
portrait  de  sa  maîtresse  ; mie  laide  ligure  ne  serait  pas  un  attrait 

pour  la  dévotion.  Dame 
Marie  Pétel,  la  fille  d’A- 
lexandre Dumas,  retirée 
au  couvent  des  dames  de 
l’Assomption,  k Passy,  a 
peint,  pour  la  chapelle 
de  ce  huen  retira,  son 
épicurien  de  père  sous  les 
traits  d’un  capucin...  de 
l’abbaye  de  Thélème,  sans 
doute. 

La  lampe  monumentale 
suspendue  dans  la  nef  et 
dont  les  oscillations  mi- 
rent, dit  la  chronique, 
Galilée  sur  la  voie  de  la 
théorie  du  pendule  b sup- 
porte quatre  adolescents 
nus  et  bien  râblés.  Ces 
éphèbes  en  bronze  jouent 
le  rôle  d’atlantes  et  sont 
les  motifs  principaux  de 
la  décoration  (fîg.  212). 

L’un  des  chapiteaux  du  chœur  est  occupé,  d’un  côté,  par  un 
triton,  une  néréide  et  leur  petit;  de  l’autre,  par  des  groupes  d’amours 
déplumés  qui  s’ébattent  au-dessus  de  masques  de  satyres  (lig.  213), 
tous  personnages  de  la  fable  qui  n’ont  rien  k voir  avec  la  religion 
catholique. 

Transept,  aile  droite.  Chapelle  de  Saint-Renier  [San  Reniera) 
patron  de  Pise  la  Morte.  Une  niche  abrite  a une  statue  de  Mars,  dit 
Baedeker,  vénéré  sous  le  nom  de  saint  Ephèse  » (lig.  214).  Ce  saint, 
dont  la  vie  est  peinte  k fresques  au  Campa  Santa,  était  un  général 
romain  qui  reçut  de  rarchange  saint  Michel  l’étendard  de  la  victoire 

1.  Tandis  que  rinclinaison  du  Campêinile  lui  permettait  d’étudier  les  lois  de  la 
ehute  des  eorps. 


Fi"-.  ^>11  bis. 


1 TAT.l  ! •: 


201 


pour  la  ij;-uerre  contre  les  infidèles.  Il  porte  une  sorte  de  caleçon  de 
hain  et  des  molletières  ; tout  le  reste  est  un. 

Aile  g-auche.  En  arrière  de  la  chapelle  du  Saint-Sacrement  [Santissi- 


Fi^',  21 1 tei\ 


mo)  se  cache,  comme  en  pénitence,  la  Tentation  d’ Ève  par  Mosca. 
« Le  sculpteur,  dit  le  président  de  Brosses,  a donné  très  hors  de 
|3ropos  une  tête  de  femme  au  tentateur,  puisque  de  toutes  les  têtes 
qu  il  pouvait  lui  donner,  celle-ci  était  la  moins  capable  de  tenter 
notre  première  mère.  » L^observation  est  juste  et  s’applique  à tous 
les  artistes  Raphaël  compris  — qui  sont  tombés  dans  cet  erre- 

ment.  En  se  baissant  pour  atteindre  une  branche  de  pommier 
destinée  à ombrager  sa  nudité,  Eve  accuse  ses  formes  postérieures  et, 
n était  le  milieu  où  elle  se  trouve,  pourrait  être  prise  pour  une  Vénus 
callipyfje,  draperie  en  moins.  M.  Muntz  lui  trouve  un  air  de  famille 
avec  la  Vénus  de  Médicis  et  y voit  une  copie  de  cet  antique  faite  par 
Jean  de  Pise  (fîg.  215).  Effectivement,  Ève  comme  Aphrodite  porte 
la  main  droite  à distance  de  son  sein, 

Con  VaHi'o  il  dolce  porno  ricoprissi 

(De  1 autre  main  couvrait  la  pomme  si  douce  de  sa  poitrine)  ; et  de 
la  gauche,  si  cuopre  le  parti  onde  la  Donna  arrossi,  quando  si  scuo- 


202 


i/aut  l'uoFAM':  A i/É(;usi: 


prono,  ce  qu’elle  fait  sans  y toucher  non  plus.  Comme  la  V(hius 


accroupie  du  Vatican,  elle  se  penche  et  avance  un  peu  le  g’enou  droit 
pour  se  mieux  cacher. 

Même  chapelle^  une  niche  est  occupée  par  la  statue  d'une  martyre 
dont  la  poitrine  est  découverte  (lig-.  216).  Liée  à un  poteau,  elle  fixe 
le  ciel,  sa  récompense  espérée  : on  voit  à ses  pieds  une  grosse  pierre 
entourée  d’un  cordage.  Ces  détails  sont  insuffisants  pour  déceler  la 
personnalité  de  la  sainte.  Est-ce  sainte  Christine  avec  la  meule  qu'on 


1 'l' A L 1 !•: 


203 


lui  attacha  îiii  cou  pour  la  précipiter  dans  un  lac,  après  lui  avoir 
tenaillé  les  seins  qui  sont  intacts  sur  l’eftigie? 

Revenons  à la  nef  et  arrêtons-nous  devant 
Tadinirable  mausolée  du  cardinal  Scipionis 
qui  est  orné  des  lîg-ures  de  la  Foi  et  de  la 
Charité.  Le  sein  g-auche  de  celle-ci  est  saisi 
à deux  mains  par  un  petit  goulu  tout  nu  et 
trop  dodu  pour  un  miséreux. 

Le  tombeau  de  Lempei’eur  Henri  Vil,  cjui 
dit-on,  fut  empoisonné  avec  une  hostie, 
n’existe  plus.  Ce  fâcheux 
accident  provoquait  trop  de 
commentaires  désobligeants 
sur  le  clergé  d\alors. 


KV'V 


Fie-.  213. 


Fig-,  214. 


Fig-.  215. 


Fig-.  210 


Abside.  Le  Sacrifice  cV Abraham  peint  par  Razzi,  le  Sodona.  Isaac 
est  entièrement  nu,  comme  il  convient  à toute  victime  expiatoire;  le 
jeune  Israélite  est  agenouille  et  se  présente  de  face,  de  manière  à 
montrer  que  le  peintre  a oublié  de  le  circoncire. 

Nef  latérale  droite.  La  Soumission  de  Richard  Cœur-de-Lion.,  à 


204 


l’art  profane  a l’éllise 


TolemolU'as,  peinte  par  Tolermadia.  Au  premier  plan,  une  femme 
dépoitraillée,  assise  sur  le  sol  (lig“.  217),  allaite  un  enfant  nu  au  sein 


Fig.  217. 

gauche,  et  laisse  pendre  du  côté  opposé  une  colossale  mamelle 
gorgée  de  lait;  une  jeune  fille,  en  chemise,  s’appuie  sur  la  tête  de 
son  exubérante  mère.  Jamais  un  peintre  de  la  chair,  sans  en  excepter 
Rubens,  n’a  tracé  une  tétasse  de  ce  volume  ; il  est  vrai  que  cette 
nourrice  hors  concours  allégorise  la  Ville  de  Pise.  Elle  figure  aussi 
au  Muséum  sur  une  toile  de  Salimben,  avec  les  mêmes  appas  rebon- 
dissants de  vache  laitière  ; et  nous  la  retrouverons  encore,  mais  plus 
étique,  dans  la  chaire  du  Baptistère. 

Vis-à-vis,  sur  le  mur  de  la  nef  latérale  gauche,  un  tableau  dont 
nous  ignorons  le  sujet  représente  un  saint  à qui  les  mères  demandent 
de  bénir  leur  multiple  progéniture  ; l’une  d’elles  lui  désigne  trois 
enfants  dans  le  même  berceau  et  en  tient  un  quatrième,  qu’elle 
allaite  sur  ses  g'enoux.  L’attitude  de  ce  bambin  vorace  est  des  plus 
expressives  ; de  ses  jambes,  il  s’arc-boute  sur  le  giron  maternel, 
tandis  que  de  ses  mains  crispées  il  s’accroche  au  sein  maternel  et  le 


ITALIE 


205 


ventouse  de  sa  bouche  avide.  11  est  diiricile  de  montrer  plus  d’appétit 
pour  le  lait  et  la  chair  (tig*.  218). 

2®  Baptistère.  — Une  néréide  à 
queue  double  sculptée  sur  l’iin  des 
modulons  rappelle  que  Pise,  bien 
qu’à  environ  dix  kilomètres  de  la 
mer,  fut  une  des  premières  villes 
maritimes  de  l’Italie,  la  rivale  de 
Gènes  et  de  Venise.  Il  est  vrai  que 
cet  emblème  aquatique  est  aussi 
familier  aux  baptistères. 

Le  fameuse  chaire,  pulpito  ou 
pergamOy  en  marbre,  sculptée  par 


Fig.  218. 


Fig.  219. 


Giovanni  Pisano  après  la  défaite  de  la  Méloria  (1311),  occupait  pri- 
mitivement la  nef  centrale  du  Dôme,  mais  elle  fut  en  partie  détruite 
par  la  chute  de  la  toiture  lors  de  l’incendie  du  15  octobre  1596. 
Quelques  fragments  ont  pu  être  sauvés,  les  statuettes  des  angles 
entre  autres,  et  figurent  dans  la  chaire  actuelle  du  Baptistère  recons- 
truite en  1607.  La  restauration  en  a été  opérée  par  Fontana,  profes- 
seur à 1 Académie  de  Pise,  et  est  exposée  au  Musco  civico  établi 
dans  l’ancien  couvent  de  Saint-François. 


i/aUT  1*  ko  F an  K A l/ ÉGLISE 


U)  G 


Quatre  des  colonnes  sont  formées  de  cariatides  supportant  les 
chapiteaux  ; rune  de  ces  colonnes,  la  plus  curieuse,  g-ioupe  à sa  hase 
les  vertus  cardinales  païennes  qui  supportent  la  première  des  vertus 


théologales  chrétiennes,  la  Charité  (fig.  219).  Celle-ci  personnifie 
encore  Pise  qui  abandonne  son  sein  à ses  enfants.  Cette  tendre  mère 
en  porte  deux  sur  les  bras  ; fun,  prend  la  maigre  mamelle  qui  sort 
par  Pouverture  pratiquée  au  corsage  maternel,  et  Fautre,  prend... 
un  temps  de  repos  F Tandis  qu’elle  remplit  sa  noble  fonction,  deux 
aiglons,  perchés  sur  ses  épaules,  — l’emblème  de  la  force  et  du  cou- 
rage, — lui  inspirent  des  sentiments  généreux  (hg.  220). 

Rien  déplus  tragique,  écrit  M.  Paul  Bourget  F de  plus  douloureux  que 
la  figure  dans  laquelle  Fartiste  a incarné  sa  cité,  atteinte  déjà.  C’est  une 
grande  et  maigre  femme,  voûtée,  déformée,  presque  bossue.  De  sa  poi- 
trine rentrée  jaillissent  deux  seins  très  petits  auxquels  sont  suspendus 
deux  nourrissons  maigres  comme  elle  et  qui  sucent,  de  leurs  bouches  alFa- 

1.  Le  rédacteur  eu  chef  du  Bulletin  inoiiuinenlal  (tome  VII),  se  trompe  double- 
ment eu  prenant  cette  allégorie  pour  la  Fortune  et  eu  lui  découvrant  « deux  seins 
d’une  fécondité  inégale,  qui  sortent  de  sa  robe  ». 

i.  F tildes  et  Pur  traits. 


1 T A L 1 10 


207 


niées,  le  lait  trop  rare  de  ses  mamelles  appauvries.  Elle  n est  plus  jeune, 
l'dle  a suHi  déjà  à d’épuisantes  tâches.  Elle  a un  peu  de  ventre  sous  sa 
robe,  et  son  masque,  d’une  austérité  comme  pétrie  d’amertume,  trahit 
plus  d’ardeur  que  d’espérance,  plus  de  courage  que  de  foi  : « Ah  ! » sem- 
ble-t-elle dire  de  sa  bouche  sévère  : « je  veux  vivre,  vivre  pour  vous, 
mes  enfants,  car  si  je  meurs,  je  sais  que  vous  mourrez...  » Les  quatre 
statues  sculptées  sur  son  piédestal  ne  lui  sont  de  rien... 


La  vieille  et  méchante  Justice ^ avec  ses  plateaux  inégaux,  son 
épée  au  fourreau,  occupe  le  devant  de  ce  piédestal,  à côté  de  la 
Prudence,  jeune,  souriante  et  couronnée  de  fleurs.  En  arrière  se 
dissimulent  la  Force,  abondamment  chevelue,  mais  drapée  contrai- 
rement à la  tradition,  et  la  Tempérance  (fig.  219),  la  plus  jeune  de 
toutes,  par  contre,  absolument  nue.  Son  attitude  est  aussi  celle  de  la 
Vénus  de  Médicis,  comme  l’Eve-Pandore  du  Dôme,  pourtant  avec 
cette  différence,  observe  de  Gaumont,  qui  à tort  y voit  Limage  de 
la  Vérité,  « que  les  mains  sont  collées  au  corps  et  ne  cachent  pas 
même  le  signe  du  sexe  visiblement  accusé  ».  L’aigle  qui  sépare  ces 
deux  dernières  figures  et  fixe  la  Tempérance  évoque  Laventure  de 
Zeus  et  d’Hébé.  « C’est  une  grosse  nature,  écrit  Didron,  et  qui  a 
beaucoup  trop  mangé  : seins  et  ventre  de  nourrice,  gras  et  mous 
tout  à la  fois.  » Mais  quelle  singulière  idée  de  personnifier  de  la 
sorte  une  Vertu  qui,  ici,  inspire  les  désirs  et  les  passions  au  lieu 
de  les  modérer?  Elle  a d’ailleurs  conscience  de  l’incorrection  de  sa 
tenue  et  cache  sa  nudité  dans  l’ombre  de  la  chaire. 

Autres  contrastes.  D’abord,  au  pilier  central  s’adossent  les  trois 


Grâces,  mais  strictement  drapées  et  prises  dans  l’acception  antique 
de  leur  nom  ; ensuite,  sur  le  socle,  Lun  des  bas-reliefs  allégorise  la 
Grammaire,  Grammatica  (fig.  221),  sous  la  figure  d’une  mère 
spirituelle  qui  donne  le  sein  à deux  enfants  assis  sur  ses  genoux. 
Nous  avons  vu  au  portail  occidental  de  la  cathédrale  de  Chartres  le 
même  Art  libéral  présenter  à un  écolier  un  livre,  d’une  main,  et 
une  verge,  de  l’autre,  selon  la  formule  pédagogique  consacrée. 

Une  des  colonnes  latérales  en  marbre  de  couleur  repose  sur  le  dos 
d’une  lionne  ; un  lionceau  se  pend  à ses  mamelles.  On  peut  voir  dans 
ce  groupe  une  image  animalisée  de  la  Caritas. 


La  galerie  supérieure  de  la  chair  est  chargée  de  cinq  bas-reliefs  en 
albâtre  transparent  où  se  déroulent  les  péripéties  d’un  Jugement 
dernier  des  plus  mouvementés,  qui  retracent  le  désespoir  des 


208 


l'art  profane  a i/éolise 


damnés.  Cette  cohue  d’ag-ités  est  parée  du  nu  bisexuel  de  rig-ueur. 
Dans  la  Présentation  au  temple^  autre  sujet  de  ces  bas-reliefs,  on 


reconnaît  un  groupe  (fîg.  223)  emprunté  k l’un  des  motifs  d’une 
scène  bachique  reproduite  sur  un  vase  grec  du  Campo-Santo  (fîg.  222). 
Çk  et  Ik  s’étalent  encore  des  nudités  plus  ou  moins  crues  : un 
personnage  nu,  indéterminé  (fîg.  225),  émasculé  par  une  main  pieuse, 
et  Hercule  (fîg.  226)  qui  exhibe  du  haut  d’un  chapiteau  ses  attributs 
virils.  Ses  formes  expriment  la  robustesse  et  la  force,  mais  par  leur 
exagération  elles  justifient  la  critique  de  Léonard  de  Vinci  : « Cet 
étalage  de  muscles,  de  veines,  de  tendons,  écrit-il,  font  ressembler 
ces  œuvres  plus  k un  sac  de  noix  qu’k  une  surface  humaine,  plus  k 
un  paquet  de  raves  qu’k  un  nu  musculeux.  » Le  modèle  de  ce  héros 
fabuleux  se  trouve  au  Campo-Santo  ; c’est  un  antique  trouvé  k 
Carthage.  Le  vainqueur  du  lion  de  Némée  a une  lionne  k ses  pieds 
et  tient  un  lionceau  dans  sa  main  droite.  Leratouilly  a reproduit  la 
statuette  de  l’époux  de  Déjanire  au  Baptistère,  mais  sous  une  forme 
inexacte  et  expurgée  (fîg.  224)  : il  en  fait  un  saint  Élie^  ou  un 
soprano  de  la  Sixtine  ! 

1.  La  fille  de  l’émir  Yacoub  s’étant  éprise  de  lui  « n’épargne  rien  pour  lui  faire 
partager  sa  chaleur.  Alors  il  se  met  à penser  en  son  cœur  et  à se  dire  : « Gomment 
me  sauver  de  cette  fille?  » Une  pensée  lui  vint  soudain.  Il  coupa  sa  virilité,  la  mit 


ITALtÉ 


209 


225. 


Alphonse  Daiitier,  auteur  des  Monastères  bénédictins  d'Italie 
(I8()0),  s'emballe,  comme  tant  d’autres,  sur  « ces  artistes  de  l’école 

pisane,  — Nicolas  et 
Jean  de  Pise  — si  in- 
telligents, si  religieux, 
si  profondément  péné- 
trés du  véritable  esprit 
chrétien  )>,  et  attribue 
leur  mérite  à leur  foi. 

Or,  en  fait  à'esprit 
chrétien  c'est  surtout 
l’esprit  d’imitation  qui 
déborde  dans  cette 
œuvre  de  chaire.  Aux 
réminiscences  déjà  signalées,  notons,  avec 
M.  L.  Palustre  de  Montitaut,  les  autres  per- 
sonnages que  Nicolas  a tirés  de  l’antique  : à 
la  Nativité^  la  figure  de  la  chaste  Marie  est 
celle  de  l’impudique  Phèdre  et  Joseph  res- 
semble à un  devin  ; dans  V Adoration  des 
mages,  un  des  rois  a les  traits  et  les  cheveux 
d’un  Apollon,  etc. 

A 1 époque  où  le  baptême  par  immersion 
était  en  vigueur,,  le  Baptistère  abrita  bien 
d autres  nudités,  mais  en  chair  et  en  os. 

Vers  1830,  un  touriste  signale,  au  milieu  du 
Baptistère,  huit  « bénitiers  » dont  quatre 

pour  1 église  romaine  et  quatre  en  forme  de  cuve,  pour  le  rit 
grec  catholique  ‘ . 

3®  Campo-Santo.  Fondé  par  l’archevêque  Ubaldo  qui  fît  trans- 
dans une  serviette,  la  porta  à la  fille  de  Culain  et  lui  dit  : « Tiens  voilà  celui  de 

mes  membres  que  tu  as  désiré,  prends-le  et  laisse-moi  partir.  P.  Saintyves  / es 
Saints  successeurs  des  Dieux.  ocumyves,  res 

1.  L’ccho  du  Baptistère  est  renommé;  des  guides  en  vivent  et  pour  ces  fervents 
du  superlatif  sa  cape  est  stapendissima.  Nous  avons  eu  la  curiosité  de  l'interro-cr  ■ 

rnWanr*’  ‘ Oies  ; à Vérin,  il  nous  a semblé  entendre 

Id  chTou''  ' Allemands  se  disent,  l'écho  a articulé 


Fio:.  226. 


l'art  profane.  — II. 


14 


porter  du  Mont-Calvaire  cinquante-trois  navires  de  terre  pour 


Fig.  227. 


V inhumer  les  grands  hommes  de  Pise.  Cette  terre  avait,  paraît-il,  la 

./O 

propriété  de  consumer  les  corps  en  24  heures  ; mais  il  est  probable 


Fig.  228. 


qu'elle  devait  cette  particularité  « miraculeuse  » à une  supercherie, 
c’est-à-dire  à l’addition  d'une  certaine  quantité  de  chaux. 


ITALIE 


21] 


Le  mur 
point  de 


sud  de  cet  élég-aiit  cloître  est  le  plus  intéressant  à notre 
vue,  en  raison  des  fresques  réalistes  qui  renluminent. 


L’épouvantable  Triomphe  de  la  Mort,  attribué  à tort  à Andrea 
Orcagna,  est  « un  fantastique  mélange  de  gestes  impudiques,  dit 
Jean  de  Bonnefon,  accomplis  par 


212 


i/aRT  P II  O KAN  E a 


i/ég  lise 


le  lait  de  leurs  mamelles  aux  ermites  solitaires,  un  avaiil-goût  de 
l’Age  d’or  (fig.  232). 


Dans  les  épisodes  diaboliques  du  Jugement  dernier,  mêmes 
espièo-leries.  Un  diable  traîne  par  les  cheveux  un  moine  qui  cherche 
à se  feuliler  parmi  les  élus.  VEnfer  (lig.  233)  déroule  des  horreurs 


ITALIE 


213 


conformes  à la  conception  dantescpie  : du  g’ouffre  infernal  surg-it  un 
Lucifer  monstrueux  qui  dévore  par  ses  trois  bouches  les  pécheurs 


Fiff.  234. 


et,  de  préférence,  les  pécheresses  grassouillettes,  plus  tendres  sous 
la  dent.  Il  serait  trop  long  de  décrire  toutes  les  tortures  réservées 
aux  péchés  capitaux  et  fixées  dans  le  sauvage  cauchemar  de  cette 
peinture  murale.  Notre  reproduction  est  assez  nette  pour  qu’on 
saisisse  tous  les  détails  de  cette  indescriptible  confusion  : les  héré- 
tiques à la  broche  ; les  schismatiques  — le  mot  schisme  signifie 
division  — fendus  ou  divisés  « du  menton  jusque  là  d’où  les  vents 
s’échappent  »,  selon  l'expression  de  Dante;  les  menteuses  ont  la 
langue  arrachée;  les  luxurieuses,  les  seins  et  les  organes  de  la  géné- 
ration dévorés  par  des  serpents;  enfin,  le  gourmand,  à qui  un  diable 
impétueux,  pétillant  et  pétulant  (fig.  234)  sert,  in  gola,  un  plat  tout 
chaud  de  sa  comjDosition,  dont  le  fumet  n a rien  de  commun  avec 
l’odeur  de  sainteté.  Commode  et  sainte  Catherine  de  Ricci  s’en 
délectent  ; le  peintre  de  ÏEnfer'  esquisse  la  chose  ; Cambronne 
exclame  le  mot;  il  inspire  Swift  pour  son  Art  de  méditer  sur  les 
garderohes  ; Lulli  en  note  plaisamment  la  tonalité  chez  Mlle  de 


1, 


L’iinperalor  del  doloroso  régna 
Da  ugin  Locca  dironipea  co’’  denti 
Un  peccalore  a guisa  di  maciiiUa. 


péchJur'^^*^  tloulourcux  empire,  dans  chacune  de  ses  bouches,  broyant  avec  ses  dents  un 


214 


l’art  profane  a L É fl  lise 


Montpensier;  Mme  de  Prie  en  paraphe  et  apostille  les  placets\  et, 
nag-uère,  le  chanoine  Trille  en  enfume  et  parfume  le  jardin  de  M.  Des- 
mars, secrétaire  général  de  la  préfecture  du  Gers.  Cousin,  dans  son 
Jugement  des  minimes,  et  Callot,  dans  sa  Tentation  de  saint  Antoine^ 
placent  des  démons  en  posture  du  dieu  Grepitus,  de  la  déesse 
Gloacine  ou  du  « pétomane  »,  mais  ils  visent  dans  le  vide.  Déjà,  en 
France,  nous  avons  reproduit- un  châtiment  semblable  sculpté  sur 
l’un  des  culots  de  l’église  du  Bourg- Achard.  Le  Seigneur,  vous  ne 
l’ignorez  pas,  infligea  une  punition  analogue  au  fougueux  Ezéchiel, 
en  lui  ordonnant  de  manger,  pendant  trente  jours,  des  tartines  de 
ses  excréments  étendus  sur  du  pain  d’orge,  de  millet  et  de  froment. 
Le  prophète  hébreu,  ne  connaissant  pas  encore  la  sagesse  du  proverbe.  • 
latin  Stereus  suum  cuiqiie  henè  olet,  réclama  à Qui  de  droit  et  sa 
peine  fut  commuée  en  fiente  de  bœuf,  pétrie  avec  du  pain. 

Ne  quittons  pas  cette  matière  malodorante  qui  a fait  Tobjet  d’un 
poème  didactique  en  quatre  chants,  la  Chézonomie  de  Bernard,  et  un 
précis  de  Coprologie  par  le  D*’  R.  Gaultier  (1907),  sans  rappeler 
la  vengeance  que  Frédéric  Barberousse  tira  des  Milanais,  après  la 
« mocquerie  » faite  à Fimpératrice  L 

Stephan  Lochner,  dans  son  Jugement  dernier^  du  Musée  de 
Cologne,  a imaginé,  comme  à Pise,  une  Bastille  infernale,  divisée  en 
multiples  cellules.  Mais  toutes  ces  navrantes  compositions  ont  été 
dépassées  par  les  visions  de  sainte  Françoise  Romaine,  morte  en  1400. 
Cette  visionnaire,  dont  l’auteur  De  Tout  a retracé  l’histoire,  a imaginé 
un  Lucifer  sous  Faspect  d'un  formidable  « lion  d’airain  rougi  au  feu, 
dont  la  mâchoire  est  armée  de  lames  de  faulx  et  dont  le  ventre  est 
un  nid  de  reptiles».  Écoutez  les  tourments  raffinés  qu’elle  a dépeints 
pour  chaque  faute  : 

Les  bonnets  de  llannnes,  les  lacs  de  plomb  fondu,  les  infusions  bouil- 
lantes de  fiel,  de  poix  et  de  soufre,  les  appareils  pour  crever  les  yeux  et 
pour  retirer  la  cervelle  par  une  oreille  défilent;  c’est  un  code  elfrayant 
de  supplices  ; en  somme,  l’Enfer,  tel  que  se  le  figure  le  Moyen  Age,  a 
trouvé  en  cette  étonnante  visionnaire  son  plus  grand  peintre  ; et  l’on 


1.  On  remit  un  placcL  à la  mar([uisc  et  il  lui  fut  recommandé  comme  fort  tou- 
chant. « Aussi  me  touchera-t-il,  » répondit  la  favorite.  Et  elle  envoya  la  supplique 
au  petit  réduit,  où  Alceste  envoie  le  sonnet  d’Oronte. 

L’Arl  profane  à L’E(jlise^  en  France,  hg'.  2(39. 

IL  Ibid,  üg.  9. 


pourrait  presque  ajouter  le  seul,  car  les  imagiers  des  cathédrales  qui  trai- 
tèrent les  memes  sujets  n’ont  guère  inventé  que  des  croquemitaines  plus 
ou  moins  enfantins  et  des  monstres  surtout  comiques. 


Sur  le  mur  Nord  se  développent  des  scènes  bibliques.  Adam  et 
Eve,  par  Pietro  di  Puccio  (vers  1390),  évoluent  dans  le  même  tableau 


Fig.  235. 


Fig.  236. 


depuis  leur  ci  cation  jusques  et  après  leur  expulsion  du  jardin  des 
Hespérides  juives.  Leurs  épisodes  se  confondent  et  profilent  la 
silhouette  d une  dizaine  de  corps  nus,  qui  ne  sont  autres  que  nos 
premiers  parents  tirés  à plusieurs  exemplaires.  Adam  est  si  potelé, 
si  dodu  que,  sa  tete  barbue  à part,  — son  sexe  étant  dissimulé  par 
des  attitudes  préméditées,  — on  le  prendrait  pour  sa  compagne. 
Le  peintre  a-t-il  interprété  à la  lettre  la  Genèse  — ce  serait  le  seul  dans 


. Un  proverbe  génois  dit  : Mare  senza  pesce,  monli  senza  legno,  iiomini  senza- 
Jede,  donne  senza  vergogna.  Ce  qui  signifie  : mer  sans  poisson,  montagnes  sans 
OIS,  hommes  sans  toi,  temmes  sans  vergogne.  Suivant  Alexandre  Dumas  le  pro- 
verbe serait  pisan  et  non  génois  : « Bridoison,  ajoute-t-il,  dit  avec  beaucoup  de  ius- 
esse  quoi!  ne  se  dit  pas  de  ces  choses-là  à soi-même;  et  jamais  un  Génois  n'a 
passe  pour  être  plus  bête  que  Bridoison.  » 


216 


l’art  profane  a l’église 


ce  cas  — en  lui  donnant  les  formes  elFéininées  d'un  hermaphro- 
dite ? En  outre,  et  ce  détail  nous  paraît  excessif,  le  front  d’Adam  est 
déjà  orné  d’une  paire  de  cornes  ! 

h' Ivresse  de  Noé,  par  Benozzo  Gozzoli,  offre  un  détail  plus 
piquant  : le  patriarche  s’est  endormi  dans  les  vignes  du  Seigneur, 
sans  prendre  la  précaution  d’en  cueillir  quelques  feuilles  pour  cou- 
vrir sa  nudité  ; « près  de  lui,  écrit  le  narquois  président  de  Brosses, 
passe  une  jeune  fille  (fig.  235)  qui  se  bouche  les  yeux  avec  la  main, 
mais  écarte  les  doigts  de  toute  sa  force,  pour  ne  point  voir  ». 
Cette  malicieuse  effrontée,  une  bru  de  Noé  peut-être,  qui  « risque 
un  œil  » et  l’écarquille,  a reçu  le  sobriquet  de  Vergognosa^  la 
Pudique  ! et  a donné  lieu  au  dicton  ironique  qui  s’applique  à une 
prude  hypocrite  : « Corne  la  Vergognosa  di  Canipo-Santo  C » Ce 
Gozolli  qui  gaze  si  peu  ses  fresques  est  pourtant  le  disciple  de  l’exta- 
tique Fra  Angelico,  lequel  peignait  ses  sainteries  à genoux. 

Autre  plaisanterie,  signalée  par  Ghaix  : « E^n  élève  du  Giotto  a 
représenté  les  Pères  du  désert,  sujet  austère,  s’il  en  fut;  mais  cepen- 
dant, au  milieu  de  ces  fronts  austères,  voyez-vous  cette  jolie  fille 
souriant  sous  le  capuchon  — nous  allions  dire  sous  le  domino  — d’un 
moine  ? » 

La  Naissance  d' Esaii  et  de  Jacob,  du  même  Gozzoli,  présente  aussi 
une  particularité  d’un  naturalisme  suraigu,  mais  d’ordre  obstétrical: 
((  les  eaux  de  la  cuvette,  observe  Jean  de  Bonnefon,  sont  traitées 
avec  un  affreux  détail  ». 

Relevons  une  dernière  espièglerie  sur  la  fresque  du  Jugement 
universel  : le  peintre,  embarrassé  du  sort  de  Salomon,  semble  s’être 
inspiré  du  « jugement  » de  ce  sage  : il  le  place  moitié  du  côté  des 
élus  et  moitié  du  côté  des  réprouvés,  demeurant  entre  deux  selles 
le  cul  à terre. 

Parmi  les  motifs  des  sculptures  et  tombeaux  de  la  galerie  à jour 
qui  enveloppe  le  terrain  rapporté  de  Jérusalem,  nous  signalerons  ceux 
qui  présentent  un  caractère  profane  ou  païen  : 

Sur  un  fût  de  colonne,  un  vase  de  marbre^  ciselé  de  scènes 
bachiques  auxquelles,  nous  l’avons  dit,  Nicolas  Pisano  a emprunté 
quelques  figures  pour  sa  Présentation  au  Temple,  l’un  des  plus  jolis 
bas-reliefs  de  la  chaire  du  Baptistère. 


1.  N»  52. 


ITALIE 


217 


Un  sarcophage  couvert  de  centaures  et  de  bacchantes,  et  surmonté 
du  buste  d Isotta  de  Rimini^  femme  de  Sigismond  Malatesta  de 
Rimini. 

Le  mausolée  du  comte  Mastriani  que  son  épouse  a inconsolable  » 


Fig.  237. 


lui  fit  élever  ou  mieux  éleva  à elle-même,  car  le  motif  principal  de 
ce  monument  est  la  statue  de  sa  femme  éplorée,  dite  V Inconsolabile 
(lig.  236),  par  Bartolini,  où,  en  signe  de  deuil,  elle  exhibe  son  buste 
et  ses  seins  à nu  Les  véritables  veuves  « inconsolables  » ne  se 
voyaient  guère  qu  au  Malabar  ; là,  elles  accomjDagnaient  le  corps 
de  leurs  maris  sur  le  bûcher. 

La  comtesse  Béatrice  \ mère  de  la  comtesse  Mathilde,  cette 
((  héroïne  orthodoxe  »,  cette  « amie  des  papes  »,  que  nous  retrouve- 
rons à Samt-Pierre  de  Rome,  repose  dans  une  sépulture  dont  les 
bas-rehefs  racontent  l’aventure  de  Phèdre  et  d’Hippolyte  complète- 
ment nu.  Est-ce  le  motif  de  son  exclusion  de  la  cathédrale  ? 

Le  long  de  ces  galeries,  on  rencontre  encore  de  nombreux  mo- 
numents funèbres,  sarcophages  ou  urnes  mortuaires  des  Grecs  et 
des  Romains  que  les  chrétiens  utilisèrent  pour  les  sépultures,  mal- 
gré les  scènes  païennes  qui  les  ornent.  Rappelons,  à titre  de 
curiosité,  1 épisode  singulièrement  profane  retracé  sur  Purne  de 
Livilla  Harmonia,  « femme  d’une  pudicité  incomparable  » dit 
l’inscription  (hg.  237)  h L’émule  de  Lucrèce  est  représentée  ’ nue, 

1.  Monumenta  sepulchrali  de  la  Toscane,  pl.  xm. 

ieprocluite  par  Montfaucon,  dans  VAniiq.  expliq.,  t.  V,  90  pl.  LXXIII.  Voici 


218 


i/art  profane  a t/éolise 


SC  défendant  contre  les  attaques  d'un  téméraire  qui  voulait  lui  faire 


Fig-. 


238. 


Fig.  239. 


Fig.  240. 


ViiT.  241. 


l’inscription  qui  célèbre  la  pureté  liliale  et  « la  modestie  singulière  » 


de  l’héroine  : 


nus  MAIN'in.  LIVILLAE  HARMONIAE 
TIHVUTIANAE  PUDICITIAE 
I>’COMl*AUAlULlS  5IOOESTIAE 
SINüULAlUS  SACRUM. 


1 TA  LIE 


219 


subir  les  derniers  outrag-es.  Cette  urne,  qui  ne  fig-ure  pas  au  Campo 
Santo,  renfermait  aussi  les  cendres  de 
Leuteria  Clvtoris  et  celles  des  siens, 

7 

— nom  plus  propre  à une  prêtresse  de 
Lesbos  qu'à  une  chrétienne.  Les  an- 
ciens s’appliquaient  à écarter  toute 
idée  trop  funèbre,  même  dans  les  ima- 
g-es  consacrées  à un  mort  ; ils  leur  don- 
naient une  forme  aimable. 

Les  monuments  tumulaires  du  Campo 
Santo  exposent  de  préférence  des  Yv,  042 

scènes  païennes  (lig-.  238,  239,  240),  où 

s ébattent  tritons,  néréides,  ménades  et  amours  ; Bacclius  et  Vénus 


n ont-ils  pas  le  même  cri  de  ralliement  : Bihite  ! Certains  sont 


220 


l’art  profane  a l’égltse 


décorés  de  V Enlèvement  de  Proserpine  ou  d'Europe  (fig-.  241)  ; 
d’autres  racontent  le  mythe  de  Diane  et  Endymion^  à' Ariane 


et  Bacchus  (lig,  242),  d' Adonis  et  Vénus  (fig.  243),  de 
et  Psj/ché  (fig.  244,  243),  etc.  Cette  dernière  fiction  et  celle  de 


Méléagre  rappelaient  allégoriquement  l’immortalité,  l’espérance 
d’une  vie  future. 


ITALIE 


221 


Sur  le  sarcopliag-e  de  Tévêque  Ricci,  on  reconnaît  les  inséparables 
Grâces  « qui  dansent  » (lîg’.  246).  Une  urne  sépulcrale  en  marbre, 
provenant  de  Tég-lise  Saint-Zénon,  représente  un  cortège  nuptial  ; 


les  extrémités  sont  occupées  par  Castor  et  Polliix,  avec  figures 
emblématiques  à leurs  pieds  (fig.  247). 

D’autres  sépultures  essentiellement  chrétiennes  présentent  des 
motifs  non  moins  suggestifs  (fig.  248,  249)  ; plusieurs  sont  emprun- 
tés à l’Ancien  et  au  Nouveau  Testament.  Daniel,  par  exemple,  est 
sculpté  nu  entre  deux  lions,  et  un  bas-relief  attribué  à Buffalmacco 
nous  montre  la  Madeleine  quelque  peu  décolletée,  soutenant  le 
Christ  entièrement  dévêtu  (fig.  250).  Le  Rédempteur  apparaît  aussi 
sous  la  figure  d’Orphée,  le  chantre  de  Thrace  qui  charmait  les 
bêtes,  comparaison  peu  flatteuse  pour  les  auditeurs  de  Jésus.  Parmi 
les  thèmes  funéraires  préférés  des  premiers  décorateurs  chrétiens, 
empruntés  à la  tradition  païenne,  citons  encore  Jonas  nu,  dévoré 
par  la  baleine,  un  gros  ((  poisson  d’avril  »,  l’image  de  la  résurrec- 
tion à Pusage  des  Janots,  et  le  gracieux  symbole  de  Psyché,  autre 
image  « du  bonheur  qui  récompensera  les  épreuves  d’ici-bas  ».  La 
figure  245  représente  l’un  des  motifs  qui  décorent  les  urnes  sépul- 


L ’ A RT  P R 0 K A NE  A L * É G E I S K 


craies  trouvées  dans  les  catacombes  de  Saint-Urbain,  à Rome, 
siècle.  Clôturons  ici  cette  trop  long-ue  énumération, 

Le  reste  ne  vaut  pas  rhonneur  d’être  nommé, 


à notre  point  de  vue  spécial,  s’en- 
tend, mais  il  a certes  de  quoi  sa- 
tisfaire la  curiosité  de  l’archéolo- 
g-ue  et  de  l’artiste. 


Fig-.  250. 


4°  San  Stefano  ai  Gavalieri.  — Aux  murs  de  cette  église  sont 
fixés  des  trophées  turcs  conquis  à Lépante,  d’où  se  dégagent  des 
torses  nus  de  négresses  aux  seins  d’ébène. 

Le  tableau  du  second  autel,  côté  gauche,  a pour  sujet  la  Activité 
de  Jésus,  par  Al.  Allori  (1564).  Au-dessus  de  la  Vierge  en  adoration 
devant  son  divin  rejeton  — qiiem  genuit  adoj'avit  — voltige,  en 
cercle,  une  nuée  d’enfants  sans  ailes,  mais  non  sans  sexe  (fig.  251); 
ils  le  montrent  même  ouvertement,  moins  pudiques  que  le  petit 
Sauveur  qui,  pour  le  moment,  sauve  au  moins  les  apparences, 
grâce  à un  étroit  bandage  ombilical,  lequel  d ailleurs  ne  cache 


rien. 


1 r A L 1 E 


223 


PisTOJA.  — 1®  Saint-Jacques.  Cathédrale.  — Plusieurs  panneaux 
en  argent  de  l'ancien  autel  et  d’un  rétable,  exécutés  en  1287,  avaient 
été  dérobés  en  1293  par  Vanni  Fuci,  « un  voleur  qui  v gagna 


Fig'.  251. 


l’honneur  d’un  tierce!  dans  V Enfer  du  Dante».  11  est  vrai  que  ce 
méfait  lui  coûta  la  vie,  car  il  fut  bel  et  bien  branché.  Les  panneaux 
furent  restaurés  en  1316.  Le  bas-relief  du  panneau  placé  sur  la 
partie  antérieure  deFautel  représente  Adam  et  Ève  à leur  naissance  ; 
maître  Pietro  de  Florence  qui  le  fabriqua,  ne  pouvant  faire  autre- 
ment que  de  représenter  nus  nos  premiers  parents,  « dut  éprouver 
quelque  résistance  de  la  part  des  maîtres  de  Fœuvre  effarouchés, 
car  ces  derniers  firent  venir  un  orfèvre  de  Sienne  pro  décidé nclo 
qiiestionem  vestirnentoî'um^  pour  décider  de  la  question  des  vête- 
ments^ ». 

Des  dragons-femmes  ailés,  la  poitrine  chargée  de  fortes  mamelles, 
supportent  la  chaire  du  prédicateur. 

Plaisance.  D Santo  Juste.  — Des  cariatides  soutiennent  l’atti- 
que  de  sa  façade,  comme  pour  un  temple  païen. 

Entre  autres  sculptures,  cette  église  possède  le  gigantesque 
mausolée  de  Marguerite  d’Autriche,  décoré  de  colossales  figures 
dues  au  ciseau  de  Giacinto.  Les  vastes  dimensions  de  cet  apjaareil 
sépulcral  sont  en  rapport  avec  la  haute  stature  et  les  formes  viriles 
de  cette  princesse  qui  portait  une  barbe  de  sapeur  et  avait  l’audace 


1.  Cf.  Gaz.  des  Beaux-Arts. 


l'art  proranë  a l’église 


O A4 


et  l’énergie  d’un  homme  résolu.  Pétrarque  parle ^ d’une  virago  sem- 
blable, Marie  de  Pouzzoles,  qui  n’avait  de  tille  que  le  sexe. 


2^  Santa  Maria  di  Gampagna.  — Pordenone  peupla  la  voûte  de 
la  lanterne  de  gracieux  chérubins,  de  Prophètes,  de  Sibylles  et 
d’ Apôtres,  en  contemplation  devant  le  Créateur  qui  rayonne  dans 
une  gloire  soutenue  par  des  anges.  « Par  une  inconvenance  qu’il 
faut  bien  avouer,  dit  Fulchiron,  et  qui  n’ôte  rien  au  mérite  intrin- 
sèque de  l’exécution,  à tous  ces  emblèmes  du  christianisme,  Porde- 
none mêla  des  bacchanales  et  des  fables  mythologiques  ». 

S"*  Santo  Francesco  ^ 

PoGGiBONsi.  Santa  Maria  Assunta  di  Gallori  ou  Gellole.  — Cette 
vieille  église  qui  date  du  x*^  siècle  offre  à l’abside  de  « curieux  cha- 
piteaux et  de  singuliers  ornements  »,  dit  un  Guide  peu  explicite. 


PossAGNO.  — Lieu  de  naissance  de  Canova.  Le  restaurateur  de 
la  sculpture  italienne  destinait  à l’église  de  son  village  sa  Made- 
leine^^ munie  d'une  draperie  bizarre  qui  rappelle  le  tablier  de  cuir 
des  hôtes  de  la  Morgue  et  met  à découvert  la  partie  postérieure. 
Mais,  par  suite  d’événements  a extraordinaires  »,  dit  Réveil,  cette 
statue  passa  entre  les  mains  de  divers  collectionneurs^. 

Prato.  Sainte-Marguerite.  — C’est  sous  les  voûtes  de  ce  couvent, 
dont  le  peintre  Fra  Filippo  Lippi  fut  nommé  chapelain,  que 
s’ébaucha  l’intrigue  passionnelle  de  cet  artiste  avec  son  modèle,  la 
chaste  nonnette  Lucrezzia  Butti%  qui  se  termina  par  la  naissance 

1.  V'  livre,  4®  lettre. 

2.  Fut  dédiée  temporairement  à Napoléon,  en  l’honneur  de  celui  qui  retint  Pie  VII 
captif  à Fontainebleau!  Mais,  à la  chute  de  l’Empire,  on  réintégra  l’ancien  patron 
dans  ses  droits,  en  vertu  du  principe  primordial  de  la  politique  : Ote-toi  de  là  que 
je  m’y  mette. 

3.  Les  Seins  à l'Eglise,  fig.  21G  bis. 

4.  Jean  Lombard  assure  qu’autrefois  filles  et  garçons  ne  consentaient  à subir  les 
liens  du  mariage  qu’aprés  une  union  libre,  un  essai  loyal  de  deux  ou  trois  années  ; 
l’évêque  de  cette  région  s’opposa  en  vain  à une  coutume  aussi  scandaleuse,  mais  qui 
offrait  l’avantage  d’empêcher  toute  tromperie  sur  la  marchandise. 

Notons  encore  un  usage  bizarre  dont  nous  ignorons  l’origine  : les  femmes  seules, 
assure  Valéry,  ont  le  privilège  d’entrer  dans  l’église  par  la  grande  porte. 

5.  Les  Seins  à l’Église,  fig.  2ü3,  2G4. 


I ï A L 1 


225 


(io  Hlippino.  Gabriele  Gastag*nola  fît  de  cette  aventure  le  sujet  d’un 
tableau  exposé  a 1 Académie  des  Beaux-Arts  de  Florence  (fîg*.  139). 

BA^E^^'E.  lo  CathédralG.  — L auteur  des  Délices  de  U Italie  décrit 
un  jubé  sing’ulier  en  marbre  blanc  et  de  forme  cylindrique,  com- 
paiable  à une  ménag’erie  ((  11  va  six  espèces  d’étag'es  qui  sont 
chargiez  d animaux  dilïérens  ; au  premier  ce  sont  six  brebis,  au 
second  six  paons,  au  troisième  six  cerfs,  au  quatrième  six  colombes, 
au  sixième  six  poissons.  » G est  un  évêque  répondant  au  doux 
nom  d’Ag-nellus,  — celui  d’un  quadrupède,  — qui  l’a  fait  édifier  : 

SERVVS  TVVS  AGXELLVS  EPISCOPVS  IIVNC  PYRGV3I  FECIT. 


2 Baptistère.  La  chapelle  Sainte- Justine  renferme  un  vase 
orné  de  sujets  bachiques. 


San  Vitale.  — A l’abside,  précieuses  mosaïques  où  le  Christ 
trône  au-dessus  de  Justinien,  flanqué  de  l’impératrice  Theodora, 
((  rancienne  sauteuse,  la  prostituée  du  cirque  »,  écrit  Taine,  « appor- 
tant des  offrandes  avec  ses  femmes,  comme  elle,  toutes  jaspées  d’or 
et  couturées  de  perles  ».  Le  fourreau  hiératique,  qui  emprisonne 
cette  Messalme  à la  façon  d’une  châsse,  n’empêche  pas  l’esprit 
prévenu  de  song-er  à l’impudicité  de  la  courtisane,  et  sa  présence  au 
sein  d’un  édifice  religieux  choquerait  partout  ailleurs  qu’en  Italie,  ’ 
ou  de  semblables  disparates  sont  communes.  Les  gorges  de  toutes 
les  ruspente  libertines,  comme  celle  des  dévotes,  au  pays  où  fleurit 
et  surtout  fructifie  l’oranger,  sont  sanctifiées  par  la  croix  : 

Car,  de  famoiir  à la  dévotion, 

11  n’est  qu’un  pas  : l’un  et  l’autre  est  faiblesse. 


Sur  ce  chapitre,  nous  n’avons  rien  à envier  à l’Italie  ' ne  vîmes- 
nous  pas  la  vénérable  dame  Farcy,  d’hospitalière  et  folichonne 
mémoire,  mourir  en  odeur  de  sainteté  ? 


Non  lom  du  chevet,  un  bas-relief  antique  détaché  d’un  temple  de 
Neptune  figure  ce  dieu  de  la  mer,  sur  son  trône,  entouré  de  génies'. 


On  voit  à rentrée  de  celle  éelf  n®  sommes  plus  à Possagm 

les  empereurs  Arcadius  et  Honorius,%  côtrrcêùx  drre™î™  Nourricier 

L ART  PROFANE,  — II. 


l'art  profane  a l’église 


O 9 R 

-V'  ^ vJ 


Chapelle  du  Collège.  — Autrefois,  ég'lise  de  S.  Romuald.  Au 
réfectoire,  les  Noces  de  Caria,  de  Longhi  père  et  fils  : le  voile  qui 
couvre  modestement  la  femme  placée  près  du  Sauveur  fut  ajouté 

par  la  fille  de  Longhi,  sur  les 
instances  du  scrupuleux  légat  de 
Ravenne,  saint  Charles  Borromée. 

Reggio.  Dôme.  — Sous  le  por- 
tail. deux  statues  colossales  « naï- 

y 

vement  belles  »,  dit  Paul  de 
Musset,  di  Adam  et  à' Eve  par 
Clément,  de  Reggio. 

La  Peste  (fig.  252),  le  meilleur 
tableau  de  Camille  Procaccini, 
actuellement  à Dresde,  fut  de- 
mandé au  peintre  par  le  chanoine 
Brami  pour  la  cathédrale  de  Reg- 
gio, où  il  devait  faire  pendant  à 
V Aumône  de  saint  Hoch,  par  An- 

Fig.  232.  - Motif  principal.  Carrache. 

Mais,  raconte  Réveil,  n’ayant  pu  obtenir  la  permission  d’y  faire  inscrire 
son  nom  comme  donataire,  il  changea  leur  destination  et  les  donna  à la 
confrérie  de  Saint-Roch. 

Dans  ces  représentations  de  scènes  pestilentielles,  nous  le  répé- 
tons, le  premier  plan  est  généralement  occupé  par  le  cadavre  d'une 
mère-nourrice  dépoitraillée.  On  ignore  la  ville  où  le  peintre  a situé 
le  fléau  : Rimini,  Rome,  Césène,  Aquapendente,  autant  de  loca- 
lités qui  virent  saint  Roch  soigner  les  pestiférés  ? 


Rimini.  Saint  François  { Tempio  dei  Malatestiano).  — Mausolée  de 
Pandolphe  Malatesta,  le  brave  général  vénitien,  ou  mieux  le  bravo 
qui  fit  empoisonner  ses  deux  premières  femmes  et  étrangler  la 
troisième  sous  prétexte  d’infidélité  : 

Il  est  question,  dit  Kotzebue,  dans  une  inscription,  des  cornes  qu’il 
portait,  où  il  est  dit  malignement  que  bien  d’autres  en  portent  sans  se 


ITALIK 


227 


venj^ei*.  l^olkmaiin  entre  là-clessus  clans  une  sainte  colère  et  dit  cjne  de 
semblables  observations  sont  bien  peu  décentes  dans  une  éjj;’lise^. 


("e  t{ui  est  ((  bien 
terrible  Barbe-Bleue 


peu  décent  »,  c'est  riiospitalité  accordée  à ce 
voyant  tout  en  jaune;  mais,  nous  ne  l’ig^norons 


253. 


Fi«-.  234. 


pas,  le  cierge  italien  est  coutiimier  de  ces  sortes  de  faiblesses.  A 

tout  péché  miséricorde!  Suivons  le  conseil  de  Dante  : « Regardons  et 
passons  «.  Aussi  bien,  c’est  dans  l’iiistoire  de  cette  famille  Malatesta 
que  le  chantre  de  V Enfer'-  puisa  la  louchante  aventure  de  Françoise 
ce  Riinini,  épouse  du  « dix-cornes  » Lanciotto  Malatesta,  et  dont 

-cripUon  pleine  de  tendresse,  eonipari'son  ^l'ouvuiie  À kua  d r\r:[J,e“ 'r"" 
.™,  releve  an  eimet.ere  de  llubermont  (Belgique)  une  épitaphe  rédi-éc  m une 

Chlré  LTe'u“d:  k,.e  consolé’  m“ 

l'ait  vei’ser.'  ^ envoyer  quelqu  un  pour  sécher  les  larmes  que  tu  m as 

v«  Chant. 


228 


L ART  PROFANE  A i/ÉGLISE 


les  amours  avec  son  beau-frère  Paolo  Malatesta  furent  immortalisées 


par  le  poète. 

Première  chapelle,  à droite. 


Les  Vertus  sculptées  portent  des 
draperies  collantes  et  transpa- 
rentes qui  révèlent  toutes  leurs 
formes.  La  Tempérance  (fîg.  253) 
est  la  plus  court  vêtue  par  en 
haut. 

Troisième  chapelle,  même  cô- 
té. Sur  de  curieux  bas-reliefs  qui 
datent  du  xv*^  siècle,  les  figures 
planétaires  sont  étrangement  as- 
sociées au  culte  catholique.  Ces 
Signes  du  Zodiaque  offrent  di- 
verses particularités  : les  Ju- 

meaux sont  deux  jumelles  ; la 
chèvre  du  Capricorne  a des  ma- 
melles boursouflées  outre  mesure 
(fîg.  254),  et  la  jeune  nymphe 
qui  tient  la  Balance  est  bien  lé- 
gèrement drapée  (fîg.  255),  sur- 
tout pour  représenter  le  mois 
d’octobre,  époque  où  les  jours 
sont  égaux  aux  nuits  — image 
des  plateaux  — et  où  la  tempé- 


rature laisse  plutôt  à désirer.  Mais  le  sexe  qui  porte  des  corsets 
et  fait  porter^des  cornes  n’étouffe-t-il  pas  de  chaleur  en  toute 
saison  : les  jeunes,  parce  qu’elles  sont  trop  serrées;  les  mûres,  pour 
la  même  cause,  et,  ajoutons,  les  bouffées  congestives  du  retour 

d’âge  ? 


ITALIE 


229 


ROME 

A.  — ÉGLISES 


1°  Saint-Pierre.  — Ce  Sanctum  Sancto/'iim  de  la  chrétienté  — 
1 apothéose  monumentale  du  Christianisme,  d’aucuns  insinuent  de 
la  Crédulité  — est  un  merveilleux  musée  d’art  mi-païen,  mi-chré- 
tien.  C est  la  fete  des  veux  plutôt  c[ue  de  l’âme,  où  l’esprit  est 
porté  à la  curiosité  et  peu  à la  prière,  bien  que  les  lettres  de  ce 
mot  soient  aussi  celles  du  vocable  de  la  basilique^,  comme  Amor  est 
1 anagramme  de  Roma-,  la  ville  œcuménique,  ce  qui  justifie  l’union 
si  fréquente  de  l’élément  païen  et  de  l’élément  chrétien  dans  Tart; 
et  saint  Paul  n a-t-il  pas  dit  « La  fin  de  la  Foi,  c^est  l’amour?  » 

De  loin,  la  silhouette  de  Saint-Pierre  produit,  comme  les 

pyramides,  un  effet  « pyramidal  » ; mais,  de  près,  l’impression  est 
moins  grandiose. 

Sous  le  spacieux  portique  caracole  Constantin  FApostat,  un  mal- 
propre païen  devenu  chrétien  par  dépit,  après  l’absolution  de  ses 
crimes  que  lui  refusaient  les  prêtres  de  sa  religion.  C’est  lui  qui 
posa  la  première  pierre  de  l’auguste  temple  du  Seigneur. 

Avant  de  franchir  le  seuil  de  cette  merveille  architecturale,  exa- 
minez de  près,  de  très  près,  la  porte  en  bronze  très  ouvragée  du 
milieu^  celle  qui  est  réservée  au  pape  et  fut  exécutée  sous  Eugène  IV, 
en  1447,  par  Filarèteet  Simone  : vous  y découvrirez  au  milieu  d’élé- 
gants et  ingénieux  enroulements  de  rinceaux  qui  encadrent  des 
bas-rehefs  à thèmes  religieux,  — les  cadres  nous  font  oublier  les 
tableaux,  une  profusion  de  sujets  suspects  (fîg.  256-260),  tirés, 
en  grande  partie,  des  Métamorphoses  d’Ovide  : tels.  Mars  et  Vénus] 


1.  Le  vrai  nom  de  Pierre  était  Simon,  mais  avec  lui  Jésus  n’eût  pu  commettre  le 
calembour  sur  lequel  repose  PEglise  : Petrus  es,  etc.  ‘ commettre  le 

Son  etymolog'ie  est  Rumina,  dans  le  sens  de  mamelle  féconde. 

Tnn'v.r  de  droite,  la  porte  sainte  ou  jubilaire  est  dorée  et  murée-  le  Daoe 

An  "ef  vinj,H-cinq  ans,  soit  quatre  années  par  ’siècle 

’i  ''  gauche  était  interdite  aux  femmes,  comme  Pentrée  de  H 

pK.d?caüous  aux 


230 


l’art  profane  a l’éolise 


Jupiter  et  Ganymède,  Phrixus  et  H elle  sur  le  bélier , la  Chèvre 
Ainalthée  perdant  son  lait,  Hercule  au  berceau  étouffant  des  dra- 


gons, y Enlèvement  de  Déjanire^  Europe  et  le  Taureau,  Léda  et 
le  Cygne,  la  Conquête  de  la  Toison  d’or,  etc.  Dans  ces  habiles  et 


O' 

r 1^. 


258. 


riches  ciselures  d’airain  les  nudités  abondent,  et  Ton  a pu  dire  que 
les  mythes  les  plus  voluptueux  du  paganisme  président  à l’accès  du 
plus  vénérable  des  sanctuaires  chrétiens.  « On  ne  se  scandalise 
point  à Rome,  dit  Corinne  à lord  Nelvil,  des  images  du  paganisme, 
quand  les  beaux-arts  les  ont  consacrées.  » Mais  ici,  ce  n’est  pas  le 
cas,  et  ces  figures  semblent  d’autant  plus  déplacées  qu’au  point  de 
vue  artistique  elles  ne  peuvent  soutenir  la  comparaison  avec  les 


I 


ITALIE 


231 


portes  de  Ghiberti,  à Florence.  C’est  surtout  dans  les  églises  de 
Rome  que  nous  rencontrerons,  à chaque  pas,  « les  splendeurs  de 
l’antiquité  païenne  et  de  la 
Renaissance  fraternisant  avec 
le  Christ  et  les  Apôtres  ». 

Tenez-vous  à connaître  l’im- 
pression produite  par  ces  bor- 
dures hétéroclites  sur  l’un  de 


Fie-.  259. 


Fiff.  260. 


« ceux  qui  ont  au  front  le  signe  des  appelés  »,  suivant  la  fine 
pointe  de  l’auteur  du  Fils  de  Gihoyer  ? Ecoutez  le  pieux  men- 
songe de  1 abbé  Rolland  : « La  grande  porte  de  la  basilique, 
écrit  ce  sacerdote,  est  enrichie  de  bas-reliefs  que  je  ne  prends  pas 
e temps  d admirer.  «Telle  est  la  précision  que  l’on  rencontre  trop 
souvent  dans  les  documents  « expurgés  » par  les  ecclésiastiques,  en 
histoire  comme  en  art  •.  Le  peu  curieux  séculier  serait  sans  doute  tombé 
en  admiration  devant  les  portes  d’argent  massif  qu’Honorius  fit  placer 
a la  basilique.  Malheureusement,  les  Sarrasins,  en  envahisseurs  pra- 
iques,  les  emportèrent  dans  leursimpedimenta,  comme  les  Teutons 
autres  gens  d’ordre  qui  ne  laissent  rien  traîner  que  leurs  sabres,  firent 


paS:  n-taniorphoses  des  dieu.  ; je  „e  ni  e.’i  simâen^ 

lëvcque  FüsKcr  émule  de  Pe,!  1°  '’l  ' 'ctime  du  vin  de  Monleliascone, 

quinze  doubles  boreiîlot  du  ibin  “ ,‘i  Cl'arles-Pbilippe  qui  « buvait 

dénomination  d’  « un  Allemand  re?l  "i'-®;'’’  désigné  sous  la  vague 

aants.ont,  vous  leTav^ez  “P''<®™isme  bien  pen- 

^Hniinent  insUnetiv^rt  d'e“  UTr,ôr;;;r ^ 


! J 
i 


OQ9 

O ^ 


l'a  RT  PROFANE  A l’ ÉGLISE 


plus  tard  de  nos  pendules.  Il  serait  curieux  de  vérifier  si  ces  motifs 
scabreux,  et  surtout  ceux  que  nous  signalerons  bientôt,  ont  été  fidèle- 


ment reproduits  dans  1 église  de  Saint-Stanislas  a Malatycze,  au 
fond  de  la  sainte  Russie-Blanche,  dans  l’ancien  palatinat  de  Mstis- 

1.  Vraisemljlablemcnt  efïigic  de  Bonilacc  VIII  (1294-1303)  qui  était  « chaîne  et 
imberbe  »,  au  dire  de  son  médecin. 


It 


ITALIE 


233 


law,  grand-duché  de  Lithuanie,  qui  fut  élevée  en  1794  par  Siestzen- 
cewicz,  archevêque  de  Mohilew,  sur  le  modèle  de  Saint-Pierre  de 
Rome,  réduit  au  huitième  ; c’est  peu  probable. 

Soulevons  le  lourd  et  crasseux  cuir  qui  ferme  Lune  des  portes 
réservées  au  public.  A peine  entré  dans  le  prodigieux  et  prestigieux 
temple  du  Catholicisme,  terribilissima  fahrica^  selon  l’énergique 
langage  de  Yasari,  on  est  littéralement d’admiration;  — il 
n’y  a pas  d’autre  expression  ; d’ailleurs  le  nom  de  l’Apôtre  se  prête 
volontiers  au  jeu  de  mots.  L’effet  est  absolument  magique,  cAst  un 
éblouissement;  touristes  et  pèlerins  éprouvent  une  sorte  de  vertige, 
de  COU23  de  foudre,  à la  vue  de  cette  architecture  titanesque,  qui 
donne  comme  le  sentiment  de  ((  la  folie  de  l’énorme  »,  suivant  Zola, 
ou  de  la  folie  des  grandeurs,  dirons-nous.  Peu  à ]oeu  l’étonnement 
se  dissipe,  le  charme  cesse  d’opérer,  jDuis  l’œil  ravi  se  reprend  et 
s’habitue  à cette  munificence.  Enfin,  l'accoutumance  met  au  point 
rimj)ression  première  de  la  somj)tuosité  qui  se  transforme  en  celle 
d une  simplicité  grandiose,  spirituellement  exprimée  par  cette  bou- 
tade du  président  de  Brosses  : « Rien  ne  m’a  tant  surpris,  écrit-il, 
à la  vue  de  la  plus  belle  chose  qu’il  y ait  dans  l’univers,  que  de 
n’avoir  aucune  surprise.  » 

Mais  de  quelque  côté  que  le  regard  se  jiorte,  il  ne  jDerçoit  que  des 
nudités  d’art  ; « les  marbres  blancs  éclatent  en  belles  chairs  opu- 
lentes » sur  les  murs  des  cha2)elles,  aux  frises  de  la  nef  et  surtout 
devant  les  mausolées  de  ce  Campo  santo  pontifical.  Tous  les  anges 
sont  sexués  (fig.  261)  comme  de  simples  mortels:  voici,  par  exemple, 
dans  la  décoration  de  la  mosaïque  de  la  grande  coupole,  une  femme 
entièrement  en  peau  ; mais,  pour  être  autorisée  à se  montrer  ainsi, 
elle  s’est  fait  ajouter  deux  ailes  angéliques,  qui  d’ailleurs  ne 
cachent  rien. 

En  assistant  au  service  funèbre  de  Léon  XII,  dans  la  chapelle  du 
chœur,  Stendhal  est  surpris  et  distrait  par  l’ornementation  de  la 
voûte  : 

On  dirait  qu’elle  a été  ornée  par  un  sculpteur  grec,  tant  on  y aperçoit 
de  figures  nues  qui  se  détachent  en  blanc  sur  un  fond  d’or...  Ce  contre- 
sens nous  a poursuivi  tout  le  temps  des  obsèques. 

Quant  aux  sépultures  pajiales,  Zola  qui,  à défaut  du  culte  de  la 
religion,  avait  celui  de  la  vérité,  n’imitera  pas  le  silence  prudent 


234 


i/arT  profane  a r/ÉOLISE 


de  Fabbé  Rolland,  Fémule  de  Gonrart,  et  il  nous  dira  nettement  son 
opinion  : 

...  Ah  . ces  tombeaux  des  Papes,  a Saint-Pierre,  dans  leur  insolente 
^glorification,  dans  leur  énormité  charnelle  et  luxueuse,  défiant  la  mort, 
mettant  sur  cette  terre  1 immortalité  ! Ce  sont  des  papes  de  bronze,  déme- 
surés, ce  sont  des  figures  allégoriques,  des  anges  équivoques,’  beaux 
comme  des  belles  filles,  des  femmes  désirables,  avec  des  hanches  et  des 
gorges  de  déesses. 

Certes,  le  luxe  funéraire  de  ses  vicaires  surprendrait  fort  le 
modeste  Galiléen,  s il  revenait  parmi  nous,  et  le  faste  de  leurs  monu- 
ments, c[ui  ne  rappelle  pas  moins  le  néant  des  g'randeurs  humaines, 
est  loin  d inspirer  le  respect  que  Ton  éprouve  devant  la  simple 

pierre  tombale  du  cardinal  Barberini  — le  neveu  d'Urbain  VIII 

à la  Chapelle  des  Capucins,  où  se  lit  cette  épitaphe  sublime  d’humi- 
lité et  de  concision  : me  jacet  pvlvis,  cinis  et  nihil.  Ce  n'était  pas 
1 avis  du  vaniteux  Jules  II  qui  fît  reconstruire  Saint-Pierre  pour  y 
placer  à 1 aise  et  en  bonne  place  son  vaste  monument,  resté  à l’état 
de  projet. 

Nous  négligerons  beaucoup  des  cent  trente  sépulcres  pontifîcaux 
que  renferme  cette  nécropole,  et,  pour  ceux  des  pontifes  ou  autres 
personnages  célèbres  qui  retiendront  notre  attention,  nous  suivrons 
1 ordre  chronologique,  ne  varietar\  mais,  d’après  notre  programme, 
nous  ne  relèverons  que  les  détails  artistiques  se  rapportant  au  nu, 
de  préférence  à celui  de  « Féternel  féminin  »,  quelque  peu  maltraité 
par  la  princesse  Palatine  qui  ne  voit  dans  une  belle  femme  qu  un 
« moulin  à m ». 

Tombeau  de  Paul  II  (-J-  1471)  b Sur  ce  monument  président  en 
gracieux  bas-reliefs  la  Foi,  V Espérance  et  la  Charité  strictement 
drapées.  Celle-ci  tient  sur  ses  genoux  un  enfant  nu,  rassasié,  et  ne 
montre  que  son  sein  gauche  à travers  une  fente  discrète  de  son  cor- 
sage ; mais  ce  morceau  de  chair  qui  émerge  du  vêtement  paraît  plus 
indécent  qu’un  buste  entièrement  nu. 

Chapelle  du  Saint-Sacrement.  Les  mêmes  Vertus  théologales  se 

1.  Ce  fat,  qui  sc  fardait  à l’exemple  d\me  vieille  garde  et  couvrait  sa  tiare  de 
pierres  précieuses,  comme  Otero  sa  poitrine,  se  croyait,  par  sa  belle  stature, 
l’Apollon  de  la  papauté  et  voulait  prendre  le  nom  de  Formosus,  ce  nom  cependant 
ne  porta  pas  bonheur  à Formoso  (891-896),  qui  fut  jeté  dans  le  Tibre;  pourquoi  ne 
prenait-il  celui  de  Gonon  II,  que  le  premier  en  titre  (686-687)  avait  à peine  délloré? 


l T A L 1 K 


235 


retrouvent  sur  le  sarcophage  de  Sixte  IV  (*[-  1484),  mais  associées 
aux  Vertus  cardinales  et  aux  Arts  libéraux,  la  Perspective  (fig.  262  j, 


Fig-.  262. 


la  Théologie  (fig,  264),  V Arithmétique  (fig.  262),  V Astrologie,  la 
Dialectique^  la  Rhétorique  avec  ses  fleurs  (^fig.  263),  la  Grammaire 


et  la  Musiciue  (fig.  262).  Les  Vertus  encadrent  l’effigie  de  l'ancien 
professeur  franciscain  : la  Charité  assise  à la  tête  du  pontife  dé- 
couvre son  sein  gauche,  auquel  s'abreuve  un  garçonnet  tout  nu;  à 
la  jambe  gauche  de  cette  Vertu  s'accroche  une  petite  fille  également 
nue  qui  paraît  pleurer;  « est-elle  jalouse  de  la  nourriture  que  le 
petit  goulu  prendrait  trop  largement  et  trop  longuement  » ? se 
demande  Didron.  La  Théologie  (fig.  264)  est  plus  singulière  : elle 


236 


l’art  profane  a l’église 


porte  un  carquois  rempli  de  flèches,  à la  façon  de  Diane  chasseresse. 
Quel  rapport  cette  divinité  peut-elle  avoir  avec  la  doctrine  théo- 
logique qui  n’a  de  logique  que  le  nom? 

Ces  figures  de  femmes  demi-nues  sont  dues  à l’habile  et  patient 
ciseau  d’Antonio  Pollajuolo  (1493),  qui  mit  dix  années  à les  modeler. 
« Aucun  artiste,  dit  l’auteur  de  Rome^  à cette  époque  n’aurait  su  tra- 
duire avec  des  nuances  si  délicates  la  séduction  d'un  jeune  corps 
de  femme,  l’attrait  voluptueux  d’un  sein  qui  se  dévoile,  de  deux 
bras  nus  qui  se  tendent.  » C’est  la  première  tentative  de  la  fusion 
de  l’art  païen  et  de  l’art  chrétien. 

A l’abside,  le  mausolée  de  Paul  III  (*j-  1549)  (fîg.  265),  chef- 
d’œuvre  du  Milanais  Guglielmo  délia  Porta  (1550),  est  le  plus  beau 
des  sépulcres  de  la  nécropole  pontificale.  11  fut  commandé  à l’artiste 
par  le  cardinal  Alexandre  Farnèse,  neveu  du  défunt.  L’effigie  du 
pontife,  en  bronze,  placée  sur  un  haut  piédestal,  semble  bénir  Ja 
Prudence  et  la  Justice  (PL  VIII )\  étendues  à ses  pieds  dans  une 
pose  accoudée,  analogue  à celle  des  allégories  de  la  chapelle  des 
Médicis.  La  première  passe  pour  le  portrait  de  la  mère  du  pape, 
Gio vanna  Gaetani  da  Sermoneta,  apparentée  à Boniface  VIII,  et  la 
seconde,  pour  celui  de  sa  nièce-.  La  Prudence,  un  miroir  à la  main, 
portant  la  coilfure  des  Parc/ues  vétustes  du  palais  Pitti,  est  une 
matrone  sur  le  retour,  à la  gorge  desséchée;  et  cependant,  la  vieille 
coquette  montre  son  torse  nu,  nombril  compris.  Cette  tenue  incon- 
venante étonne,  vu  l’âge  critique  du  personnage,  et  choque  d'autant 
plus  que  sa  ((  luxuriante  et  voluptueuse  » voisine,  radieuse  de  jeu- 
nesse et  de  beauté,  tient  pudiquement  voilés  des  charmes  beaucoup 
moins  contestables.  A l’origine,  il  est  vrai,  le  torse  de  cette  délicieuse 
beauté  était  nu  aussi  (PL  IX);  mais,  en  1595,  le  cardinal  Edoardo 
Farnèse,  scandalisé  d’une  telle  impudeur,  invita  Théodore  délia 
Porta,  fils  de  Gugdielmo,  en  dépit  des  franchises  de  Part  et  de  la 
tolérance  de  ses  prédécesseurs,  à cacher  la  gorge  et  les  flancs  de  la 
belle  impudique,  sous  l’alFreux  cilice  de  pénitence  en  bronze,  qu’elle 
conserve  depuis.  Guglielmo  délia  Porta  eut  son  caniiciàio  ou 

1.  Le  monument  primitif  comprenait  deux  autres  statues,  V Abondance  et  la  Dou- 
ceur ou  la  Chiirilé,  qui  sont  exposées  dans  les  galeries  du  palais  Farnèse. 

2.  Une  autre  tradition,  tout  aussi  contestable,  en  fait  le  portrait  de  Julie  P^arnèse, 
la  sœur  de  Paul  III,  la  célèbre  Guilia,  la  Bella  « qui  passait,  dit  M.  Paléologue, 
pour  la  plus  voluptueuse  créature  de  son  temps,  et  qui  fut  la  maîtresse  en  titre 
d’Alexandre  VI,  la  fiancée  du  Christ,  comme  on  la  surnommait  au  Vatican.  » 


Planche  VIII. 


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Flanch e 


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Fig.  2()7,  ])age  23r5. 


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chemisier,  comme  Michel-Ange,  son  hracheilone  ou  culottier. 


y PAVLO 

FON, 


Fie-.  2Ü5. 


Une  des  statues  qui,  à Rome,  ont  le  plus  « agréé  » Montaigne  dans 


238 


L ART  J’ROFANE  A L EGLISE 


son  voyage  en  Italie  (1580-1581),  c’est  ((  la  belle  famé  qui  est  aus 
pieds  du  Pape  Poitiers,  en  la  nouvelle  Eglise  de  Saint  Pierre.  » La 
« belle  famé  >>  était  la  Justice  qui  n^avait  pas  encore  été  maquillée. 

« Ce  passage  de  la  sculpture  naturelle  à la  sculpture  décente, 
écrit  Taine  à propos  de  cette  profanation,  marque  le  changement 
qui  sépare  la  Renaissance  du  Jésuitisme.  » Edmond  About  s’élève 
avec  non  moins  d’énergie  contre  un  pareil  vandalisme  : 

L’artiste  les  avait  faites  toutes  nues,  écrit  l’auteur  de  Rome  contempo- 
raine, considérant  qu’on  ne  doit  aux  morts  que  la  vérité.  L’hypocrisie 
moderne  les  a habillées,  drapées,  étolfées,  comme  si  une  belle  statue 
pouvait  être  un  objet  de  scandale.  En  revanche,  on  permet  à des  hommes, 
vraiment  nus,  de  se  baigner  dans  le  Tibre  ou  môme  dans  le  bassin  de  la 
fontaine  Pauline  L 


Pour  atténuer  la  stupidité  de  cet  attentat  cardinalice  contre  Part, 
on  lit  courir  une  singulière  légende.  On  raconta  qu  un  bouillant 
Espagnol  devint  amoureux  de  la  Justice,  comme  aux  temps  fabu- 
leux Pygmalion  le  fut  de  sa  Galathéc,  « et  à tel  point  qu’il  se  cacha 
dans  un  coin  de  l’église  et  quand  il  fut  seul  satisfit  sa  passion  ; il  fut 


1.  L’Italie  n'a  pas  le  monopole  de  ce  contraste  de  pudicité.  Albion  sur  ce  terrain 
est  sa  rivale,  si  nous  en  croyons  les  Propos  de  lahle  de  Victor  Hugo,  recueillis  par 
Richard  Lesclide  : « On  connaît  la  pruderie  anglaise.  Elle  va  jusqu’à  nier  certains 
mots,  entre  autres  ceux  de  culotte  et  de  pantalon,  la  négation  du  mot  entraînant  la 
négation  de  la  chose.  Si  quelques  Anglais  se  résignent  à revêtir  des  inexpj'essibles, 
c’est  par  une  timidité  condamnable:  les  Ecossais  1 entendent  bien  mieux.  Aussi, 
dans  les  îles  de  la  Manche  où  le  canl  régne  et  gouverne,  on  se  croirait  déshonoré  si 
l’on  portait  un  caleçon.  Même  au  bain,  surtout  au  bain.  13  ailleurs  on  ne  \end  pas 
de  caleçons  à Jersey.  On  est  réduit  a se  baig'uer  dans  le  costume  piimitit  que  notre 


père  Adam  avait  adopté  — avant  la  pomme. 

Victor  Hugo  avait  dû  se  conlbrmer  à l’usage  du  pays.  Une  lois,  il  se  baignait  avec 
quelques  amis  sur  la  plage  de  Jersey;  ces  messieurs  s'aperçurent  qu’ils  étaient 
observés.  Un  groupe  de  jeunes  misses,  rassemblées  sur  une  éminence  voisine,  bra- 
ijuait  sur  eux  des  lorgnettes  de  spectacle  et  semblait  discuter  a\ec  animation. 

— (Jue  peuvent-elles  regarder  ainsi?  se  demandèrent-ils. 

Un\les  leurs,  qui  ne  se  baignait  pas,  revint  sur  ses  pas  et  se  rapprocha  de  ces 
demoiselles.  Bien  qu'il  n'eût  pas  été  présenté,  une  jeune  fille  passant  sur  cette  forma- 
lité lui  demanda  lequel  des  baigneurs  était  M.  V.  Hugo.  Le  poète  lui  lut  désigné. 
Elle  poussa  un  soupir  de  satislaction. 

— Mais  nô,  dit-elle,  il  n'était  pas  bossu. 

— Alors  miss,  c'est  sa  bosse  que  vous  regardiez  ? 

— Certainement,  dit-elle. 

Et  M'"®  Drouet  qui  raconte  cette  aventure,  ajoute  : 

— J’aime  à le  croire.  » . . . • , -i  -, 

Les  journaux  de  l’Empire,  par  application  du  principe  lavori  de  Basile,  assuraient 

(lue  l’auteur  de  Napoléon  le  Pelil  était  aussi  contrefait  que  son  esprit  et  qu’il  était 
bossu  comme  son  Quasimodo;  en  idéalisant  ce  monstre  de  laideur,  il  cédait  à un 
sentiment  d’intérêt  personnel. 


ITALIE 


23  y 


surpris  eu  cette  posture  et  condamné  au  feu  ».  Les  vers  se  sont  mis 
dans  ce  vieux  thème,  cher  à nos  cicer oui  aux  abois;  voici,  par 
exemple,  le  récit  du  fantaisiste  et  bachique  rimeur  de  la  Rome 
ridicule  : 

Ll 

Mais  drapons  un  peu  les  statues 
Qui  parent  ce  larg-e  bassin, 

11  semble  à veoir  que  le  larcin 
Les  ait  de  gales  revêtues  ; 

N’en  déplaise  aux  restaurateurs, 

Leurs  bras  nouveaux,  leurs  pieds  menteurs, 

Méritent  bien  un  coup  de  berne  ; 

Ils  l’auront,  et  sans  nul  répit. 

En  deut  la  sculpture  moderne 
Crever  de  honte  et  de  dépit. 

LU 

Je  sçay  bien  ce  que  pour  sa  gloire 
Ses  partisans  m’allegueront  ; 

Je  sçay  bien  qu’ils  se  targueront 
D’une  infâme  et  nouvelle  histoire  : 

Ils  voudront  ramener  au  jour 
De  l’espagnol  outré  d amour 
La  bizarre  et  lubrique  llame. 

Qui  par  de  violents  elforts 
N’en  brûla  seulement  pas  l’ame. 

Mais  en  fit  consumer  le  corps. 

LUI 

1 outes  lois,  pour  une  figure, 

Elle  ne  s’en  sauvera  pas, 

Encore  que  par  ses  appas 
L art  ait  suborné  la  nature  ; 

Et  puis,  avec  sa  nudité, 

Ce  marbre  étoit  trop  alfetté 
Pour  le  remettre  en  evidence  ; 

Il  fut  aux  regards  trop  fatal, 

C est  pourquoi  l’honneste  prudence 
L’a  fait  enfroquer  de  métal. 

Kotzebue  attribue  à un  froid  Anglais  cet  attentat  à la  pudeur 
commis  sur  un  marbre,  et  ajoute  : « les  goûts  sont  différens;  quant 


240 


l'art  profane  a l'église 


ù moi,  je  n’aurais  pas  été  séduit  par  cette  femme  lourde,  eût-elle  été 
vivante  ».  Tout  de  même,  les  Teutonnes  n’ont  pas  l’apparence 
d’avoir  la  taille  de  sylphide. 

Cette  aventure  apocryphe  et  qui  nous  paraît  inventée  à plaisir,  a 

du  reste  défrayé  la  chronique  scan- 
daleuse d’autres  sanctuaires:  déjà 
Valère  Maxime  la  sert  à propos 
de  la  Vénus  de  Guide.  L’auteur 
de  Su?'  la  Pierre  blanche  rappelle 
et  détaille  l’incident  : « Les  prê- 
tresses du  temple,  écrit-il,  trou- 
vèrent un  matin  sur  la  déesse  les 
vestiges  de  l’offense  qu'un  jeune 
impie  lui  infligea  comme  à Saint- 
Pierre  de  Rome.  » Mais  dans  tous 
ces  récits,  nous  ne  voyons,  selon 
l’expression  de  Juvénal,  que  des 
contes  « dignes  des  enfants  qui  ne 
payent  encore  rien  aux  bains  » . 

Tombeau  de  Grégoire  XIII 
(*J*  1585).  Aux  pieds  de  Hugo  Buon- 
compagno  — l’immortel  réforma- 
teur du  calendrier  Julien,  dont  il 
respecta  les  appellations  païennes  — se  tiennent  debout  la  Foi  et  la 
Sagesse.  Celle-ci,  sous  la  figure  de  Minerve  casquée  (fig.  268),  la 
mamelle  droite  au  ventb  soulève  la  draperie  qui  couvre  le  sarco- 
phage. 

Pour  célébrer  l’abominable  massacre  de  la  Saint-Barthélemy  — 
en  dépit  du  précepte  évangélique,  Ecclesia  non  sitit  sanguinem,  — 
ce  successeur  de  Pie  V,  qui  n’était  « bon  compagnon  » que  de 
nom,  ne  se  contenta  pas  de  commander  trois  tableaux  qui  représen- 
taient la  tentative  d’assassinat  de  Coligny  par  Maurevert,  le  meurtre 


Fig.  268. 


1.  La  fille  de  Jupiter  du  tombeau  de  Léon  XI  (1605)  a le  torse  moulé  dans  une 
cuirasse  en  peau,  qui  accuse  démesurément  ses  robustes  mamelles;  cette  seconde 
peau  donne  rillusion  de  la  chair  sous-jacente.  Il  n’occupa  que  vingt-six  jours  le  trône 
pontifical  ; son  monument  est  couvert  de  fleurs  et  porte  cette  inscription  concise  : 
Sic  Florin,  imitée  du  célèbre  alexandrin  de  Malherbe  : 

Et  rose,  elle  a vécu  ce  <iue  vivent  les  roses. 


de  1 amiral  jeté  en  chemise  à travers  la  fenêtre  par  l’Allemand  Besme, 
et  Cdiailes  IX  g'iorilîant  au  Parlement  les  atrocités  commises  par  les 


sicaires  des  Gmse.s',  il  lit  aussi  frapper  une  médaille  commémora- 
tive de  cet  horrible  attentat  (tig-,  209)"-.  De  tels  actes  ne  protestent- 
ils  pas  contre  la  présence  de  la  Sagesse  sur  la  sépulture  de  celui 
qui  a .SI  peu  honorée?  Trop  souvent  le  miel  des  paroles  de  l’Evan- 
gile se  transforme  en  liel  dans  les  actes  de  ses  apôtres. 

Dans  son  ouvrage  sur  le  Vatican,  Fontana  donne,  par  erreur,  une 
au  re  représentation  du  tombeau  de  ce  pape  (fig.  270)  ; ce  second 
mausolée  s impose  par  sa  masse  et  le  nombre  de  ses  statues  dont 
nous  n avons  pas  reproduit  celles  qui  occupent  les  niches  latérales 
et  1 serait  a désirer  que  son  goût  répondît  à sa  munificence  Le 
pontife,  qu  il  serait  facile  d’identifier  par  ses  armes,  est  toujours  dans 

--  --eptions 

publiquement  honoré.  » '’-i"’<>P<i  "n  heu  OÙ  le  meurtre  est 

poignard^etJ’TTmirre^^^^^  main  une  croix  en  forme  de 

vgonottorvm  strages  157±  ^ larder  les  heretiques;  en  exergue, 


L ART  PROFANE.  — II. 


IG 


^ ^ 


i/akt  i‘kofam:  a i/k<;lisf 


lattitude  de  la  bénédiction,  mais  k ses  pieds  sont  assises  la  Pnix  et 
la  Charité,  celle-ci  découvrant  tout  le  côté  gauche  de  sa  poitrine. 


I T A L 1 1 


243 


Tombeau  dTIrbain  VUI,  MalFeo  Barberiiii  (f  1644)  (lig-. 
monument  est  élevé  en  reg’ard  du  mausolée  de  Paul  111. 


271).  Ce 
C’est  le 


Fig-.  271. 


meilleur  ouvrage  du  Bernin,  selon  les  uns;  « un  chef-d'œuvre  de 
mauvais  goût  »,  au  dire  de  Stendhal  ; « c’est  du  Rubens  en  sculpture  » 
clame  1 abbé  Boulfroy.  Mais  où  Louis  Viardot  a-t-il  vu  « deux  grosses 
et  hommasses  hgures  allégoriques  pressant  leurs  mamelles  flamandes 
pour  jeter  sur  le  corps  du  pape  le  lait  de  la  Justice  et  de  la  Charité  ? » 
Zola  place,  à tort,  Barberini  entre  la  Prudence  et  la  Religion  ; il 


244 


l’art  profane  a l’église 


confond  avec  Paul  III,  le  pontife  d’en  face.  La  tenue  de  ces  statues 
nous  a semblé,  bien  au  contraire,  plus  convenable  que  celle  de 
leurs  voisines;  on  ne  peut  guère  leur  reprocher  que  leurs  formes 
opulentes  et  sensuelles  ^ qui  étaient  si  appréciées  de  la  Renaissance 
italienne  L Le  corsage  de  la  Charité,  naguère  entièrement  ouvert 
(fîg.  271),  est  maintenant  fermé  sur  des  appas  maternels  de  tout 
repos,  et  qui,  grâce  au  plastron  de  bronze  interposé,  ne  servent  plus 
de  moelleux  oreillers  au  petit  déshérité  qu’elle  porte  sur  le  bras. 

A la  nef  méridionale,  le  dessus  de  la  petite  porte  de  sortie  est 
occupé  par  le  tombeau  macabre  et  prétentieux  d’Alexandre  VII 
(f  1667)  (fig.  272);  c’est  une  œuvre  du  Bernin,  l’ennemi  de  la 
simplicité.  Un  squelette  de  bronze  doré  soulève  les  plis  de  son 
suaire  en  marbre  jaune,  et  tend  un  sablier  au  pontife  pour  l’avertir 
que  l’heure  suprême  est  sonnée.  De  chaque  côté  se  tiennent, 
debout,  la  Charité,  de  Giuseppe  Mazzoli,  et  la  Vérité,  de  Giulio 
Gartari.  « La  Carita,  » dit  de  Lalande,  en  1765,  « tient  son  enfant 
qui  s’est  endormi  en  tétant  et  qui  lui  presse  le  sein  en  s appuyant 
dessus.  ))  A notre  epoque  de  haute  moralité,  la  poitrine  de  cette 
Vertu  a été  couverte  du  « mouchoir  » de  Tartufe.  « La  Vérité,  » 
ajoute  le  même  écrivain,  « a coutume  d’être  représentée  toute  nue; 
le  Bernin  l’avoit  fait,  à l’exception  d’un  rideau  jaune  dont  elle  étoit 
ingénieusement  voilée  ; mais  elle  étoit  si  belle  et  si  frappante  qu’il 
en  résulta  des  inconvénients,  et  le  pape  Odescalchi,  Innocent  VI,  ^ 
tit  faire  une  draperie  de  bronze  peinte  en  blanc.  » La  Vérité  à I Eglise 
est  toujours  habillée,  au  physique  et  au  moral.  Quoi  qu’il  en  soit,  le 
buste  de  cette  statue  est  encore  nu  et  le  mamelon  droit  est  toujours 
visible,  bien  que  les  seins  se  dissimulent  sous  un  éventail  de  rayons 
solaires  plaqués  sur  la  poitrine.  Le  second  plan  est  occupé  par  la 
Prudence  et  la  Justice. 

Au  superbe  mausolée  de  la  comtesse  IVIathilde  de  Xuscie  (^lllo), 
« la  bonne  amie  de  Grégoire  VII  »,  dit  la  mauvaise  langue  de  Mis- 
son,  exécuté  aussi  par  le  cavalière  Bernini,  qui  fit  apporter  de  Man- 
toue  les  ossements  de  la  comtesse,  un  bas-relief  la  représente,  le 

1 Et,  en  particulier,  de  notre  pontife;  à la  villa  Borghèse,  sur  le  piédestal  de 
l’indécent  mais  charmant  groupe  du  Bernin,  Daphné  poursuivie  pur  Apollon,  il  écri- 
vit, quand  il  n’était  que  cardinal,  ce  singulier  distique  : 

Quisfj iiis  muiiiis  sefjiiitur  fiiçfitivR'  gaiidid  fori)x<r 

h'ronde  imuiiis  iinplet,  haccas  seu  carpit  duiarast 


ITALI  K 


245 


torse  nu,  aux  pieds  du  pape,  la  tiare  coifîant  son  sein  g-auche  et 


2T:.>.  — Monument 
habilla^'C  moderne.  Tir 


d’Alexandi-e  \TI,  tel  qu'il  existait 
ée  du  Templi  Valicnni  hislurin,  de 


avant  son 
Fontana. 


le  manteau 
mente  dalle 


pontifical  sur  Tautre  bras.  Il  manio  le  scende  confusa- 
spalle^  e,  al  disotto  delle  mammelle  rilevale  si  a(pjro- 


246 


l’art  profane  a i/église 


viglia  in  nialo  modo  perdendo  la  linea  \ La  comtesse  portait  mora- 
lement la  tiare,  nous  allions  dire  la  culotte  L Quant  à llildebrand 
Grégoire  YIl  ('j*  1085),  il  repose  en  paix  sous  le  dôme  de  Salerne. 

Antithèse  piquante, 
ironie  du  contraste  : 
cette  ardente  catholi- 
que, appelée  la  Jeanne 
dWrc  de  la  Papauté^ 
est  ensevelie  à côté  de 
l’abjecte  Christine  de 
Suède  (fig.  273),  qui 
abdiqua,  abjura  — 
nom  oblige  — et  fît 
assassiner  sous  ses 
yeux  son  favori  Mo- 
naldeschi.  Une  recrue 
dont  l’Eglise  n'a  certes 
pas  à se  féliciter;  mais 
qu’importe,  l’ombre  de 
Constantin  ne  couvre- 
t-elle  pas  tous  les  cri- 
minels de  haute  mar- 


La  Charité  du  tom- 
beau de  Clément 
Emilio  Al  tieri  1 676) , 

presse,  de  la  main 
droite,  sa  mamelle  gé- 
néreuse, et,  de  l’autre,  tient  un  cœur  ailé  (fig.  274). 

Innocent  XII,  Antonio  Pignatelli  (f  1720),  est  placé  entre  une 


Fisi-.  273. 


1.  Cf.  S.  FrascheLLi,  Bernini. 

2.  Cette  souveraine  de  Toscane,  « Tliéroïque  amazone  de  la  foi,  » se  sépara  de  ses 
deux  époux  — dont  Fun  était  bossu  — parce  qu’ils  n’étaient  pas  assez  dévoués  au 
Vatican,  et  fit  don  au  Saint-Siègn  de  ses  L tats,  compris...  Corneto. 

3.  De  même,  la  cruelle  Brunehaut,  inhumée  à Notre-Dame  d’Autun,  fit  bâtir  trois 

abbayes  en  expiation  de  ses  crimes  : 

Saint-lMartin,  Saint-Jean,  Saint-Amloclic 
Sont  trois  saints  lieux  où  l’on  connoist 
Qu’elle  est  exempte  de  reproche. 


t 


ITA  Li  K 


24 


Fi.i;-.  i’7i. 


Justice  haut  boutonnée  et  une 
Mais  pourquoi  a-t-on  ajouté  des 


Charité  bas  décolletée  (lio>.  975^^ 
1 allonges  en  bronze  aux  corsag’es 


I 


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248 


l’art  profane  a l’église 


des  autres  Vertus  semblables  qui  avaient  la  poitrine  moins  décou- 
verte? Cruelle  énigrue.  Cette  Caritas  porte  un  enfant  nu,  endormi 


sur  sa  g'org'e  encore  g*onflée  de  lait,  et  craint  de  troubler  la  méri- 
dienne du  petit  repu  (PI.  X). 

Avant  de  terminer  notre  tour  de  l’Elysée  pontifical,  arrêtons-nous 
devant  le  sépulcre  emphatique  de  Clément  XllI  1769)  (fig.  276), 
dû  au  ciseau  efféminé  de  Canova  (1795);  le  temps  de  signaler  la 


nudité  absolue,  à part  un  léger  chiffon  égaré  sur  la  cuisse  gauche, 
du  Génie  de  In  niort^  en  Apollon,  qui  s abandonne  à sa  douleur, 
appuvé  sur  le  flambeau  renversé  de  la  vie,  et  il  s y abîme  au  point 
de  ne  pas  s’apercevoir  qu  il  eteint  sa  torche  dans  la  ciinieie  du  lion, 
au  risque  de  la  flamber.  Nous  retrouverons  le  même  Génie ^ endormi, 
muni  seulement  d’une  feuille  de  vigne,  sur  le  tombeau  du  restau- 
rateur de  la  sculpture  en  Italie  h « La  chair,  » aimait-il  à répéter, 
((  plaît  à tout  le  monde.  » 

Pour  mémoire  i Xlgr  Harbier  de  IVIontault,  dans  son  IconocjJ nphie 
chrétienne,  reproduit  une  figure  curieuse  du  Christ,  relevée  sur  le 


1.  Nous  n’avons  rencontré  qu’une  seule  fois,  — sur  le  monument  de  Barbedienne, 
au  Père  Lachaise,  — un  Geiiie  de  /a  Mort  du  sexe  leminin. 


Pl.AXciii;  X 


l'age  248.—  Araiisolée  d’InnoceiU  XII.  Phot.  Andersox. 


ITALIE 


249 


sarcopliag-e  de  Juniiis  J^assius  (iv'^  siècle),  à Saint-Pierre  de  Rome  : 
le  Sauveur  pose  les  pieds  sur  le  Firmament^  représenté  sous  la 
forme  allégorique  d’un  torse  nu  de  jeune  femme  (tig.  211). 

Ce  préfet  de  Rome  tient  compagnie,  dans  la  crypte,  à Boni- 
face  VIII,  qui,  selon  Poraison  funèbre  aussi 
laconique  qu’ironique  due  au  docte  Ivigné, 

« parvint  au  pontificat  comme  un  renard  ; 

régna  comme  un  lion,  et  creva 
comme  un  chien  ».  En  sus, 
cette  épitaphe  justifie  les  vers 
satiriques  du  Dante  sur  ce 
sacré  personnage,  quand  il  fait 
dire  à saint  Pierre  que  son 
cimetière  est  devenu  ((  un  cloa- 
que de  sang  et  d'infection  », 
cloaca  del  sangiie  e délia  puzza. 

A l'orée  du  dix-septième 
siècle,  son  tombeau  existait 
encore  dans  une  chapelle  qu  il  s était  réservée  * la  chronique  de  frère 
brançois  Pépin  assure  qu  une  figure  de  la  Yiercje^  en  marbre  blanc, 
placée  sur  ce  mausolée,  « lut  trouvée  noire  le  lendemain,  et  qu’on 
ne  put  jamais  lui  faire  reprendre  sa  première  couleur  ».  Un  solide 
badigeon  suffisait  pour  établir  ce  miracle. 

Au  chevet  ou  tribune,  la  chaire  en  bois  du  prince  des  Apôtres 
n est  autre  que  la  chaise  curule  ou  gestatoire  du  sénateur  Pudens, 

1 hôte  au  nom  plein  d euphonie  et  prédestiné  de  saint  Pierre.  Un 
trône  de  bronze  lui  sert  de  reliquaire,  de  gaine  protectrice;  le  tout 
est  supporté  par  quatre  gigantesques  et,  ajoute  Armengaud,  « ridi- 
cules » Docteurs  de  l’Eglise.  Le  siège  du  premier  pontife  de  la  chré- 
tienté est  plaqué  de  lamelles  d’ivoire,  où  sont  ciselés  dix-huit 
motifs  ayant  trait  aux  travaux  d’IIercule  î Nous  savons  bien 
qu  on  peut,  à la  rigueur,  considérer  ce  personnage  fabuleux 
comme  une  allégorie  dune  des  Vertus  cardinales,  la  Force]  mais  la 
présence  de  1 amant  d’Omphale  dans  un  sanctuaire  et  surtout  en  cos- 
tume de  lutteur  est  quelque  peu  surprenante.  Cette  circonstance  a 
contribué  à accréditer  la  légende  qui  voit  dans  la  célèbre  statue  en 
bronze  de  saint  Pierre  (fig.  278),  assis  sur  son  trône,  un  Jupiter 


250 


i/art  profane  a l’éotjse 


antique  transformé  en  saint  et  dont  le  pied  droit,  usé  par  les  baisers^ 
comme  Tétait  celui  d’Ilercule  d'Agripente,  est  devenu  un  actif  ag’ent 
de  contamination-.  Une  pareille  croyance  vient  sans  doute  de  ce 
que  le  bronze  utilisé  pour  la  figure  du  premier  apôtre  provenait 
d un  Marc-Aurèle  ou  d’un  Jupiter  Capitolin,  fondu  par  ordre  de 
saint  Léon'^  : c'est  un  ex-voto  offert  par  ce  pontife  au  portier  qui 
tient  en  main  les  clefs  du  ciel,  pour  le  remercier  de  sa  protection 
lors  de  l’invasion  des  Barbares.  Une  auréole  plane  horizontalement 
au-dessus  de  sa  tête  et  fait  Teffet  d’un  petit  parasol  en  bronze  doré. 

Le  Journal  Illustré^  en  1866,  a reconstitué  la  prétendue  statue 
primitive  de  saint  Pierre  : le  nimbe  est  supprimé;  la  foudre  rem- 
place les  clefs  dans  la  main  droite,  et  l’autre  main  tient  un  sceptre. 
D^ailleurs,  ce  fétiche  subit  un  travestissement  aux  grandes  solen- 
nités : il  est  revêtu  des  ornements  pontificaux,  et  nous  ne  sommes 
pas  seuls  à penser  qu’en  affublant  cette  pieuse  image  d’un  pareil 
travestissement,  à l’exemple  du  Manneken-Pis,  on  la  couvre  surtout 
de  ridicule.  C’est  tout  au  moins  l’impression  éprouvée  par  Kauff- 
mann,  en  1865  : 

Pour  la  première  fois  depuis  que  je  suis  à Rome,  j’ai  vu  dans  cette 
solennité  la  statue  de  saint  Pierre  habillée  en  pape.  Vous  savez  que  la 

1.  Cette  sorte  de  soûl  kiss,  baiser  prolongé  où  l’on  donne  toute  son  âme,  fait  fureur, 
en  ce  moment,  à Ne\^-York;  miss  Maud  Adams,  au  dire  de  Stéphane  Lauzanne, 
arrive  à faire  durer  le  sien  1 minute  et  47  secondes;  c'est,  jusqu’à  nouvel  ordre,  le 
plus  long  baiser  du  monde.  L’usure  du  pied  de  saint  Pierre  est  l'empreinte  profonde 
de  la  bêtise  humaine.  D’autres  églises,  Saint-Séverin,  par  exemple,  possèdent  une 
réplique  de  ce  fétiche;  mais,  malgré  les  cinquante  jours  d’indulgences  accordées  par 
Léon  XIII  à chaque  soûl  kiss  pédieux,  aucune  n’a  le  succès  de  l’original  : c’est  le 
seul  qui  fasse  recette...  de  bonne  femme. 

Ü.  Ajoutons  aux  maladies  précitées,  le  lupus,  la  coqueluche,  la  rougeole,  la  scarla- 
tine, la  variole,  la  grippe,  les  oreillons  et  toutes  les  maladies  contagieuses,  notam- 
ment l’angine  de  \5ncent.  De  nos  jours,  à Saint-Pierre,  comme  dans  les  églises 
d’Italie,  il  est  défendu  de  cracher  par  terre;  j)Ourquoi  ne  pas  étendre  l’interdiction 
jusqu’à  l’orteil  d’airain,  analogue  à celui  d(^  Pyrrhus  qui  guérissait  les  douleurs  de 
rate,  et  ne  pas  lui  appliquer  la  devise  que  les  bébés  anglo-saxons  arborent  sur  les 
rubans  de  leurs  chapeaux  ; Kiss  me  nol  (ne  m’embrassez  pas).  Par  ailleurs. 
Innocent  X,  — que  Dieu  bénisse!  — en  Ki.’IO,  défendait  de  priser  à l’intérieur  de  la 
Basilique  la  poudre  de  tabac,  dite  snnta  croce,  du  nom  du  cardinal  qui  l’importa  en 
Italie,  ou  cristerium  nasi  chez  les  ai^othicaires,  parce  ([ue  les  éternuements  trou- 
blaient la  majesté  du  lieu  ; mais  un  priseur  endurci,  Benoît  XIII,  abolit  cette 
décision  prohibitive  en  1715. 

3.  Après  la  conversion  de  Constantin,  dans  les  temples  transformés,  les  prêtres 
substituaient  saint  Pierre  à Jupiter,  Marie  à Vénus  ou  Cybèle,  saint  Martin  à 
Mars,  etc.  ; et  les  édifices  religieux  renfermaient  beaucoup  d’ornements  profanes. 
Marangoni,  en  1744,  a publié  un  volume  in-4“  sur  ce  sujet  : Belle  cose  gentilesche 
e profane  Lrasporlale  ad  uso  e ornamento  delle  chiese. 


TA  LU-: 


251 


statue  est  assise,  et  comme  on  n’avait  pas  pu  la  séparer  du  siè^e  où  elle 
repose,  on  avait  jeté  sur  les  épaules  et  attaché  sur  la  poitrine  du  saint  une 


Fig-.  279.  — Cuve  du  bénitier. 


t ig'.  i280.  — Base  du  bénitier. 


lar^e  chape  qui  recouvrait  tout  à la  fois  le  corps  et  le  fauteuil.  La  main 
droite  sortait  de  letolfe  et  portait  à l’un  des  doigts  un  anneau  à large  chaton. 

La  tête  noire  de  saint  Pierre  était  coitfée  de  la  tiare  blanche.  Vous  con- 
naissez la  forme  disgracieuse  de  cet  énorme  bonnet,  et  je  n’ose  pas  rendre 
1 effet  que  produisait  cette  espèce  de  marmite  renversée  sur  une  tête 
charmante  de  Marc-Aurèle  à la  barbe  frisée. 

Il  est  vrai  que  la  même  basilique  abrite  les  ossements  d’une  reine 
désexuée,  Christine,  qui  s habillait  en  homme;  ce  costume,  paraît- 
il,  lui  plaisait  plus  que  celui  de  son  sexeL 

Les  bénitiers,  à 1 entrée  de  la  nef,  sont  supportés  par  des  ang*es 

1.  Cette  virago  dépourvue  de  sens  moral,  en  dépit  de  l’assassinat  de  son  amant  eut 
audace  d écrire,  parmi  les  aphorismes  de  scs  üuvracfes  de  loisir  : « Les  princes 
doivent  punir  en  princes  et  non  pas  en  bourreaux!  » 'Ecoutez  ce  que  dit  Mme  de 
Motteville  de  cette  goton,  ou,  plus  galamment,  de  cette  « princesse  gothique  ..  • 

I^ieu,  et  son  libertinage  setoit  répandu  de  son  esprit  dans 
ac  ions.  En  presence  de  toute  la  Cour,  elîe  appuioit  les  jambes  sur  des  siè<>es 
aussi  haut  que  celui  où  elle  étoit  assise  et  les  laissait  voir  trop  librement  ..  Teltes 
les  phainomeridcs  montraient  la  cuisse  en  marchant.  • e les 


252 


l’art  profane  a l’église 


sans  draperie,  à taille  d’adultes;  ils  ont  remplacé  les  néréides  et  les 

satyres  qui  remplissaient  le  même 
olïice  au  xvi'^ siècle  (fig.  279,  280). 

Mais  tout  ce  que  nous  venons 
de  voir  n’est  que  de  la  gnognote 
en  comparaison  du  « clou  » phé- 
noménal, auquel  la  cathédrale  du 
Christianisme  sert  d’écrin  et  que 
nous  avons  réservé  pour  la 
« bonne  bouche  ».  Nous  voulons 
parler  des  tableaux  en  marbre  de 
V Accouchement  qui  décorent  le 
baldaquin  ou  ciborium  de  Saint- 
Pierre  (1633)  (fig.  281),  l’œuvre 
sans  goût^  au  style  redondant  et 
rococo  du  cavalier  Bernin,  le  co- 
lossal et  burlesque  chapeau  chi- 
nois à quatre  manches,  chargé  de 
remplacer  le  baldaquin,  d'une  élé- 
gante simplicité,  élevé  sous  Paul  V 
par  Gamillo  Borghèse  (fig,  282). 

Tout  d’abord,  passons  condam- 
nation sur  l’acte  de  vandalisme 
commis  par  Urbain  Ylll,  Barbe- 
rini,  de  complicité  avec  l’artiste. 
N’ont-ils  pas  dépouillé  le  Panthéon 
païen  de  la  superbe  charpente 
de  bronze  qui  soutenait  la  toiture  de  son  portique  pour  en  tirer  les 
colonnes  torses  du  catafalque  chrétien  ? C'est  encore,  comme  au 
portail  principal,  la  fusion  et  la  confusion  du  paganisme  et  du 
catholicisme.  Pasquin  a fait  justice  de  ce  cambriolage  audacieux 
et  a piqué  au  dos  du  pontife,  pour  l’éternité,  ses  épigrammes  au 
trait  acéré  : « Urbain  déshabille  Flavien  pour  Aœtir  saint  Pierre  » ; 
et  cette  autre  pasquinade  non  moins  piquante  : 

Quod  non  fecerunt  Barhari, 

Fecerunt  Barherini. 


C’est  le  même  Urbain  VllI  qui,  s’inspirant  des  paroles  bibliques 


ITALIE 


253 


Trente  (Sess.  xxv),  « pour  bannir  de  toute  maison  chrétienne  toute 
représentation  obscène,  lascive,  immodeste  » ; à Texcej^tion  de  Saint- 
Pierre  apparemment. 

Quant  aux  scènes  obstétricales,  si  elles  ne  représentent  pas 
comme  on  l’a  soutenu,  l’accouchement  de  la  papesse  Jeanne,  elles 


« La  Maison  de  Dieu  doit  être  sainte  »,  fut  l’auteur  de  décrets 
^Constitution  du  15  mars  1642],  d’accord  avec  ceux  du  Concile  de 


Fig.  282. 


254 


i/aRT  l'KOFANE  A l’ÉCILISE 


otîrent  l’exemple  d’une  fantaisie  artistique  fort  étrange,  — dont  les 
guides  imprimés  ou  ambulants  ne  souillent  mot,  — obscénité  qui 
s’étale  en  pleine  basilique,  sur  les  piliers  du  baldaquin  de  la  Con- 


1 TA  LIE 


255 


fcssion  ou  tombeau  de  saiut-Pierre,  aux  côtés  du  maître-autel^  où  le 
])ape  seul  odicie*  et  qui  est  eu  quelque  sorte  la  paraphrase  marmo- 
réenne du  Monstra  te  esse  nmirein. 

Ces  piliers  reposent  sur  quatre  q-rands  piédestaux  de  marbre  blanc 
décorés  exclusivement  aux  armes  d’Ur- 
])ain  VIll  (tig-.  283)“.  L’écusson,  à chaque 
piédestal,  occupe  les  deux  côtés  extérieurs  ; 
soit  en  tout  huit  écussons  ou  tableaux,  ex- 
primant, sur  une  physionomie  de  femme, 
les  diverses  périodes  d’un  accouchement. 

L’écu  est  bombé  en  haut,  où  il  repré- 
sente la  poitrine  avec  deux  abeilles  dont 
les  têtes  correspondent  aux  mamelons  ; 
au-dessous  saille  l’abdomen  avec  une 
troisième  abeille  sur  le  nombril. 

La  voussure  abdominale  varie  suivant 
les  phases  de  l’accouchement  : elle  s’af- 
faisse, à mesure  que  le  ventre  tend  à se 
décharger  de  son  fardeau. 

L’écu  est  sommé  d’une  tête  de  femme, 
de  grandeur  naturelle,  au-dessus  de  laquelle  s’entre-croisent  les 
clefs  pontificales  surmontées  de  la  tiare. 

A chaque  crise,  l’expression  de  la  figure  se  modifie.  La  scène 
deljute  sui  la  face  du  piédestal  anterieur  de  gauche  5 la  figure  de  la 
femme  commence  à se  contracter;  sur  la  seconde  et  les  suivantes, 
jusqu  à la  septième,  les  traits  sont  de  plus  en  plus  convulsés. 

En  même  temps  augmente  le  désordre  de  la  chevelure;  les  veux, 
qui  expriment  d’abord  une  souffrance  supportable,  deviennent 


1.  Au  dix-septième  siècle,  en  cümmimiant  sous  les  deux  espèces,  il  aspirait  le  sam»- 
divin  avec  une  canule  d’or,  comme  un  cocktail. 

2.  Cette  figure  est  une  sorte  de  schéma,  dont  le  mascaron,  à la  bouche  fermée 
par  la  membrane  hymen,  appartient  au  premier  écusson,  c’est-à-dire  au  début  de 

accouchement,  et  la  tête  de  parturiente,  en  pleines  douleurs,  est  celle  du  cfuatrième 
écu.  La  lemme  du  premier  écusson  a la  bouche  fermée  et  la  physionomie  quasi  sou- 
riante; en  outre,  la  tiare  sous  laquelle  elle  s’abrite  est  la  seule  qui  porte,  en  bas  et 
au  milieu,  un  visage  féminin  amène,  esquissant  aussi  un  gracieux  sourire  (fig.  284). 
La  fig.  28o  (PI.  XII)  représente  les  têtes  de  femme  et  de  satyre  dn  sixième  tableau  to- 
cologique  qui  correspond  à la  face  méridionale  du  troisième  pilier.  La  canne  d’un 
imbécile  ou  d un  pudibond,  ce  qui  est  tout  un,  a brisé  la  partie  saillante  du  clitoris 
recouvert  de  son  capuchon,  depuis  notre  description  dans  la  Chron.  médiaile. 


256 


l’akt  profane  a l^èglise 


hag'ards  ; la  }30uche,  fermée  au  début,  s’ouvre,  crie,  hurle;  c’est 
d’iiii  réalisme  pénétrant,  et  certainement  Zola  ig-norait  cette  curio- 
sité archéologique,  sans  quoi  il  n’eût  pas  manqué  de  nous  la  servir 
dans  Rome.  11  eût  été  au  moins  piquant  de  voir  le  chef  du  natura- 
lisme littéraire  en  présence  d’une  manifestation  suraiguë  du  natura- 
lisme artistique. 

Le  calme  revient  momentanément  dans  l’intervalle  des  douleurs, 
mais  le  visage  reste  toujours  endolori,  comme  liébété,  médusé; 
puis,  les  douleurs  reprennent  plus  intenses,  la  ligure  se  contracte, 
elle  fait  peur;  c’est  la  phase  même  que  nous  reproduisons  ( fig.  283). 

Enfin,  voici  la  délivrance  : le  ventre  s^est  affaissé  et  la  tête  de  la 
mère  disparaît,  pour  faire  place  à une  évangélique  figure  d’enfant, 
aux  cheveux  bouclés,  qui  sourit  sous  les  insignes  pontificaux, 
immuables  ; cette  dernière  transformation  occupe  la  face  occidentale 
du  piédestal  antérieur  de  droite  (PL  XI). 

((  Cette  mise  en  scène,  » dit  Giornale  araldico  (1893),  <(  est  vrai- 
ment un  signe  du  temps  : elle  prouve  dans  quels  abîmes  profonds 
tombe  Part  quand  il  cesse  d’être  chrétien  et  ne  va  chercher  son 
inspiration  que  dans  le  naturalisme  des  païens.  » 

Mais  ce  n’est  pas  tout.  Au-dessous  de  l’écusson  du  pape,  auquel 
l’artiste  a donné  la  forme  d’un  torse  de  femme  en  gestation,  se 
trouve  une  tête  de  satyre  dont  la  partie  inférieure  représente  les 
organes  génitaux  externes  de  la  femme,  avec  les  détails  anatomiques 
les  plus  complets  et  variables  suivant  les  phases  de  l'accouche- 
ment. Chaque  fente  palpébrale,  très  allongée  — sans  globe  oculaire 
— dessine  le  pli  de  l’aine  correspondante. 

La  bouche,  toujours  ouverte  et  sans  langue,  est  l’orifice  vulvaire, 
muni,  sur  la  première  face,  de  caroncules  myrtiformes,  débris  de  la 
membrane  hymen  ; la  lèvre  inférieure  de  la  bouche  simule  la  fosse 
naviculaire  ; les  petites  et  les  grandes  lèvres  vulvaires  sont  nette- 
ment indiquées  et  béantes  ; l’orifice  vaginal  est  surmonté  de  la  lèvre 
supérieure  du  satyre,  figurant  le  bulbe  du  vagin;  puis,  au-dessus,  le 
lobule  du  nez,  fortement  accentué,  représente  un  clitoris  en  érection, 
bien  que  ce  ne  soit  pas  le  cas;  enfin,  la  moustache  tombante  de 
chaque  côté  ombrage  les  grandes  lèvres,  comme  les  poils  du  pubis  b 

1.  Le  statuaire  et  céramiste  Jean  Garries  s’est-il  inspiré  de  cette  fantaisie  érotique 
du  Bernin,  en  décorant  la  porte  de  son  atelier,  de  la  rue  Boissonnade,  d’une  conipo* 


Fig.  287. 


Celte  coiilormation  pileuse  représente  ce  que,  du  temps  de  l’abbé 
Brantôme,  on  appelait  des  « moustaches  de  Sarrasin  »,  et  ellejouis- 
sait  dune  réputation  certainement  usurpée,  mais  consignée  dans 
im  dicton  populaire  : « Chemin  jonchu  et 

c...  velu  sont  fort  propres  pour  chevau- 
cher. )> 

Ces  derniers  détails  pornographiques 
échappèrent  à la  perspicacité  de  Mgr  Bar- 
bier de  Montault,  l’auteur  du  Traité  cV Ico- 
nographie chrétienne  ; de  quel  opprobre 
eût-il  couvert  l’auteur  s’il  les  avait  remar- 
qués! Nous  |3ouvons  nous  en  faire  une 
idée,  par  sa  critique  de  la  conception  de 

l’ecu  d’armoiries  pontificales  en  gésine,  dont  nous  venons  de  par- 

® été  ignoble  quand,  à la  confession  de 
aint-Pierre,  a Rome,  il  a donné  à l’écusson  d’Urbain  VIII  la 
orme  du  ventre  d’une  femme  qui  accouche,  surmontant  l’écusson 

1.  uTtl  délivrance,  la  remplaçant 

pm  une  tete  d ange  h » r v 

Certes,  il  a fallu  auBernin,  auteur  de  ces  ohscena,  un  talent  pro- 
digieux pour  dissimuler  de  pareilles  énormités  dans  un  tel  lieu  et  à 
1 endroit  le  plus  fréquentée  II  n’en  est  pas  moins  vrai  que  ce  tour  de 
force  U mieux  de  passe-passe  » artistique  n’a  rien  de  s^bolique  n! 

liei  a T*  polissonnerie  late- 

raW^rnortel  H Sansovino,  qui  cisela  dans  les  admi- 

ables  portes  de  bronze  de  la  sacristie  de  Saint-Marc,  à Venise 

-Re^son  portrait,  ceux  du  voluptueux  Titien  et  du  licencirux 
Maintes  fois,  nous  avons  rappelé  que  les  artistes  de  la  Renais- 

la  bouche  d'une  chLlijfqfn“":pi7li7  ‘-"’o  pt 

tete  satynque  et  lubrique  du  Bernin  celle  d’iinr  H ’ ^ rapprocher  de  la 

' (Fot-et-Garonne)  (lig!  S?)! 

nousVHÎmt^\.n%\fen^  e"n  voyao-rde  Eternelle, 

croquis  de  ces  scènes  gynLoloXues^^^^  relever  nn 

et  nous  écrivit  que  nous  avions%lé  « be^hlè 
l’art  profane.  — II, 


17 


258 


lVrT  profane  a L^ÉGLISE 


sance  plaçaient  volontiers  dans  les  monuments  sacrés  les  éléments 
les  plus  profanes.  Alors,  la  capiteuse  Violente  posait  indilïerem- 
ment  pour  les  vierges  ou  les  demi-vierges,  pour  la  Sancfa  Barharu 
de  son  père,  Palma  Vecchi,  ou  pour  les  Vé/uz^  du  Titien,  son  amant 
passionné. 

Est-ce  à dire,  comme  l’assurent  certains  esprits  « bien  pensants  », 
mais  au  jugement  faussé  par  le  dogme,  que  les  artistes  qui  ont  con- 
tribué à la  décoration  des  églises  étaient  tous  inspirés  par  le  feu 
sacré  de  la  foi,  « imprégnés  de  l’esprit  du  catholicisme  »,  et  qu’ils 
ne  « besognaient,  d’après  l’auteur  de  La  Cathédrale^  que  lorsqu’ils 
étaient  en  état  de  grâce  »?  Certes,  en  dehors  des  moines  qui,  jus- 
qu’au xiii^^  siècle,  s’occupaient  seuls  des  beaux-arts,  nous  connais- 
sons quelques  peintres  pudiques  à l’excès,  tels  TAlbane,  le  bien 
nommé;  Murillo,  à la  suite  d’une  hernie  produite  par  une  chute  d’un 
échafaudage,  dans  le  couvent  de  los  Capuschinos^  à Cadix,  où  il 
peignait  au  maître-autel  le  Mariage  de  sainte  Catherine,  préféra  la 
mort  à la  honte  de  se  montrer  au  médecin  ; Augustin  Carrache  qui 
se  retira  au  couvent  des  capucins  de  Parme  ; le  moine  toscan  Mino 
da  Turita,  célèbre  en  mosaïque;  Baccio  délia  Porta,  devenu  Fra 
Bartholomeo  ou  le  Frate,  que  l'éloquence  brûlante  de  l'illuminé 
Savonarole  — dont  le  bûcher  illumina  Florence  — entraîna  dans 
l’ordre  des  dominicains;  Alonzo  Cano,  qui  exerça  le  sacerdoce  pen- 
dant de  longues  années;  le  Père  Pozzi,  jésuite;  Philippe  de  Cham- 
pagne, qui  ne  peignit  jamais  le  nu,  ni  ne  travailla  jamais  le  dimanche , 
André  Pozzo,  d’une  extrême  piété,  ce  qui  ne  1 a pas  empêché  de  peindre 
le  théâtre  de  Vienne  ; le  R.  P.  Besson  que  Pie  X appelait  la  monachella 
(lapetite  religieuse)  ; Charles-Marie  Diilac,  qui  devint  franciscain  « dans 
les  moelles  » ; Léopold  Robertb  etc.  Il  en  est  même  qui  ont  poussé 
le  mysticisme  jusqu’à  l’extase  ; Luis  de  Vargas,  le  plus  ancien  des 
peintres  andalous,  par  esprit  de  macération,  se  couchait  dans  un 
cercueil  des  heures  entières;  Vincent  Joanes,  comme  Overbeck, 


1.  Le  Musée  de  Nantes  possède  ses  Baicfiieuses  de  V Isola  di  Sors,  la  seule  fois  quy 
son  pinceau  rigoriste  se  soit  égaré  sur  le  nu;  aussi,  écrivait-il,  le  M septenibie  ISlT, 
à M.  Marcotte  d’Argcntcuil,  cette  lettre  pour  se  justifier  : « Quelques  personnes  ont 
trouvé  dans  ce  tableau,  destiné  à M.  Marcotte  aîné,  un  peu  de  liberté.  Ce  n’a  cte 
nullement  mon  intention.  Cependant,  pour  ne  pas  faire  toujours  des  figures  vêtues 
de  la  tête  aux  pieds,  j’ai  peint  deux  jeunes  filles  qui  se  déshabillent  pour  se  baiper. 
Je  les  ai  supposées  dans  un  endroit  entièrement  retiré,  où  elles  ne  doivent  craindre 

aucun  regard  curieux.  » 


communiait  avant  Je  se  mettre  au  travail;  le  Guide,  dit  L.  Viardot, 
« cio\ait  que  les  ang-es  venaient  le  visiter  et  le  soutenir  dans  ses 
travaux  » ; mais,  entre  temps,  il  peignait  la  déesse  de  la  beauté,  en 
compagnie  d’Adonis  ou  de  Mars'.  Le  chaste  pinceau  de  Gaudenzio  se 
consacia  enüèrement  aux  sujets  religieux,  d’où  son  surnom  de  « très 
pieux  )>  qui  jure  avec  1 étymologie  folichonne  de  son  nom.  Arrê- 
tons-nous nu  plus  convaincu,  au  plus  vertueux  de  tous,  à Fra  Gio 
An^elico,  « le  peintre  des  anges  » qui,  selon  la  pittoresque  expres- 
sion de  G.  Vanor,  « célébrait  le  saint  sacrifice  de  la  fresque  ».  11 
peignait  à genoux  et  faisait  sa  prière  avant  de  prendre  sa  palette  ; 
<iuand  il  lui  arrivait  de  représenter  un  crucifix,  il  répandait  des  larmes 
sur  les  souifrances  endurées  par  le  Rédempteur.  Un  jour,  il  s’endort 
devant  un  tableau  de  la  Vierge  et,  à son  réveil,  trouve  la  tête  de 
Marie  terminée  « par  un  ange  » : il  voit  un  miracle  dans  ce  qui 

n était  apparemment  qu’une  mystification  d’un  collègue  habile  à 
manier  le  pinceau, 

(Juant  aux  peintres  peu  « catholiques  » qui  ont  décoré  les  « Mai- 
. ons  de  prièies  » et  qui,  comme  Van  Dyck,  ne  demandaient  à la 
peinture  religieuse  que  des  « satisfactions  d’ordre  temporel  »,  la 
iste  en  serait  trop  longue  à dresserh  Contentons-nous  de  men- 
tionner les  deux  plus  célèbres  : Raphaël  qui  peignit  les  premiers 
suje  s m\tm  og-iques,  ami  de  TArioste  r son  impudique  inspirateur 
et  son  complice  en  libertinage"  »,  fut  victime  de  l’amour,  comme 

Piombo  flonf  lu  1 • ïiic  bippi , 1 (“piciirisme  du  moine  Sébastien  del 

A.uirea  del  Snrte  ; le  pi„"ceTu  ibcrti^^  ^ 

nuclilé  d’une  cour  isaié  on  ï ' cli  CariCKC,  <|m  poifiium,  iiulillércmmciU  la 

'lu  TiUeu  r,„i  rcprlrndr^a'ie^r  iTulc  üre'ri' ^ 

;|U0  tous  les  déiaasenic’us  :’;,‘rê,U  J.  'ôlirtni^e  “'l"^ 

la^'cathédivab!'  deTérsadles^  Hrr pourtant  dessina  de 

curédeNogent  en  Gilles,  etc.?  atteau  qui  s’amusait  à peindre  le 

3.  Gabourit,  Etudes,  p.  218. 


260 


L^ART  profane  a L^ÉGLISE 


Giorg-ion;  et  Michel- Ange  qui, non  dépourvu  de  convictions  religieuses, 
travaillait  de  préférence  dans  le  nu  et  aima  à la  folie,  d'un  amour  plato- 
nique, il  est  vrai,  la  célèbre  marquise  de  Pescaire,  Yittoria  Golonna. 
((  Le  Christianisme  »,  dit  Daniel  Stern,  « ne  paraît  pas  avoir  exercé 
d’influence  sur  son  génie.  Dans  aucune  des  compositions  de  Buonar- 
roti,  je  ne  reconnais  la  moindre  trace  de  l’inspiration  évangélique.  » 
Mais  où  placer  le  Bernin  qui,  durant  son  voyage  en  France,  tous 
les  matins,  allait  « faire  son  bonjour  »,  c’est-à-dire  communier  aux 
P. P.  de  l’Oratoire,  composa,  sur  les  instances  du  cardinal  Antonio 
Barberini,  des  « onestes  comédies  ^ qui  n ont  jamais  été  publiées,  et 
imagina  les  piliers  du  baldaquin*?  L’artiste  suit  le  goût  de  son  siècle, 
((  Faites  »,  ditM*^  Barboux,  « de  Watteau,  de  Fragonard,  de  Boucher, 
les  contemporains  de  Gimabué,  de  Fra  Beato  Angelico,  de  Simone 
Memmi,  ils  peindront  des  madones  entre  deux  saints  »,  au  lieu  de 
galants  entre  deux  seins.  Les  artistes  travaillent  pour  l’art  et  aussi 
pour  l’argent  ; leur  maxime  est  celle  du  vénal  Gommines  . « Où  est 
le  profit,  là  est  l’honneur  ». 

Certes  non,  le  génie  n’a  rien  de  commun  avec  les  convictions 
religieuses;  si  elles  sont  sincères,  elles  lui  couperont  les  ailes  : à son 
lit  de  mort,  le  Pérugin,  désabusé,  refuse  les  secours  de  la  religion-, 
tandis  que  les  papes  Paul  Y1  et  Pie  Y,  éclairés  par  FEsprit-Saint,  se 
scandalisent  des  « audaces  lascives  » du  Jugement  dernier  et  cou- 
vrent de  pudiques  et  stupides  retouches  « la  plus  prodigieuse  con- 
ception, a dit  Emile  Ollivier,  du  plus  prodigieux  des  maîtres  du 

grand  art  ».  . 

Pour  Brunetière,  dans  toute  forme  ou  toute  espèce  d art,  il  y a 

comme  un  principe  ou  un  germe  secret  d’immoralité.  « L art  purifie 
tout  ce  qu’il  touche  »,  dit  le  même  critique,  et,  affirment  certains 
esthéticiens,  « d’une  obscénité  même  il  en  ferait  un  objet  d’admi- 
ration; quelques-uns  ne  disent-ils  pas  un  moyen  de  purification  » ? 


i T Hp  l^rchitecte  San  Micheli  était  extrême,  au  dire  de  Vasari,  d n en- 

1.  La  piete  de  laiclntecie  chanter  une  messe  solennelle,  ce  qui 

scu,p.e„..  .e 

,>as  <ut  ^oueue  dans  ,e 

Vponee  et  de  nombreux  manuscrits  laisses  par  Leonaid  de  ^ me 
dos  hardiesses  qui  sentent  diablement  le  fagot;  do  même,  Aloiuo  Cano, 
Tst Tràc  mm-UeU  du  moine  qui  Assistait  le  crncif,x  mis  sous  ses  yen. 

parce  qu’il  était  trop  grossièrement  sculpte. 


ITALIE 


261 


Fermons  cette  trop  longue  parenthèse  et  revenons  à Urbain  VIII. 
Ses  compromettants  et  délictueux  écussons  ont  donné  lieu  à des 
interprétations  contradictoires.  Pour  les  symbolistes,  il  en  serait  de 
ces  savoureuses  images  de  parturition  comme  de  certains  textes 
religieux  qui,  d après  Lintilhac,  n’ollrent  qu'un  sens  grossier  au 
commun  des  fidèles,  tandis  que  les  initiés  en  trouvent  un  second, 
occulte  et  supérieur. 

Un  de  nos  confrères  du  Havre,  voit  tout  « avec  Fœil  simple 
et  non  l’œil  mauvais*  ».  (Une  pierre,  à propos  de  Saint-Pierre,  dans 
notre  jardin.)  Mais  il  n a rien  vu  au  Baldaquin,  ce  qui  im|3liquerait 
que  « 1 œil  mauvais  » a parfois  du  bon  et  qu’en  l’espèce,  il  a mieux 
vu  que  ((  l’œil  simple  »,  adapté  surtout  pour  regarder  vers  Pau  delà 
ou  pour  les  vues  de  l’esprit.  Par  contre,  notre  honoré  confrère, 
éclairé  delà  grâce,  ne  voit  dans  la  Bible  que  symboles,  figures’ 
allégories,  même  quand  il  est  dit  qu’Adam  fut  créé  « mâle  et 
femelle  » ; que  le  Créateur  fit  a la  lumière  » trois  jours  avant  le 
Soleil,  d’où  elle  émane  ; que  Josué  arrête  un  astre  immobile,  etc.,  etc. 

L œd  « simple  »,  c’est-à-dire  orthodoxe  de  notre  confrère  havrais 
n’aperçoit  aussi  qu’un  symbole  dans  l’écusson  en  litige,  et  il  l’explique 
à sa  façon,  car  l’avantage  des  œuvres  dites  symboliques  est  de 
susciter  autant  d’interprétations  différentes  que  de  jugements  : quoi 
ohscena  tôt  sensus. 

Quelle  a donc  pu  être  l’intention  du  Bernin,  son  idée  de  derrière 
la  tête?  Pour  notre  Champollion  de  la  Seine-Inférieure,  c'est  aussi 
simple  » que  sa  vue  : 


(( 


^ Comparer  la  papauté  à une  femme  qui  enfante  clans  la  douleur  des 

âmes  a Uieu,  c est  pour  un  pape,  comme  c’est  au  reste  pour  l’Edise,  une 

gestation  et  un  enfantement  bien  douloureux  parfois.  Que  de  tristesses 

que  c oppositions,  que  de  luttes,  que  de  soulfrances  n’endurent  pas  le 

pape  et  1 Eglise,  pour  mettre  au  monde  des  enfants  de  la  grâce,  suivant 
les  expressions  sacrées  ! & , et  it 


% 

1.  Non,  nous  n’avons  pas  « l’œil  mauvais  » ni  le  « mauvais  œil  » • n’étant  ni  mn 

N , r IX»"'  ».  dirons-nous  avec  l'at.ton  de, 

mordere  ■ Irodesse"  non  d’Erasme  : Admonere  voliünms,  non 

vouIp/ vrt.  f lædere  ; considéré  morihiis  hominum,  non  ofïicere  One 

c es  Hvn  ’ à le  monde  d’emdsa!m  lès 

IKiint  vè  , ® l’Evangile,  ceux  qui  ont  des  yeux  pour  ne 

de  1 nx  n^^erul^oa^s^LT^  nialheureusement  pas  de  clix-là;  auss^  le  ro'ymm 
mux  ne  seia-t-il  pas  notre  lot,  mais  le  royaume  des  taupes. 


Il 


I 


262 


l’art  profane  a i/église 


Oui,  c’est  pour  lui  et  pour  Elle  une  gestation  et  un  enfantement,  parfois 
singulièrement  douloureux, 

L’Eglise  est  une  mère,  et  c’est  encore  l’expression  consacrée,  et  qu’elle 
affirme  sans  cesse  ; quoi  donc  d’étonnant  que  l’artiste  l’ait  personniliée 
dans  une  femme,  et  qu’il  l’ait  revêtue  des  insignes  pontificaux,  puisque 
sur  terre  le  pape  l’incarne  et  la  personnifie  L 


En  raison  de  son  élasticité,  le  symbolisme  a des  grâces  d’état, 
sinon  des  états  de  grâce;  il  s’accommode  à toutes  les  sauces,  tant  il 
est  vrai  qu"il  y a des  accommodements  avec  le  ciel.  Credo  quia 
ahsurdum^  telle  est  la  consigne  de  tous  ceux  qui  ont  le  don  de 
double  vue  ou  sont  atteints  de  diplopie  mystique  et  de  la  maladie 
incurable  de  foi?  Quelles  que  soient,  du  reste,  les  explications  de 
ce  symbole  obscur,  nous  n’en  persistons  pas  moins  à protester,  non 
contre  son  esprit,  mais  contre  le  cynisme  de  sa  forme  imagée  et 
contre  cette  parodie  du  symbolisme. 

Un  autre  de  nos  sympathiques  confrères,  le  D^'  H.  Vigoureux,  a 
communiqué  à son  frère,  l’abbé  Vigoureux,  qui  était  à Rome,  les 
détails  ci-dessus,  détachés  de  notre  manuscrit  en  faveur  des  lecteurs 
de  la  Chronique  médicale^  voici  sa  réponse  : 


...  Je  lui  avais  remis  le  numéro  de  la  Chronique  médicale  renfermant 
l’article  du  1)‘‘  Watkowski,  et  il  m’écrit  ce  qui  suit: 

((  Le  dessin  donné  par  la  Chronique  médicale  est  exact,  mais  il  faut 
être  médecin  pour  voir  dans  ces  écussons  ce  qu’on  y a vu.  Je  les  avais 
aperçus  souvent,  puisqu’ils  sont  au  tombeau  même  de  saint  Pierre  et  de 
saint  Paul,  et  seulement  à un  mètre  et  quelque  au-dessus  du  sol,  et  tout 
le  monde  les  voit  ; mais  certainement  personne  ne  se  doute  de  rien,  s’il 
n’est  prévenu.  Quand  j’y  suis  aile,  il  y avait  des  hommes  et  des  femmes 
adossés  contre  ces  écussons,  pour  entendre  la  messe  qu  on  disait  vis-à- 
vis,  et  ils  n’y  voyaient  pas  autre  chose  qu’un  écusson  quelconque.  Du 
reste,  le  Guide  Bædeker,  dont  se  servent  presque  tous  les  voyageurs, 
n’en  parle  pas  : Sous  la  coupole,  dit-il,  est  un  baldaquin  précieux,  mais 

sans  goût,  supporté  par  quatre  colonnes  torses  richement  dorées  ; il  a été 
fait  en  1633,  sous  Urbain  VllI,  d’après  le  Bernin,  avec  du  métal  enlevé 
au  Panthéon.  Sa  hauteur  avec  la  croix  est  de  29  mètres,  et  il  pèse 
6305  kilogrammes.  » Et  c’est  tout.  Il  ne  parle  même  pas  des  écussons 


1.  Renchérissons  : l'Ef^lise  n’est  pas  seulement  une  « mère  »,  qui  chaque  jour  dans 
le  baptême  enfante  des  fils  à Dieu;  une  « épouse  »,  comme  le  veut  l'Evangile;  une 
« veuve  »,  une  « lille  » pour  le  psalmiste  ; mais  les  livres  saints  la  comparent  encore 
à une  « courtisane  »,  car  elle  appelle  toutes  les  nations  à elle  et  ne  rejette  pas 
ceux  qui  se  réfugient  dans  son  sein;  nous  n’avons  donc  que  Ecmbarras  du  choix. 


ITALIE 


2G3 


qui  sont  sur  les  piédestaux  de  marbre  soutenant  les  colonnes  torses  en 
marbre.  » 

Mon  Irère  ajoute  qu  il  veut  en  parler  au  pape  de  ma  part,  quoique  les 
di\eises  phases  de  1 accouchement  soient  si  dissimulées,  que  personne  ne 
peut  rien  y voir,  à moins  d’être  médecin. 

Je  lui  ai  répondu  que  je  croyais  qu’il  était  bon  que  le  Pape  apprît  la 
chose,  et  que,  par  conséquent,  il  lui  remît  le  11°  de  la  Chronique  médicale 
qui  en  parle. 

Quand  j aurai  la  réponse,  je  m empresserai  de  vous  la  communi- 
quer. 

1)^'  II.  ViGOUROUX. 


Nous  attendons  depuis  1903  et  attendrons  long'temps  sous  l’orme 
le  lésultat  de  la  démarche,  dont  a bien  voulu  se  charg*er,  sur  l’invi- 
tation obligeante  de  son  frère,  M.  l’abbé  Vigoureux. 

Reconnaissons  pourtant  qu'un  vent  de  purification  a maintes  fois 
souffle  de  la  Ville  Sainte  sur  f iconographie  religieuse.  Léon  XIII, 
au  déclin  de  sa  vie,  prit  Paul  IV  pour  modèle  et  ordonna  « une 
sévère  inspection  des  églises,  pour  que  soient  détruites  ou  corrigées 
toutes  les  peintures  dévêtues  ou  trop  peu  vêtues.  De  même,  Pie  X 
n a-t-il  pas  décidé  qu’on  enlèverait  de  Saint-Pierre  « toutes  les 
statues  qui  ne  répondent  point  à son  idéal  »?  Les  iconoclastes 

auraient  de  la  besogne,  remarque  avec  beaucoup  de  sens  et  d’esprit 
le  D^'  Gabanès. 

En  présence  des  obscénités  qui  pullulent  encore  dans  les  saints 
lieux,  on  se  demande  à quoi  ont  servi  les  objurgations  des  Pères  de 
1 Eglise  et  les  décrets  du  Concile  de  Trente  qui,  dans  sa  xxvii®  ses- 
sion, décida  « d’éviter  toutes  les  peintures  lascives  dans  le  sanc- 
tuaire  ». 


Sam  Charles,  rappelle  M.  Jean  de  Bonnefon,  défend  d’introduire  dans 
es  jaidins  et  dans  les  maisons,  les  images  qui  peuvent  olfenser  les  yeux 
pudiques.  Saint  Augustin  déclame  contre  les  tableaux  légers,  et  Lut 
Chrysostome  aftirme  que  le  démon  est  présent  dans  toute  nudité 

Te  cardinal  Gousset  menace  des  foudres  de  l’Eglise  les  artistes  et  les 
collectionneurs  qui  ne  respectent  pas  les  lois  de  la  pudeur.  Mais,  par  un 
accidentée  logique,  il  toléré  la  nudité  expressive  chez  les  enfants  les 
j,'’enies  et  les  anges,  même  clans  les  églises.  ’ 

loutcela  n’est  que  verbiage,  et  si  l’on  est  excommunié  pour  vivre 
parmi  les  nudités,  le  pape  et  tous  les  cardinaux  sont  les  premiers  excom- 
mun,e.  de  l’Eglise.  Les  galeries  et  les  jardins  du  Vatican ‘sont  encombi  és 
des  dieux  antiques  et  païens  les  plus  nus,  s’il  y a un  degré  dans  le  nu. 


264 


l'art  profane  a l’ÉCxLISE 


Après  ces  multiples  veto  sur  le  dévêtu  dans  l’art  chrétien,  nous 
sommes  étonné  d’avoir  pu  en  recueillir  la  matière  de  deux  gros 
volumes. 

Mais  nous  n’en  avons  pas  fini  avec  les  écussons  subversifs  et  la 
femme  échevelée  qui  les  décore  et  les  anime.  Il  y a des  légendes  sur 
leur  genèse  : le  professeur  d^obstétrique  à Rome,  G.  EmilioCuratulo, 
a publié  deux  versions  dans  son  intéressante  étude  IJArte  di  Juno 
Liicina  in  Bonia,  où  l’auteur  nous  cite  trop  souvent^  ce  dont  nous  le 
remercions  sincèrement.  Les  huit  écussons  sont  photogravés  dans  ce 
travail,  mais  ils  ne  donnent  qu’une  faible  idée  de  la  réalité.  L’expression 
de  la  ligure  féminine  manque  de  netteté,  et  les  détails  significatifs  des 
mascarons  ont  disparu  à peu  près  complètement  ; c’est  grand  dom- 
mage. R.  Moscioni  a reproduit  dans  la  perfection  le  quatrième  et  le 
dernier  écusson  (PL  XI  et  XII);  malheureusement,  la  partie  infé- 
rieure des  masques  satyriques  a été  supprimée  par  pudeur,  et  c’est 
la  partie  la  plus  saisissante  de  l’écu;  nos  croquis  relevés  sur  place 
nous  ont  permis  de  rétablir  la  vérité. 

D’après  H are,  qui  n’y  va  pas  par  quatre  chemins,  le  Bernin  aurait 
célébré,  dans  ce  monument,  l’heureux  accouchement  d'une  nièce 
d’Urbain  YIII.  Ce  serait,  il  nous  semble,  donner  une  bien  grande 
importance  à un  événement  des  plus  banals. 

Selon  un  autre  « roman  de  chez  la  portière  »,  le  Bernin  nourris- 
sait une  folle  passion  pour  une  nièce  du  pape;  mais  celui-ci  refusa 
d’allier  à un  homme  d’une  extraction  commune  une  jeune  fille 
appartenant  à l’une  des  familles  les  plus  nobles  de  Rome.  Les  amants 
passèrent  outre,  espérant  forcer  la  main  à Urbain  VIII;  mais  quand 
l’union  libre  porta  ses  fruits,  le  pontife  renouvela  son  refus  de  la 
légitimer.  « Voulant  se  venger  du  dédain  de  son  ami,  le  pape,  et, 
en  même  temps,  infliger  un  affront  à cette  famille  patricienne,  il 
sculpta,  à l’insu  d’Urbain  Vlll  et  sur  ses  armes,  ces  bas-reliefs  qui 
commémorent  l’inconduite  de  sa  nièce.  » A 1 insu  du  pape  qui  dis- 
cutait les  plans  des  travaux  et  surveillait  leur  exécution,  voilà  qui 


1.  Nous  ne  pouvons  adresser  le  même  compliment  à plusieurs  de  nos  confrères 
de  France  et  surtout  d’Allemagne  qui,  émules  de  Bertrand,  se  gorgent  des  marrons 
tirés  du  feu  par  Raton,  dont  ils  semblent  ignorer  l’existence;  bien  mieux,  run  de 
ces  forbans  exotiques  a le  cynisme  d'imprimer  sur  sa  contrelaçon  tudesque,  où  le 
m^m  seid  de  l’auteur  est  changé  ; « Le  droit  de  reproduction  dans  des  langues 
étrangères  est  interdit  1 » 


Planche  XI 


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2G5 


nous  paraît  fort!  De  plus^  cette  veng-eance  d^écus,  peu  généreuse 
pour  celle  qui  lui  sacrifiait  si  bénévolement  son  honneur,  eût  singu- 
lièrement abaissé  le  caractère  chevaleresque  du  cavalière.  C’eût  été 
cracher  en  l’air. 

Le  docteur  P.  Nourry,  de  Rouen,  a recueilli  de  M.  Lamberto 
Lelli  une  troisième  variante.  Voici  le  potin  en  question  : 

Pendant  qu’Urbain  commandait  au  grand  architecte  le  baldaquin,  il 
arriva  qu’un  neveu  du  pape,  probablement  Taddeo,  plus  tard  cardinal, 
généralissime  de  l’Eglise  et  prince  de  Palestine,  devint  amoureux  de  la 
sœur  d’un  élève  du  Bernin  et  la  rendit  mère. 

A la  suite  de  ce  malheur  domestique,  le  frère  de  la  jeune  fille  ne  trmiva 
rien  de  mieux  que  d’implorer  son  Maître,  pour  qu'il  intercédât  auprès  du 
pape  et  que  tout  fût  réparé  par  un  mariage. 

Le  Bernin,  confiant  et  sincère,  pensant  qu’entre  les  enfants  du  Christ, 
on  ne  pouvait  se  prévaloir  de  la  différence  de  castes,  se  rendit  chez  le 
pape  pour  obtenir  justice. 

Urbain,  non  seulement  repoussa  la  demande,  mais  railla  l’artiste  de  sa 
grossière  prétention  ! « Gomment,  Bernin,  dit-il,  avez-vous  pu  avoir  une 
telle  idée  ! Le  neveu  du  pape  épouser  la  sœur  d’un  sculpteur  ; non 
seulement  il  n en  faut  plus  parler,  mais  il  faut  empêcher  que  cette  femme 
n’importune  mon  neveu.  » 

L artiste  retourna  à ses  travaux,  indigné,  la  conscience  révoltée,  et 
quand  il  vit  les  larmes  de  la  malheureuse  mère  et  qu'il  entendit  les  vagis- 
sements du  nouveau-né,  il  fit  ce  serment  solennel  : a Le  Pape  ne  veut 
pas  reconnaître  son  propre  sang!  le  fils  d’un  des  siens!  C’est  bien.  11  aura 
sous  les  yeux,  pendant  toute  sa  vie,  près  de  l’autel  où  il  dit  la  messe,  au 
milieu  de  l’église  d’où  sort  la  parole  chrétienne,  les  victimes  innocentes  : 
la  mère  et  l’enfant,  à l’acte  même  de  leur  martyre.  )> 

Si  non  è vero...  Cette  version  obstétricale  attribue  à un  élève  du 
Bernin  la  mésaventure  que  la  première  accordait  au  maître.  Sur  un 
canevas  aussi  fantaisiste,  il  est  d’ailleurs  facile  de  broder  des  varia- 
tions à 1 infini.  Nous  ne  pouvons  admettre  que  l’intention  du  Bernin 
fût  de  « berner  » — qu’on  nous  passe  l’expression  — celui  qui  était  et 
est  resté  son  protecteur  et  ami.  « Tout  ça,  voyez-vous,  » comme  dit 
un  personnage  de  comédie,  « c est  des  histoires  de  femmes,  » des 
contes  de  mère  1 oie.  A notre  avis,  on  doit  considérer  cette  concep- 
tion c est  le  mot  — comme  étant  à la  fois  sérieuse  et  badine,  ce 
qui  s accorde  assez  bien  avec  le  caractère  du  Bernin,  quelque  peu 
mystique,  mais  non  ennemi  de  la  plaisanterie,  et  avec  celui  d’Ur- 
bain Vlll,  esprit  indépendant  et  vaniteux,  — onus  et  ho?ior, sen- 


l’art  profane  a l’éolise 


26  G 


sible  à la  réclame,  se  moquant  du  qu’en  dira-t-on,  mais  détestant 
surtout  l’hypocrisie  ; aussi,  précurseur  de  notre  confrère  Combes, 
supprima-t-il  l’ordre  des  Jésuites  (jui,  souvent  supprimé,  a toujours 
reparu,  comme  le  chiendent. 

Avant  tout,  le  Bernin,  persoiia  cjratissiina  au  Vatican,  favori  de 
plusieurs  papes,  voulut  flatter  la  vanité  de  son  protecteur  et  repro- 
duire sur  les  huit  faces  des  piliers  visibles  au  public  les  armes  du 
pontife,  avec  ses  trois  abeilles,  — symbole  heureux,  au  dire  de  Cha- 
teaubriand, — placées  aux  deux  saillies  des  mamelons  et  àla  dépres- 
sion ombilicale.  Mais  il  lui  fallait  diversifier  runiformité  des  huit 
tableaux  ; or,  il  remarqua  que  l’écu  ressemblait  à un  torse  de  femme  ; 
de  là,  l’idée  de  symboliser  la  plus  belle  œuvre  du  Créateur, 
« l’œuvre  de  chair  ».  Pour  animer  ce  torse  et,  avec  la  vie,  lui  don- 
ner une  variété  ag‘réal)le,  il  ajouta  au  sommet  une  figure  féminine 
expressive  et,  en  bas,  les  organes  générateurs,  dissimulés  sous  la 
forme  ornementale,  où  il  déploya  toutes  les  ressources  de  son  talent 
et  de  son  ingéniosité. 

Risquons,  si  vous  le  permettez,  une  seconde  hypothèse;  aussi 
bien,  quand  on  prend  du  symbole,  on  n’en  saurait  trop  prendre.  Ces 
écus  tourmentés  n'allégorisent-ils  pas  encore  les  terribles  épreuves 
subies  par  l’Eglise  militante  ou  Sion  qui,  reprenant  pour  elle  le 
((  Tu  enfanteras  dans  la  douleur  » de  la  Genèse^  aboutit,  sous  la  pro- 
tection de  la  tiare,  au  triomphe  de  la  béatitude  céleste,  à l’Eglise 
triomphante  ou  Jérusalem,  personnifiée  dans  le  dernier  écu  par  la 
tête  du  bébé  angélique,  souriant  et  cravaté  d'ailes?  Cette  fois,  notre 
confrère  du  Havre  voudra-t-il  reconnaître  que  nous  n'avons  plus 
« l’œil  mauvais  »?  Mais  nous  nous  apercevons,  qu’à  notre  tour,  nous 
pontifions  et  pataugeons  dans  le  symbolisme.  Quoi  qu'il  en  soit, 
nous  avons  voulu  démontrer,  contrairement  aux  légendes  répan- 
dues, le  caractère  bénin  et  non  malin  de  l’œuvre  énigmatique  du 
Bernin;  et  puis,  nous  sommes  fort  aise  d’établir,  une  fois  de  plus, 
jusqu’où  peut  aller  l’exagération  dans  la  voie  du  symbolisme  à ou- 
trance ^ . 

Un  dernier  mot  — pour  rire  — sur  le  baldaquin  de  St-Pierre  : à 

1.  Depuis  notre  communication  à la  Chvoniqiie  Médicale  et  (jui  lut  une  véritable 
révélation  pour  nombre  de  voyag'eurs  laicpies  ou  ecclesiasti(pies,  la  piemièie  cjues- 
tion  qui  se  pose  au  touriste  retour  de  la  ^ulle  Eternelle  est  celle-ci  : « Avez-vous  vu 
l’écu  d'Urbain  VIII?  » Honni  soit... 


TALIE 


2G7 


1 


l'exemple  de  Michel-Ange^  le  Bernin  s’est  payé  la  tête  de  son  rival 
BoiToinini,  qui  ne  ratifiait  pas  les  éloges  pompeux  décernés  à 1 auteur 
de  ce  monument  quelque  peu  a pompier  » dans  son  ensemble,  mais 
d'un  rococo  « ronflant  » et  magnifique.  Le  vindicatif  et  présomptueux 
sculpteur,  aussi  confit  en  dévotion  qu’en  malice,  y ficha  la  figure  de 
son  Zoïle,  sous  la  forme  d’une  tête  d’âne  qui  ouvre  la  bouche  et 
enfle  les  naseaux  pour  braire'.  Et  de  fait,  les  colonnes  torses  du  bal- 
daquin semblent  elles-mêmes  se  « tordre  »,  se  « gondoler  »,  se  « tir- 
bouchonner  »,  qu'on  nous  passe  ce  jargon  populaire,  mais  expressif, 
et  prendre  parta  cette  hilarité  asine,  à cette  mordante  épigramme. 
Il  y a,  vous  le  voyez,  sur  ces  fameux  piliers,  ample  matière  à se 
désopiler  la  rate;  à moins  que  ce  maître  Aliboron,  au  lieu  d’être 
une  mystification,  ne  soit  encore  un  symbole  mystique  et  mystérieux  ; 
nous  laissons  aux  graves  « bien  pensants  »,  les  seuls  qui  possèdent 
l’esprit  sain  illuminé  par  la  grâce,  le  soin  de  le  dégager. 

La  malignité  publique  vengea,  à son  tour,  Borromini,  quand  le 
Bernin,  d’accord  avec  le  cambrioleur  mitré  LTrbain  VIII,  défigura  le 
Panthéon  d’Agrippa,  en  le  flanquant  de  deux  campaniles  hétéroclites 
qu’on  appela  « les  oreilles  d’âne  du  Bernin  ».  Gomme  quoi  l’on  est 
toujours  l’âne  de  quelqu'un.  Et  pourtant,  Homère  compare  Ajax  à 
ce  noble  animal  et  Jésus  en  fait  son  fidèle  compagnon,  depuis  sa 
naissance  jusqu’à  son  entrée  à Jérusalem,  où  la  monture  partage  le 
triomphe  du  cavalier  divin-.  Mais  bernique  1 Ces  pigeonniers  baroques^ 
qui  blessaient  tout  sentiment  de  l’art,  ont  disparu  ; ils  existaient 
encore  en  1725,  date  de  la  publication  du  volume  auquel  nous  em- 
pruntons la  gravure  reproduite  figure  287  his. 


1.  rs  ou  veau  Sanison,  il  voulut  assommer  sous  le  ridicule  d’une  mâchoire  d’âne 
son  téméraire  rival,  trait  barbelé  et  satirique,  avant-coureur  de  l’amère  réflexion 
d’Hugo  ; ((  Souvent  les  hommes  braient  et  les  bêtes  parlent  ».  Mais  cette  curiosité 
n est  mentionnée  que  par  Valéry  et  Fulchiron;  quant  à nous,  nous  n’avons  pu  décou- 
\ rir  aucune  tête  d ane  orayant  ou  broutant  les  feuillages  et  les  chardons  — em- 
blème de  la  pénitence  — qui  enguirlandent  ces  fûts  dorés  et  richement  ouvrag’és, 
chets-d  œuvre  de  mauvais  goût,  d’un  style  maniéré  qui  tourmente  la  logicpie  et  le 
bon  sens. 

2.  Le  panégyrique  de  l'âne  n'est  plus  â faire  ; Daniel,  Ileinsius,  G.  Agrippa, 
Mathieu  Gesner,  Bulfon,  etc.,  ont  fièrement  célébré  ses  qualités.  N’est-ce  pas  par 
1 intervention  dune  ânesse  que  Balaam  fut  converti?  Résultat  que  n’a  pas  toujours 
obtenu  l’éloquence  sacrée  des  aigles  de  Meaux  ou  d’ailleurs.  Quoi  qu’il  en  soit,  ce 
modeste  quadrupède  fut  bien  la  première  et  la  dernière  monture  du  Sauveur,  et 
pourtant,  à la  cathédrale  du  Puy,  une  fresque  représente  le  Chris! , dans  son 
hiilrée  h Jérusaleniy  monte  sur  un  cheval  blanc! 


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! ' 


1 

’ 

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1 


268 


l'art  profane  a l’église 


Missoii,  à la  fin  du  xyii^"  siècle,  descendit  dans  les  caveaux  de  la 
basilique,  sous  la  chapelle  où  repose  le  corps  de  saint  Pierre,  et  nous 


Fig-.  287  bis. 


en  compte  une  bonne,  comme  disait  de  Villemessant  ; nous  lui  lais- 
sons la  parole  et  la  responsabilité  de  sa  glose  : 

J’ay  remarqué  à Tentrée  de  ces  grottes.,  une  bulle  gravée  en  marbre, 
par  laquelle  il  est  défendu  aux  femmes  d’y  entrer  qu’une  seule  fois  l’an, 
sçavoir  le  Lundy  de  la  Pentecoste  ; et  aux  hommes  de  s’y  présenter  ce 
jour-là,  sur  peine  d’excommunication  contre  les  uns  et  contre  les  autres. 
Ces  lieux  sont  obscurs  ; le  sacristain  nous  a dit  qu’une  avanture  galante 
avoit  donné  lieu  à ce  réglement  b 


1.  Ne  quittons  pas  Fauguste  temple  de  la  Foi  sans  consigner  diverses  remarques, 
les  unes,  d’ordre  subjectif,  les  autres,  d’ordre  objectif,  qui  s’y  rapportent. 

Au  dehors  de  la  basilique,  les  deux  bras  (a)  de  la  colonnade  du  Bernin  embras- 
sent un  obélisque  d’Héliopolis  dominé  par  une  croix,  — celle  de  la  chrétienté  ou 
la  croix  de  vie  d'Isis,  le  symbole  de  l’organe  mâle  de  la  génération  (h),  — et  flanqué 

a)  Les  anencéphales  qui  rourrent  la  symbolique  partout,  en  dépit  des  intentions  des  maîtres 
de  la  pierre  vive,  et  ont  découvert  que  les  tours  d'une  cathédrale  représentent,  selon  l’exégèse 
envisagée,  les  prédicateurs  ou  Marie  et  l’Eglise;  les  quatre  murs,  les  évangélistes  ou  les  vertus 
cardinales;  le  toit,  la  charité,  etc.,  voient,  dans  les  bras  du  portique  du  Bernin,  deux  membres 
tendus  qui  invitent  les  lidèles  à se  rél'ugier  sur  le  sein  de  l'Eglise,  comme  le  déclare  la  prose 
rimée  d'Edm.  Lafond  : 

Les  colonnades  circulaires 
Du  temple  imi\  erscl  semblent  des  bras  ouverts 
Pour  embrasser  le  monde,  éteindre  l’univers, 

Sons  ses  portiques  séculaires. 

Ces  bras  symboliques  étaient  plus  complets  avant  la  destruction  de  la  partie  antérieure 
qui  fermait  leur  couihe  et  pouvait  à la  rigueur  figurer  les  mains  (fîg.  287  1er). 

(b)  Une  légende  universellement  admise,  et  que  nous  espérons  détruire,  veut  que,  lors  de 


! 


l TA  Lit: 


260 


Fig.  287  1er. 


de  deux  lontaines  géantes  qui  déploient  leur  panache  d’argent  et  « lancent  iour 
et  nuit  un  donble  torrent  »,  lequel,  au  dire  de  l’abbé  Boullroy,  serait  reinblème 
« du  jaillissement  éternel  de  la  grâce  » ! Vous  ne  vous  en  doutiez  pas. 

A 1 intérieur,  près  de  chaque  confessionnal  cosmopolite  se  dressent  de  lon«-ues 
baguettes  en  osier,  semblables  à celles  qui  servent  à conduire  les  dindons  et*^  les 
oies.  Elles  sont,  ici,  a l’usage  des  ouailles,  autre  espèce  de  « troupeau  »,  confié  à 
Pierre  par  le  Lhrist  (S.  Jean,  xxi.  17),  qui  viennent  « s’écheniller  la  conscience  ». 

Pénitent  agenouillé  en  reçoit  du  pasteur  un  coup  sur  la  tête 
L était  une  coutume  romaine  pour  alfranchir  un  esclave.  A Lorette,  les  iésuites  néni- 
tenciers  passent  la  matinée  en  faction  près  de  leur  guérite,  c’est-à-dire  à la  porte  du 
tribunal  delà  penitence;  ils  frappent  la  tête  de  ceux  qui  n'ont  que  des  péchés 
veniels  et  désirent  quarante  jours  d'indulgences  : leurs  houssines  ou  lignes  à péchés 
sont  noires  et  non  blanches.  Ainsi  s’accomplit  le  jeu  de  mot  de  Jésus  à deux  de  ses 
apôtres  : « De  pêcheurs  de  poissons  je  ferai  de  vous  des  pêcheurs  d’hommes  . » 

l’érection  de  cet  obélisque  sur  l'ordre  de  Sixte-Quint,  - qui  défendit,  sous  peine  de  mort  de 
pousser  aucun  cri  pendant  cette  délicate  opération  confiée  à l’architecte  Fontana,  - les  corder 
« se  c/e^endtrent  SOUS  le  poids  de  l'immense  monolithe  »,  écrit  fabbé  A.  Boulfrnv 
( . ).  Acqiia  aZfe  corrZe.'  De  1 eau  aux  cordes!  clame  tout  à coup  le  marin  Bresca,  de  Sai7 
Remo,  troublant  e trémolo  de  l'orchestre  qui  devait,  comme  au  théâtre,  souligner  cette  scène 
palpitante.  « Le  bourreau  saisit  le  coupalde,  répète  comme  tant  d’autres  G.  de  Léris  M8S01 
pour  le  pendre.  » Mais  Fontana,  « averti  par  ce  cri,  a comjiris  que  les  cordes  tron  ’ 

(p  us  haut  elles  étaient  détendues)  vont  sc  rompre  ; il  les  fait  couvrir  d'eau,  elles  se  ' re.JerrenuZ 
dernier  elfort,  et  1 obélisque  est  sur  son  piédestal  ».  L’érection  du  monument  qui  démrê 
notre  place  de  la  Concorde  n'a  pas  causé  tant  d’émoi.  Bref,  reconnaissant  envers  Llui  oui  n 
uvc  son  œu\re,  Fontana  implore  la  grâce  du  bavard,  l'obtient,  et  Bresca  emporte  en  outre 
a San  Remo  le  privilège  de  la  fourniture  exclusive  des  palmes  à la  ville  et  aux  é-lise^'  He  R ^ ’ 
le  .lourdes  Uameau.v;  lu-ivilége  couse, -vé  depuis  ,,a.- le^  desceudauPs  du  l;;,rd!s:réistnrDZ 


270 


i/aiit  propane  a l’église 


Vatican.  — L’horrible  presbytère  de  Saint-Pierre^  comparé  par 
Zola  à une  « verrue  immense  »,  peut  l’etre  aussi  à un  fruit  savou- 
reux qui,  sous  une  laide  enveloppe,  cache  une  chair  délicieuse. 

Le  motif  central  de  l’escalier,  scala  reggia^  qui  conduit  aux  salles 
principales,  comprend  l’écu  d’Alexandre  Vil  soutenu  par  deux 
Renommées  (lîg*.  288).  C'est  encore  une  œuvre  du  Bernin.  L’une  de 
ces  Renommées  étale  sa  mamelle  et  sa  cuisse  droites,  sans  la  moindre 
mousseline;  elle  est  d’ailleurs  encourag-ée  dans  cette  tenue  immo- 
deste par  le  mauvais  exemple  des  ligures  du  voisinag-e. 

Nous  ferons  une  sélection  restreinte  parmi  les  nudités  que  nous 
rencontrerons  sur  notre  passag^e  ; elles  sont  trop,  comme  à Waterloo. 

A.  Bibliothèque  Vaticane.  — On  ne  voit  aucun  livre  dans  cette 
])ibliothèque,  et  cependant  ses  curiosités  bibliog'raphiques  sont 
aussi  célèbres  que  ses  richesses  artistiques  ; cela  tient  à ce  que  les 
manuscrits  et  les  livres  sont  rangés  dans  des  armoires  dont  les 
portes  se  dissimulent  sous  la  décoration  g-énérale.  Mais  nous  n'v 
trouvons  rien  à relever  ; passons. 

B.  Muséo  Ghrétion.  — Cette  annexe  de  la  Bibliothèque,  fondée 
par  Benoit  XIV,  nous  olFrira  une  larg-e  compensation  à la  pénurie 
précédente.  Ici,  le  Guide  du  chanoine  X.  Barbier  de  Montault,  en 
main,  nous  n'avons  que  l’embarras  du  choix. 

lOiL  Femme  ag-enouillée  et  nue  devant  un  homme  à cheval. 

inènic,  à Venise,  l’c-glise  des  Gesnati  avait  le  monopole  de  la  fourniture  des  torches  })our  les 
enterrements. 

Mais  revenons  à l’ascension  du  monument  égyptien  et  marquons  ensemble  les  contradictions 
de  ses  historiographes.  Avec  M.  de  Léris,  les  cordes  troj)  tendues-  se  resserrent  sons  l’inlluencc 
de  l’humidité  libératrice;  tandis  que  l'abbé  Boulfroy  voit,  après  le  mouillag'e,  l'obélisque  « qui 
commençait  à fléchir,  remonter  de  lui-mème  par  le  seul  effet  de  la  tension  des  cordes  ».  Nous 
])Ourrions  relever  les  mêmes  erreurs  chez  tous  ceux  qui  ont  copié,  plus  ou  moins  mal,  les  uns 
sur  les  autres,  cette  historiette  que  nous  déclarons  apocryphe.  En  effet,  ces  narrateurs  ou  mieux 
ces  copistes  crédules  — ils  sont  légion  — oublient  la  notion  élémentaire  de  pliysi(jue  qui  fait 
fonctionner  l'hygromètre  de  Saussure  : la  sécheresse  resserre  et  raccourcit  le  cheveu;  au  con- 
traii-e,  celui-ci  s'nltonçfe  sous  l'influence  de  l'humidité  atmosphérique.  En  mouillant  les  cordes, 
j)atatras;  elles  % alloiujent,  comme  le  nez  de  nos  narrateurs  devant  cette  démonstration  scienti- 
fi(|ue,  et  leur  légende  tombe  à terre.  Nous  })ouvons  donc  conclure  que  leur  raisonnement  tiré 
par  les  cheveux  ne  tient  qu'à  l'un  deux,  celui  de  Saussure,  G.  Q.  F.  I). 

Aussi  bien,  la  raison  du  prétendu  privilège  s'explique  logiquement  i>ar  des  circonstances 
toutes  naturelles  : le  terrain  et  l'exposition  de  San  Remo  étant  reconnus  comme  des  plus  favo- 
i-ables  à la  culture  du  palmier,  la  famille  Bresca  en  fit  sa  spécialité  sur  une  large  échelle  et 
accapara  la  plus  grande  partie  de  la  vente  civile  et  religieuse  à Rome.  Curieuse  coïncidence  : 
Remo  est  l'anagramme  de  Rome.  Quant  à Sixte-Quint,  il  pouvait  à juste  titre  revendiquer  h* 
surnom  d'Egyptien,  en  raison  de  la  manie,  du  délire  des  hauteurs,  qui  le  possédait  d'ériger  des 
obélisques  aux  quatre  coins  de  la  Ville  Eternelle,  j)ar  vanité,  pour  attacher  son  nom  à l'érection 
de  monolithes  monstrueusement  phalliques  qui  n'ont  de  <f  bel»  que  l'adjectif  contenu  dans  leur 


nom. 


ITALIE 


271 


WÊâ/ij/'E^^P: E- '.  BERifiPo  ’E'X PP^lPp^i'Mli 


Ï^^SIS^,7^dA 


.Hl.:,ill:^ii,üliL 


Fi 


<)• 


288. 


117.  Femme  voilant  sa  nudité.  Un  g-énie 
I autre  pleure...  eaope  | faustina  filia  | zes 


lui  présente  un  miroir  ; 
I ES. 


i 


272 


l’art  profane  a l’église 


118.  Femme  demi-nue. 

127.  Les  Trois  Grâces  nues  et  les  bras  entrelacés  ; émail  vert  qui 
a pour  légende  : gelasia  decori  gûmasia  pie  tezes  et  3ivltis  annts 
vivatis. 

242.  Ongles  de  fer,  à cinq  ou  sept  crochets,  pour  déchirer  les 
chairs,  provenant  de  la  catacombe  de  S.  Sébastien  hors-les-murs,  et 
qui  ont  servi  au  supplice  des  premiers  chrétiens. 

244.  Fouets,  en  chaînes  de  fer  terminées  par  des  balles  de  plomb. 
Sainte  Bibiane  fut  fouettée,  nue,  avec  un  pareil  instrument  de  sup- 
plice. 

243.  Deux  pinces  de  fer  à dents  de  scie  pour  l’extraction  des  seins 
et  des  fesses. 

600.  Peinture  sur  bois  et  à fond  d’or  : la  Vicj'ge  allaitant  V enfant 
Jésus. 

Ce  sujet,  écrit  notre  cicerone,  est  assez  commun  dans  les  ég'lises  de 
Rome.  Peut-être  le  motil  en  a-t-il  été  suggéré  par  ces  paroles  de  la 
liturgie  : 

O (floriosa  Virc/inum, 

Qui  le  creavit  parvulum 
Lac  tente  pu  Iris  uhere  b 

Salle  des  tableaux  du  moven  âge.  IV®  armoire.  N®  4.  La  Reine  des 
Vierges  (xv®  siècle).  La  Vierge  est  entourée  de  plusieurs  saintes, 
entre  autres  sainte  Madeleine,  myrrhophore,  dont  les  longs  cheveux 
couvrent  la  nudité,  et  sainte  Agathe,  tenant  dans  un  linge  ses 
mamelles  coupées-...  En  bas,  cadavre  rongé  parles  vers,  les  cra- 
pauds, les  serpents  et  les  lézards. 

VI®  armoire.  N®  1.  Légeiide  de  sainte  Marguerite.  Attachée,  les 
bras  en  croix,  nue  jusqu'à  la  ceinture,  elle  est  déchirée  avec  des 


1.  Ou  l’idée  en  est  prise  de  l’Ev^angile  : Beaius  venter  qui  te  portavit  et  libéra 
qaæ  suxisti  (S.  Luc,  xi,  27)  et  de  la  liturgie,  qui  dit  dans  un  répons  de  l’octave  de 
Noël  : « Beata  viscera  Mariæ  Vircfiiiis  qiiæ  portnverunt  veterni  Patris  Filiiiin  et 
heata  iihera  qiiæ  lactavernnt  Christiim  Dominum  ».  La  Liturgie  applique  également 
à la  Vierge  ces  paroles  du  Canti({ue  des  Cantiques:  « Exultabinius  et  lætabiiniir  in 
te^  ineinores  uberiini  tuoriiin  super  vinuin  ».  — « Fasciculus  inyrrhæ  dilectus  meus 
mihi,  inter  ubera  inea  commorabiliir  ». 

2.  « Ei  mamilla  abscinditur.  Quo  in  viilnere  Qiiintianum  apellans  virgo  : Criidelis, 
inquit,  tyranne^  non  te  piidet  ampiitare  in  femina,  quod  ipse  in  matre  suxisti?  Mox 
conjecta  in  vincula,  sequenti  nocte  a sene  quodam,  qui  se  Christi  apostolum  esse 
dicebat,  sanata  est.  » (Brev.  liom.) 


îtALlE 


273 


onq-les  de  1er;  puis^  complètement  dépouillée  de  ses  vêtements,  elle 
est  mise  dans  une  chaudière  que  l’on  chaulFe  avec  du  bois. 

XP  armoire.  1.  Légende  de  saint  Nicolas,  Dès  sa  naissance,  il 
sort,  par  excès  de  pudeur,  de  1 eau  dans  laquelle  des  femmes  veulent 
procéder  à sa  première  toilette. 


G.-D.  Chambres  Borgia.  — Situées  au  premier  étage  du  palais, 
elles  furent  construites  en  1494  par  Alexandre  VI,  qui  y mourut. 
Jules  11,  son  successeur,  déclare,  à son  avènement,  qu’il  a horreur 
d habiter  les  appartements  du  père  de  César  et  de  Lucrèce,  et  redoute 
d avoir  sous  les  yeux,  peinte  par  le  Pinturicchio,  ((  l’image  de  ce 
mariane,  de  ce  juif,  de  ce  circoncis  »,  comme  il  le  dit  à Paride  de 
Gi assis,  le  maître  des  cérémonies  pontificales,  « afin  de  n’avoir  pas 
à se  rappeler  sa  mémoire  exécrable  et  scélérate  »b  On  n’est  jamais 
trahi  que  par  les  siens.  Ce  souverain  pontife  habita  donc  les 
((  Chambres  de  Raphaël  » du  second  étage. 

Des  peintures  païennes  et  chrétiennes,  avec  encadrements  d’hydres, 
de  néréides  et  de  sphinx,  se  partagent  la  décoration  de  ces  salles. 
Dans  l’une  des  Chambres,  Alexandre  VI  s’était  fait  peindre,  sous 
le  costume  d un  des  rois  mages,  agenouillé  devant  la  Vierge,  en 
gésine,  représentée  sous  les  traits  de  la  belle  blonde  Julie  Farnèse, 
trop  connue  pour  ses  aventures  galantes-. 

Salle  de  Leon  X.  Les  dieux  et  les  déesses  de  l’Olympe  apparaissent 
sur  des  chars  traînés  par  des  animaux  symboliques,  par  les  nymphes 
de  Diane  ou  les  oiseaux  de  Gypris. 

Salle  des  Sibylles.  Les  Jours  de  la  Semaine  y sont  figurés  dans  de 
petits  médaillons  circulaires  par  les  sept  planètes.  A côté  du  bel 
Apollon,  sur  un  bige  traîné  par  deux  dragons,  « qui  »,  dit  Armen- 
gaud,  ((  resplendit  dans  le  monde,  comme  le  Pape  entouré  de  cardi- 
naux et  prélats  de  sa  cour  »,  Jupiter  conduit  un  char  traîné  par 
deux  aigles,  et  la  voluptueuse  Vénus  met  en  valeur  sa  nudité  triom- 


1.  Cf.  Ch.  Yriarte,  Autour  du  Concile. 

vic'„'a™Tôierd’Mln"n7''l‘;^  religieuses  des  personnaRcs  dont 

CeciUa  Ganeeaui.  t'ïud::“[e  M^^rCa^  Sa^ te T""'' 

tve,  les  charmes  secrets  de  la  femme  du  peintre  qui,  lui,  s'est  reprl^intTentdm 
L ART  PROFANE.  II. 


18 


274 


l'art  propane  a l’église 


pale  (lig.  288).  Le  Vatican  a même  un  culte  particulier  pour  « la 
mère  des  plaisirs  et  des  amours  » ; ses  galeries  hospitalières,  la 


Fif;-.  28S.  — Vendredi,  par  Rapliaël. 


Bihihlioteca  maja  entre  autres',  aljritent  plusieurs  effigies  de  la 
déesse,  toujours  sans  le  moindre  voile. 

Salle  des  Saints.  Vis-à-vis  d’un  jeune  Saint  Sébastien  — l’Apol- 
lon chrétien  — qui  se  contente  d’un  mouchoir  étroit  pour  couvrir  sa 
nudité,  Sainte  Julienne^  mariée  contre  son  gré  à un  gouverneur 
idolâtre,  est  saisie  par  les  bourreaux  qui  lui  arrachent  ses  vêtements. 
Certains  auteurs  croient  reconnaître,  dans  cette  composition,  l’his- 
toire de  la  chaste  Suzanne,  combien  chaste  ici  par  rapport  aux 
mœurs  du  temps  : sa  robe  bleue,  qu  elle  commençait  à retirer  quand 
les  vieillards  impatients  la  saisissent,  ne  découvre  qu’une  faible 
partie  de  sa  poitrine  recouverte  d’une  chemisette  ! 

Les  peintres  du  plafond  de  cette  salle  servent  de  thème  flagor- 
neur à la  glorification  d’Alexandre  VI  et  établissent  par  un  mythe 
égyptien  l’origine  divine  du  taureau  des  Borgia  ! « Ce  taureau,  d’après 
Schmarzow  et  Steinmann,  est  le  bœuf  Apis,  et  ce  dernier  une  incar- 

I.  Vénus  se  présente  de  face  sur  son  char.  P.  Letarouilly,  le  Vatican,  l.  ni, 
pl.  10  et  11. 


ITALIE 


275 


nation  mystique  d’Osiris  et  de  sa  sœur  et  épouse  Isis  desquels  date 
le  commencement  de  la  civilisation.  Isis,  de  son  côté,  se  trouve 
identitiée  à la  lo  des  Grecs  qui,  ti’ansformée  en  vache,  fut  amenée 
jusqu'en  Egypte  ».  Tous  les  épisodes  mythiques  de  la  vie  d'Osiris 
et  de  la  fiction  de  lo,  que  Zeus  confie  à Héra,  alternent  avec  des 
peintures  religieuses  ; cependant,  la  résurrection  du  dieu  dont  Isis 
a reconstitué  les  membres  épars  n'est  pas  traitée  avec  la  franchise 
physiologico-anatomique  de  l’art  égyptien,  tel  que  ce  personnage 
ithyphallique  e.st  représenté  au  temple  d’Abydos. 

E.  Salle  de  bains  du  cardinal  da  Bibbiena.  — Ce  secrétaire  de 
Léon  Xet  auteur  de  la  pièce  ultra-graveleuse  la  Calandra  fît  peindre 
par  Raphaël,  dans  son  riliro  intime,  une  série  de  fresques  mytho- 
logiques dont  nous  ne  pouvons  donner  que  la  liste,  au  moins  celle 
des  compositions  principales  : le  Combat  de  la  Nature  contre  la 
Beauté  et  V Amour,  Vénus  porte  la  main  gauche  sur  sa  poitrine  qui 
saigne  d’une  blessure  ; la  Naissance  de  Venus,  la  déesse  vue  de  dos 
se  tord  les  cheveux;  Venus  et  Cupidon,  assis  sur  des  dauphins; 
Vénus  retire  de  son  pied  une  épine  (fresque  enlevée);  Vénus  et 
Adonis  ou  Ariadne  et  Bacchus,  un  homme  et  une  femme  s’embras- 
sent sous  un  arbre  ; Pan  et  Syrinx  ou  Jupiter  et  Antiope,  une  bai- 
gneuse peigne  sa  chevelure  et  se  tourne  du  côté  d’un  homme  caché 
dans  le  feuillage  ; la  Création  d’Ereehtée  ou  Vuleain  et  Minerve,  etc. 
Autant  de  chefs-d’œuvre  qui  prouvent  par  leur  variété  que  les  fabri- 
cants habituels  des  tableaux  de  piété  ne  peignaient  pas  uniquement 
avec  des  préoccupations  religieuses  et  dans  l’illumination  de  la  foi. 
Mais  la  nigauderie  et  le  bigotisme  de  vertueux  pontifes  les  ont  fait 
recouvrir  d un  badigeon  ou  même  détruire,  reprochant  au  peintre 
de  la  Transfiguration  d’avoir  souillé  son  pinceau  au  service  d’un 
des  cardinaux  les  plus  païens  et  les  plus  spirituels  — pris  dans  le 
sens  temporel  ou  mondain  — du  xvi^"  siècle.  L’un  de  ces  tiarés,  au 
crâne  lézardé  et  à la  cervelle  ratatinée,  Benoît  XIII,  ne  voulait-il 
pas,  lui  aussi,  faire  effacer  les  peintures  du  divin  Sanzio,  au  Vatican, 
pour  y placer  les  faits  et  gestes  édifiants  de  deux  nouveaux  saints 
obscurs  qu’il  venait  de  canoniser?  Cette  bête  à bon  Dieu,  ce  béat 
benêt  de  Benoît  qualifiait  les  chefs-d’œuvre  raphaéliques  de  por- 
cheria,  une  cochonnerie,  au  dire  de  l’abbé  Richard. 


l‘aRT  PROI-'aNË  a f/ÉGLlSli 


C’est  encore  la  sotte  pudeur  qui,  en  1826,  a fait  expulser  du  Vatican 
plusieurs  toiles  dont  l’Académie  de  Saint-Luc  a hérité.  Telles,  les 
Trois  Grâces,  de  Palmale  Vieux  ; /^e^/iSc7j6ee,dePalmale  Jeune;  la  For- 
tune, du  Guide  (hg.  289)  ; 
Lucrèce,  du  Guido  Cagnacci, 
et  Diane  découvrant  la  gros- 
sesse de  Calisto,  du  Titien. 
Mais  dans  leur  nouvelle  instal- 
lation, plusieurs  de  ces  splen- 
dides incarnations  de  la  chair 
tombèrent  du  Gharybde  pon- 
tifical en  un  Scvlla  municipal 
et  furent  soumises  à la  for- 
malité puérile  et  vénale  du 
rideau.  Proh  piidor  ! Malgré 
cet  ostracisme, le  Vatican  abrite 
encore  assez  d'œuvres  charnel- 
les pour  défrayer  nos  descrip- 
tions indiscrètes. 


F.  Arabesques  de  Raphaël. 

— Ce  sont  les  décorations  des  jDÜastres  de  la  galerie  du  second  étage 
que  Giovanni  da  Udine,  inspiré  par  le  génie  du  maître  des  maîtres, 
a diversifié  à l’infini  ; on  donne  à ces  motifs  le  nom  de  grotesques, 
parce  qu’ils  ornaient  surtout  les  grottes.  Ces  multiples  sujets  déco- 
ratifs, où  le  nu  domine,  n’ont,  à part  leur  grâce,  aucune  relation 
entre  eux;  ils  se  succèdent  au  gré  du  caprice  de  l’artiste  et  sont 
encadrés  d’arabesques  variées.  Nous  y trouvons  des  satyres,  des 
néréides,  des  naïades,  des  centauresses,  des  nymphes,  des  syl- 
phides, des  amours,  des  gnomes,  des  psylles,  des  goules,  des 
monstres  marins  ; on  y reconnaît  aussi  Diane  d'Ephèse,  la  charité 
païenne  (fig.  293),  et  la  Caritas  chrétienne  (fig.  291,  292).  Tout  ce 
monde  s’agite  au  milieu  d’un  gracieux  fouillis  de  rosaces,  de 
branchages,  de  feuillages,  émaillés  de  fleurs  et  couverts  de  fruits 
où  voltigent  des  insectes  et  des  oiseaux  de  Vénus. 

G.  Loges  de  Raphaël.  — Les  petites  coupoles  des  voûtes  sont 
ornées  de  nombreuses  peintures  dont  les  sujets  sont,  pour  la  plu- 


Fig.  289. 


ITALIE 


277 


part,  tirés  de  1 Ancien  Testament;  aussi,  appelle-t-on  cette  suite  de 
tableaux  religieux  la  Bible  de  Raphaël.  Certains  offrent  les  désha- 


Fig'.  291 . 


billes  traditionnels,  tels  : la  Présentation  d'Eve  à Adam  (tlg  ;]0t  ) 
ou  a c^pagne  du  premier  homme  ne  cache  que  ses  seins,  ”en 
sant  les  bras  sur  sa  poitrine,  ce  qui  est  un  anachronisme,  _ la  pudeur 


278 


l’art  profane  a l’église 


était  inconnue  avant  « le  fruit  défendu  — le  Péché  originel^ 
Bethsahée  au  hain\  le  Déluge,  etc. 


II.  Salle  des  Saints  des  Chambres  de  Grégoire  XIII.  — L’une  est 


1.  La  Bible  ne  spécifie  pas,  mais  il  est  évident  qu’il  s’agit  du  fruit  de  la  cou 
ception. 

2,  Réveil,  tome  xv,  pl.  44. 


ITALIE 


279 


au  premier  étage  des  Loges,  et  l’autre  au  second.  Saint  Jacques 
Majeur  tient  une  statuette  d’une  Diane  d'Ephèse,  dont  les  nombreuses 


Fig-.  298. 


Fig-.  299. 


mamelles  signifient  la  Bonte  ^ on  y lit  cette  inscription  chrétienne 
Qiiærite  Dominum  in  bonitate. 


I.  Pinacothèque.  Galerie  de  tableaux. 

— La  plus  haute  conception  du  génie 
de  Raphaël  et,  en  même  temps,  son 
chant  du  cygne,  la  Transfiguration, 
nous  intéresse  par  1 épisode  du  jeune 
possédé  que  les  apôtres  se  déclarent 
incapables  de  guérir.  Sa  mère  les  con- 
jure, à genoux,  de  faire  de  l’exercice 
illégal  de  la  médecine  ; la  moitié  de  son 
torse  est  a nu  ; elle  tourne  le  dos  aux 
spectateurs  et,  par  suite,  réserve  la 


vue  de  son  sein  gauche  aux  seuls  colla- 


Fig-.  300. 


borateurs  du  Christ,  qui  peuvent  en 
jouir  tout  à leur  aise. 

Les  Vertus  théologales  du  Sanzio  faisaient  partie  de  la  fameuse 
Déposition  de  la  Croix  de  Saint-François  des  Pères  conventuels  de 
Pérouse,  actuellement  au  palais  Borghèse.  La  Charité  302),  au 
corsage  boutonné,  est  assaillie  par  cinq  orphelins  qui  se  disputent 
ses  mamelons,  déjà  pris  d’assaut  par  deux  petits  gloutons  qui  ((  v 
sont  et  y restent  »,  selon  la  hère  devise  du  vainqueur  d’un  autre 


mamelon  de  Malakoll’.  Chaque  Vertu  est  assistée  de  deux  génies  ou 


T 


I 


280 


t/art  profane  a l’église 


amours,  munis  d’ailes  et  de  vêtements;  toutefois,  ceux  qui  accom- 
pagnent la  Charité  pudique  ne  voilent  rien. 


Fig.  30 J. 

J.  Chambres  de  Raphaël  — Chambre  de  la  Segnatnra. 

Des  scènes  mythologiques  et  bibliques  de  la  voûte  symbolisent  avec 
les  larges  peintures  des  parois  et  les  ligures  allégoriques  du  sou- 
bassement  les  quatre  directions  suivies  par  l’homme  dans  la  vie 
intellectuelle.  A l’un  des  angles  de  la  voûte  est  représenté  le  Supplice  de 
Marsyas,  par  Raphaël  (lîg.  302  bis).  Apollon  nu,  vu  de  dos,  fait  écor- 
cher le  jeune  joueur  de  flûte  pour  le  punir  de  sa  téméritéh  Aux  soubas- 


1.  Que  penser  de  ce  dieu  de  l’harmonie  qui  puise  l’inspiration  poétique  dans  un 
tel  spectacle;  n’cst-ce  pas  l’image  allégorique  la  plus  frappante  de  l’envie  féroce  des 


ITALIE 


281 


sements,  parmi  les  fresques  de  Pierino  del  Vag*a,  la  Philosophie  se 
fait  remarquer  par  sou  siège  en  marbre  reposant  sur  des  Dianes 


Fig.  30:2.  — Roproduction  par  Armengaucl  dans  les  Galeries  de  l’Europe, 


d’Eplîèse,  aux  multiples  mamelles.  Les  couleurs  de  sa  tunique  rap- 
pellent les  quatre  éléments  : le  bleu  (LAir),  le  rouge  (le  Feu),  le 
vert  avec  des  poissons  (l’Eau),  le  bitume  avec  des  fleurs  (la  Terre)b 
Chambre  de  VIneendio.  U Incendie  del  Borgo  Vecchio  montre 
des  hommes  entièrement  nus;  entre  autres,  un  groupe  évoque  le 
souvenir  d Enée  portant  son  père  Anchise,  et  suivie  de  sa  femme, 
après  l’incendie  de  Troie.  Cet  embrasement  est  si  peu  terrible  que 
personne  ne  se  presse  de  fuir.  Les  femmes  qui  perdent  la  tête 
dans  le  danger  et  en  toute  occasion,  sont  échevelées,  il  est  vrai. 


artistes,  invidia  artifîcum,  dont  Ijcauconp  n’ont  pas  recnlê  devant  le  crime  pour  se 
défaire  d’un  rival  gênant,  on  soustraire  à un  camarade  un  secret  de  métier,  comme 
André  del  Gastagno  qui  assassina  Dominique  afin  de  ])osséder  seul  le  secret  de  la 
peinture  à riuiile? 

l.  Cette  chambre  pourrait  encore  s'appeler  apollinaire,  en  raison  de  la  tri])le 
représentation  du  Irère  de  Diane.  Nous  connaissons  l’Apollon  de  VEcorehemeni  ; 
voici  celui  du  Parnasse  <pii  joue  du  violon,  comme  les  chérubins,  dans  un  bois 
d oliviers  : primitivement,  il  jiinçait  de  la  lyre,  jugée,  dit-on,  troj)  païenne  et  sup- 
primée par  Raphaël,  bien  que  le  bourreau  de  Marsyas  tienne  cet  instrument  et  que 
\ Ecole  d Athènes  de  la  même  salle  soit  l’apologie  et  l’apothéose  des  philosophes  du 
paganisme.  P]nfin,  au  fond  de  cette  peinture  murale  se  dresse  un  immense  portique 
décoré  des  statues  de  Minerve  et  d’Ajiollon  nu  et  la  harpe  à la  main,  réminiscence 
d un  des  captifs  du  mausolée  de  Jules  II,  par  Michel-Ange. 


r/ART  PROFANE  A i/ÉOLISE 


•28  ■ 


mais  elles  ont  pris  le  temps  de  se  vêtir;  quelques-unes  seulement 
sont  k demi  nues.  La  délicatesse  de  Raphaël  — par  opposition  à la 


Fig-,  302  his 

foug-ue  de  Michel-Ange  — évite  les  effets  de  la  plastique  dans  les 
tableaux  religieux.  Pourtant,  au  premier  plan,  une  jeune  femme, 
qui  se  montre  de  dos  et  porte  un  vase  sur  ses  cheveux,  qu’elle  avait 
pris  le  temps  de  tresser,  est  connue  « pour  ses  formes  majestueuses 
si  accusées  par  le  mouvement  des  draperies  (fig.  302  fei')  ». 

A droite  de  cette  fameuse  fresque,  vers  la  partie  supérieure  du 
volet  de  la  fenêtre,  se  trouve  un  détail  d’ornementation  singulier, 
constitué  par  un  corps  féminin  irréel,  muni  de  seins  et  d'organes 
accusés  (fîg.  303).  Nous  avons  rencontré  une  chimère  identique  sur 
la  sculpture  de  Bernardo  Scultati  et  Giovanni  di  Knibe,  k Santa 
Maria  delP  Anima. 

Au  plafond,  entre  autres  motifs  symboliques,  conçus  et  exécutés 
dans  ses  ovales  k fond  d’or  par  le  Pérugin^  mais  que  nul  n a encore 


ITALIE 


283 


pu  expliquer,  nous  attirerons  rattention  sur  celui  qui,  en  attendant 
mieux,  a été  appelé  Le  Christ  en  gloire.  Nous  avons  supprimé  la 


Fig.  302  ter.  — Reproduite  par  Armengaud  dans  les  Galeries  de  VEurope. 

nichée  d’ang-elots  ou  de  chérubins  qui  volettent  dans  les  espaces 
vides.  Le  Rédempteur,  qui  semble  jouer  ici  le  rôle  de  Juge  suprême 
aux  assises  du  Jugement  dernier,  est  placé  entre  la  Justice  ou  saint 
Michel  et  une  pécheresse  repentie,  dont  la  mise  et  l’attitude  sont 
celles  de  la  Madeleine  ; si  ce  n est  elle,  c’est  assurément  une  de  ses 
consœurs  en  libertinage  (fîg.  303  />w). Certains  « explicateurs  » ont 
découvert  la  Foi  dans  ce  personnage  énigmatique. 

Salle  de  Constantin.  Des  figures  symboliques  décorent  les  murs 
des  Stanze  et  sont  le  complément  des  Vertus,  Allégories  et  Em- 
blèmes que  Sixte  A fit  peindre  dans  la  Bibliothèque.  Ici,  nous  voA^ons 
Injustice  (ûg.  304)etlaC/ia/T7é(fig.  304  ôw),  aux  côtés  d'Urbain  Ri’; 
elles  ont  été  peintes  à riiuile  par  Jules  Romain,  d’après  les  cartons 
de  Raphaël.  Les  seins  de  la  Carita  sont  occupés  par  deux  nour- 
rissons avides,  munis  de  caleçons  de  bain;  la  Giustizia  n'n  que  le  sein 
droit  à nu  ; elle  appuie  la  main  gauche  sur 

Une  autruche  pesante  au  long  cou  dégarni. 


284 


t/art  profane  a l’église 


A quoi  rime  ce  rapprochement  de  la  Justice  et  de  l’oiseau  chameau 
des  Turcs,  renommé  par  sa  bêtise  et  sa  g-loutonnerie  ; l’emblème 
ordinaire  de  la  Syna- 
gogue, qui  dépose  et 
abandonne  ses  œufs 
dans  la  poussière? 


3o:l 


Fis-.  303  bis. 


Autre  bizarre  conception  du  même  peintre  : V Innocence  (fig.  305) 
qui  assiste  Léon  L»'  avec  la  Vérité  ionie  nue  (PI.  Xlll),  porte  un 
corset  à losang-es  ajourés  qui  mettent  seins  et  mamelons  en  évidence. 
Etrange  costume  pour  une  figure  qui  personnifie  la  Pudicité.  Sa  sœur 
de  Pise,  la  Vergonosa.,  offre  une  particularité  aussi  peu  logique  : elle 
se  cache  la  figure  avec  les  doigts  écartés.  Relevons  au  passage  une 
singularité  de  la  symbolique  : la  colombe  est  à la  fois  l’emblème  de 
V Innocence  et  celle  de  son  contraire,  la  Luhricité\ 

Aux  côtés  de  Clément  V\  la  Modération  (fig.  306  bis)  montre  son 
sein  droit  et  la  Bonté  (fig.  306)  découvre  franchement  son  sein  gauche, 
organe  qui  n’a  aucun  rapport  symbolique  avec  la  douceur  d’âme,  à 
moins  quTl  ne  soit  gonflé  de  lait,  il  caractérise  alors  la  Charité. 
Peut-être  cette  Vertu  indique-t-elle  ainsi  la  région  qui  abrite  le  cœur? 

Barbier  de  Montault  signale  encore  la  Substance  (Substantia), 
sous  les  traits  d’une  femme  u dont  le  principal  attribut  est  le  lait  de 
son  sein  qui  nourrit  l’enfant  ». 


l^LAXCUE  XI  II 


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ITALIE 


285 


K.  Antiques,  a.  Le  Nouveau-Bras.  — Nudités  remarquables, 
mais  en  nombre  restreint,  tout  au  plus  une  quarantaine  de  marbres  : 
Uli/ssc  au  milieu  des  sirènes; 

Diane  apereevant  Endi/mion  en- 
dormi; le  Faune  à Venfant;  le 
% 

Faune  au  repos;  Vénus  Anadyo- 
niène.  Une  mosaïque,  qui  occu- 


«eu 

Fia-.  304 


D’après  Armengaud. 


Fig.  304  his. 


pait  le  milieu  de  l’abside,  reproduit  une  Nature  sous  la  forme  de 
Diane  d Fphèse,  dont  les  multiples  mamelles  fécondent  les  plantes 
et  les  animaux.  Notons  encore,  mais  comme  exception,  une  Pudi- 
cité; celle-ci,  rara  avis,  strictement  habillée. 

b.  Musée  Ghiaramonti.  — Autres  divinités  dévêtues  : Torse 
d Héhé;  autel  en  marbre  pentélique  avec  une  Vénus  et  des  scènes 
bachiques;  Faune  dansant;  Nymphe  allaitant  Jupiter  enfant  ; la 
Vénus  du  Vatican^  dont  les  vêtements  retenus  au-dessous  du  pubis 

1.  Les  Seins  à l’église^  üg.  119. 


286 


l’art  PROFAME  A i/ÉGLISE 


ne  demandent  qu’à  tomber;  Cupidon  adulte,  dit  « le  bandeur  d'arc  »>, 
par  Praxitèle,  clief-d’ceuvre  qui,  sur  le  témoig-nage  de  Pline,  inspira 


Fiu,-.  3U.‘).  — L’[nnoccuza. 

O 


une  passion  analogue  à celle  de  la  Vénus  de  Cnidc ; Hijacinthe 
aimé  d'Apollon  et  changé  en  fleur;  la  Volupté  qui  aguiche  les  libi- 
dineux en  relevant  ses  jupes,  d’une  main,  tandis  que,  de  l’autre, 
elle  tient,  comme  Marie-Madeleine,  un  vase  de  parfums  enivrants. 


C.  Musée  Pie-Clémentin. 


Après  un  court  arrêt  devant  les 


rr  A L 1 E 


287 


portraits  eu  pied  de  Caïus  Galigiila,  de  SeiDtime-Sévère  et  d’IIercule- 


Fig'.  306.  — Mansuetudo. 


Commode,  tous  in  natui'aliJjus,  poursuivons  notre  inventaire  dans 
la  galerie  la  plus  importante  des  déités  païennes,  dont  les  voûtes 
sont  couvertes  d’académies.  Voici  Apollon  du  Belvédère;  Antinoüs ; 


‘>88 


l'a  UT  PROFANE  A l’ÉCU.  ISE 


le  Torse  du  Belvédère  ; Laocoon  et  ses  deux  fils,  enlacés  par  des 
serpents;  le  Triomphe  de  Bacchus ; Ariane  abandonnée  dans  l’île  de 


Naxos  (fig-.  307),  le  sein  gauche  à l’air,  prise  longtemps  pour  Cléo- 
pâtre; Vénus  accroupie^  vêtue  seulement  du  bracelet  des  dames 
romaines, mais  dans  une  si  pudique  attitude  qu’elle  défie  toute  indis- 
crétion. 

Admirons  encore  les  bas-reliefs  du  Triomphe  de  Bacchus  et 
d'Ariane  et  du  Triomphe  de  Junon;  Vénus,  copie,  dit-on,  de  la 


1.  Les  Seins  à l’é^lise^  üg’.  11^^. 


1 en  lis  de  Cnide,  recouverte  d'une  draperie  (en  fer-blanc)  moderne  ; 
Diane  d Ephèse ; Actions  de  grâces  à Esculape^ ; Vénus  et  Apollon  ; 


Fig.  307. 

Chèvre  allaitant  son  chevreau  (fig-,  308);  le  Discobole  se  préparant, 

puis  lançant  son  disque  ; les  deux  Pugilatcurs,  de  Canova  ; le  Persée, 

l’amant  d’Andromède;  Apollon  Sauroctone  (tueur  de  lézards),  et 

bien  d autres  statues  ou  bas-reliefs  mythiques  hors  série  ( fia-  300 
310).  ^ V . 

Nous  avons  tenu  en  réserve  le  plus  curieux  des  bibelots  : le  bronze 
célèbre  représentant  l’organe  de  la  génération,  dressé  sur  la  crête 


1.  Les  Seins  à Véglise,  fig.  1. 

- II. 


I,  AKT  PROFANE. 


19 


290 


l'art  profane  a l'église 


d’un  coq.  On  lit  sur  le  piédestal  cette  inscription  : xo7o.o'j, 

le  Sauveur  du  monde  ! 


d.  Musée  Grégorien.  — 

Parmi  les  antiquités  étrus- 
ques, un  vase  peint  à plu- 
sieurs couleurs  développe 
les  différents  incidents  de 
VEnfance  de  Bacchus  : 
Mercure  apporte  le  dieu  du 
vin  à Silène  et  trois  jeunes 
nymphes  offrent  leurs  ma- 
melles au  nouveau-né,  qui 
ne  sait  à quel  sein  se  vouer. 


12"*  Jardins  du  Vatican. 

— Pendant  son  séjour  à Rome,  en  1671,  le  marquis  de  Seignela}" 
s'étonne  de  trouver  au  « petit  jardin  » plusieurs  figures  de 
Vénus,  qu’on  ne  pouvait 
confondre  avec  la  Vierge. 

Il  vit  dans  une  niche 
une  Vénus  avec  un  petit 
Amour  auprès  d’elle  ; 
dans  une  autre  niche,  une 
seconde  Vénus,  appelée 
la  « Honteuse  »,  de  se 
trouver  dans  pareil  lieu, 
sans  doute.  Mais  le  Vati- 
can, vous  l’avez  vu,  four- 
mille de  pareilles  sur- 
prises. 

De  Lalande,  un  siècle 
plus  tard,  note  avec 
non  moins  d’étonnement, 
dans  le  petit  pavillon  ou 
Casin  bâti  par  Jules  II,  au  milieu  de  la  cour  Ovale,  « une  cuvette 
avec  des  enfants  qui  pissent  continuellement,  dont  les  jets  se 
croisent  j cette  polissonnerie  n a aucun  mente  du  cote  de  1 ait. 
Enfoncé  le  Manneken-Pis  bruxellois,  savez-vous  ? 


ITALIE 


291 


Jules  Gourdaiilt,  dans  r//a/ie,  ne  donne  qu'une  appréciation 
générale,  mais  elle  a son  prix  : 

La  laineuse  Villa  Pia  (^Casino  ciel  Papa)^  le  Gasin  de  Pie  IV  (1560), 
est  bien  drôle,  et,  malgré  son  nom,  elle  n’a  rien  de  pie.  C’est  le  seul  juge- 


ment que  je  trouve  à porter  sur  ce  nec  plus  iiUra  de  débauche  architec- 
turale. FaUes-y  deux  tours,  je  vous  prie,  et  dites-moi  par  quel  effort 
d’imagination,  vous  vous  représentez  le  saint  Pontife  lisant  son  bréviaire 
dans  ce  huen  retira  anacréontique,  où  de  chaque  feston  de  verdure,  de 
chaque  rocaille,  de  chaque  chant  d’oiseau  s’exhalent  un  mvstérieux  fris- 
sonnement de  volupté  et  les  plus  pénétrants  parfums  aphrodisiaques. 


Aussi,  est-ce  dans  ce  bosquet  que,  selon  Bædeker,  le  pape  donne 
parfois  audience  aux  dames. 

Enfin,  nous  empruntons  à Ch.  Yriarte  le  dessin  de  la  Vipne  du 
pape  Jules  du  jardin  pontifical  (fig-.  311).  C’est  un  portique  cou- 
ronné d une  balustrade  soutenue  par  une  dizaine  de  cariatides  à 


game,  portant  un  torse  féminin  richement  meublé  et  découvert  jus- 
qu au  pubis  inclusivement,  ce  qui  n’est  pas  positivement  un  sio'Qe 
de  pudicité.  " ^ 

On  conçoit  que  dans  ce  milieu  paradisiaque,  les  papes  refusent 
comme  l’a  fait  Pie  IX,  « le  prisonnier  du  Vatican  »,  sous  couleur 


l’art  profane  a l’église 


^9^ 


de  protestation,  de  sortir  du  palais  pontifical  et  de  mourir  dans  ce 
cachot  enchanteur,  sur  la  paille  humide  dont  on  a vendu  des  échan- 


Fig.  311. 


tillons.  Qu’ils  continuent  donc  à suivre  l’exemple  de  cette  dame  de 

volupté,  citée  par  Brantôme,  qui,  pour  plus  grande  sûreté,  fît  son 

paradis  en  ce  monde  : c’est  autant  de  pris. 

Les  palais  où  les  pontifes  avaient  l’habitude  de  faire  leur  retraite 

estivale  étaient  décorés  de  statues  et  de  tableaux  qui  n’avaient  bien 

souvent  que  des  rapports  fort  éloignés  avec  la  religion.  En  1765, 

raconte  de  Lalande,  le  Pape  avait  coutume  de  prendre  le  café  dans 

un  Casin  du  palais  de  Monte  Cavallo  : « Il  y a,  dans  le  jardin,  une 

fontaine  où  une  femme  assise  donne  à téter  et  un  Adrien  nu.  dans 

/ 

un  bosquet.  » 

La  Villa  cil  papa  Giulio  appartenant  à Jules  III,  dont  la  chape 
était  couverte  de  nudités  des  deux  sexes,  comme  on  le  voit  sur  une 
de  ses  médailles  (fîg.  312)  et  mieux  sur  son  buste,  à Florence*. 
Cette  villa  est  ornée  d’un  grand  nombre  de  peintures  païennes 
représentant  silènes,  satyres,  Vénus  et  autres  déités  de  l’Olymi^e. 
Aux  voûtes,  des  rondes  de  nymphes,  la  Grossesse  de  Calypso.^ 


1.  Les  Seins  à l’église^  fig.  52,  53. 


ITALIE 


293 


dos  bacchanales  voisinent  avec  les  Verius  théologales^  la  croix  et  le 
calice  du  saint  sacrifice  de  la  messe  (fig*.  313). 

Mais  c’est  assez  prendre  l’air  des  jardins  pontificaux,  retournons 


au  plais  vaticanal  par  l’escalier  royal,  sous  l’œil  des  Renommees 
dégingandées  et  dégrafées  que  nous  connaissons.  Au  premier  étage 
avant  de  pénétrer  dans  la  célèbre  chai^elle  Sixtine,  visitons,  en  coup 
de  vent  sa  voisine  de  face,  la  chapelle  Pauline,  construite  sous 

au  111,  le  glouton  qui  mourut  subitement  après  avoir  mangé  deux 
melons  à son  dîner. 


l3o.  Chapelle  Pauline.  — Tout  en  jetant  un  rapide  coup  d’œil  sur 
la  fresque  du  Crucifiement  de  Saint  Pierre',  nous  y remarquerons 
que  le  martyr  est  crucifié  la  tête  en  bas,  sur  sa  demande,  se  trou- 
vant indigne  de  prendre  l’attitude  du  Sauveur...  et  des  larrons.  En 
outre,  Michel-Ange  l’a  représenté  dans  un  état  de  nudité  absolue  ; 
1 a,  du  reste,  supprimé  tout  accessoire,  maison,  arbre,  etc  pour 
concentrer  tout  l’intérêt  sur  le  protagoniste  de  cette  scène  tra- 
gique. On  pourra  constater  aussi  que  les  organes,  très  réduits  sui- 
vant 1 esthétique  michelangesque,  ne  suivent  pas  les  lois  de  la 
pesanteur:  mais  c’est  un  peu  chercher  la  petite  bête  ou  midi  à 
b heures  et  demie  (lig.  313  hisy. 


Les  Seins  à l'église,  %.  38  his 

qu.  elle  devait  se  marier,  - rcs.somhlait  à votre  personnage  .i,  ’ 


294 


t/art  profane  a l'église 


14''  Chapelle  Sixtine.  — Cette  salle,  dont  Sixte  IV  a choisi  rem- 
placement et  à laquelle  il  a laissé  son  nom,  serait  mieux  appelée 
Michelanjesquc,  car  elle  renferme  les  principales  œuvres  picturales 


Fig.  313  his.  — Reproduite  par  Armengaud,  dans  les 
Galeries  publiques  d’Europe. 


de  Buonarroti,  /’uom  di  quattr  aime,  l’homme  aux  quatre  âmes, 
selon  l'heureuse  expression  de  Pindmonte  : architecte,  sculpteur, 
peintre,  poète,  sans  compter  Pâme  qu’il  réservait  au  culte  de  Vit- 
toria  Golonna.  A l’appel  de  Jules  II  (f  1513),  successeur  et  neveu 
de  Sixte  IV,  il  enlumine  la  voûte  de  fresques  dont  le  sujet  est  em- 
prunté à la  Genèse,  et,  ving't  ans  plus  tard,  il  applique  au  mur  de 
l’autel  les  académies  musclées  de  son  Jugement  dernier,  projeté  par 


ITALIE 


295 


Clément  (*[-  J 534),  exécuté  sous  Paul  III  ^ (*[-  1549)  et  découvert 
le  jour  de  Noël,  eu  1541. 

Les  nudités  bibliques  des  compartiments  de  la  voûte  ont  leur 


Fh 


314. 


importance,  et  par  la  qualité  et  parle  nombre;  elles  sont  noblement 
artistiques  et  nullement  sensuelles.  Bien  que  ce  génie  fût  un  chaste, 
son  pinceau  les  recherchait  au  lieu  de  les  éviter;  u il  revêtit  de 
muscles  ses  pensées  sans  se  douter  de  Linconvenance  de  ses  nudités  » , 
dit  Cartier.  Ne  nous  étonnons  donc  pas  d’en  rencontrer  autant  : 


1.  Ihéophile  Gautier  commet  donc  un  anachronisme, 
un  honneur  qui  revient  plutôt  à ses  successeurs  : 


en  attribuant  à Jules  II 


Il  i>loyait  Micliel-Ang-e  avec  son  ])ras  de  f(U’, 

Et,  le  voyant  trenihler,  sachant  (jn'ii  n’était  qu’liomme, 
Au  dôme  colossal  de  Saint-Pierre  de  Rome 
Le  trainait,  en  jurant,  allumer  son  enter. 


29G 


l'art  profane  a l’église 


l’art  et  la  vérité  avant  tout;  peu  lui  importaient  les  scrupules  des 
coccinelles  attardées.  Chaque  tableau  biblique  du  plafond  est  encadré 

d'une  architecture  en  trompe-l’œil  : 
aux  angles,  sont  assises  des  figures 
nues,  sous  forme  de  statues,  que 
Vasari  appelle  des  Ignudi. 

Nous  reproduisons  celle  qui  oc- 
cupe l’angle  supérieur  droit  de  la 
Naissance  d’Eve  ; elle  correspond  à 
la  Sibylle  de  Gumes,  Cumana,  « aux 
seins  pendants  et  lourds  » (hg.  314). 
Cet  adolescent  tient  un  sac  de  glands 
significatifs  : des  feuilles  de  chêne 
accompagnées  de  glands,  d’après  le  chanoine  Morel,  seraient 
l’image  des  avantages  que  l'on  trouve  au  service  du  Seigneur. 

Parmi  les  épisodes 


de  l’Ancien  Testament, 
plusieurs  attireront  et 
retiendront  notre  at- 
tention : 

La  C rca  tionduso le i l 
et  de  la  lune  (üg.  315). 

L’attitude  du  person- 
nage qui  fuit,  le  Génie 
du  Chaos,  chassé  par 
le  Tout-Puissant,  et 
dont  la  draperie  col- 
lante accuse  les  ro- 
tondités postérieures, 
donne  lieu  à une  équi- 
voque : pour  les  esprits  enclins  à la  malice,  il  semble  personnifier 

l’astre  lunaire. 

La  Naissance  d'Eve  (hg.  31  h).  La  compagne  d Adam  fait  son 
entrée  sensationnelle  dans  le  monde  par  le  flanc  gauche  de  son 
époux*,  plongé  dans  un  profond  sommeil  quasi  anesthésique,  imposé 


Fig.  31G. 


1.  Les  flagorneurs  « fuministes  » se  refusent  à voir  Eve  sortie  de  la  côle  d’un 
homme  ; « Ce  sexe  enchanteur,  susurrent  ces  idéalistes,  est  émané,  comme  les  fleurs, 


n'  A L T E 


297 


par  le  chirurg-ien  céleste.  Ignorant  le  péché,  nos  premiers  parents 
sont  apudiques,  aussi  ne  s’occupent-ils  pas  de  cacher  leur  nudité  ; 


Michel- Ange  s'est  bien  gardé  de  commettre  la  faute  de  Raphaël. 
Adam  et  Eve  manr/ent  du  fiuiit  défendu  et  sont  chassés  du  Paradis 


(fig.  dl7).  Le  démon  tentateur  prend  ici  la  forme  d'une  femme 
chevelue  — ce  qui  est  un  contre  sens  sur  lequel  nous  nous  sommes 
suffisamment  expliqué.  Les  cuisses  de  cette  lamie  finissent  en  queue 

cl  un  rayon  céleste  » ; mais  les  contempteurs  du  sexe  qui  nous  mène  par  le  bout  du 

nez  et  de  ses  nénets  ripostent  : « comme  le  gratte-cul  de  la  rose  cl  la  chenille  du 
papillon  O. 


298 


l’art  profane  a l’églisk 


de  serpent  et  s’enroulent  autour  de  l’arbre  de  la  science  du  bien  et 
du  mal. 


Fig-. 


319. 


La  position  des  g-énitoires  d’Adam,  à la  hauteur  de  la  figure  d’Eve, 
exprime  d’une  façon  un  peu  vive  l’ignorance  où  nos  chastes  parents 


ITALIE 


209 


Fis-.  320  bis. 


T I’JHm 

ëT'^îfT  ‘ vT/K 

1 ' 11^ 

A ilim^  1 < aBK-»" 

M <^v 

Fig-.  321.  — Le  prophète  Daniel.  Reproduite 
par  ArmengaïuL 


Fig-.  322.  — Jérémie. 


300 


i/art  profane  a l’église 


étaient  delà  pudeur.  Mais,  par  contre,  Buonarroti,  dans  V Expulsion 
du  Paradis,  toujours  fidèle  au  texte,  transforme  leurs  corps  en  ceps 
de  vig*ne. 

Le  Déluge.  Les  nombreux  fugitifs  sont  tous  strictement  nus, 


Fig'.  323.  — Sibylle  Delphica. 


pour  indiquer  qu’ils  ont  été  surpris  durant  leur  sommeil  par  l’en- 
vahissement des  eaux,  « quand  toutes  les  fontaines  du  grand  abîme 
furent  rompues  et  les  bondes  des  deux  furent  ouvertes  ».  La  femme 
alfalée  au  premier  plan  (fig.  318)  est  la  seule  peut-être  qui  a du 
linge,  mais  elle  l’emploie  à se  couvrir  la  tête. 

IJ  Ivresse  de  Noé  (fig.  319).  Par  une  contradiction  choquante,  les 
enfants  du  patriarche  montrent  sur  eux-mêmes  ce  qu’ils  veulent 
cacher  sur  leur  père  : la  poutre  et  la  paille. 

Les  intervalles  des  tableaux  de  l’Ancien  Testament  sont  occupés 
par  des  scènes  diverses,  tel  le  Bonheur  conjugal  (fig.  320)  où 
se  traduit  surtout  le  bonheur  d’un  petit  polisson  qui  fourrage  le 


I TALI  E 


301 


corsag-e  maternel.  Mais  c’est  principalement  dans  le  voisinage  des 


pendentifs  consacrés  aux  colossales  ligures  des  Prophètes  ^ (lig.  321 


1.  Sous  Ezecliiel,  on  voit,  d’un  côté,  une  femme  au 
dans  le  sommeil  (fig.  320  his),  et,  de  l’autre,  la  môme 
et  portant  son  enfant. 


terme  de  sa  grossesse,  plongée 
lemme  eveillee,  devenue  mère 


302 


i/aut  profane  a l’église 


322)  et  des  Sibylles  (lig.  323)  que  se  réfugié  le  nu,  à la  retombée  des 
arcs  de  la  voûte  et  sur  les  cariatides  couchées  ou  debout  de  la  cor- 
niche. Tous  ces  motifs  dévêtus  se  présentent  sous  les  aspects  les 
plus  variés  : Michel- Ange,  vous  le  savez,  s’elforçait  de  « ne  jamais 
faire  le  même  contour  ».  Delà,  certaines  attitudes  forcées  de  « corps 
convulsés  »,  que  nous  rencontrerons  surtout  dans  le  Jugement  et 
qui  rappellent  parfois  les  contorsions  de  elowns,  maillot  bas. 

Le  Jugement  dernier  (fig.  324)  h Cette  immense  cataracte  de 
damnés,  suivant  l’expression  imagée  d'Emilio  Gastelar,  qui  tombent 
blessés  par  l’implacable  sentence  du  Juge  incorruptible;  ces  gigan- 
tesques tableaux  vivants,  agités  par  le  souille  d une  inspiration 
tumultueuse,  où  l’on  reconnaît  le  lion  à sa  grille,  ex  linge  leonem^ 
devraient  être  accompagnés,  au  dire  d’Iluysmans,  du  Dies  iræ, 
« l’hymne  désespérée  du  moyen  âge  ».  Pour  Delacroix,  cette  con- 
ception de  trois  cents  ligures  titaniques,  qui  matérialisent  le  récit 
dantesque,  « c’est  la  fête  de  la  chair!  » D autres  voient,  comme  dans 
la  Divine  Comédie^  la  fusion  du  paganisme  et  du  christianisme,  de 
Zeus-Jésus  tonnant  et  de  Caron  « aux  yeux  de  braise  »,  tous  deux 
courroucés, aux  deux  extrémités  de  la  puissante  et  immortelle  page. 
Le  Christ  fulmine  contre  les  damnés  la  terrible  excommunication  : 
liecedite  a me,  maledicti,... 

Quelques  mitro  ou  microcéphales  touchés  de  la  grâce  y décou- 
vrent, celui-ci,  ((  une  leçon  de  gymnastique  » ; celui-là,  « une  col- 
lection de  grenouilles  »;  cet  autre,  « une  scandaleuse  peinture  » ou 
encore  « des  ordures  irréprochables  pour  l’art,  non  pour  la  religion  ». 
L’un  de  ces  sacristes  elfarés  place  le  Jugement  de  Fra  Angelico,  dont 
le  pinceau  était  un  goupillon,  bien  au-dessus  de  toutes  les  composi- 
tions similaires  : <(  le  bienheureux  de  Fiesole,  exulte  cet  exalté,  a 
surpassé  tous  les  autres  et  s’est  surpassé  lui-même  ».  Comme  chez 
Nicole!  ! « Dans  ce  fouillis  de  raccourcis  audacieux,  clame  Simond, 
dos  et  visage,  bras  et  jambes  se  confondent;  c’est  un  véritable  pou- 
ding de  ressuscités  h Nous  préférons  le  jugement  de  l’abbé  Boulfroy  : 


1.  Celle  planche,  gravée  au  trait  par  Thomas  Piroli,  reproduit  les  persouuagcs 
sous  leur  asjicct  actuel,  c’est-à-dire  expurgés  par  l’Anastasie  poutificalc.  Les  tîguies 

3ï1G,  327  et  328,  d’après  une  très  aucieuue  gravure,  rétablissent,  eu  quatre  zones 
sensiblement  parallèles,  les  personnages  a leur  premier  état  sans  draperies.  Nous 
attirerons,  plus  loin,  latteutioii  sur  les  parties  qui  ont  été  postérieurement  et 
jdus  particulièrement  recouvertes. 

2.  Joignons  à ces  critiques  sévères  et  injustes  celle,  non  moins  dure,  mais  plus 


I 


TALIK 


303 


« C’est  le  produit  d'iiiie  imagination  fantastique  en  proie  à un 
délire  sublime  ».  Facile  è il  criticar,  difficile  l’arle. 

One  les  dévots,  mitrés  ou  non,  que  les  béats  — dont  l'anagramme 
est  bêtas  — s acharnent  contre  ce  chef-d’œuvre,  rien  de  plus  natu- 
rel ; la  cour  des  miracles  des  papes,  « la  sentine  »,  disait  Pétrarque, 
si  indulgente  pour  les  simonies  et  les  saturnales  de  certains  d’entre 
eux,  à quelques  exceptions  prèsh  a toujours  redouté  l’éclat  de  la 
lumière,  aussi  bien  le  rayonnement  des  belles-lettres  que  celui  des 
beaux-arts,  mais  que  « le  divin  » — nous  dirons  l’arlequin  — Arétin, 
poète  lubrique  par  excellence,  condottiere  de  la  plume,  fasse  chorus 
avec  ces  noirs  Zoïles  et  s’encapuchonne,  pour  la  circonstance, 
dans  le  puritanisme  exclusif  de  la  règle  cistercienne,  voilà  ce  qui 
provoque  le  bon  sens,  vodà  le  comble  du  cynisme  et  de  1 impudence! 
L auteur  et,  selon  la  judicieuse  remarque  de  M.  Romain  Rolland, 
le  modèle  de  1 Hypocrite ^ écrivit  donc  à Michel-^Viige  une  lettre 
peihde  qu  il  publia  quatre  ans  après  1 achèvement  de  la  fresque,  en 
novembre  1545.  11  était,  en  ellet,  peu  satislait  du  maître  florentin 
qui  avait  eu  le  tort  de  ne  tenir  aucun  comjDte  d’une  esquisse  envovée 
par  lui  pour  \q  Jinjeinent^  et  surtout  de  ne  pas  le  combler  de  cadeaux, 
à l’exemple  du  Titien  h 


impartiale  de  Sigalon  qui  a lait  du  Jugement  une  excellente  copie,  exposée  à l’Ecole 
des  Beaux-Arts  : « Maintenant  que  je  contemple  à l’aise  l’immense  tableau  de 
Michel-Ange...  je  trouve  qu’il  porte  un  caractère  frappant  de  hâte...  Avant  la  fin  de 
œuvre,  1 impatience  avait  gagné  l’ouvrier.  Beaucoup  de  figures  du  dernier  plan  ne 
sont  que  des  ébauches  ; pour  se  distraire  et  s’exciter  à finir,  l’artiste  a eu  recours  à 
a antaisie.  La  fresque  de  la  chapelle  Sixtine...  est  moitié  une  œuvre  d’art  moitié 
une  caricature.  Il  est  évident  que  ces  scènes,  qui  dépassent  quelquefois  les  limites 
du  ridicule,  ces  poses  grotesques  ou  obscènes,  indiquent  la  lassitude  du  sujet  et  la 
nécessite  de  rester  dans  l’actualité  pour  achever  l’œuvre  au  moyen  d’une  inspiration 
factice.  Ces  hommes  qui  grimacent,  ces  figures  qui  se  tordent,  ce  sont  des  ennemis 
des  envieux  auxque  s Michel-Ange  a imposé  la  vengeance  de  ses  pinceaux,  comme 
autrefois  le  Dante  leur  avyit  imposé  celle  de  sa  plume...  Michel-Ange  avait  com- 
mence un  tableau,  il  a signé  un  pamphlet.  » 

PoujpuLAT,  Toscane  et  Home,  lettre  28.  Cf. 

1.  loutefois,  rendons  aux  Césars  du  Vatican  ce  qui  est  aux  Césars  du  Vatican  * 
rendons  justice  au  zèle  artistique  des  papes  qui,  depuis  Clément  XII  jusqu’à  Pie  VIl’ 
travaillèrent  a 1 accroiseinent  des  collections  et  principalement  à'  Clément  Xiv’ 
lequel  installa  le  Miiseo  Pio  CLementmo,  avec  la  galerie  organisée  par  Pie  VI 
-.  Vous  trouverez  cette  lettre  in  extenso  dans  le  Michel-Ange  de  M.  llomain  Bol- 
and , nous  n en  extrairons  que  les  passages  les  plus  suggestifs 
«Dans  une  si  haute  histoire,  vous  montrez  les  anges  et  les  saints  ceux-ci  sans 
aucune  honnêteté  terrestre,  ceux-là  privés  de  tout  ornement.  Voyez’ les  Gentils- 
quand  Ils  sculptent,  je  ne  dis  pas  Diane  vêtue,  mais  Vénus  nue,  ils  ha  fon^ecm^^^^ 
avec  la  main  les  parties  qui  ne  doivent  pas  se  découvrir  : et  Voici  qu'm 


i 


304 


l’art  prop\\ne  a l’église 


Trop  de  g’eiis  <(  rentrog'iiez  et  contristez  » ont  suivi  Texemple  de  cet 
ex-larbin  d'Ag-ostini  Chigi  à qui  il  vola  une  tasse  d^argent’,  de  ce 
vil  contempteur,  dont  « la  plume  endiablée  crache  et  éclabousse  », 
comme  celle  de  Giboyer.  Ces  gens  d’esprit  borné  voient  dans  la 
robuste  conception  michelangesque,  d’une  réalité  si  saisissante  et  si 
tragique,  un  impudent  outrage  public  à la  pudeur  et  se  récrient,  en 
se  signant,  contre  ce  ((  chaos  »,  cet  « abus  du  nu  ».  Certes,  une 
pareille  conception  n’est  pas  immaculée;  elle  a ses  taches,  comme  le 
soleil,  et  d’Agincourt  donne  la  note  juste  en  appliquant  à ce  « pin- 
trissime  »,  pittorissimo,  ce  que  Voltaire  pense  d’Homère  qui  som- 
meille quelquefois  : 

Plein  de  beautés  et  de  défauts, 

Le  vieil  Homère  a mon  estime, 

11  est,  comme  tous  ses  héros  ; 

Trop  souvent  outré,  mais  sublime. 

Que  si  jamais  la  chaste  nudité  de  Part  fut  obligatoire,  c'est  bien 
dans  la  scène  de  la  résurrection  : les  morts  ne  peuvent  sortir  de  leurs 
tombes  en  habit  de  cérémonie.  Il  faut  que  les  croyants  en  fassent 
leur  deuil  et  qu'ils  se  résignent  à comparoir  devant  le  tribunal 
suprême  sans  la  moindre  liquette  ou  bavette,  et  Murillo,  lui-même, 
qui,  vous  le  savez,  préféra  la  mort  à la  honte  de  se  découvrir  devant 


estimant  l’art  plus  que  la  foi,  tient  pour  un  spectacle  royal  de  ne  pas  observer  une 
semblable  décence  envers  les  martyrs  et  les  vierges,  aussi  bien  que  le  geste  de 
faire  saisir  un  homme  par  les  parties  génitales,  — tant  qu’une  maison  de  débauches 
fermerait  les  yeux  pour  ne  le  point  voir  ! C’est  dans  une  salle  de  bains  voluptueux, 
non  dans  le  chœur  souverain,  qu’un  tel  style  était  à sa  place. 

((  Ce  serait  un  moindre  crime  de  ne  pas  croire,  que  d’attenter  ainsi  à la  foi  chez 
autrui.  Mais,  jusqu’à  présent,  l’excellence  de  ses  impudentes  merveilles  n’est  point 
restée  impunie,  puisqu’elles  ont  fait  le  miracle  de  tuer  votre  gloire.  Aussi,  ressus- 
citez votre  nom,  en  faisant  des  flammes  de  feu  avec  les  parties  honteuses  des 
damnés,  et  des  rayons  de  soleil  avec  celles  des  bienheureux,  ou  bien  imitez  la 
modestie  des  Florentins,  qui  cachent  sons  des  feuilles  d’or  le  ventre  de  leur  beau 
Colosse  : et  pourtant  il  est  placé  sur  une  place  publique  et  non  en  un  lieu  sacré. 
Que  Dieu  vous  le  pardonne  ! » 

A l’accusation  d’impiété,  l’Arétin-Basile  ajoute  celle  de  vol,  lui  reprochant  d'avoir 
gardé  « le  trésor  » laissé  par  Jules  II  pour  l’érection  de  son  mausolée  inachevé  ; 
bien  mieux,  il  ramasse  dans  la  boue  la  calomnie  répandue  contre  les  mœurs  anti- 
physiques  de  Michel-Ange,  et  insinue  que  Gherardo  Perini  et  Tommaso  dei  Cava- 
lieri,  « seuls  peuvent  disposer  de  lui  ». 

1.  Ce  chaste  incontinent  qui  aimait  la  vertu  chez  les  autres,  ce  « fléau  des 
princes  » ne  chantait  les  louanges  du  Seigneur  ou  des  seigneurs  qu’après  les  avoir 
fait  « chanter  » ; il  se  vautrait  indistinetement  dans  la  dévotion  ou  dans  l’abjection, 
selon  l’occasion  et  le  prolit. 


H»n«üW' 


mm 


Fig.  327.  — Zone  III. 


Fig.  328.  — 


I ' i 


lili 


Zone  IV 


ii'ALiÈ 


305 


un  médecin,  sera  bien  déçu  quand  il  verra  que  son  sacrifice  pudique 
était  inutile.  Aussi  le  thème  du  Jugement  dernier. 

Jour  grand,  où  l’on  verra  le  fils 
Naistre  aussi  tost  comme  le  père, 

est-il  naturellement  fertile  en  nudités  : élus  et  réprouvés  ne  seront 
parés  que  de  leur  peau  jusqu’à  la  consommation  des  siècles. 

D ailleurs,  le  nu  de  Michel-Ange  n’est  pas  inspiré  par  le  désir 
malsain  de  flatter  les  sens  ; nous  connaissons  l’immuabilité  de  ses 
^ principes  artistiques  sur  ce  sujet.  C’est  aussi  l’avis  de  Stendhal  : 

Une  seule  figure  nue  s’adresse  presque  sûrement  à ce  qu’il  y a de  plus 
tend]  e et  de  plus  délicat  dans  1 ame  j une  collection  de  beaucoup  de 
figures  nues  a quelque  chose  de  choquant  et  de  grossier.  Le  premier 
aspect  du  Jugement  dernier  a excité  chez  moi  un  sentiment  pareil 
à celui  qui  saisit  Catherine  II  le  jour  qu  elle  monta  au  trône,  lorsqu’en 
entrant  dans  les  casernes  du  régiment  des  gardes,  tous  les  soldats  à demi 
vêtus  se  pressaient  autour  d elle.  Mais  ce  sentiment  qui  a quelque  chose 
de  machinal,  disparaît  bien  vite,  parce  que  l’esprit  avertit  qu’il  est  impos- 
sible que  l’action  se  passe  autrement. 

Poui  la  composition  de  son  poème,  Michel-Ange  s’est  inspiré  de 
la  Divine  Comédie,  œuvre  de  vengeance  que  Dante,  le  poète  gibelin, 
écrivit  de  a sa  plume  taillée  avec  son  épée  »,  dit  A.  Dumas.  Puis,  il 
s’est  efforcé  de  varier  les  attitudes  et  d’éviter  les  sentiers  battus  ; 
aussi,  comme  dans  certaines  de  ses  œuvres  de  sculpture,  la  crainte 
de  la  banalité,  des  répétitions  et  des  réminiscences  le  fait-elle  sou- 
vent tomber  dans  la  recherche  de  la,  singularité. 

Mais  déjà,  selon  la  remarque  d’E.  Gastelar,  la  réaction  commen- 
çait contre  la  Renaissance  ; « l’hypocrisie  allait  reprendre  le  suaire 
du  moyen  âge  pour  ensevelir  de  nouveau  la  nature  ».  La  papauté 
passa  de  la  parole  à l’action,  comme  l’Arsinoé  de  Molière, 

bille  fait  des  tableaux  couvrir  les  nudités, 

Mais  elle  a de  l’amour  pour  les  réalités, 

et  plusieurs  de  ses  représentants  firent  subir  au  chef-d’œuvre  de 
Buonan-oti  les  derniers  outrages.  Dès  lors,  ces  figures  athlétiques 
evmrent  aptes  à chanter  dans  la  même  chapelle,  en  perdant  les 
signes  extérieurs  de  la  virilité  L 

1.  Il  est  au  moins  curieux  de  constater  que  c'est  précisément  dans  la  chapelle  du 
l’art  profane.  — II. 


20 


Paul  III  (*i*  1549)  eut  un  instant  l’idée  de  faire  couvrir  d’un  badi- 
geon le  Jugement  dernier^  sur  les  insinuations  répétées  de  son 
maître  de  cérémonies,  messer  Biagio  ou  Biazzo  da  Gesena,  qui  décla- 


Fig’.  329,  330. — Details  du  Jugemenl,  d’après  l’œuvre  originale  de  Michel-Ange. 


rait  l’œuvre  digne  de  figurer  dans  une  étuve  ou  dans  une  hôtellerie, 
opéra  da  stufe  o d’osteria.  Michel- Ange  se  vengea  de  son  mordant 
critique  en  le  plaçant  au  premier  rang  des  démons  (fîg.  330), sous  la 
forme  de  Minos  — stj^avi  Minos  orribilmente  e ringhia,  selon  la 
fiction  dantesque.  Il  le  peignit  avec  les  oreilles  d’âne  de  Midas  et  un 
serpent  qui  lui  dévore  l’appendice  « par  où  il  a péché ^ ».  Comme  le 

Vatican,  qui  contient  le  plus  de  nudités,  que  se  réunissent  les  interprètes  des 
sublimes  inspirations  de  Palestrina.  manifestation  vivante  de  l’art  musical,  lesquels 
précisément  sont  privés  de  leur  sexe  parce  que  le  rituel  prohibe  les  voix  de  femme 
à Saint-Pierre.  Mais  il  paraît  que  le  recrutement  de  ce  bataillon  de  sopi'ani,  qui 
ont  la  ressource  après  la  perte  de  leur  voix  de  se  faire  gardien  de  sérail,  devient  de 
plus  en  plus  difficile.  Autrefois,  à Rome,  on  voyait  à la  porte  des  barbiers, 
Alexandre  Dumas  le  raconte,  des  écritaux  avec  cette  inscription  illustrée  d'un 
rasoir  : « Ici,  on  perfectionne  les  garçons  » ; euphémisme  ignoré  de  nos  « coupeurs  » 
de  chats. 

1.  Un  moine  visionnaire,  sous  Charles  le  Chauve,  eut  la  révélation  qu’une  bête 
immonde  rongeait  la  même  partie  du  corps  de  Charlemagne,  en  punition  de  son 
libertinage  honteux. 


ITALIE 


307 


jii^e  (les  enfers, le  chef  du  protocole  pontifical  assigne  leur  place  aux 
réprouvés  t|ue  Caron,  « le  nocher  du  marais  livide  )),  chasse  de  sa 
barque  à coups  d’aviron,  après  le  passage  du  Styx.  Le  camérier 
déconfit  supplia  Paul  III  d’intervenir,  mais  le  pontife  lui  répondit 
avec  esprit  que,  s’il  était  souverain  maître  sur  le  ciel  et  sur  la  terre, 
et  si  son  pouvoir  s’étendait  au  Purgatoire,  il  ne  pouvait  rien  en  Enfer. 
Toutefois,  le  pape  engagea  Michel-Ange  à retirer  du  gouffre  infernal 
le  malheureux  cardinal  qui  était  devenu  l’objet  de  la  risée  publique. 
Mais  Buonarroti  refusa  net  en  s excusant  par  cette  fine  réplique  In 
Infenio  nulla  redemptio  (dans  l’Enfer,  il  n’est  pas  de  rédemption). 
Par  contre,  il  fait  figurer  son  ami  le  Tasse  parmi  les  élus. 

Ce  mode  de  vengeance  n'est  nouveau  ni  dans  les  arts  ni  dans  les 
lettres.  Dante  en  a usé  largement  avec  ses  ennemis,  que  son  immor- 
telle épopée  chrétienne  a cloués  au  pilori  de  l’histoire. 

Autres  espiègleries.  En  l’an  1329,  maître  Pierre  de  Gunerys  ou 
Gugnières,  avocat  du  roi  Philippe  de  Valois,  plaida  contre  les  pri- 
vilèges de  1 Eglise,  tendant  à lui  ôter  la  justice  temporelle.  Les 
ecclésiastes  1 appelèrent,  par  dérision,  « du  Gu  ignet  » et  donnèrent 
son  nom  à a une  petite  et  laide  figure  qui  est  à un  coing  du  jubé  de 
Nostre-Dame^  et- n’est  aucun  réputé  avoir  veu  ceste  Eglise  s’il  n’a 
vue  ceste  grimace  ». 

Nous  savons  comment  Andrea  Orcagna,  poète,  sculpteur,  peintre 
et  architecte,  tira  vengeance  d'un  huissier  sans  entrailles,  qui  avait 
saisi  ses  meubles,  en  le  piloriant  dans  son  tableau  de  VEn  fer.  Le  même 
peintre,  ainsi  que  Giotto,  dans  leurs  tableaux  de  Santa-Groce,  à 
Florence,  se  payèrent  la  tête  de  Gecio  d’Ascoli  qui  s’était  permis 
de  critiquer  Dante,  leur  inspirateur  et  ami. 

Lucas  Signorelli  s est  aussi  vengé  d une  infidèle  en  la  représen- 
tant nue,  en  proie  à un  démon  qui  Femporte  à tire  d'aile  sur  son 
épaule.  Ge  groupe,  que  Michel-Ange  a imité,  est  encore  emprunté  à 


Sa  légende 


V.  cathédrale  de  Sens,  cette  figure  est  appelée  Jean  du  Cognot. 
a c e ciansonnee  par  le  cabaretier  Bruand,  Sénonais,  qui  la  grava,  paroles  et 
V ique,  avec  illustration,  sur  une  jiierre  lithographique  conservée  au  Musée  ’SMici 
le  premier  couplet  de  cette  chanson  : 


Or  sous  Philippe  de  ^'^alois, 

L intègre  Pierre  de  (hignières, 
Avocat,  déiènseur  des  lois 
Et  des  coutumes  séculières, 

Au  nom  du  roi  s’est  insurgé 
(Contre  les  princes  du  clergé. 


308 


L^ART  PROFANÉ  A L^ÉGÉISÉ 


niomère  du  moyen  âg-e  : « Et  je  vis  venir  derrière  nous  un  diable 
noir.  Ah  ! comme  il  me  semblait  terrible.  Les  ailes  etendues  et  le 
pied  léger,  il  emportait  fièrement  un  pécheur  sur  son  épaule  pointue 
et  le  tenait  fortement  attaché  par  les  nerfs  des  pieds.  » 

A la  Badia  de  Fiesole,  ancienne  cathédrale  de  cette  ville,  on  voyait 
un  tableau  de  Gio  da  San  Giovani  représentant  le  Christ  dans  le 
désert  : des  anges,  parmi  lesquels  il  en  était  du  sexe  féminin,  s’ef- 
forçaient de  chasser  le  démon  ; le  peintre  avait  donné  à ce  dernier  les 
traits  d’un  moine  de  l’abbaye  qui  lui  avait  servi  du  vin  piqué,  tandis 
qu’il  peignait  sa  toile. 

L’église  des  Capucins,  à Rome,  possède  un  Saint  Michel  sur  soie 
du  Guide,  qui,  pour  se  venger  des  critiques  du  cardinal  Pamfîli, 
futur  Innocent  X,  à la  face  rubiconde  et  bourgeonnée,  horrible 
compagnon  dont  le  nez  trognonne,  que  Vélasquez  a enluminé  de  son 
pinceau  puissant  et  original,  représenta  le  prélat  sous  les  traits 
hideux  de  Satan.  Pour  se  justifier,  le  Guide  attribuait  cette  ressem- 
blance au  hasard  ; simple  coïncidence,  disait-il,  imputable  à 1 extrême 
laideur  du  cardinal. 

Dernier  exemple  de  représailles  d’artiste.  Léonard  de  Vinci 
passait  parfois  des  journées  entières  devant  sa  Cène  sans  y toucher. 
Le  prieur  du  couvent  auquel  la  fresque  était  destinée  s impatientait 
de  cette  façon  de  travailler  et  se  plaignit  au  duc.  Léonard  répondit  : 
((  Je  n’ai  plus  que  deux  figures  à peindre,  le  Christ  et  Judas  ; je  ne 
savais  comment  les  représenter  ; pour  Judas,  je  n’hésite  plus,  je  lui 
donnerai  la  figure  du  prieur.  » Et  le  duc  se  mit  à rire. 

Paul  IV  qui,  cardinal,  contribua  activement  à l’établissement  de 
l’Inquisition,  osa  le  premier  porter  une  main  sacrilège  sur  la  fresque 
de  Buonarroti  ; il  lui  fît  dire  qu’il  trouvait  ses  figures  trop  nues  et 
qu’il  fallait  les  modifier.  « Au  lieu  de  s’occuper  de  quelques  indé- 
cences de  mes  peintures,  répondit  fièrement  Michel-Ange,  le  Pape 
ferait  bien  mieux  de  songer  à détruire  les  désordres  qui  régnent 
dans  le  monde.  » Le  pape,  blessé,  voulut  faire  piquer  la  muraille 
profanée  de  la  chapelle,  ou  tout  au  moins  faire  recouvrir  la  fresque 
incriminée  d’un  enduit.  Daniello  Ricciarelli,  autrement  dit  Vol  terre, 
élève  de  Michel-Ange,  pour  sauver  de  la  destruction  l’œuvre  de  son 
maître,  accepta,  en  1555,  la  tâche  ingrate  de  couvrir  de  draperies 
quelques  pubis  subversifs.  On  l’appela  le  Bracchettone  ou  Braghet- 


ITALIE 


309 


tone^  c’est-à-dire  « Gulottier  »,  et  ce  surnom  lui  est  resté.  C’est 
ainsi  qu’une  culotte  est  devenue  une  robe  de  Nessus. 

Salvator  Rosa,  dans  sa  troisième  satire,  a consacré  à cet  incident 
grotesque  des  vers  qui  ne  manquent  pas  de  piquant  b II  fut  d’ailleurs 
un  de  ceux  qui  blâmèrent  « les  tragiques  fantaisies  » de  Michel- 
Ange.  Vint  ensuite  Pie  V 1572),  qui  trouva  à son  tour  que  cette 
peinture  murale  n’était  pas  morale,  et  chargea  Girolamo  da  Fano,  — 
Stendhal  nomme  Dominique  Garnevale,  barbouilleur  de  Modène,  — 
d’ajouter  de  nouveaux  linges  pour  couvrir  les  nudités  dont  la  pudeur 
de  l’Arétin  avait  été  blessée  ! 

Clément  VIII  (d*  1605),  animé  du  même  zèle  destructeur,  eût 
sacrifié  la  fresque  en  entier,  sans  la  protestation  de  l’Académie  de 
Saint-Luc.  Enfin,  Clément  XIII  trouva  encore  des  coins  de  chair  à 
vêtir  et  confia  ce  travail  de  confection  au  pinceau  maladroit  de  Sté- 
phane Pozzi.  L’abbé  Richard,  dans  son  Voyage  en  Italie^  raconte 
qu’il  vit  « de  très  médiocres  artistes  occupés  à recouvrir  de  draperies 
les  plus  belles  figures  nues  du  tableau  et  du  plafond.  » 

Depuis,  l’œuvre  de  destruction  du  vandalisme  pontifical  a été  con- 
tinuée par  le  temps,  l’humidité,  l’explosion  de  la  poudrière  du  château 
Saint-Ange,  mais  surtout  par  la  fumée  des  cierges  ou  de  Pencens^ 
et  aussi  par  un  raccord  d architecture  qui  a supprimé  la  partie 
supérieure  centrale,  réservée  primitivement  au  Père  éternel  et  au 
Saint-Esprit.  La  fresque  ainsi  détériorée,  défigurée  et  obscurcie  par 
« les  outrages  conjurés  des  événements  et  des  hommes  »,  n’est  plus 
qu’une  vaste  « croûte  » de  noir  de  fumée.  En  cet  état  négatif,  il  est 
à l’abri  de  nouveaux  accès  de  pudibonderie  du  Saint-Siège.  Un 
((  accommodement  » a d’ailleurs  tourné  la  difficulté  au  Vatican  : 
selon  la  formule  tartufienne,  on  cache  ces  seins  artificiels,  que  l’on 
ne  saurait  voir,  avec  une  tapisserie  représentant  V Annonciation  de 
la  Vierge^  par  le  Baroche.  Tous  les  dimanches,  cette  immense 

E pur  eni  un  error  si  hrutlo,  e grande, 

Che  Daniele  di  poi  fece  da  sarto 
In  quel  Giudizio  a lavorar  mutande. 

2.  « Il  y a telle  grande  fête,  dit  un  auteur,  où  il  se  brûle  à Saint-Pierre  pour 
plus  de  14.000  écus  romains  (60.000  fr.)  de  bougies,  dans  un  seul  jour.  » Mais,  quoique 
lassent  les  adorateurs  de  l'agneau  pascal,  aussi  bien  que  ceux  du  veau  d’or  ou  de  la 
vache  à Colas,  ils  n’y  verront  pas  plus  clair  dans  les  mystères  de  la  religion  et  ils 
n en  continueront  pas  moins  à éclairer  le  culte  : c’est  le  plus  clair  de  l’affaire. 


310 


l'art  profane  a l’éolise 


draperie  est  clouée  au-dessus  de  l’autel,  à la  messe  papale \ Ingres, 
en  1827,  a exposé  un  tableautin  de  valeur  qui  donne  une  idée  de 
cette  cérémonie.  C’est  précisément  cette  toile  qu^une  détraquée 
vient  de  mutiler. 


III 

IV 

V 

ÉLUS 

CHRIST 

ÉLUS 

SAINTES-SAINTS 

VIERGE 

SAINTS-SAINTES 

VII 


SEPT  TROMPETTES 


GREFFIERS 


Fig.  330  bis.  — Schéma  des  4 zones  et  des  10  groupes  du  Jugement  dernier. 


1,  Cf.  Stendhal,  Promenades  dans  Rome. 


I T A r.  I E 


311 


Entre  temps,  nous  avons  omis  de  parler  d’Adrien  VI  (1522-1523), 
dont  le  règ'iie  fut  si  court,  heureusement  pour  les  amis  des  arts.  Mais 
rendons  à Adrien  ce  qui  est  à Adrien,  il  ne  perdra  rien  pour  attendre. 


Fig-.  331.  — Zone  1-. 


Ce  barbare  iconoclaste  l’antithèse  de  son  prédécesseur  Léon  X,a23rès 
avoir  mutilé  ou  anéanti  de  nombreux  antiques,  en  marmottant  entre 
deux  patenôtres:  « Sunt  idola  antiquorurriy  » voulait  détruire  aussi  le 
plafond  de  la  Sixtine.  Il  croyait  entrer,  disait-il,  en  pénétrant  dans 
la  chapelle,  dans  l’étuve  d’un  baigneur.  Qu’eût  dit  et  qu’eût  fait  cet 
ostrogoth,  ce  fossile,  s’il  avait  vécu  assez  de  temps  pour  voir  le 
Jugement  deniier,  le  finis  coronat  opus  de  ladite  chapelle  ? Bone 
De  U s I 

Passons  maintenant  à l’examen  des  détails,  qui  laissent  moins  à 
désirer  que  l’ensemble  et  Lunité  du  tableau.  Pour  plus  de  clarté, 
nous  avons  divisé  la  planche  de  Thomas  Piroli  (fîg.  324)  en  7 groupes 
(fig.  254  à 260),  procédant  de  haut  en  bas  et  de  la  gauche  du  lecteur 
à sa  droite.  On  établira  facilement  les  comparaisons  avec  les  quatre 
zones  de  la  vieille  estampe  (fig.  325  à 328). 

Première  Zone  (fîg.  325  et  331).  — Deux  groupes  d’anges,  avec 
les  instruments  de  la  Passion  : la  croix,  la  colonne  de  la  flagella- 
tion, etc. 

Groupe  I (fîg.  331)  une  seule  draperie  intempestive  a été  ajoutée 
a 1 ange  qui  se  présente  de  face  sur  la  grande  branche  de  la 
croix. 

Groupe  II.  L’ange  qui  de  face  embrasse  la  colonne  se  montrait 
aussi  à pubis  découvert.  Les  fessiers  très  développés  de  son  voisin 


312 


l'art  profane  a l’église 


étaient  recouverts  dune  draperie  transparente  qui  dessinait  ces 
rotondités  comme  au  naturel. 

Deuxième  Zone  (fig-.  326,  332,  333).  — Le  Christ  (fig.  332, 


Gr.  IV)  châtiant  les  réprouvés  était  primitivement  nu,  en  Jupiter 
Olympien,  ou  en  Apollon  vengeur,  et  les  chairs  de  la  Vierge  rayon- 
naient comme  celles  d'une  Vénus  antique.  Michel- Ange  consentit  à 
revêtir  Marie  d’une  robe  et  fît  flotter  un  lé^er  voile  sur  le  bassin  de 

O 

son  Fils,  le  Rédempteur  tonitruant  dont  on  cherche  les  foudres.  Il 
est  entouré,  principalement  du  côté  gauche  fhg.  333),  des  Apôtres, 
des  Prophètes,  des  saints  martyrs  et  des  élus.  Ces  personnages  ont 
été  costumés  après  coup,  selon  la  mode  vaticane.  On  reconnaît 
facilement  saint  Pierre  à ses  clefs,  au  voisinage  de  Moïse,  et  le 
vieillard  Enoch;  tous  montraient  leur  sexe. 

Le  haut  de  la  cuisse  gauche  de  saint  Barthélemy,  placé  au-des- 


T T A T.  I E 


313 


SOUS  et  à la  gauche  du  Christ,  tenant  sa  peau  disséquée,  a été  enve- 
loppé d’une  bande  protectrice. 


Fig.  3:33.  — Zone  2%  côté  droit. 


Adam  (lig.  332,  Gr.  111),  taillé  en  Hercule,  accompagné  d’Abel, 
se  présentait  sans  la  moindre  feuille  de  vigne  ; un  misérable  cor- 
recteur dissimula  u son  impureté  » sous  le  bout  de  la  queue  d’une 
peau  de  lion,  ce  qui  l’assimile  encore  davantage  au  héros  de  la 
fable.  Sur  ce  colosse  on  peut  remarquer  avec  quel  soin  Buonarroti 


314 


t/art  profanr  a r/Ér.r.FSE 


réduisait  les  organes  de  la  génération  à leur  plus  simple  expres- 
sion, au  lieu  de  les  conformer  à la  taille  du  personnage.  De  ce  côté, 
Adam-llercule  a été  traité  comme  un  petit  Jésus. 

D'autre  part,  le  retoucheur  a barbouillé  la  fesse  droite  du  martyr 
qui  tient  sa  croix  et  tourne  le  dos  à Adam. 

Le  Groupe  111  (fîg.  332)  semble  réservé  au  sexe  féminin  — côté 
des  dames  ; — il  comprend  les  pécheresses  repenties  et  les  âmes 
confîtes  en  dévotion,  filles  de  joie  ou  de  foi.  Chose  incroyable,  ce 
groupe  n’a  eu  à subir  aucune  modification  de  la  part  des  tailleurs... 
d’images  et  pourtant  son  centre  est  occupé  par  une  femme  tout  à 
fait  nue.  En  haut  du  même  groupe,  l'une  des  deux  femmes  âgées  a 
la  poitrine  découverte  ; plus  bas,  Eve  reçoit  dans  son  giron  et  ras- 
sure une  des  sœurs  d'Abel,  dont  l’épouvante  contraste  avec  la 
figure  souriante  de  sa  mère  : la  seule  du  tableau  qui'  ait  le  sourire. 
Toujours  zone  2®  (fig.  333).  « Côté  des  hommes  »,  des  bienheureux; 
tous  ceux  qui  sont  de  face  ont  été  recouverts  par  ordre  papal.  Au- 
dessus  de  l’admirable  figure  qui  est  appuyée  sur  la  croix  (fig.  333, 
G.  V)  et  semble  représenter  saint  André,  bien  que  l’instrument  de 
son  supplice  ne  soit  pas  en  X,  deux  personnages  paraissent  s'em- 
brasser — des  parents,  des  époux  ou  des  amis  qui  se  reconnaissent 
après  tant  de  siècles  de  séparation.  Mais  des  esprits  malinten- 
tionnés y virent  tout  autre  chose,  par  exemple  des  coupables  enti- 
chés du  « péché  philosophique^  ».  « 11  était  naturel,  dit  Stendhal, 
que  des  prêtres  du  xv®  siècle  blâmassent  ce  transport  et  soupçon- 
nassent un  motif  honteux.  » 

La  draperie  de  saint  André,  retenue  par  une  cordelette,  faisait 
défaut  à l’origine,  comme  pour  toutes  les  figures  qui  se  présentent 
de  face. 

Dans  le  Groupe  V,  de  la  figure  333,  saint  Sébastien,  ses  flèches 


1.  On  lit  clans  le  Journal  de  Barbier,  octobre  1720  : » On  me  comptoit,  ces  jours 
ci,  en  inc  parlant  du  general  d’Uxelles,  c[u’il  avoit  toujours  été  tort  entiché  du 
péché  philosophique.  (Ce  genre  n’a  pas  laissé  d’avoir  des  grands  hommes  pour 
amis).  Qu’un  jour,  ils  étoient  trois  en  partie  de  débauche,  et  que  le  deuxième,  qui 
n’étoit  pas  de  ce  goùt-là,  le  fronda  fort,  et  ne  vouloit  pas  croire  qu’il  y eût  des 

b « Pardonnez-moi  monsieur,  lui  dit  le  tiers,  il  y en  a si  bien,  qu’il  y en  a 

« même  de  trois  sortes  : il  y a de  riches  b , comme  M.  le  maréchal  d Uxelles  , 

« il  y a de  pauvres  b comme  moi,  et  il  y a de  sots  b comme  ^ous.  » bu 

sorte  qu’il  eut  son  paquet  pour  avoir  méprisé  le  parti  des  deux  autres  ; et  cette 
histoire  aura  ici  sa  place  par  récréation,  a cause  du  bon  mot.  » C est  au  même  titre 
c[uc  nous  risquons  cette  citation,  reproduite  par  Pic,  dans  ses  Heures  libres. 


ITALIE 


315 


en  main,  se  fait  remarquer  par  une  facture  au-dessus  de  tout  éloge. 
Al'  origine,  il  était  complètement  nu,  comme  ses  voisins  et  ne  sem- 


Fig'.  334.  — Zone  3®,  côté  gauche. 


blait  en  éprouver  aucune  gêne  : n a-t-il  pas  l’habitude  de  « poser 
pour  le  torse  »,  à la  façon  d Apollon  ? Combien  dut-il  être  importuné 
par  l’addition  de  l’étoffe  imposée  ! 

A sa  droite,  on  signale  une  étrange  distraction  de  Michel- Ange, 
ou  la  clericature  mal  disposée  vit  encore  une  scène  renouvelée  de 
Sodome  (fîg.  338).  Primitivement,  saint  Biaise,  porteur  de  ses 
peignes  de  fer,  se  penchait  sur  sainte  Catherine,  entièrement  nue  ; 
celle-ci  tenait  la  roue,  armée  de  rasoirs,  de  son  supplice  et  se  retour- 
nait vivement  vers  lui.  Daniel  de  Volterre  se  chargea  de  modifier 
1 attitude  équivoque  du  saint  frôleur  : la  tête  de  l’innocent  incriminé 
regarda  dès  lors  vers  le  Sauveur  et  la  sainte  fut  vêtue  plus  conve- 
nablement. Voilà  comment  au  Vatican  se  tripatouillent  les  oeuvres 
d’art  ! 

Troisième  Zone  (fîg.  327,  334,  335).  — Les  sept  anges,  sans 
ailes  (fîg.  334,  Gr.  VII),  donnent,  au  son  des  trompettes,  le  signal 
du  réveil  des  trépassés.  L un  d’eux  accuse  son  sexe  féminin  par  des 
mamelles  exubérantes  ; des  autres,  un  seul,  campé  en  avers,  mon- 


316 


l'art  profane  a l’église 


trait  ses  organes  (le  comptable  qui  tient  le  plus  petit  grand-livre 
des  élus),  on  les  lui  a cachés. 

Les  prévenus  (fig.  334,  Gr.  VI)  qui  viennent  de  ressusciter  s’en- 


traînent pour  monter  au  tribunal  suprême  ; tous  ont  eu  à subir  le 
travestissement  pudique  ; même  celui  qui  tourne  son  côté  pile, 
généralement  toléré,  n’a  pas  échappé  à la  distribution  des  voiles. 

Le  plus  terrible  des  groupes  (fig.  335,  Gr.  Vlll)  est  celui  des 
damnés  qui  personnifient  les  péchés  capitaux.  Ges  impudents 
réprouvés,  toute  honte  bue,  ne  cachaient  rien  de  leur  turpitude  cor- 
porelle. 1^’ Avarice ^ la  tête  en  bas,  les  clefs  de  ses  coffres  pendantes, 
et  ceux  qui  se  montrent  de  dos,  sauvent  maintenant  les  apparences 
ou  mieux  les  réalités  à Laide  d’écrans  en  étoffes  qui  écartent  les 
ravons  visuels. 

c/ 

Les  badigeonneurs  ont  masqué  en  partie  la  punition  du  vice  a 
tergo^  le  long  de  la  bordure  (fig.  335,  339). 

Emporté  par  son  sujet,  dit  Stendhal,  l’imagination  égarée  par  huit  ans 
de  méditations  continues  sur  un  jour  si  horrible  pour  un  croyant,  Michel- 


i rÀLlii 


317 


An^e,  élevé  à la  dignité  de  prédicateur,  et  ne  song-eant  plus  qu’à  son  salut, 
a voulu  punir  de  la  manière  la  plus  frappante  le  vice  alors  le  plus  à la  mode. 
L’horreur  de  ce  supplice  me  semble  arriver  au  vrai  sublime  du  genre. 


Fig-.  33G.  — Zone  4®,  côté  g-anche. 


Le  peintre  de  la  chair  musclée  a mis  ici,  on  peut  le  dire,  les 
poings  sur  les  i,  more  canino  (fîg-.  339). 

Quatrième  Zone  (fîg‘.  328,  336,  337).  — Au  son  des  trompettes 
à’ Aida,  les  morts  sortent  de  leur  sommeil  (Gr.  IX).  Vers  la  droite 
(lîg.  336),  une  série  de  pécheurs  s’échappent,  en  rampant,  de  la 
caverne  infernale,  où  tentent  de  les  attirer  des  démons  avant  le 
jugement.  L un  cl  eux,  ignorant  les  règles  les  plus  élémentaires  de 
la  pudeur,  a été  muni  de  sa  compresse  protectrice  des  bonnes 
mœurs.  Il  en  est  de  même  d’autres  ressuscités  que  les  anges  dispu- 
tent aux  démons;  chacun  a son  cache-sexe. 

Michel-Ange  s’est  représenté  lui-même,  à gauche  du  tableau, 
sous  les  traits  du  moine  qui  montre  le  ciel. 

Au  côté  opposé  (fîg.  337,  G.  X),  le  vieux  Caron,  dernonio  conocchi 
di  hragia,  nocher  des  enfers  païens,  conduit  dans  sa  barque  sur  le 
Styx  les  damnés  après  avoir  donné  l’obole  qu’il  était  d’usage  de 
mettre  dans  la  bouche  des  cadavres  avant  de  les  ensevelir  ; ils  sont 
nus  comme  les  démons  qui  les  accompagnent. 


318 


L ART  PROFANE 


A L ÉGLISE 


Buonarroti  a placé  sur  les  bords  du  Styx  — où  devaient  errer 
cent  ans,  avant  d’entrer  aux  Enfers,  ceux  qui  n'avaient  pas  reçu 


Fig-.  337.  — Zone  4^,  côté  droit. 


les  honneurs  de  la  sépulture  — son  détracteur  messer  Biag-g-io, 
tout  près  de  la  tête  grimaçante  d’Ugolin,  rongeant  le  crâne  de  son 
bourreau  — d'après  la  version  du  Dante  — et  au-dessous  du  châ- 
timent infligé  au  vice  contre  nature.  Le  serpent  qui  le  mord  cruel- 
lement ((  indique  »,  d’après  Stendhal,  <(  le  chemin  qui  La  conduit  en 
enfer  ».  Inutile  de  faire  remarquer  que,  depuis  les  rapiécetages  pon- 
tificaux, l’ophidien  ne  mord  plus  que  le  vide.  Ce  critique,  d’une 
sévérité  excessive,  se  demande  si  le  nom  de  ce  grand-maître  des 
cérémonies  pourrait  donner  la  clef  « de  l’action  » de  saint  Biaise  ? 

3^^  Sainte-Agnès.  — Cette  église  a été  édifiée  sur  l’emplacement 
d’un  ancien  cirque,  où  sainte  Agnès  a subi  son  supplice.  Le  martyre 
de  cette  vierge  a inspiré  au  Dominiquin  une  de  ses  plus  belles 
toiles  ; elle  est  aujourd’hui  au  Musée  de  Bologne.  ((  On  se  sent 
frémir,  écrit  Paul  Musset,  en  voyant  le  geste  furieux  de  ce  bourreau 
qui  enfonce  le  poignard  dans  le  sein  virginal  d’une  enfant  de  seize 
ans  ! » Une  autre  tradition  veut  que  l’église  fut  construite  sur  le 
terrain  même  du  lupanar,  où  le  préfet  Sinfronius  fit  conduire  la 
jeune  fille.  Dans  l’une  des  chambres  souterraines,  pavée  de  débris 
de  mosaïques,  on  a établi  une  chapelle  dont  l’autel  est  orné  d un 


ITALIE 


319 


admirable  bas-relief  d’Alexandre  Algardi.  Agnès  est  représentée 
nue,  entre  deux  « grands  coquins  de  houzards  »,  dit  le  président  de 


Brosses,  « avec  de  petits  seins  naissants,  tout  un  corps  plein  de 
jïioj  hidezzs,  et  très  palpable  »,  au  moment  où.  elle  fut  couverte 
miraculeusement  d une  longue  chevelure  qui  poussa  en  un  instant 
et  lui  fit  ((  un  vêtement  de  miséricorde  ».  Au  dire  de  Lalande,  le 
mouvement  de  pudeur  qui  la  porte  à croiser  les  bras  pour  cacher 
sa  gorge  en  rend  le  tour  très  gracieux.  « Ce  n’est  point  du  marbre, 

conclut  le  premier  voyageur,  mais  de  la  chair  molle  et  flexible  sous 
les  doigts.  » 

Une  statue  antique  représentant  un  Apollon  a été  convertie  par 
Paolo  Campi  en  Santo  Sehastiano  ; il  n’y  a pas  que  les  personnes 
qui  opèrent  des  conversions. 

4»  Saint-André  {San  Andrea  délia  Valle.  ) — Autour  des  quatre 
Evanrjélistes,  du  Dominiquin,  « s’étalent  »,  dit  Taine,  de  superbes 


320 


l'art  PROP'AiNE  A l’ÉGLISE 


femmes  allég-oriques  ; lune,  poitrine  et  jambes  découvertes,  lève 
ses  bras  nus  vers  le  ciel.  « (3n  ne  peut  rien  voir  de  plus  agréable, 


Fig.  339. — Châtiment  de  la  Sodomie, conçue  par  Michel-Ange;  avant  sa  restauration. 

s’exclame,  d’autre  part,  de  Lalande,  que  la  femme  que  saint  François- 
Xavier  baptise  dans  l’un  des  tableaux  du  Baciccio,  des  côtés.  » 

Pie  II  y est  enterré  entre  la  Charité^  dont  le  buste  est  découvert 
jusqu’au  pubis  (fig.  340),  et  la  F’of,  au  torse  nu,  mais  masculin; 
représentation  singulièrement  rare. 


5®  SS. -Apôtres  (SS.  Apostoli)^ . — Au-dessus  de  l’entrée  de  la 
sacristie  est  placé  le  tombeau  de  Clément  XIV,  sculpté  par  Ganova  : 

1.  Valéry  rappelle  un  jeu  grossier  qui  eut  lieu  jusqu’au  xvi«  siècle  dans  cette 
église,  le  mai,  jour  de  la  fête  de  S.  Philippe,  son  patron.  On  suspendait,  par  une 
corde,  un  porc  et  l’on  jetait  du  haut  de  la  voûte  des  potées  d’eau  à ceux  qui 
essayaient  de  s’emparer  de  l’animal. 


il’ALii: 


321 


la  Clémence  ou  la  Douceur  assise  à côté  d’un  agneau,  et  la 
Modération  owXix  Tempérance  éplorée  (fig.  341)  ornent  ce  monu- 


ment. Celle-ci  est  strictement  drapée,  mais  l’étoffe  est  si  collante 
qu’elle  accuse  les  formes  au  lieu  de  les  dissimuler.  Le  temple 
d Apollon  qui  fut  consacré  au  culte  des  SS.  Apôtres  en  avait  vu 
bien  d’autres  avant  sa  transformation  ! 

b°  Saint-Bernard.  — Des  écus  à forme  de  torse  féminin,  comme 
ceux  d Urbain  VIll,  se  rencontrent  sur  les  sépultures  de  certains 
personnages  de  marque.  Ici,  la  tiare  est  remplacée  par  un  casque  de 
chevalier  et  des  rosaces  sont  substituées  aux  abeilles  pontificales  ; 

de  plus,  les  régions  thoracique  et  abdominale  sont  séparées  par  une 
ceinture  de  Vénus. 

Le  tombeau  de  Gatherina  Nobilis  Sforza  est  décoré  d’un  écusson 
semblable  : la  poitrine  et  le  ventre  bombent  sous  l’étranglement 
d une  sangle  qui  les  sépare,  et  l’écu  est  sommé  d’une  tête  de  femme. 
Est-ce  encore  le  symbole  de  la  papauté  ou  de  l’Eglise  en  gésine, 
très  honoré  confrère  havrais  ? 11  se  pourrait  que  ce  fût  une  allusion 
au  trait  d héroïsme  que  Catherine  accomplit  à Rimini,  quand  elle 

i/aUT  profane,  — II.  gv. 


322 


L'ART  PROFANE  A l’éGLISE 


obtint  des  conjurés  la  permission  d’entrer  dans  la  ville  pour  don- 
ner l’ordre  de  capituler  à ses  partisans.  Mais  une  fois  dans  la  place, 
elle  releva  la  tête  et  opposa  la  plus  vive  résistance  aux  révoltés  qui 


Fig.  341  bis. 


la  menaçaient  de  tuer  ses  enfants  retenus  en  otages.  Elle  leur  répondit, 
en  frappant  sur  son  ventre,  « qu’il  lui  restait  encore  de  quoi  en  faire 
d’autres  ». 

7®  Sainte-Cécile  {Santa  Cecilia  in  Transtevere).  — On  y admire 
l’étonnante  statue  de  la  patronne  des  musiciens,  représentée  mou- 
rante, par  Stefano  Maderno,  son  chef-d’œuvre  exécuté  sur  nature, 
tel  que  le  corps  de  la  martyre  fut  trouvé  à l’ouverture  de  son 
cercueil  au  xvE  siècle  (fîg.  341  bis).  « Au  mérite  d’une  admirable 
pose  et  de  l’expression,  dit  Fulchiron,  elle  joint,  au  plus  haut  degré 
la  souplesse  du  marbre  ; il  semble  transparent,  et  les  vêtements, 
d’une  extrême  légèreté,  dissimulent  à peine  des  formes  que  leur 
beauté  rend  trop  séduisantes  peut-être.  » On  voit  encore  la  salle 
de  bains  où  le  préfet  Almachus  tenta  de  faire  asphyxier  la  jeune 
vierge  et  où  le  bourreau  essaya  de  lui  trancher  la  tête  après  trois 
reprises  vaines. 

Mentionnons  à la  nef  le  tombeau  du  cardinal  Sfondrati,  auteur 
d’un  poème  profane  intitulé  V Enlèvement  d’Hélène,  et  dont  le  second 
fils,  venu  au  monde  par  l’opération  césarienne,  porta  la  tiare  neuf 
mois  — la  durée  d’une  gestation  — sous  le  nom  de  Grégoire  XIV. 

H""  Saint-Charles  {S  an  Carlo  A"  Catinari.)  — Sur  les  pendentifs 
du  dôme,  le  Dominiquin  a peint  en  fresque  les  Vertus  cardinales  : 
la  Force,  la  Prudence,  la  Tempérance  et  la  Justice.  Au-dessous  de 
cette  dernière  se  trouve  une  femme  qui  exprime  le  lait  de  ses 
mamelles.  Elle  symbolise  sans  doute  la  Charité  ou  mieux  la  Prodi- 


ITALIE 


323 


(J alitée  car  c'est  du  lait  répandu  en  pure  perte,  à moins  qu’il  ne 
serve  à tracer  la  voie  lactée,  à la  façon  d’Héra. 


d*’  Saint-Clément  {San  Clémente).  — Près  du  g-rand  autel, le  sarco- 
phage du  cardinal  Roverella  est  historié  de  faunes  et  autres  créatures 
fabuleuses;  au  voisinage,  sur  la  mosaïque  absidiale,  de  jeunes  tritons 
chevauchent  des  dauphins  et  des  pâtres  traient  des  brebis. 

Dans  la  crypte,  du  milieu  d’un  bassin  émerge  le  groupe  en  pierre 
du  dieu  oriental  Mithra,  immolant  le  taureau Maintes  fois  nous 
avons  observé  cette  union  surprenante  de  l’élément  païen  et  de 
l’élément  chrétien.  Combien  d'édifices  religieux,  en  Italie,  ont  été 
construits  avec  des  matériaux  provenant  de  monuments  du  paga- 
nisme. Les  pierres  du  Colisée  n’ont-elles  pas  servi  à l’édification  de 
de  San  Affostino,  et  le  Panthéon,  le  temple  païen  de  toutes  les  idoles, 
n'a-t-il  pas  été  converti  en  église  de  tous  les  saints  ? Comme  le 
certifie  Athanase,  bibliothécaire  de  Boniface  IV,  cité  par  Saint-Yves, 
« les  temples  païens  furent  accommodés  au  culte  chrétien  ». 

Une  peinture  de  la  même  crypte  montre  une  mère  qui  présente 
son  fils  à saint  Biaise  et  frappe  sa  poitrine  à nu,  en  signe  de 
douleur-. 


10°  Sainte-Croix  de  Jérusalem  {Santa- Croce  in  Gerusalemme).  — 
A la  voûte  de  l’abside,  une  vaste  fresque  du  xv°  siècle  rappelle  les 

1.  Une  importation  de  l’Asie  lut  le  culte  de  Mithra.  Les  monuments  mithria- 
ques  représentent  tous  un  sujet  semblable  : l’immolation,  par  un  homme  portant 
un  costume  asiatique,  d’un  taureau  mutilé  par  un  scorpion  et  dont  un  serpent  vient 
lécher  le  sang'.  Ces  monuments  singuliers  ne  sont  pas  rares  dans  les  collections  de 
Rome...  C’est  pendant  les  IIU  et  IV®  siècles  de  l’Empire  que  paraît  s’être  propagé  le 
culte  de  Mithra,  culte  accompagné  de  mystères  homicides  remplacés  ensuite  par  des 
représentations  où  le  meurtre  était  simulé.  Cette  époque  était  à la  fois  sceptique  et 
inquiète,  incrédule  et  superstitieuse;  elle  cherchait  le  surnaturel  dans  l’inconnu.  On 
se  sentait  entraîné  vers  les  cultes  les  plus  étranges  par  le  besoin  religieux  qui 
remuait  sourdement  les  âmes...  et  par  l’attente  d’une  foi  nouvelle  que  le  christia- 
nisme allait  apporter.  Telle  était  la  cause  de  cette  extension  des  cultes  impudiques 
de  l’Orient,  dans  une  société  dont  elle  hâtait  la  chute... 

(Ampère,  l’Empire  romain,  à Rome.) 

Confrérie  de  la  Mort.  — En  1704,  « deux  gentilshommes  suédois  » décrivent 
une  singulière  g;alerie  souterraine.  Les  murs  étaient  re\êtus  de  papier  roug-e;  les 
bases  et  les  chapiteaux  des  pilastres  étaient  formés  de  tètes  de  mort  ([ui  contenaient 
des  lumières  vascillantes  et  constituaient  runi([ue  éclairage  de  la  galerie.  Des  niches 
étaient  occupées  par  des  S({uelettes,  parmi  lesquels  on  remarquait  celui  de  la  belle 
Paule,^  couverte  de  sa  longue  chevelure  rousse.  On  voyait  sur  la  poitrine  de  cette 
beauté,  émule  de  Lucrèce,  le  coup  de  poignard  qui  fut  la  récompense  de  sa  vertu. 


divers  épisodes  qui  se  rapportent  à la  Découverte  de  la  vraie  croix 
(fîg.  341  ter).  La  mère  de  Constantin  est  en  prière  devant  celle  des 


trois  croix  qui  a rappelé  à la  vie  une  femme  morte,  en  costume  de 
ressuscitée.  La  « vraie  » était  pourtant  bien  facile  à disting-uer  de 
celles  des  deux  larrons  puisqu'elle  est  en  tau  — et  aussi  en  toc  — 
sur  la  composition. 

11°  Saint-Etienne  le  Rond  [San  Stefano  Rotondo).  — Tempesta 
et  Pomerancio  se  sont  plu  à reproduire  avec  un  réalisme  brutal  et 
« sans  aucun  ménagement  » les  scènes  d’horreur  des  supplices  subis 
par  les  martj^rs,  depuis  Hérode  jusqu’à  Dioclétien.  A signaler  parti- 
culièrement : Agathe,  « dont  je  ne  veux  pas  nommer  le  supplice  », 
écrit  un  narrateur  tartufPien  ; Marguerite,  étendue  et  déchirée  sur 
son  chevalet,  sans  autre  vêtement  que  « celui  de  l’honneur  et  de  la 
force  » [Prov.^  xxx);  Bibiane,  nue,  liée  à une  colonne  et  flagellée 
jusqu’à  ce  que  mort  s’en  suive;  Blandine,  vêtue  de  son  réseau,  à la 


ITALIE 


325 


merci  d un  aurochs  furieux;  enfin,  sainte  Eulalie,  couverte  de  ses 
cheveux  et  « du  manteau  de  pourpre 


de  son  sang'  » 


J2«  Saint-Eusèbe  (San  Eusebio^). 


Fi«-.  342- 


13®  Eglise  du  Gesu.  — Transept, 
bras  g'auche.  La  Religion  terrasse 
V Hérésie  qui,  dans  son  désarroi,  laisse 
dévaler  de  son  corsag-e  le  sein  gauche 
en  entier.  Les  murs  de  cette  église 
sont  couverts  d anges  femelles,  por- 
teurs de  mamelles  volumineuses. 

1 4®  Saint-Grégoire  (San  Gregorio). 

— En  Italie,  la  courtisane  et  la 
dame  de  qualité  jouissaient  des  mêmes  privilèg-es,  parce  quelles 
recherchaient  les  qualités  du  cœur  et  de  l’esprit  et  observaient  en 
public  la  plus  grande  réserve.  Il  n’est  donc  pas  étonnant  que,  sous 
Jules  II,  l’Aspasie  du  siècle, la  jeune  et  séduisante  Imperia  (fîg.  342), 
ait  eu  son  tombeau  dans  une  église.  On  y lisait  une  inscription 
tombale,  imitée  de  1 antiquité,  en  l’honneur  de  ses  charmes  : imperia, 

CORTISANA  RO.MANA,  QUÆ  DIGNA  TAN'TO  A'OMINE,  RAR.E  INTER  IIOMINES  FORMÆ 
SPECIMEN  DEDIT,  VIXIT  ANNOS  XXVI,  MES  XII,  OBIIT  1511,  DIE  15  AVGVSTI. 
(Imperia,  courtisane  romaine,  digne  d’un  si  grand  nom,  donna  aux 
hommes  1 exemple  d une  beauté  accomplie,  vécut  vingt-six  ans, 
douze  jours  et  mourut  en  1311,  le  15  août 3.) 

La  fille  d Imperia,  aussi  belle,  mais  plus  vertueuse  que  sa  mère, 
eut  une  fin  tragique  qui  la  plaça  entre  Porcia  et  Lucrèce.  Stendhal 
nous  raconte  que  « plutôt  que  de  céder  au  cardinal  Pétrucci,  qui 
1 avait  entraînée  dans  une  de  ces  maisons  où  Lovelace  conduit 

V Si’rnouille  et  un  lézard  ,sc  jouent  dan.s  les  volutes  d’un  chapiteau  de  la 
nel.  D apres  ^ mckelmaim,  il  fut  tiré  du  portique  d’Octavic  — lille  de  Messaline  e'i 

.■pouseclo  Néron  - bâti  Saurus  et  Batracu.,  noms  latins  de  ces  animaux  rënré- 

sentes  comme  signatures  de  ces  artistes. 

2 Médaille  que  l'on  suppose  représenter  Imperia.  Reproduite  par  Roscœ  in  VhV 
de  Leon  A et  E.  Rodocanachi.  in  Courtisanes  et  Bouffons.  ’ 

O hulchiron  place,  à tort,  le  tombeau  de  cette  horizontale  de  marque  à Santa 
ana  in  Donitnica  ou  delta  Namcella  et  la  fait  vivre  sous  le  pontiticat^de  I éon  \ 
dont  l’exaltation  fut  célébrée  deux  ans  après  la  mort  de  renehanteresti  ’ 


32G 


l’art  profane  a l’église 


Glarice,  elle  prit  un  poison  qui,  k l’instant,  la  fît  tomber  morte  k 
ses  pieds.  » Pétrucci  n’était  de  Pierre  que  de  nom. 


Fig-.  343. 


15®  Saint-Jean-de-Latran  (San  Giovanni  in  Laterino).  — La 
métropole  de  Rome  fut  construite  sur  remplacement  du  palais  de 
Plautius  Lateranus,  exilé  par  Claude  pour  avoir  flirté  de  trop  près 
avec  sa  volage  épouse,  Messaline.  La  basilique  a conservé  le  nom  du 
galant,  de  sorte  que  le  vocable  de  la  maison  de  Dieu,  la  première  de 
la  chrétienté  — Mater  et  caput  eeclesiariini  urbis  et  or  bis  — évoque 
le  souvenir  folichon  d’un  sénateur  libertin  et  d’une  gourgandine 
couronnée.  Autre  contraste  de  l’ironie  du  sort,  toujours,  k propos 
de  l’origine  de  ce  monument  : c’est  Constantin,  personnage  d’une 
immoralité  non  douteuse,  qui  l’éleva.  Ne  vous  étonnez  donc  pas 
d’apprendre  bientôt  que  le  Vert-Galant  fut  chanoine  de  cette  basi- 
lique h 

1.  Bizarre  contradiction  : en  1762,  le  cnré  de  \a  basiliCti  Constantina  lit  un  service 
pour  Grébillon,  qui  venait  de  mourir;  or,  l’autorité  ecclésiastique  le  condamna  à 
une  amende  de  300  livres  et  à trois  mois  de  séminaire,  pour  avoir  admis  les  comé- 
diens dans  son  église,  où  on  leur  refusait  le  mariage;  « singulière  façon  de  les 
moraliser  »,  répéterons-nous  après  Diderot. 


ITALIE 


327 


^[ausolée  de  Clément  VIII.  L’écu  de  ce  pontife  ressemble  à celui 
d'Urbain  VIII  : il  est  sommé  de  deux  têtes  d’angelots,  cravatés  de 


Fiff.  344 L 


leurs  ailes  rabattues,  et*se  termine  par  deux  masques  de  satyres, 
mais  cette  fois  sans  intention  licencieuse. 

in-fol^T83=>'^^  PcT^r/arcn/e  hasilica  Laieranense,  par  Filippo  Gerardi  ; 2 vol. 


328 


l’art  profane  a l/ÉfiLISE 


Chapelle  et  sépulture  de  Clément  XII.  Ce  Corsini  fut  le  dernier 
pontife  enterré  dans  cette  basilique.  Son  admirable  sarcophag-e^ 
éclairé  par  la  coupole,  est,  paraît-il,  une  baignoire  antique  provenant 

du  Panthéon.  Plusieurs  des 


figures  allégoriques  qui  font  partie  de  cette  sépulture  ont  le  torse 
nu  (fig.  343). 

Un  autre  mausolée,  celui  du  cardinal  Julio  Aquævivæ,  est  embelli 
d’une  femme  nue,  parée  d’un  léger  voile  sur  le  pubis  et  la  jambe 
droite  ; elle  tient  une  coupe  d’une  main  et  un  vase  de  l’autre,  comme 
la  Tempérance.  Cette  figure  symbolique  se  retrouve  un  peu  plus  loin 
(fig.  344)  ; elle  est  destinée  à inspirer  la  sobriété  dans  Pusage  des 
aliments  et  des  boissons  ; mais  ne  craint-elle  pas,  par  sa  nudité, 
d’éveiller  d’autres  désirs  non  moins  coupables  ? 

Un  groupe  remarquable  est  adossé  à l’une  des  colonnes  de  la  nef 
et  représente  le  Déluge  (fig.  345)  : un  époux  désespéré  soutient  le 
cadavre  de  sa  compagne,  dont  le  sein  rigide  d’une  fermeté  marmo- 
réenne se  refuse  k suivre  les  lois  de  la  pesanteur. 

Le  trésor  conserve  le  linge  qui  couvrit  la  nudité  du  Sauveur  sur 
la  croix,  c’est-k-dire  le  voile  même  de  la  Vierge  ! Mais  les  voiles 
portés  par  les  femmes  en  Orient  sont  transparents  et  ne  cachent  rien. 
Au  surplus,  le  geste  maternel  est  contesté  par  Renan.  Néanmoins, 


ITA  LIE 


329 


ce  voile  protecteur  existe  en  double  à Chartres  ; quelle  est  la  contre- 
façon ? 

En  outre,  Latran,  comme  l’église  de  Saint-Marc,  d’après  Mgr 
Barbier  de  Montault,  possède  une  cassette  d'ivoire,  sculptée  de  per- 
sonnages profanes,  en  relief. 

Quoique  Ticonographie  en  soit  complètement  profane,  des  reliques  y 
sont  conservées.  Les  sujets,  empruntés  aux  romans  de  chevalerie,  repré- 
sentent pour  la  plupart  des  scènes  d’amour  et  autorisent  à supposer 
que,  dans  le  principe,  ces  colfrets  servirent  à renfermer  les  présents  de 
mariage. 

Au  cloître  de  Saint- Jean-de-Latran,  on  conserve  un  siège  de 
porphyre  rouge  (tig.  346),  avec  ouverture  circulaire,  en  usage  dans 
les  bains  anciens  et  c[ui  provient  des  thermes  de  Garacalla.  Ce  siège 
servait  au  pontife  dans  la  prise  de  possession  ; on  l’appelait  sella 
stercoi'aria,  soit  en  raison  de  sa  forme  de  chaise  percée,  soit  par 
allégorie  pour  rappeler  pendant  cette  cérémonie  pompeuse  les  misères 
humaines.  Peut-être  aussi  était-ce  une  allusion  aux  paroles  du  psal- 
miste  : De  stercore  erigens  pauperem. 

Plusieurs  auteurs,  qui  s’inspirent  les  uns  des  autres,  font  remonter 
l’usage  de  ce  siège  pontifical  à l’accouchement  de  la  papesse  Jeanne 
— de  fictive  mémoire,  — afin  qu'un  examen  in  corpore  vili  du 
nouvel  élu  empêchât  toute  supercherie.  M.  Chevreau,  au  xviii^^ 
siècle,  se  donna  beaucoup  de  peine  pour  démontrer  que  la  légende 
attachée  à cette  chaise  percée  n’avait  aucun  fondement. 

Une  épigramme  de  Jean  Pannonius,  évêque  des  cinq  églises  en 
Pannonie,  explique,  avec  la  liberté  que  tolère  le  latin,  pourquoi 
l’usage  de  cette  épreuve  a cessé  : 

Non  paierai  quisquam  reservantes  yEthera  claves. 

Non  exploratis  sumere  tesiiciilis. 

Cur  igitur  nostro  mos  hic  nunc  tempore  cessai  ? 

Ante  probai  quocl  se  quilibei  esse  inarem. 

Les  petits  Enfans  qu’ils  font, 

Sont  preuves  assez  réelles, 

Que  les  Saints  Pères  ne  sont 
Ni  coqiiaires,  ni  femmelles. 

Pasquin  a brodé  des  variantes  falotes  sur  le  même  thème,  à 
l’adresse  de  Paul  11  et  d’innocent  VIII. 


330 


l’art  profane  a t/  É g L T s e 


Dans  une  salle  de  rancien  palais  épiscopal  attaché  au  flanc  droit 
de  la  basilique,  on  a reconstitué  une  immense  mosaïque  découverte 
aux  thermes  de  Garacalla.  On  y voit  une  trentaine  de  figures  entiè- 
rement nues  des  vainqueurs  aux  jeux  olympiques,  gladiateurs  ou 
conducteurs  de  chars. 

Un  portique  à trois  arceaux,  construit  par  Sixte-Quint,  abrite  la 
statue  en  bronze  de  Henri  IV  qui  fut  élevée  j3ar  les  soins  du  chapitre, 
en  mémoire  des  bienfaits  du  sceptique  et  bambocheur  Béarnais. 
G est  au  meme  pontife  que  Ton  doit  l’érection  singulière,  devant 
1 ex-domicile  des  papes,  d une  obélisque  consacrée  au  dieu  Ammon- 
Ra  par  Thoutmosis  dans  le  temple  de  Thèbesb 

16«  Saint-Louis-des-Français.  — L’auteur  du  Nu  dans  Vart 
chrétien  demande,  avec  Erasme,  à propos  de  la  fresque  du  Domini- 
quin  (fîg.  347),  quelle  raison  peut  pousser  un  artiste  à montrer 
dans  un  tableau  ce  que  1 on  cache  partout  ailleurs,  <(  par  une  honte 
bien  entendue  ? » Il  ne  s explique  pas  comment  les  draperies  de 
1 ange  qui  couronne  sainte  Gécile  et  saint  Valérien,  au  moment  où 
ils  consacrent  leur  virginité  au  Seigneur,  « peuvent  bien  demeurer 
suspendues  » ? Le  même  critique  oppose  à cette  fresque  de  Saint- 
Louis-des-Français,  1 ange  de  la  chapelle  Sainte-Gécile,  à Bologne, 
dont  le  Dominiquin,  selon  lui,  n'aurait  fait  que  s’inspirer  (fîg.  348). 
Mais  c’est  précisément  pour  ne  pas  imiter  Lélève,  peu  connu,  de 
Francia  que  le  Dominiquin  a déshabillé  son  ange,  un  peu  selon  la 

1.  Chapelle  des  Jésuites.  — Duclos,  secrétaire  perpétuel  de  l’Académie  française, 
assista,  en  1791,  à la  dévotion  des  Caravites,  imaginée  par  le  jésuite  Caravita.  On 
distribua  des  disciplines  aux  fidèles  rangés  en  lile  indienne  et,  après  une  courte 
allocution,  les  deux  seuls  cierges  qui  éclairaient  la  chapelle  furent  placés  sous  l’autel; 
puis,  au  milieu  de  la  plus  profonde  obscurité,  on  entendit  un  bruit  analogue  au 
roulement  lointain  du  tonnerre,  bruit  d’ouragan  produit  par  la  grêle  des  coups 
redoublés  des  flagellants.  Dans  la  semaine  sainte,  un  jour  était  réservé  aux  femmes 
pour  se  fustiger,  « avec  la  différence  qu’elles  font  sur  leurs  fesses  ce  que  les  hommes 
exécutent  sur  leurs  épaules.  J’ignore  quels  péchés  elles  prétendent  expier  par  là, 
mais  ce  ne  doit  pas  être  un  préservatif  contre  l’aiguillon  de  la  chair,  si  l’on  en  croit 
l’auteur  du  traité.  De  usu  fln(jri  in  re  venereâ.  » 

Le  même  auteur  raconte  les  exploits  du  F.  Pépé,  un  jésuite  thaumaturge  dont  le 
P.  Koch,  dominicain,  fut  le  successeur;  il  vendait  des  papiers  bénits  de  sa  main, 
qui  avaient  la  vertu  de  faire  pondre  les  poules  auxquelles  on  les  faisait  avaler. 

S.  Laurens  in  Palisperna.  — Dans  cet  ancien  temple  de  Junon  Lucine.  au  dire  de 
Du  Val  (1G5G),  on  y montrait  une  pierre  portant  des  trous  multiples  produits  par  les 
larmes  de  saint  Pierre,  en  contrition  d’avoir  renié  le  Sauveur,  comme  ce  dernier, 
du  reste,  avait  renié  sa  mère  à Gana.  Tout  de  même,  reconnaissons  que  cette  pierre 
était  aussi  « tendre  » que  le  prince  des  apôtres. 


ITALIE 


331 


coutume  de  ces  habitants  du  ciel.  Ce  censeur  rigoriste  et  gymno- 
pliobe  se  garde  bien  de  se  plaindre  des  mille  et  une  draperies  péri- 
néales ajoutées  aux  ligures  du  Jiicjoment  de  Michel-Ange.  Il  ne  se 


demande  pas  non  plus  « comment  elles  peuvent  se  tenir  ainsi  suspen- 
dues ».  Le  séraphin  incriminé  n est  pourtant  pas  trop  immodeste, 
en  comparaison  de  maintes  représentations  du  Christ,  son  divin 
maître  ; mais,  nous  l avons  dit,  l’esprit  d’intolérance,  quoique  bien 
pensant»,  raisonne  souvent  comme  un  tambour. 

C est  dans  la  première  chapelle,  à gauche,  de  cette  église  que 
Chateaubriand,  en  novembre  1803,  inhuma  Pauline  de  Montmorin, 
comtesse  de  Beaumont,  à qui  le  style  de  hauteur  du  Génie  du 
Christianisme  îaisaii  éprouver  une  espèce  de  frémissement  d’amour: 
« Il  joue,  disait  cette  pauvre  phtisique  exaltée,  du  clavecin  sur 
toutes  mes  fibres  ! » Au-dessous  d’un  bas-relief  ciselé  dans  la  dalle 
funèbre  et  qui  représente  la  jeune  extatique  étendue  sur  sa  couche 
d agonie,  on  lit  cette  épitaphe  réclame  : 


D.  O.  M. 

APRÈS  AVOIR  VU  PERIR  TOUTE  SA  FAMILLE, 

SON  PÈRE,  SA  MÈRE,  SES  DEUX  FRÈRES  ET  SA  SOEUR, 

PAULINE  DE  MONTMORIN 

CONSUMÉE  d’une  MALADIE  DE  LANGUEUR, 

EST  VENUE  MOURIR  SUR  CETTE  TERRE  ÉTRANGÈRE. 
F.  A.  DE  CHATEAUBRIAND 
A ÉLEVÉ  CE  MONUMENT  A SA  MÉMOIRE  ! 


332 


i/art  profane  a i/église 


N’est-ce  pas  plutôt  à sa  propre  mémoire  qu’il  a élevé  ce  monument  ? 
C’est  du  moins  l’avis  de  M.  Paléolog-ue  : « Quel  besoin  avait-il  de 
se  nommer  dans  l’épitaphe  ? Tout  l’orgueil,  tout  l’égoïsme  du  person- 
nage s'étale  sur  cette  plaque  de  marbre.  » Ne  pourrait-on  pas  repro- 
cher un  travers  analogue  à Lamartine  au  sujet  de  Graziella  ? L’orgueil 
étouüe  la  passion. 

Le  tombeau  du  cardinal  de  Bernis,  — qui  a un  cénotaphe  en 
h rance,  — est  enjolivé  d’un  bas-relief  où  un  Génie  présente  à la 
Beligion,  un  rouleau  en  forme  de  papyrus.  Que  contient  ce  rou- 
leau; les  œuvres  du  cardinal  ou  les  poésies  légères  de  l’abbé,  favori 
de  Mme  de  Pompadour,  qui  lui  valurent  le  surnom,  décerné  par 
Voltaire,  de  Bahet  la  Bouquetière^] 

17®  Sainte -Marie-de-la-Paix.  — L’une  des  chapelles  est  ornée  de 
la  fameuse  fresque  des  quatre  Sibylles  que  Raphaël  exécuta  sur  la 
prière  d’Agostino  Ghigi,  l’amant  d’imperia.  Cette  idole  de  Rome  et 
du  banquier  des  papes  ligure  sous  les  traits  de  la  Phi'yqienne,  comme 
déjà  dans  la  fresque  du  Parnasse  et  dans  celle  d'IIéliodore. 

18®  Sainte-Marie-des-Allemands  {Gennanorum)  ou  Des-âmes-du- 
Purgatoire  [de lie  Anime).  — Au  chœur,  les  Vertus  théologales  et 
cardinales,  compris  la  Justice  et  son  autruche,  assistent  Adrien  VI 
sur  son  tombeau.  Mais  par  quelle  inadvertance  une  nudité,  la  Foi 
(fig.  349),  qui  porte  la  croix  et  « la  bannière  »,  domine-t-elle  le  monu- 
ment du  plus  grand  ennemi  du  nu  artistique  ? Si  bien  qu’à  sa 
mort,  considérée  par  le  peuple  romain  comme  une  délivrance,  on 
eût  pu  compléter  ainsi  l’inscription  écrite  sur  la  porte  de  son  méde- 
cin : ((  Au  libérateur  de  la  patrie...  et  de  l’Art  ». 

19®  Sainte-Marie*des-Anges.  — Cette  basilique  est  une  des  salles 
des  thermes  de  Dioclétien,  e comme  l’indiquent  encore  suffisamment 
les  peintures  obscènes  de  la  voûte,  cachées  par  un  badigeon  »,  dit 
J. -B.  Huysmans  (1857). 

1.  Saint-Marc.  — L’auLcur  de  V Itinéraire  d'un  voyage  en  Ilalie  (1819)  a assisté  à 
un  sermon  sur  la  Conception, prêché  par  un  moine  polysarcique  qui  joignait  la  mimique 
au  verbe.  « Il  arrondissait  ses  bras  en  avant  de  son  ventre,  et  désignait  l’ampleur 
({u’avait  dû  prendre  celui  de  la  Vierge,  à mesure  qu’elle  avançait  dans  sa  grossesse.  » 
Dans  le  même  ordre  d’idées,  n’avons-nous  pas  la  Vie  de  la  Vierge,  ab  oro,  par  Marie 
d’Agreda,  dont  un  des  chapitres  jiorte  pour  titre:  « Ce  qui  arriva  à la  Vierge  pen- 
dant neuf  mois  qu’elle  fut  dans  le  sein  de  sa  mère?  » 


ITALIE 


333 


20®  Sainte-Marie-du-Peuplier*.  {Madonna  del  Popolo).  — De 
Lalande  signale  la  légèreté  des  huit  tableaux  de  Lattique  où  figurent 
l'histoire  à' Adam  et  Eve  et  les  Quatre  Saisons  : « Tous  ces  sujets, 
dit-il,  sont  très  nuds  et  rendus  de  la  manière  la  plus  indécente.  » 
Et  ce  voyageur  n’est  pas  un  hypocrite  pudibond,  loin  de  là.  Effec- 
tivement, vous  pouvez  constater  sur  la  figure  350  la  tenue  immo- 
deste d’Adam,  assis  les  jambes  écartées  à côté  d’Eve,  et, à la  première 
fenêtre  de  la  nef,  en  pendant  à la  Naissance  d’Eve,  vous  distinguerez 
un  autre  Adam  irascible  qui  réprimande  vertement  sa  compagne, 
au  sujet  de  sa  désobéissance  et  lui  inflige  la  première  raclée  (fig.  351). 
Quant  aux  Quatre  Saisons,  de  Lalande  doit  confondre  avec  les  Jours 
de  la  Semaine  que  nous  allons  décrire. 

Chapelle  Ghigi  (fig.  350).  Raphaël  a peint  sur  les  parois  de  la 
coupole  les  sept  jours  de  la  semaine,  présidés  par  le  Créateur  et 
personnifiés  par  Jupiter  (fig.  352),  Mars  (fig.  353),  Mercure  (fig.  354), 
Saturne  (fig.  355)^  Diane  (fig.  356),  Apollon  (fig.  357)  et  Vénus, 
celle-ci  en  compagnie  de  l’Amour  (fig.  358).  Ces  antiques  symboles 
cosmologiques  sont  adaptés  au  dogme  chrétien  grâce  à la  présence 
d’anges,  en  nombre  égal,  qui  semblent  communiquer  à chacun 
d’eux,  observe  M.  Paléologue,  « l’impulsion  de  Dieu.  » 

Ne  quittons  pas  cette  merveilleuse  chapelle  sans  mentionner  une 
singularité  dont  la  signification  nous  échappe  : une  femme  nue 
saisit  le  glaive  brandi  par  un  enfant  qui  menace  un  homme  nu,  en 
fuite  (fig.  359). 

Chœur,  côté  gauche.  Le  tombeau  du  cardinal  Ascanio  Sforza,  par 
Andrea  Sansovino,  porte  plusieurs  statues  allégoriques  de  Vertus 
« pas  bégueules  »,  comme  l’était  Mme  Ango,  montrant  au  moins 
un  sein  en  entier  (fig.  360,  361  etô/s).  Les  angles  du  sarcophage 
sont  occupés  par  des  chimères  chargées  de  puissantes  mamelles. 

Du  côté  opposé,  le  mausolée  élevé  par  Jules  II  au  cardinal  Jérôme 
Bassus  (Hieronymo  ou  Girolamo  Basso)  est  agrémenté  de  torses  plus 
ou  moins  découverts  d’autres  vertueuses  allégories  (fig.  362).  xVu 
milieu  du  soubassement,  deux  génies  décoratifs,  en  bas-reliefs, 
s’appliquent  à exhiber  leurs  organes  génitaux. 

La  sépulture  d'un  autre  cardinal,  Giovanni  de  Castro,  est  ornée, 
entre  autres  allégories,  d’une  banale  Charité  (fig.  363),  dont  le  buste 

Et  non  du  Peuple,  parce  qu’elle  lut  établie,  comme  la  place  du  même  nom,  sur 
l’emplacement  d’un  bois  de  peupliers. 


334 


l’art  profane  a l’églisl 


Fig'.  350.  — Chapelle  Gliigiaiia. 


l T A L l E 


335 


Au  XMi^^  siècle,  existait  encore  dans  cette  ég'lise  le  tombeau  de 
Julie,  concubine  du  pape  Alexandre  VI.  Ce  monument  portait  ses 
armes  en  marbre,  écartelées  avec  celles  des  Borgia  ; on  v lisait 
cette  inscription  : 

1).  O.  M. 


JULIÆ  VA^’UCCIÆ,  MATRI,  DUCISSARUM  FERRARIÆ  ET  URBINl, 

FILIORUM  ALEXANDRI  SEXTI,  RARÆ, 

VIXIT  66  2. 

1.  Ceux  qui  lont  venir  la  syphilis  d’Egypte  invuqueiit  rinscriptioii  que  porte  un 

cenotaphe  erige  dans  cette  église  à la  mémoire  d’nn  noble  romain,  mort  de  la 

peste  inçfuinnria  sur  la  terre  des  Pharaons  en  IbSa,  six  ans  avant  le  retour  de 

Colomb  du  nouveau  monde.  La  voici  : Mnrco  Anlonn  equitis  romani  filio  ex  nohili 

ALheitonnm  familia,  corpore  luumoqne  insicfui,  qui  annum  aqens  XXX  peste 

inguinarta  interut  anno  salutis  christianæ  M.  CGC.  LXXXV  die  XXH  hilli 

hæredes  B.  M.  P.  Mais  rulcération  des  ganglions  de  l’aine  s’observe  surtout  dans  la 

peste  et  accompagne  « comme  son  ombre  »,  disait  Uicord,  le  chancre  mou  qui  n’est 
pas  syphilitique.  quincsu 

Autre  curiosité  médicale.  L’épitaphe  d’une  pierre  sépulcrale  indique  que  le  "isanf 
a succombe  aux  suites  de  la  morsure  d’un  chat  enragé  et  comporte  une  moralUé  : 
Hospes  disce  noviini  morlis  genus,  improha  felis 
Dum  trahitnr,  digitnm  mordet  et  intereo. 

± Leur  tille,  Lucrèce  Borgia,  sœur  de  César,  surnommée  la  Messaline  du  moven 


’i 

[ 

i; 


I 


336 


L ’ A R T P R O F A IS  K A É G 1. 1 S F 


Sainte-Marie  in  Cosmedin  (Sainte-Marie-du-Soleiiy . 

9 

22"Sainte-Marie-de-la-Minerve.  {Santa  Maria  sopra  Minerva)-.— 


Fig.  353.  — Marte.  Fig-.  354.  — iMerciirio. 


Léon  X ne  pouvait  choisir  pour  ses  cendres  un  asile  dont  le  vocable 
mi-chrétien,  mi-païen,  répondît  mieux  aux  goûts  artistiques  du 

âge,  faisait  riutérim  de  son  père,  au  Vatican,  en  cas  d’absence.  Son  épitaphe, 
contrairement  à Fusage,  est  dépourvue  de  louanges  dithyrambiques  : 

IIoc  iiimulo  dormit  Lucrelia  nomiiie.  sed  re 
Thaïs,  Alexandvi  jilia,  sponsa,  inirns. 

(Dans  ce  tombeau  repose  Lucrèce,  par  le  nom,  mais  en  réalité  Thaïs,  tille,  épouse 
et  bru  d’Alexandre.) 

1.  Remarquable  par  son  mude  de  satju’e  en  marbre  veiné,  connu  sous  le  nom  de 
Bocca  délia  verita.  Une  ancienne  tradition  veut  que  l’on  prête  serment  en  intro- 
duisant la  main  dans  la  bouche  du  masque.  Depuis,  les  mères  et  les  nourrices 
racontent  aux  enfants  que  s’ils  passent  la  main  par  la  bouche  de  la  ^V*rité,  après 
avoir  fait  un  mensonge,  ils  ne  pourront  plus  la  retirer;  c’est  ainsi  que  l’on  fait 
mentir  la  bouche  de  la  vérité. 

2.  Ou  mieux  Sur  Minerve, parce  que  cet  édifice,  la  seule  église  gothique  de  Rome, 
fut  élevé  sur  l’emplacement  d’un  temple  dédié  à Minerve,  par  Pompée. 


t TALiE 


337 


pontife  qui  a contribué,  pour  une  si  g-rande  part^  à pag-aniser  l’art 
chrétien. 


Sous  le  vestibule  latéral,  la  face  principale  du  tombeau  de  Gio- 


vanni Arbermi  (fig.  364)  montre  Hercule,  avec  l’attribut  bien 
évident  de  la  virilité  ; le  fils  de  Jupiter  et  d’Alcmène  étouffe  le 
lion  de  Némée. 

L’une  des  statues  qui  décorent  la  sépulture  d’Astorgio  Agnense, 
se  fait  remarquer  par  son  déshabillé  presque  complet  (fig.  365)  ; la 
bégueulerie  en  art,  à l’époque  où  cette  figure  fut  sculptée,  était 
alors  inconnue.  L’observation  s’applique  encore  au  Saint  Sébastien  de 
Michel  Maini  de  Fiesole,  au  torse  d’Apollon,  qui  porte  une  dra- 
perie pour  la  forme  (6g.  366). 

Au  maître-autel,  une  sculpture  d’un  caractère  tourmenté,  modelée 
par  Michel-Ange  représente  le  Christ  tenant  sa  croix.  Une  draperie 
de  fer-blanc,  confectionnée  par  un  chaudronnier  intrépide,  voile 
aujourd’hui  la  nudité  du  Rédempteur.  On  a même  muni  d’une 
chaussure  de  bronze  le  pied  droit,  qui  s’avance  et  que  les  pèlerins 

l’aUT  I'UOKANE.  — II. 


338 


l'aut  l'iioFANto  A i/éc;lisf 


peu  dégoûtés,  couvrent  de  leur  salive,  comme  Torteil  de  saint  Pierre. 
C’est  apparemment  pour  le  protéger  de  l’usure  qu’on  l’a  recouvert 
ainsi. 

Cependant,  le  Saint  André  de  Michel  Maini  a conservé  sa  nudité, 


Fig.  357.  — Apollü. 


Fig.  358. 


— Veiiere. 


((  ce  qui  était,  écrit  M.  Paléologue,  une  audacieuse  innovation 
pour  l’époque,  1480  ». 

Il  est  question  du  Christ  précité  dans  une  lettre  qu’Alexandre 
Lenoir  adressait,  le  18  thermidor,  an  x,  au  Ministre  de  l’Intérieur, 
« sur  les  objets  demandés  pour  l’église  de  Choisy  » : 

Citoyen  Ministre, 

Par  votre  lettre  en  date  du  16  du  courant  b vous  m’invitez  à vous  faire 
connaître  si  l’on  peut  mettre  à la  disposition  du  curé  de  Choisy  un  Christ 
en  marbre,  réclamé  par  cette  commune. 

J’ai  l’honneur  de  vous  observer.  Citoyen  Ministre  : 1'^  que  cette  statue, 
représentant  une  figure  nue,  peut  être  utile  pour  1 étude  du  dessin,  puis- 
qu’elle met  en  évidence  toutes  les  formes  du  corps  humain  ; qu’elle  est 


la  seule  copie  qui  soit  eu  France  de  ce  chef-d’œuvre  de  la  main  de 
Michel-Ange,  qui  se  voit  à Rome,  dans  l’église  dite  de  la  Minerve. 

J’ai  fait  connaître  ces  observations  au  citoyen  Ameilhon,  membre  de 

l'Institut,  qui  s’est  chargé  de  cette 
réclamation  au  nom  de  la  commune 
de  Ghoisy,  en  l’invitant  de  proposer 
à la  place  les  objets  suivants  qui  ne 
sont  d’aucune  utilité  pour  les  arts, 
dont  le  déplacement  ne  peut  nuire 
à la  collection  que  j’ai  formée  dans  le 
Musée  des  Monuments  français, 
savoir  : une  statue  en  marbre  de 
saint  Louis ^ patron  de  l’église  de 
Ghoisy  ; une  idem  de  saint  Maurice 
et  une  statue  de  la  Vierge  (en 
pierre). 

J’attendrai  votre  adhésion,  Gitoyen 
Ministre, 
pour  remet- 
tre ces  ob- 
jets aux  personnes  chargées  de  cette  opération  au 
nom  de  la  commune  précitée. 


Salut  et  respect. 


Lenoir. 


Fi«'.  3G1  bis. 


23».  Sainte-Marie-de-la-Victoire' . — Une  chapelle  du  transept, 

1.  La  façade  fut  élevée  aux  frais  du  cardinal  Scipion  Borghésc  comme  prix  de 


» 


340 


l\\rt  propane  a l’église 


« parée  comme  un  boudoir  » abrite  dans  son  cadre  élégant  le 
fameux  groupe  d autels  où  Bernin  fait  revivre  la  psvcho-névrosée 
sainte  Thérèse  (PL  XIV),  en  extase  de  Lamour  divin  ou  du  divin 
amour.  C’est  une  des  plus  vivantes  imitations  de  la  nature  que 
ciseau  de  sculpteur  ait  jamais  rendu  : le  marbre  semble  respirer  ou 
mieux  soupirer,  car  « la  vie  de  cette  vierge,  suivant  Diderot,  se 
trouve  résumée  tout  entière  dans  ce  mot  : amour!  » Passion 
qu^Esquirol  qualifie  scientifiquement  à' érotomanie  ou  folie  de  l’amour 
chaste^. 

Un  ange  touche  de  la  flèche  emblématique  le  sein  de  la  vierge 
d Avila,  dont  les  prunelles  chavirent  dans  le  blanc.  Le  Bernin  tra- 
duisit fidèlement  la  vision  que  la  sainte,  alors  âgée  de  44  ans,  décrit 
dans  sa  Vie,  lorsqu’elle  reçut  au  monastère  de  l’Incarnation  une 
faveur  si  extraordinaire  que  l’Eglise  fête  sous  le  vocable  de  la 
Transverbération  du  cœur  de  sainte  Thérèse  : 

Voici  une  vision  dont  le  Seigneur  daigna  me  favoriser  à diverses  re- 
prises. J’apercevais  près  de  moi,  du  côté  gauche,  un  ange  sous  une  forme 
corporelle...  Il  n’était  point  grand,  mais  petit  et  très  beau;  à son  visage 
enflammé,  on  reconnaissait  un  de  ces  esprits  d’une  très  haute  hiérarchie, 
qui  ne  sont,  ce  semble,  que  flamme  et  amour.  Il  était  apparemment  de 
ceux  qu’on  nomme  chérubins...  Je  voyais  dans  les  mains  de  cet  ange  un 
long  dard  qui  était  d'or  et  dont  la  pointe  en  fer  avait  à l’extrémité  un 
peu  de  feu.  De  temps  en  temps  il  le  plongeait  au  travers  de  mon  cœur, 
l’enfonçait  jusqu’aux  entrailles  ; en  le  retirant  il  semblait  me  les  emporter 
avec  ce  dard,  et  me  laissait  si  embrasée  d’amour  de  Dieu  que  la  violence 
de  ce  feu  me  faisait  jeter  des  cris  ; mais  des  cris  mêlés  d’une  si  extrême 
joie,  que  je  ne  pouvais  désirer  d’être  délivrée  d’une  douleur  si 
agréable... 

Tous  les  écrivains  voyageurs  ont  décrit  ce  chef-d’œuvre  et 
s’accordent  à lui  trouver  un  caractère  ultra-voluptueux  ; ils  le  citent 


V Hermaphrodite  trouvé  clans  le  jardin  voisin  des  Pères  carmélites.  Ceux-ci,  pense 
Valéry,  embarrassés  sans  doute  d’une  telle  statue,  la  cédèrent  au  cardinal  pour  la 
galerie  de  son  palais  où  elle  ligure  encore  aujourd’hui. 

1.  Les  Seins  à l’église,  üg.  ill!J. 

2 En  peinture,  VExlase  de  sainte  Micheline,  par  Boroccio,  est  aussi  un  chef- 
d’œuvre  ; mais  on  ne  peut  pas  en  dire  autant  de  la  suite  de  pâmoisons  maniérées 
de  Sainte  Catherine,  la  lille  de  saint  Domiuicpie,  ciue  le  Sodona  a représentée  dans 
l’une  de  ses  fresques.  On  cite  aussi  un  admirable  tableautin  du  Dominicpiin  montrant 
sainte  Catherine  de  Sienne  en  pâmoison  extaticiue,  soutenue  par  deux  anges  jouant 
le  rôle  de  carabins,  tandis  que  le  Christ,  en  dépit  de  toutes  les  règles  de  l’antisepsie, 
lui  tire  le  cœur  de  la  poitrine  à travers  son  habit  de  jacobine. 


J^I.ANCIIK  XIN’ 


1 


P'iG.  367,  ])age  340. 


Fragment  de  la 


1 ransverbcratioii  du  cœur  de  sainte 


'rhérèse. 


Fhot.  Axi)i:ks()x. 


\ 


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ITALIE 


341 


342 


l’art  profane  a l’église 


comme  l’exemple  le  plus  frappant  de  la  fusion  du  mysticisme  et  de 
l’érotisme,  u Quand  la  figure  de  la  sainte  serait  nue  »,  dit  de  Lalande, 


Fig.  364. 


« 


Fig.  363. 


elle  ne  serait  pas  plus 
licencieuse  ; le  sculpteur  y 
a mis  une  expression  que 
le  papier  ne  peut  soutfrir.  » 


Que  ces  âmes  trop  sensibles,  écrit  à son  tour 
Dupaty,  qui  craig’iient  tout  ce  qui  rappelle 
l’amour,  n’entrent  jamais  dans  Téglise  de  la 
Victoire,  elles  y verraient  la  statue  de  sainte 
Thérèse.  La  Vierge  est  à moitié  couchée  ; tout 
son  corps  s’abandonne...  sonreg-ard,  ses  traits, 
surtout  ses  mains  et  ses  pieds  lang-uissent... 
Ma  pensée  commence  à rougir  ; détournons-la. 


M.  Paléologue  dépeint 
l’extase  quasi-lubrique  de 
la  vierge  d’Avila  avec  exac- 
titude : 

La  sainte  est  dans  son  habit 
de  carmélite,  pâmée,  tombant 
à la  renverse,  sa  bouche  entr’- 
ouverte,  les  yeux  mourants  et 
presque  fermés  ; elle  n’en  peut 
plus,  l’ange  s’approche  d’elle, 
tenant  en  main  un  dard  dont  il 
la  menace  d’un  air  riant  et  un 
peu  malin. 


Fig.  365. 


Fig.  366. 


C’est  la  paraphrase  de  l’exclamation  malicieuse  échappée  au 


ITALIE 


343 


pr 


ésident  de  Brosses  : « Si  c’est  ici  l’amour  divin,  je  le  connais  ! » 
Alpho  lise  Karr,  dans  son  jug'ement  sur  la  sainte  hallucinée,  g^arde 


moins  de  courtoisie  et  le  tableau  marmoréen,  avec  la  bouche  de  la 
Vierge  en  chose  de  poule,  ne  lui  suggère  qu  une  réflexion  mordante  i 

Saillie  Ihérèse^  cette  Sapho  chrétienne,  physiquement  amoureuse  du 
Christ,  prétendait  être  descendue  dans  l’Cnfer  et  disait,  dans  une  de  ses 
élucubrations  éroticpies  : « On  n’y  aime  pas  et  ça  pue.  » 

Ce  chef-d’œuvre  de  la  statuaire  laisse  à l'auteur  satirique  des 
Guêpes  une  impression  si  fugitive  que,  dans  ses  Notes  de  Voyage^ 
il  1 accroche  aux  murs  d’une  église  de  Venise! 


344 


i/art  profane  a i/église 


Plus  précis,  le  chef  du  naturalisme,  Zola,  aveugle  admirateur  de 
cet  artiste  a puissant  et  exquis  »,  auquel  il  reconnaît  « une  verve 
toujours  prête,  une  ingéniosité  sans  cesse  en  éveil,  une  fécondité 
pleine  de  grâce  et  de  magnificence  »,  — mais  qui  vise  trop  souvent 
à la  recherche  de  Peffet  tourmenté,  du  théâtral  boursouflé, — charo-e 
un  de  ses  personnages  de  Rome,  Narcisse,  d’exprimer  son  enthou- 
siasme sur  ce  merveilleux  tableau  vivant,  que  le  cavalier  Bernin  ht 
jaillir  du  marbre  : 

Ah  ! cette  süiule  J fierese.  le  ciel  ouvert,  le  frisson  que  la  jouissance 
divine  peut  mettre  clans  le  corps  de  la  femme,  la  volupté  de  la  foi  poussée 
jusqu’au  spasme,  la  créature  perdant  le  souflle,  mourant  de  plaisir  aux 
bras  de  son  Dieu  !...  J’ai  passé  devant  elle  des  heures  et  des  heures  sans 
jamais  épuiser  l’infini  précieux  et  dévorant  du  symbole. 

Moins  emballé,  M.  Paléologue,  déjà  nommé,  nous  fournit  la  note 
juste  sur  cette  merveille  d’expression  : 

Nul  doute  sur  ce  sujet.  Ce  n’est  pas  à une  scène  de  cloître  ou  d’oratoire, 
c’est  à une  scène  d’alcôve  que  Bernin  nous  fait  assister.  Les  mouvements 
secrets  dont  cette  belle  créature  exténuée  semble  tressaillir  encore  n’ont 
rien  de  mystique.  Ce  n’est  pas  une  visionnaire  en  extase  que  nous  avons 
sous  les  yeux  ; c’est  une  jeune  mondaine  qui  défaille  aux  bras  de  son 
amante 

L’extraordinaire  est  qu’on  s’y  soit  mépris  d’abord,  et  qu’une  œuvre 
aussi  profane  ait  pu  être  considérée  comme  l’expression  suprême  du  sen- 
timent religieux.  Dans  ce  marbre  tout  frémissant  de  vie  sensuelle,  on  ne 
voyait  que  le  spectacle  d’une  âme  absorbée  en  Dieu,  au  point  que,  vers 
1750,  un  prêtre  écrivait  tranquillement  : ((  L'expression  de  cette  statue 
démontre  la  vérité  de  cette  pensée  de  saint  Augustin  : Irrequielum  est 
cor  nostriim  tlonec  requiescat  in  te.  » 

Le  mysticisme  prête  à ce  genre  de  malentendus.  C'est  ainsi  que 
le  Cantique  des  Cantiques  a été  considéré  comme  un  dialogue  entre 
Jésus  et  son  Eglise,  et  que  cette  pastorale  passionnée,  ce  poème 
brûlant  n'est,  pour  Athanase,  « qu'un  hymne  en  l'honneur  de  f incar- 
nation du  Verbe  ».  Or,  cette  œuvre  a inspirée  » est,  nous  Lavons 


1.  En  elTet,  le  réalisme  de  cette  scène  délirante  prête  à l’équivoque  et  suggère  de 
malicieuses  interprétations.  Ce  groupe  érotico-éthéré  pourrait  tout  aussi  bien  s’inti- 
tuler VAinour  et  Psyché,  et  cette  épouse  de  Jésus  transportée  au  septième  ciel, 
évoque  le  souvenir  d’abbesses  émancipées,  telles  Jeanne  de  Parme  et  Louise  Hollan- 
dine,  abbesse  de  Maubuisson  qui,  raconte  Madame,  dans  une  lettre  de  1716,  avait 
eu  tant  de  bâtards  qu’elle  ne  jurait  que  « par  ce  ventre  qui  a porté  quatorze  en- 
fants ! » 


démontré  ailleurs,  un  drame  satirique  et  amoureux.  « Il  est  de  viles 
décences  »,  a dit  J. -J.  Rousseau,  surtout  dans  la  Bihlc^  ajouterons- 
nous  ; comment  voulez-vous  que  des  gens  dont  le  jugement  est 
obnubilé  parla  discipline  du  dogme  qui  interdit  de  raisonner,  voient 
juste  ? 

Pour  conclure,  la  Sainte  Théî'ôse  du  Bernin,  hypnotisée  par  son 
Cupidon  angélique,  est  Pimage  de  la  religion  mondaine,  tortement 
imprégnée  de  sensualisme. 

Quant  à la  question  de  savoir  si  la  vierge  d’Avila  fut  une  « grande 
hystérique  »,  il  n'y  a pas  le  moindre  doute  à cet  égard,  et  le 
D*'  Gabanès,  notre  maître  Trublet  en  compilation,  se  donne  beau- 
coup de  mal  pour  prouver  le  contraire  h 

Il  nous  semble  que  c’est  en  pure  perte,  et  nous  allons  donner  nos 
raisons.  Tout  d’abord,  c’est  de  grand  cœur  et  au  pas  accéléré  que 
nous  nous  rangeons  dans  le  parti  de  ceux  que  notre  aimable  confrère 
traite  généreusement  de  « cliniciens  à courte  vue  ».  Sans  doute, 
sainte  Thérèse  ne  souffrit  pas  exclusivement  d’hystéro-épilepsie, 
caractérisée  par  des  crises  d’hystérie  - les  plus  nettes,  avec  perte  du 
sentiment,  sommeil  profond,  douleurs  excessives,  angoisses,  délire 
et  convulsions  successives  se  prolongeant  parfois  quatre  jours.  Son 
cas  est  beaucoup  plus  complexe  ; mais  nous  ne  pouvons  garder  aucun 
doute  sur  la  nature  du  mal  essentiel  dont  elle  fut  atteinte.  Exami- 
nons ce  cas  pathologique  en  détail. 

Après  ces  « effroyables  crises  »^  sa  langue,  écrit-elle,  était  en 
lambeaux,  à force  de  l’avoir  mordue  ; ses  ((  nerfs  se  contractaient 
tellement,  qu  elle  était  ramassée  en  peloton  » ; ses  os  ((  se  séparent 
et  demeurent  déboîtés  » ; ses  mains  sont  si  roides  qu  elle  ne  peut 
((  les  joindre;  il  m'en  reste  »,  ajoute-t-elle,  « jusqu’au  jour  suivant 
une  douleur  aussi  violente  que  si  mon  corps  eût  été  disloqué  ». 

1.  Les  Indiscrèlions  de  l’IIisloire,  4'“'  série.  Notre  cher  confrère  paraît  donner  rai- 
son à J. -K.  Hnysmans,  ce  plaisant  déséquilibré  qui  s'évada  dn  naturalisme  pour 
sombrer  dans  le  mysticisme  et  croyait  enfermer  les  détracteurs  du  satanisme, 
des  succubes  on  du  miracle  dans  ce  dilemme  : une  femme  est-elle  possédée  parce 
quelle  est  hystérique  ou  est-elle  hystérique  parce  qu’elle  est  possédée?  Personne, 
constate  triomphalement  l'auteur  de  VOhlat,  parmi  les  scientifiques  n’a  répondu  à la 
question;  « seule  l’Eglise  peut  répondre,  dit-il,  la  science  pas  ».  La  science  répond 
à de  pareilles  billevesées  par  un  haussement  d’épaule  et  le  conseil  de  consulter  un 
aheniste;  quant  à l’Eglise,  qui  vit  dans  le  bien,  elle  ne  peut  renier  ses  conceptions 
irréelles. 

2.  Pour  le  D’’  Bernheim,  de  Nancy,  il  n’y  a pas  d’hystérie,  mais  des  crises 
hystériques. 


i/art  profane  a l’église 


34G 


Elle  se  plaint  d’une  contracture  qui  l’empêche  de  rien  avaler. 
N’était-ce  point  la  douleur  spécifique  du  spasme  œsophagien,  que  le 
lang-age  populaire  a si  bien  caractérisé  depuis  par  l’appellation  de 
la  boule?  La  chose  existait  déjà  bien  que  le  terme  fût  ignoré.  Rien 
n’achèvera  mieux  de  nous  convaincre  que  l’examen  des  autres  maux 
dont  soulFre  la  sainte.  Pendant  vingt  années  consécutives,  nous  la 
voyons  incommodée  tous  les  matins  par  des  pituites  nerveuses  ; 
elle  restituait  ses  aliments,  « qu’elle  ne  pouvait,  nous  dit-elle,  gar- 
der que  l’après-midi  ».  Chacune  de  ses  crises  était  suivie  d'un  « tor- 
rent de  larmes  » ; ce  qui  ne  l’empêchait  pas,  dans  les  intervalles, 
d’être  aussi  larmoyante  que  Madeleine. 

Mais  ce  n’est  pas  tout  : durant  trois  longs  mois,  sans  répit, 
« des  pieds  à la  tête,  elle  éprouve  une  égale  torture  ».  Elle  est 
atteinte  d’une  hypéresthésie  cutanée  qui  lui  rend  insupportable  le 
contact  le  plus  léger  d’une  main.  On  ne  pouvait  « la  remuer  qu’à 
l’aide  d’un  drap  ». 

Survient  ensuite  une  paralysie  qui  l’accable  au  moins  trois  années. 
C’est  alors  qu’elle  se  décide  sur  le  tard  à demander  sa  guérison  à 
saint  Joseph  qui,  paraît-il,  ne  lui  refuse  jamais  rien.  Elle  implore 
aussi  Marie-Madeleine,  « la  glorieuse  amante  de  Jésus-Christ  ».  Par 
un  vrai  phénomène  d’auto-suggestion,  dans  sa  confiance  en  ses  appuis 
suprêmes,  elle  finit  par  marcher;  elle  est  apparemment  guérie. 

N’avons-nous  pas  ici  un  cas  assez  clair  d’hystérie  épileptiforme  ? 
D’autant  que  ces  troubles  physiques  se  compliquaient  chez  Thérèse 
de  dérangements  psychiques.  Elle  est  sujette  à la  lévitation;  comme 
Marie-Madeleine^  elle  sent  son  corps  flotter  et  voler  dans  l’espace  ; 
elle  souffre  d’hallucinations  de  la  vue  et  de  l'ouïe.  Le  Seigneur  lui 
apparaît;  elle  tombe  en  extase;  elle  est  ravie.  « Je  ne  veux  plus, 
lui  susurre  une  voix  divine,  que  tu  converses  avec  les  hommes,  mais 
avec  les  anges.  » 

Nous  ne  pensons  certes  pas,  cher  confrère,  que  « sainteté  soit 
synonyme  d’hystérie  » ; mais  vous  conviendrez  qu  elle  se  tra- 
duit maintes  fois  sous  des  formes  qui  sont  de  simples  variétés  de  la 
folie  mystique,  dont  les  manifestations  relèvent  exclusivement  de  la 
médecine  mentale  h La  folie  érotique,  surtout  à forme  hallucina- 


1.  Tels  encore  les  cas  des  grandes  amonreuses  extatiques,  Catherine  de  Sienne, 
Catherine  de  Ricci  (lig.  368),  sainte  Chantal,  Marguerite-Marie  Alacoque,  etc. 


rr  A L 1 E 


347 


tüire,  s’associe  souvent  au  délire  religieux^  selon  l’enseig-nement 
du  professeur  Bail. 

Ajoutons  que  sainte  Thérèse  était  atteinte  de  chloro-anémie  con- 
stitutionnelle, aggravée  par  les  jeûnes,  les  veilles  et  les  macérations 
pieuses;  elle  était  minée  par  le  paludisme.  Et  si  nous  rappelons  que 
son  père,  confit  en  dévotion,  lui  laissait  une  hérédité  plutôt  chargée, 
nous  aurons  tous  les  éléments  nécessaires  pour  expliquer  la  psychose 
protéique  et  les  séraphiques  ardeurs  de  notre  brillant  sujet.  Elle  est 
le  portrait  vivant,  ressemblance  garantie,  que  Charcot  a tracé  de 
main  de  maître  de  la  grande  hystérie. 

L’ambition  de  notre  bienheureuse  qui  a imaginé  l’adoration  d’un  viscère  était  « de 
se  consumer  en  la  présence  du  Seigneur  comme  un  cierge  ardent,  afin  de  lui  rendre 
amour  pour  amour  »,  écrit-elle  dans  son  Mémoire.  Plus  loin,  elle  raconte  qu’un 
jour,  en  temps  de  carnaval,  elle  se  déguise  pour  assister  à une  soirée  ; mais  au 
retourelle  s’administre,  pour  expier  « son  grand  péché  »,  de  sanglants  coups  de 
discipline  sur  le  corps.  « Le  soir,  ajoute-t-elle,  quand  je  quittais  ces  maudites 
livrées  de  Satan,  mon  souverain  Maître  se  présentait  à moi  comme  il  était  à sa 
flagellation...  »,  donc  in  jjiiris  naturalihiis.  « Je  t’ai  choisie  pour  mon  épouse,  lui 
disait  le  Seigneur,  et  nous  nous  sommes  promis  la  fidélité  lorsque  tu  m’as  fait  vœu 
de  chasteté.  » Sa  mère  veut  la  marier,  Jésus  intervient  et  lui  fait  une  scène  de 
jalousie  : « Si  tu  me  fais  ce  mépris,  lui  dit-il,  je  t’abandonne  pour  jamais.  » Crainte 
de  rupture  avec  son  céleste  époux,  elle  renonce  à tous  les  partis  excepté  un  : elle 
prend  celui  d’entrer  au  couvent  de  la  Visitation  de  Paray.  « C’est  ici,  lui  signifia  son 
divin  amant,  que  je  te  veux  ! » Et  elle  se  « donna  » à Jésus  qui  lui  avait  déclaré, 
à vingt  ans  : « Je  serai  pour  toi  l’amant  le  plus  tendre  » ; qui  lui  disait  à sa  prise 
d’habit  : « C’est  aujourd’hui  le  jour  de  nos  fiançailles...  Jusqu’ici  je  n’ai  été  que  ton 
fiancé  ; à partir  de  ce  jour  je  \eux  être  ton  époux  ! » Un  dernier  extrait,  pour  finir 
comme  tout  par  une  chanson  ; « Le  Cœur  adorable  de  mon  Jésus  me  fut  présenté 
plus  brillant  qu’un  soleil.  Il  était  au  milieu  des  flammes  de  son  pur  amour,  envi- 
ronné de  séraphins  (ou  mieux  de  cupidons)  c{ui  chantaient  d’un  concert  admirable  : 

L'amour  triomphe,  l’amour  jouit, 

L’amour  du  saint  Cœur  réjouit  ! » 

En  l’espèce,  il  nous  paraît  diflicile  d’établir  la  limite  qui  sépare  l’amour  divin  de 
l’amour  humain.  Au  surplus,  consultez  son  Mémoire  et  aussi  V Histoire  de  cette 
sainte  par  Mgr  Em.  Bougaud.  Le  meme  auteur  a écrit  VHisioire  de  sainte  Chantal, 
où  il  raconte  ce  trait  dégoûtant  de  son  héro'ine,  dont  tout  le  bonheur  consistait  à 
poser  ses  lè^■res  sur  les  ulcères  les  plus  repoussants,  tel  le  lys  sort  parfois  du 
fumier  : « Un  jour  qu’elle  soignait  une  moribonde  atteinte  d’un  cancer  à l’estomac 
et  qui  ne  pouvait  rien  garder,  elle  nettoya  le  vomissement  de  cette  malade  avec 
sa  langue...  » Pouah  ! Après  tout,  n’a-t-on  pas  glorifié  les  poux  de  saint  Labre  ? 
C’est  dans  l’ordre  ou,  si  vous  préférez,  dans  les  ordres. 

Parmi  les  exemples  de  macérations  écœurantes,  relevons  les  austérités  que  s'im- 
posaient d autres  douces  toquées  qui  se  rabaissaient  à l’état  de  l'animal  herbivore  ; 
sainte  Marie  d’Alexandrie  ne  mangeait  qu’une  feuille  de  chou  crue  — comme  une 
lapine  — chaque  dimanche  ; Catherine  de  Cordoue,  assure  le  « docteur  de  l Eglise  » 
sainte  Thérèse,  se  réduisit  à paître  l'herbe  comme  les  bêtes  et,  durant  le  carême, 
elle  ne  se  permettait  pas  de  s’appuyer  sur  ses  mains  pour  brouter  avec  plus  de 
fatigue  ; enfin,  les  carmélites  réformées,  entre  autres  extravagances  mystiques,  se 
nourrissaient,  les  unes,  de  glands,  les  autres  se  contentaient  de  feuilles  de  vignes 
— rien  des  statues. 


348 


l’art  profane  a l église 


La  vierge  d Avila  est  donc  une  hystérique  de  la  plus  belle  eau 
bénite  qui  soit,  et,  pour  finir  par  un  mot  plaisant,  au  risque  de 
passer,  après  cette  palabre,  pour  un  Joseph  Prudhomme,  un  père 
Grandet,  voire  un  Homais  renforcé  d un  Bonneau  de  Molinchard, 
permettez-nous  de  piquer  sur  son  cas  particulier  l’étiquette  néolo- 
gique à'hystérésie. 


24«  Sainte-Marie  de  l’Ara  Gœli  {Santa  Maria  in  Ara  Cœli).—  Cet 
édifice  occupe  1 emplacement  du  temple  de  Jupiter  Capitolin,  et  la 
tioisième  colonne  a gauche  de  la  nef  porte  encore  une  inscription 
qui  trahit  son  origine  profane  : a cvbicvlo  avgvstorvm.  Ce  monolithe 


viendrait  donc  de  la  chambre  à coucher  impériale  du  palais  des 
Césars  ! Un  autre  vestig'e  de  l’antiquité  se  retrouve  dans  une  singu- 
lièie  céiémonie  mystico-païenne  célébrée  dans  ce  temple  chrétien  et 
décrite  par  1 auteur  du  Voyage  dans  l’ Italie  méridionale  (1843)  : 


Tous  les  ans,  le  jour  de  VEpiphanie,  et  du  haut  de  l’escalier  de  l’Ara 
Gœli,  on  montre  au  peuple  agenouillé  sur  les  marches  et  la  place  le 
Santissiino  Hani bino , qui,  depuis  la  fete  de  Noël,  est  exposé  dans  une 
crèche,  ainsi  que  les  .figures  de  l’empereur  Auguste  et  de  la  Sibylle  de 
Gumes  h..  A sa  vue,  les  Romains  baisent  la  terre,  se  frappent  la  poitrine, 
et  leur  émotion  va  jusqu’aux  larmes. 


Que  fait  Auguste  à côté  de  Jésus  se  demande  Fulchiron  \ Jean  de 
la  Paye  va  lui  répondre.  Cette  église  doit  son  vocable  à un  petit 
autel  placé  du  côté  de  l’Evangile,  qui  aurait  été  consacré  à Dieu 
par  Auguste.  Voici  dans  quelle  circonstance  : 


Ge  prince,  ayant  consulté  l’Oracle  de  Delphes  pour  savoir  qui  gouver- 
neroit  l’himpire  après  lui,  fut  longtemps  sans  avoir  de  réponse.  Enfin, 
après  plusieurs  instances,  fOracle  déclara  que  l’Enfant  Hébreu,  Fils  de 
Dieu,  lui  ayant  ôté  la  parole,  il  n’avoit  plus  rien  à révéler  et  que  l’Empe- 
reur eût  à se  retirer.  Auguste,  dit-on,  ayant  trouvé  ce  langage  conforme 
aux  Prophéties  des  Sibylles,  bâtit  aussitôt  un  autel  au  Gapitole  en  l’hon- 
neur de  l’Enfant  Hébreu  dont  lui  avoit  parlé  l’Oracle,  et  appela  cet  autel 
Ara  priinogeniii  Del. 


Depuis  1870,  le  Bamhino  boude  dans  son  oratoire  et  ne  sort  plus 
de  sa  crèche. 


i.  Cette  somnambule  extralucide  passe  pour  avoir  auuoucé  la  venue  du  Messie; 
mais  vous  n’ignorez  pas  que  cette  prédiction  a été,  par  fraude  pieuse,  interpolée 
dans  les  vers  sibyllins  à la  fin  du  premier  siècle  de  notre  ère. 


ITALIE 


349 


Tombeau  JTIonorius  III.  Le  soubassement  est  occupé  par  trois 
génies  ; celui  qui  occupe  le  centre  se  dresse  de  face  et  étale  nette- 
ment ses  organes  ombragés 
(fig.  369). 


Fig-,  370. 


F i^’ 


36Ü. 


Chapelle  Savelli  (.xiii'  siècle).  Un  sarcophage  orné  de  satyres  et 
de  bacchantes  célébrant  une  fête  de  Bacchus  renferme  les  restes  du 
père  et  de  la  mère  du  pape  Honorius  IV. 

Gregorovius  a relevé  cette  inscription  sur  la  sépulture  du  sénateur 
Petrus  Jacobus  Ginna. 


nie  CORPVS  LINQVENS  ANIMA  REPETIVIT  OLYMPVM 

Et  sur  le  tombeau  de  Paolo  Boccapaduli  (xv''  siècle)^  ce  distique  : 

JVPITER  HVNC  PRIMVM  SACRIS  PREFECERAT  .*  ILLVM  NVNC  SVPERI 

gavdent  astra  tenere  poli 

L alliance  de  I élément  païen  et  de  l’élément  chrétien  est  naturelle 
a cette  époque  ou  les  poètes  appelaient  Dieu,  Jupiter  ; le  Christ 
Esculape;  Marie,  Diane,  etc.  Erasme  ne  comparait-il  pas  Jules  II  à 
Zeus  ^ Gomme  plus  tard  Voltaire  donnera  à Catherine  les  noms  de 
Sémiramisou  de  Minerve  du  Nord,  de  Sœur  d’Apollon,  etc. 

L auteur  d'Un  mois  en  Italie  constate  dans  la  Communion  de 
saint  Jérome  du  Domimquin  la  « bizarrerie  » de  la  nudité  absolue 


350 


i/ari’  profane  a 1/ église 


du  Père  de  TEg-lise,  au  milieu  de  persoiinag-es  richement  vêtus  de 
costumes  sacerdotaux.  Ce  contraste  jurait  tellement  à coté  de  la 
pudique  Transfigiiralion  de  Raphaël  que  les  moines  de  l’Ara  Cœli 
reléguèrent  dans  un  coin  le  tableau  du  Dominiquin  ; ils  l’oltrirent 
même  au  Poussin  comme  une  toile  qu’il  pourrait  recouvrir  ! 


215^  Sainte-Marie-du-Transtevère  {Santa  Maria  in  Transtevcrc.) 
— Les  colonnes  coniques  de  la  nef  du  premier  sanctuaire  de  Rome 
qui  fut  élevé  à la  Vierge,  proviennent  en  grande  partie  d’un  temple 
d’Isis  et  de  Sérapis  dont  les  têtes  ornent  les  chapiteaux  païens, 
llarpocrate,  fils  d’Isis,  le  dieu  grec  du  silence,  y figure  à côté  des 
divinités  égyptiennes.  Nouvel  exemple  de  la  fusion  du  paganisme 
et  du  christianisme  dans  le  domaine  de  l art  chrétien. 


26^  Sainte-Marie  Majeure  {Basilica  Liheriana).  — Les  colonnes 
de  cette  basilique,  « la  plus  grande  » des  églises  de  Rome  dédiées  à 
la  Vierge,  sont  tirées  du  temple  païen  de  Junon  Lucine,  la  protec- 
trice des  femmes  en  couches. 

Sépulture  de  Clément  IV.  Le  pape  pontifie  du  haut  de  son  mau- 
solée et  donne  sa  bénédiction  urhi  et  orLi,  assisté  de  la  Foi  et  de  la 
Charité^  dont  le  sein  dodu  gave  un  gamin  goulu  tout  nu. 

Tombeau  de  Sixte-Quint.  L’ancien  gardien  de  moutons,  qui 
n’avait  pas  dû  acquérir  des  goûts  artistiques  très  prononcés  dans  la 
société  de  ces  doux  quadrupèdes,  voulait  faire  enlever  du  Vatican  le 
Laocoon  et  V Apollon^  à cause  de  leur  mise  négligéeL  En  revanche, 
ce  vaniteux  parvenu  atteint  de  « la  maladie  de  la  pierre  » multi- 
pliait ses  armes  parlantes  sur  les  monuments  qu’il  édifiait  sans 
cesse  : un  lion  tenant  dans  sa  griffe  trois  poires  — de  bon  chrétien 
sans  doute.  Rappelons  une  réflexion  quelque  peu  libre  du  pâtre  de 
Montalte  au  sujet  du  calvinisme  : « On  ne  fait  pas  l’amour  dans 
cette  religion  »,  disait-il,  « elle  ne  durera  pas  ».  L’expression 

l.  Dans  le  ^raad  hall  de  l’éculc  de  Danbury,  du  Goniieeticut,  les  éludianls  et 
étudiantes  yaukees,  sur  leurs  économies,  avaient  élevé  une  réplique  eu  marbre  de 
V Apollon  du  Belvédère,  le  même  qui  échappa  à l’ostracisme  du  faux  bancal 
Sixte-Quint.  Mais  les  membres  du  conseil  scolaire,  eu  tournée  d’inspection,  tirent 
revêtir  le  dieu  un  du  Vatican  d’un  maillot  de  canotier  moderne  (fig.^  370).  Et  sa 
chlamydc,  portée  uéylig’emmeut  sur  le  bras,  « prit  1 apparence,  dit  René  Rures,  d une 
serviette  mouillée  qu’il  emporterait  dans  sa  cabine  après  le  bain.  » Apollon  en 
caleçon,  quelle  leçon  de  ridicule  I 


ITALI  i: 


351 


italienne  est  plus  énerg-ique^  non  si  chiava  in  qiicsia  religione^  et 
choquerait  partout  ailleurs  qu’au  beau  pays  a des  priapées  et  des  son- 


nets de  dévotion^  où  le  si  résonne  » et  où  l’on  voit  du  sang  sous  la 
peau  des  femmes^  mais  non  du  lait  comme  sous  celle  des  Françaises^ 
au  dire  du  Bernin.  Pourtant,  une  boutade  de  Luther  ne  dit-elle  pas  : 
((  Celui  qui  n aime  ni  le  vin^  ni  les  femmes^  ni  le  chant,  celui-là  est 
un  sot  et  le  sera  sa  vie  durant  » ? 

A la  chapelle  du  tombeau  de  Clément  Vlll,  deux  adultes  nus,  en 
marbre,  se  font  remarquer  par  leur  mauvaise  tenue  : ils  écartent 
leurs  cuisses  et  semblent  vouloir  montrer  leur  sexe  ou  s’apprêter  à 
satisfaire  quelque  besoin  pressant. 

La  Charité  (lig.  371)  du  mausolée  de  Clément  IX  se  distingue  de 
ses  congénères,  répandues  à profusion  sur  les  monuments  funèbres, 
par  un  geste  qui, pour  être  naturel  de  la  part  d’une  nourrice, est  rare- 
ment figuré  , elle  prend  sa  mamelle  pour  Fotfrir  à son  nourrisson 
adoptif. 

Il  nous  reste  à visiter  les  tombeaux  des  cardinaux  Santorio  et 
Cæsari  Raspono.  Au  fronton  du  premier,  l’un  des  angles  est  occupé 
par  une  Chanté  (tig.  372)  qui  abandonne  son  sein  gauche  à un 


352 


i/aUT  PUOt’ANE  A 


L ÉGLISE 


petit  miséreux  et,  de  la  main  droite,  lève  un  cœur.  Sursum  corda  ! 


L’autre  sépulcre  est  orné  d’un  gracieux  groupe  de  la  Renommée, 
au  sein  nu,  accompagnant  le  Temps  (fîg.  373). 

La  princesse  Pauline  Borghèse,  sœur  de  Bonaparte,  qui  était  à 
ses  yeux  « la  plus  belle  et  la  meilleure  créature  » de  son  temps, 
est  enterrée  dans  la  chapelle  de  la  famille  Borghèse  ; mais  on  s’est 
bien  gardé  de  décorer  son  tombeau  de  la  statue,  sculptée  d’après 


t r A L 1 K 


353 


nature  par  Caiiova^  qui  alarme  la  pudeur  et  « rappelle  tout  ce  que 
les  poètes  prêtent  d’attraits  à la  mère  de  l’Amour  ».  « C’est  de  la 


Fig-.  373  bis.  — Caricature  de  l’auteur  des  Tetoniana.  Tirée  du  Rict 


us. 


Viande  ! » disait  en  français  un  Romain^  avec  un  accent  passionné, 
à 1 auteur  anonyme  de  V Itinéraire  d’un  voyage  en  Italie, 

27®  Saint-Martin.  — A noter  un  curieux  tableau  de  Cavalucci,  le 
Purgatoire.  Parmi  les  âmes  purifiées  que  les  ang-es  tirent  des 
flammes,  une  femme  se  distingue  par  sa  nudité,  bien  qu’elle  tienne 
ses  bras  croisés  sur  les  seins,  en  attendant  sa  délivrance.  « Pourquoi, 
se  demande  Kotzebue,  fallait-il  qu’elle  restât  si  longtemps  dans  le 
purgatoire  ? Qu’a-t-elle  pu  faire  autre  chose  qu’aimer  ? » Or,  comme 
le  chante  Béranger,  pas  le  sénateur  : 

Dieu  lui-même  ordonne  qu’on  aime, 

Je  vous  le  dis,  en  vérité. 
l'akt  profane.  — II. 


23 


354 


l'art  I'RüFANE  a i/éllisio 


Saint-Nicolas-en-prison  {San  Nicolo  in  carccre).  — Les 


Fij;-.  373  1er. 

colonnes  de  la  nef  furent  empruntées,  selon  la  coutume  antique,  au 
temple  de  Juno  Sospita. 

La  prison  à laquelle  cette  basilique  doit  son  vocable  est  celle  qui 
fut  le  théâtre,  sous  Claudius  le  Décemvir,  d'un  trait  de  tendresse 
fdiale  maintes  fois  rapporté  sous  le  titre  de  Caritas  Roniana 
(fig-.  373  his^).  Pline  (vu,  3b)  fait  nourrir  par  sa  fdle  le  père  con- 
damné à mourir  de  faim  pour  trahison,  et  Valère  Maxime  (iv,  liv.  5) 
veut  que  ce  soit  la  mère  prisonnière  qui  prolita  de  ce  touchant 


1.  Anecd.  hisi.  sur  les  seins  et  rnllail.,  lig'.  31. 


1 1 A L 1 


555 


dévouement  filial.  Ce  cachot  se  montre  encore  sous  le  maître-autel^ 

et  Kotzebue  y a vu  des  traces  d’une  ancienne 
peinture  relatant  ce  fait. 

29®  Panthéon.  — Ce  temple  « de  tous  les 
dieux  » que  le  servile  Agrippa  éleva  à la 
gloire  de  son  beau-père  Auguste,  a été  con- 
verti en  église  et  consacré  à « tous  les  saints  » 
par  Boniface  I\  : c’est  ce  qui  le  sauva  de  la 
destruction  (fîg.  287  Lis). 

Là  reposent  les  cendres  de 
Raphaël  près  de  sa  fiancée, 

Maria  di  Bibiena,  laquelle, 
dit  l’abbé  Boulfroy,  le  pré- 
céda de  trois  mois  dans  la 
tombe  : assertion  que  con- 
tredit la  toile  de  Rodolfo 
Morgari,  exposée  à l’Aca- 
démie des  Beaux-Arts  de 

1 lorence,  et  qui  représente  le  a divin  »,  F aimmortel  » Sanzio  mou- 
rant (fîg.  373  ter). 


Fit:-.  37: 


Fi«-.  37 


3Qo  Saint-Paul  hors  des  murs.  — Le  tabernacle  ou  ciborium^ 
qui  date  du  xiii®  siècle,  porte  une  représentation  curieuse  d’Ève  et 
du  serpent  tentateur  à tête  de  canard  (fig.  374)  ; est-ce  une  ironie 
picturale  relative  à la  véracité  de  la  légende  biblique  ? 

Des  motifs  hétéroclites,  piqués  çà  et  là  au  milieu  d un  gracieux 
entrelacement  d arabesques,  de  feuillages  et  de  volutes,  décorent  les 
tympans  entre  les  archivoltes  des  arcades  du  cloître.  Nous  reprodui- 
sons les  plus  fantaisistes  de  ces  figures  : trois  visages  portant  la 
même  couronne  (fig.  375)S  sorte  d'Hécate  à « trois  têtes  dans  le 
même  bonnet  »,  et  un  petit  Hercule  nu  (fig.  376), avec  une  a nature  » 


1.  La  Irinite  chrétienne  a exercé  la  fantaisie  des  artistes  en  France  et  à l’étran-f 
Nous  connaissons  une  peinture  de  la  cathédrale  de  Saint-Pol  de 


.«ti.cuidie  ue  v^nicnester,  une  sculpture  d’une  double  Trinité  avec  froi^ 

2rné  Mary-S  de  Favcrshan,.  le  même  m"Lre  « 

sculpte  sous  la  ligure  d un  Zens  à quatre  yeux  (lig.  375  quarte).  ^ 


356 


l’art  profane  a l'église 


féminine,  qui  étouffe  les  deux  serpents  envoyés  par 
punir  de  son  orig'ine  adultérine^. 

\ 


Fie-,  375  ter. 


Fig-.  375  bis. 


Fig-.  375  quarte. 


dl""  Pères  Pénitenciers  (Padri  Penitenzieri).  — Ce  palais  délabré, 
devenu  couvent,  fut  construit  pour  le  cardinal  Donienico  délia 
Rovere,  au  xv®  siècle.  Le  Pinturicchio,  l’un  des  hôtes  du  prélat, 
orna  de  peintures  la  demeure  de  son  Mécène.  Seules,  les  trois  salles 
du  premier  étag-e,  d'après  G.  Lafenestre  et  E.  Richtenberger,  ont 
conservé  les  traces  de  ses  décorations  : le  plafond  de  la  seconde 
« renferme  des  personnages  fantastiques  et  des  animaux  fabuleux  », 
et  à celui  de  la  troisième  sont  représentés  « des  épisodes  de  la 
légende,  des  animaux  marins,  combats  ou  scènes  amoureuses,  des 
sirènes  nageant,  des  nymphes  montées  sur  des  dauphins,  des 
amazones,  etc.  » 


32^*  Saint-Pierre-aux-Liens  {San  Petro  in  VincoU).  — Sur  le 
monument  commémoratif  de  Jules  II,  inhumé  à Saint-Pierre  de 

1.  Dans  l’église  de  la  Piazza  Sciarra  on  Corso^  pendant  la  semaine  sainte,  un 
sermon  était  exclusivement  réservé  aux  femmes  qui  s'étaient  écartées  du  droit 
chemin  ; les  coupables  se  trahissaient  par  leurs  larmes  de  repentir  et  bien  peu  des 
représentantes  du  sexe  que  Milton  appelle  « un  beau  défaut  de  la  nature  »,  fair 
defecto  of  nature,  sortaient  les  yeux  secs. 


Rome,  sont  ciselés  des 
Mme  de  Genlis,  puisqu’ils 
re|3résentent  les  divinités 
du  paganisme  ».  Pendant 
ses  excursions  en  Italie, 
la  pruderie  de  ce  délicat 
bas-bleu  a souvent  eu 
l’occasion  d’être  eltarou- 
chée  par  une  pareille 
promiscuité. 

Ce  mausolée  devait 
être  « une  montagne  d’ar- 
chitecture ^ » ; il  compre- 
nait plus  de  quarante 
statues,  sans  compter 
les  bas-reliefs  en  bronze  ; 


Fiff.  376. 


tig.  377. — Reproduite  par  A.  Dcmmin^in  Encyclopédie 
des  Beaux-Avis  plastiques. 


mais  son  édification  fut  interrompue  par  la  reconstruction  de 


1.  Voici  la  description  que  Gondivi  donne  de  ce  tombeau  ; elle  est  conforme  au 
dessin  a executer,  laissé  par  Michel-An^c  (lig-.  380,  381).  Sur  chacune  des  quatre 
faces  devaient  liH-urer  qu  enchaînés  à des  Ternes  placés  en  arrière 

. . Lntie  les  eschnes,  des  niches  auraient  abrité  des  Victoires  terrassant  à leurs 
l>ieds  des  prusoimiers  abattus.  Au-dessus  d’une  corniche  qui  aurait  terminé  cette 
t ecora  ion,  ilichel-Ange  disposait  huit  figures  assises,  deux  sur  cluupic  face  qui 

10')^  P'-°Phétes  et  des  Vertus.  La  Prudence  (onail  un  cL 

le  Moïse  était  au  nombre  de  ces  statues.  Du  sarcophage  placé  au  milieu  de  ces 
hgures  s devait  une  pyramide  dont  le  sommet  supportait  un  am;e  chargé  comme 
Atla.s,  cl  un  globe  sur  ses  épaules.  De  ce  gigantesque  projet,  il  ne  reste  ’à  l’état 

d execution  que  Mo:se,  l'une  des  Victoires  et  deux  Captifs.  (Cf  d’L  ncouid 
Hist.  de  VArl  par  les  Alonumenls).  ^ • u .•Xç,incoui i, 


Saint-Pierre^  et,  dans  la  suite,  il  fut  réduit  à sa  plus  simple  expression 


(fîg^.  377).  Tous  les  arts  libéraux,  la  Peinture,  la  Sculpture  et 
V Architecture  y étaient  représentés  comme  des  captifs  tombés  en 
esclavage  après  la  mort  de  Jules  11b 

1.  Rappelons  que  la  statue  en  bronze  de  ce  bouillant  pontife,  destinée  à son  fas- 
tueux monument,  fut  brisée  à Bologne  (p.  110).  Nous  savons  qu’il  voulut  être 
représenté  une  épée  et  non  un  livre  à la  main  : 

Eh  quoi  I Mathan,  d'un  prêtre  est-ce  là  le  langage  ? 

De  tout  temps,  d’ailleurs,  le  sabre  et  le  goupillon  ne  furent-ils  pas  deux  inséparables. 


ITALIE 


359 


Parmi  ses  richesses,  le  Louvre  possède  deux  prisonniers  nus 
(h^‘.  378  et  Lun  cndonni^  l’autre  éveillé^  qui  occupaient  les 

pilastres  du  soubassements  Ils  furent 
donnés  à François  F^’  par  Robert  Strozzi, 
et  plus  tard  le  connétable  de  Montmorency 
les  oifrit  au  cardinal  de  Richelieu  pour 
orner  son  château;  ce  qui  n’empêcha  pas  ^ 
ce  prélat  peu  reconnaissant  de  lui  faire 
trancher  la  tête. 

Le  monument  actuel  est  toujours  do- 
miné par  le  fameux  Moïse^  en  Jupiter 
olympien,  avec  cornes  et  barbe  de  bouc, 
à qui  il  ne  manque  que  la  parole  ; mais 
les  captifs  sont  remplacés  par  des  statues 
de  lemmes  drapées,  sculptées  par  Rafaele  Montelupo,  élève  de 
Buonarroti;  elles  représentent  la  Vie  active. 

Nous  relevons,  sans  plus  insister,  un  des  détails  décoratifs  et 
incongrus  du  soubassement  (fîg.  379). 


Fiji-.  379. 


en  dépit  des  maximes  évangéliques;  « Celui  qui  frappe  de  l’épée  mourra  par  Fépée  » 
et  Ecclésial  nhhorret  a sanguine  ? Pour  respecter  ce  précepte  chrétien,  le  fameux 
évêque  Odon,  frère  utérin  de  Guillaume  le  Bâtard,  prit  part  à la  conquête  d’Angle- 
terre en  assommant  les  Anglaisa  coups  de  massue.  L'Inquisition  aussi,  se  gardait  de 
répandre  le  sang,  elle  brûlait  les  hérétiques;  de  même,  les  Frères  de  Moravie, 
une  secte  des  Anabaptistes,  se  conlormaieut  au  texte  de  l’Evangile  en  faisant 
chatouiller  le  coupable  jusqu  a ce  qu  il  mourût.  Jules  II  n’avait  pas  ce  scrupule  et 
ne  visait  d’autre  modèle  que  saint  Paul  qui  essorilla  Malchus.  Que  les  pourfendeurs 
religieux  méditent  cette  réflexion  du  roi  Jacques;  « On  a bien  \'u  Notre-Seig'neur 
battre  des  gens  pour  les  chasser  du  temple,  mais  on  ne  trouve  nulle  part  qu’il  en 
ait  maltraité  pour  les  y faire  entrer.  » La  conduite  de  trop  de  pontifes,  qui  devraient 
prêcher  d exemple,  est  en  contradiction  avec  les  livres  saints  ; Sixte-Quint  approuvait 
le  régicide  et  Grégoire  XIII  glorifiait  le  massacre  de  la  Saint-Barthélemy  que  ce 
dévot  dévoyé,  ce  rat  raté  d’église,  Joris  Ilu^^smans,  appelle  allègrement»  une  partie  de 
chasse  » et  considère  lo7i  » comme  une  date  glorieuse  ».  Aussi,  ne  nous  étonnons 
pas  de  voir  ces  oiseaux  de  paradis,  qui  suent  le  sang  et  l’hypocrisie,  clonés  au  pilori 
de  1 histoire  par  l’éclat  et  la  vigueur  du  verbe  de  notre  chantre  national, — ne  pas  con- 
fondre a\ ec  notre  <<  chantre  mou  ».  François  Coppée  ; 

Boniface  a des  fils  de  scs  nièces;  Urbain 

Fait  saigner  et  mourir  cinq  prêtres  dans  leur  Jjain; 

Borgia  dans  Gomorrhe  y serait  une  tache  ; 

Grégoire  tient  la  torche  et  Sixte  tient  la  haclic  ; 

Félix  est  un  désastre  et  Simplicius  ment; 

Cet  Innocent  brûlait  les  hommes,  ce  Clément 
Les  massacrait,  ce  Pie  est  un  vendeur  du  Temple, 

Jule  est  l'épouvantail  comme  Clirist  est  l’exemple 

1.  Baphaël  semble  s’étre  inspiré  de  l’attitude  de  ce  dernier  pour  V Apollon  qu’il  a 
placé  dans  son  Ecole  d’ Athènes,  au  Vatican. 


360 


i/art  profane  a l’éoeise 


On  voit  encore  dans  cette  église  un  singulier  tableau  en  mosaïque 


représentant  Saint  Sébastien,  le  nimbé  voué  au  nu,  affublé  d’une 
longue  robe  comme  une  Vierge  byzantine. 

33^^  Saint-Pierre  du  Mont  (San  Pietro  in  Montorio).  — Première 


ITALIE 


361 


chapelle,  du  côté  droit.  La  Flagellation  (fig-.  .381-0 /s),  peinture  à l’huile 


Fig’.  381.  — Moitié  droite  de  la  même  face. 

de  Sebastiano  del  Piombo,  d’après  le  dessin  de  Michel-Ange,  qui 
a dû  y donner  aussi  quelques  coups  de  pinceau,  des  coups  de  maître. 
L un  des  deux  bourreaux  (celui  de  droite)  frappant  le  divin  Flagellé 
avec  des  lanières,  serait  son  portrait.  On  reconnaît  l’intervention  de 
Buonarroti  à l’exagération  du  nu,  qui  rappelle  celle  de  ses  person- 


362 


t/art  propane  a r/ÉnrjSE 


nag-es  athlétiques  du  Jiujemcnt  de  la  Sixtine  : la  draperie  du  Ré- 
dempteur est  réduite  à sa  plus  simple  expression;  quant  aux  caleçons 
blancs  des  deux  exécuteurs  du  premier  plan,  il  est  visible^  surtout 


en  considérant  la  peinture,  qu’ils  ont  été  .ajoutés  après  coup  par 
quelque  Volterre  complaisant.  Nous  avons  fait  pointiller  les  voiles 
supplémentaires  dont  l’éclatante  blancheur  jure  avec  la  teinte 
foncée  des  personnages,  due  à la  peinture  qui  a noirci,  en  raison  de 
l’inexpérience  de  Sel^astiano  Luciani,  qui  tentait,  pour  la  première 
fois,  l’emploi  des  couleurs  à l’huile  sur  l’enduit  des  murs. 

Quatrième  chapelle.  Des  enfants  entièrement  nus  soutiennent 
deux  à deux  la  corniche  de  la  balustrade.  « Cette  balustrade,  dit 


de  Lalande,  conviendrait  mieux  dans  un  jardin  que  dans  une  église, 
où  elle  est  un  peu  indécente.  » 

Première  chapelle  à gauche.  Deux  anciens  tombeaux  vides  sont 
ornés  de  bas-reliefs  singuliers.  Sur  1 un,  on  voit  « les  danses  et 
les  jeux  obscènes  » des  faunes,  des  satyres,  des  bacchantes;  puis, 
la  cérémonie  des  cendres  et  la  mort  au  milieu  de  ses  nombreuses 
victimes.  L’autre  représente  la  désobéissance  d Eve  et  le  Jugement 


ITALIE 


3G3 


dernier;  les  ressuscités  forment  des  groupes  bien  divertissants, 
paraît-il  : « Je  les  examine  souvent,  dit  un  moine  cicerone  à l’auteur 
de  V Itinéraire  d’un  Voyage  en  Italie^  et  ne  m^en  approche  jamais 
sans  y découvrir  de  nouvelles  facéties,  plus  burlesques  les  unes 
que  les  autres,  un  peu  trop  libres  peut-être  pour  un  temple  catho- 
lique et  pour  des  capucins.  » Bah  ! les  bons  frocards  d’antan 
n’avaient  pas  froid  aux  yeux;  n’avaient-ils  pas  adopté  pour  juron 
per  Dio  Bacco^  parce  que  les  peines  contre  les  blasphémateurs  les 
empêchaient  de  jurer  per  Dio.  Nous  savons  que  Benoît  XIV,  affolé 
dans  sa  jeunesse  par  Mme  Dubocage,  avait  toujours  à la  bouche  le 
mot  le  moins  honnête  de  sa  langue,  et  celui  de  sa  contre-partie. 

34°  Le  Saint  Escalier  (Scala  Santa).  — Sur  la  paroi  de  droite  et 
en  haut  du  prétendu  escalier  de  Pilate  ',  dont  les  pèlerins  des  deux 
sexes  — les  dames  au  risque  de  montrer  leurs  dessous  ^ 
vissent  les  vingt-huit  marches^,  à la  façon  des  culs-de-jatte  et  aussi 
de  César  quand  il  montait  Tescalier  de  Jupiter  Capitolin,  un  tableau 
représente  Eve  sortant  d’une  côte  « superflue^»  d’Adam.  Celui-ci 
est  couché  sur  le  côté  gauche  et  tourne  le  dos  au  public,  pour  dissi- 
muler sa  nudité  antérieure.  De  plus,  le  peintre  pusillanime  a pris  la 


1.  Cet  escalier  de  Pilate  a servi  longtemps  dans  les  représentations  théâtrales  de 
la  Passion  ; de  là  sa  réputation  usurpée. 

2.  Un  éditeur  d’art  nous  contait  qu’à  sa  visite  dans  cette  église,  une  agenouillée 
ambulante  tomba  à la  renverse,  en  découvrant  son  architecture  inférieure  ; sa 
femme,  simple  curieuse,  se  précipita  à son  secours  et  gravit,  pedibiis  cum  jambis, 
les  sacrés  degrés.  Mais  un  prêtre  la  réprimanda  vivement  de  la  profanation  qu’elle 
venait  de  commettre.  L’interlocutrice  reprit  sans  désemparer  qu’il  fallait  éti’e  un 
sérénissime  — ou  serinissime  — imbécile  pour  ne  pas  aider  à se  relever  une  femme 
«qui  tombe  ».  Un  autre  jour,  à Rome,  la  même  personne  sévit  fermer  la  porte 
d’une  église,  parce  qu’elle  était  en  costume  de  cycliste,  mais  le  bedeau  lui  insinua 
un  « accommodement  avec  le  ciel  » celui  de  louer  une  jupe  à son  épouse.  La  propo- 
sition fut  acceptée  et  une  fois  dans  la  place,  au  beau  milieu  de  l’édifice  religieux, 
la  travestie  retira  la  jupe  de  location,  en  disant  d’un  ton  narquois  au  sacristain 
ébaubi  : « Maintenant  que  je  suis  entrée  dans  la  place,  je  sors  de  vos  hardes.  » 

Les  Hamands  qui,  assure  Nisard,  se  servent  des  prêtres,  mais  ne  les  servent  pas, 
gravissent  d’une  façon  analogue  la  montagne  sainte  de  Ghevremont,  près  de  Ghau- 
fontame,  pour  adorer  la  Vierge  dans  une  chapelle  : « les  uns  les  pieds  nus,  les 
autres  avec  des  pois  dans  leurs  souliers,  ce  qui  est  l’épreuve  intermédiaire  entre 
monter  nu-pieds  et  monter  en  souliers  ; quelques-uns,  les  plus  zélés,  à genoux.  » 

3.  A chaque  marche,  à chaque  roulis  de  hanche,  à chaque  tangage  de  croupes,  on 
gagne  neuf  années  d’indulgences. 

4.  Bossuet  assure  « qu’en  prévision  de  la  naissance  d’Ève,  l’Eternel  avait  donné  à 
Adam  une  côte  superflue  dans  le  côté  » et  l’aigle  de  Meaux  ajoute,  en  s’adressant 
dédaigneusement  a la  plus  belle  moitié  du  genre  humain,  qu’elle  doit  sans  cesse  se 
souvenir  de  son  origine,  c’est-à-dire  « qu’elle  vient  d’un  os  surnuméraire  ». 


364 


l'art  profane  a l’église 


précaution  de  cacher  les  organes  prohibés  par  un  petit  nuage,  qui 
sort...  on  ne  sait  d’où.  Eve  se  contente  de  croiser  les  bras  pour 
cacher  ses  seins  au  Créateur, 
mais  elle  ne  peut  dissimuler 
son  ventre  aussi  développé 
que  celui  d’une  femme  à 
terme. 

35^"  Sainte  Sabine.  — 

Mausolée  du  cardinal  Monti 
del  Pozzo.  Autour  du  sarco- 
phage se  tiennent  la  Vierge 


Fis.  382. 


Fig.  383. 


portant  Jésus  tout  nu,  deux  saintes  et  les  Vertus  cardinales  : la 
Prudence  découvre  son  torse  et  une  partie  de  l’abdomen  pour  se 
faire  piquer  la  mamelle  droite  par  un  serpent  (fîg.  382), 

Qui  déchire  son  sein,  qui  dévore  son  liane. 

36°  Santo  Stefano  Rotondo.  — Sur  les  parois  de  ce  temple  antique 
qui  date  du  v°  siècle,  Pomarancio,  pour  les  figures,  et  Matteo  di 
Sienna,  pour  les  paysages,  représentèrent  dans  une  suite  de  trente- 


ITALIE 


365 


deux  fresques  mouvementées  et  tourmentées,  les  horribles  tortures 
appliquées  aux  martyrs  dépouillés  de  leurs  vêtements. 

37*^  Trinité  du  Mont.  — Les  matériaux  de  cette  belle  ég-lise  furent 
tirés  des  Thermes  qui  portent  le  nom  du  plus  acharné  persécuteur 
des  chrétiens  : ((  Quel  triomphe,  exclame  Ampère,  et  quelle  noble 
venai'eance  du  Christianisme  ! » 

La  Descente  de  Croix  est  des  plus...  décentes;  c’est  à ce  titre  que 
nous  en  parlons.  Elle  est  due  au  pinceau-goupillon  de  Daniel  Ric- 
ciarelli,  plus  connu  ou  trop  connu  sous  le  nom  de  Daniel  de  Volterre 
et  le  surnom  de  Bracchetone,  sa  « culotte  » de  Nessus.  Les  quatre 
femmes  de  face,  inclinées,  ne  montrent  absolument  rien  de  leur 
gorge.  Comparez  cette  composition  avec  celle  de  Rubens  ^ et  vous 
vous  rendrez  compte  de  la  distance  qui  sépare  le  peintre  de  la  chair 
de  celui  de  la  chaire. 

IL  — PALAIS  ET  VILLAS 

Nous  visiterons  seulement  les  édifices  privés  qui  ont  appartenu  à 
de  hauts  dignitaires  de  TEglise. 

Villa  Albani.  — Cette  villa,  sur  le  point  de  disparaître,  fut 
fondée  par  le  cardinal  Alexandre  Albani,  grand  amateur  d’art 
antique.  Napoléon  cambriola  trois  cents  des  meilleures  statues 
qui  furent  restituées  en  1815,  et  que  le  cardinal  Joseph  Albani 
vendit  au  Musée  de  Berlin,  à l’exception  du  célèbre  bas-relief 
à’Antinoiis^  pour  couvrir  les  frais  du  transport  ! 

Après  avoir  traversé  la  sala  ovale  du  Casino^  où  se  trouve 
V Amour  bandant  son  arc,  on  arrive  à la  galleria  grande  dont  le 
plafond  peint  à fresque  par  Raphaël  Mengs  représente,  dans  le 
champ  du  milieu,  Apollon  et  les  Muses  de  grandeur  naturelle.  « Le 
Sanzio,  disait  Winckelmann,  n’a  rien  produit  qui  puisse  y être 
comparé.  » Vous  êtes  orfèvre,  Monsieur  Josse  ! Ce  lourd  critique 
brandebourgeois,  l’ami  d’Alexandre  Albani,  ne  pouvait  juger  autre- 
ment l’œuvre  d’un  compatriote  quTl  écrase  sous  le  pavé  de  Tours. 


1.  Réveil,  tom.  xi,  793. 


3GG 


i/art  profane  a l’église 


Villa  Borghèse.  — Commencée  par  le  cardinal  Dezza,  elle  fut 
terminée  sous  le  pontificat  de  Paul  V par  son  neveu  le  cardinal 
Scipion.  Avant  d’être  une  galerie  de  peinture  et  de  sculpture, elle  fut 
la  demeure  d’un  prélat,  et  l’on  y pouvait  déjà  contempler  les  toiles 
et  les  statues  les  plus  suggestives,  entre  autres  : Jupiter  et  Danaé, 
un  des  meilleurs  tableaux  du  Corrège  ; V Aurore^  du  Guerchin  ; 
Vénus  et  V Amour ^ de  Lucas  Cranach  ; V Amour  sacre  et  V Amour 
profane^  du  Titien  ; Léda  (fîg.  383)  ; les  statues  colossales  de 
Jupiter,  Apollon,  Julie  et  Sabine  ; la  Dispute  d’Apollon  et  d' Hercule, 
par  Domenico  des  Angelis,  à la  voûte  de  la  première  salle  ; la 
Naissance  de  Vénus,  fresque  de  Gaetano  Lopis,  à la  voûte  de  la 
troisième  salle;  etc.  Cet  édifice  n'a  donc  pas  changé  de  destination; 
il  n’a  fait  qu’étendre  son  hospitalité  à l’art  profane. 

Palais  du  cardinal  CesiL 

La  Farnésine.  — Cette  demeure  de  plaisance,  édifiée  par  le  ban- 
quier des  papes,  Augustin  Chigi,  devint  la  propriété  des  Farnèse. 
On  y admire  encore  les  douze  fresques  où  le  pinceau  magique  de 
Raphaël  développe  les  différentes  phases  des  Noces  de  Psyché,  et  où 
le  maître  des  maîtres  prouve  que  la  foi  n’est  pour  rien  dans  les 
manifestations  artistiques  de  la  peinture  religieuse.  Il  ne  serait  pas 
question,  ici,  de  ce  palais,  si  l’amphitryon  n’avait  souvent  réuni 
et  « régalé  » Léon  X et  divers  cardinaux,  en  noble  compagnie  des 
nudités  de  l’Olympe,  à la  tête  desquelles  brillent  les  Trois  Grâces, 
une  brune,  une  blonde,  une  châtaine,  à qui  l’amour  fait  admirer 
Psyché  dont  il  est  épris  (fîg.  384). 

Palais  Farnèse.  — Ce  palais  fut  construit  en  face  de  la  Farnésine 
sur  la  rive  opposée  du  Tibre,  par  le  cardinal  Alexandre  Farnèse,  qui 
devint  pape  sous  le  nom  de  Paul  III.  Les  fresques  lascives 
d’Annibal  Carrache.son  chef-d’œuvre,  dont  le  Triomphe  de  Bacchus 
et  d’Ariane  occupe  le  centre,  se  déployaient  à l’aise  sur  les  murs  de 
ce  palais,  sans  crainte  de  faire  rougir  davantage  la  pourpre  cardi- 
nalice. Les  amours  mythiques  étaient  célébrées  sur  les  parois  de  la 

1.  L’auteur  des  Délices  d’Ilalie  y a « admiré  » une  sculpture  antique  représentant 
J linon,  dite  V Amazone  parce  qu’elle  a une  mamelle  coupée.  Nous  ne  connaissons 
aucune  ligure  d’Amazones  olTrant  la  section  mammaire  à laquelle  cette  peuplade 
fabuleuse  devrait  son  nom. 


ITALIE 


367 


galerie  des  fêtes*.  Il  suffit  de  considérer  les  sujets  d’ornementation 


de  la  chape  de  ce  pontife^^  pour  avoir  la  mesure  de  son  libéralisme 
artistique  et  de  sa  moralité. 

Cet  édifice  n’a  pas,  non  plus,  beaucoup  changé  en  devenant  un 
Musée  national,  où  Ton  rencontre,  par  exemple^  Apollon  et  les  Trois 
Grâces  qui  ont  des  draperies  sous  la  main,  mais  se  gardent  bien  de 
s en  servir,  à la  satisfaction  des  amis  des  beaux-arts. 


Palais  Spada.  — Il  fut  élevé  pour  le  cardinal  Gapo  di  Ferro  sous 
le  pontificat  de  Paul  III  et  décoré  par  le  cardinal  Spada.  On  y 

1.  La  chaste  plume  de  Du  Pays  proteste  contre  les  sujets  de  ces  peintures  - „ 

un  des  caractères  de  l’époque  où  elles  furent  exécutées  que  ce  eoût  prédomin-nU 
pour  la  mythologie,  mais  il  uc  .juslilic  pas  (pour  parlor'le  lougC  rer^uc  de 
La  Bruyere),  ces  saletes  des  dieux  peints  pour  les  princes  de  l’Eglise.  » Et  cha- 
noine  de  Bleser  ajoute  : « C’est  une  des  plus  belles  œuvres  de  la  Benaissance  mais 
1 est  bien  permis  d fifïirmer  sans  témérité  que  de  pareils  scandales  ne  s’étaleront 
du  moTdr»  «“-'qi'cls  il  O Ole  dit  d.etre  la  lumière  et  le  sel 

2.  Les  Seins  el  l’AUailenienl  à L’Église^  lig.  1. 


admire  la  Mort  de  Didon  du  Guerchin  ; la  poitrine  de  l’héroïne 
apparaît  en  entier  sous  la  draperie  qui  recouvre  le  reste  du  corps. 

Palais  Barbarini.  — Date  de  l’exaltation  du  cardinal  MalFeo 
Barberini,  devenu  pape  sous  le  nom  d’Urbain  VIII,  dont  nous  con- 
naissons les  armes  parlantes.  Ce  palais  est  situé  sur  l'emplacement 
du  cirque  de  la  courtisane  Flora  et  est  fameux  par  les  fêtes  noc- 
turnes qu’on  y donnait.  Il  ne  déroge  donc  pas  en  abritant  dans  ses 
galeries  des  toiles  telles  que  les  Bacchanales  de  FAlbane,  écho 
lointain  des  orgies  qui  se  passaient  au  même  lieu,  et  la  Fornarina^ ^ 
la  robuste  maîtresse  du  divin  Sanzio,  lequel  postulait,  comme 
FArétin,  au  chapeau  de  cardinal. 

Palais  Rospigliosi.  — Construit  par  Je  cardinal  Scipion  Borghèse, 
neveu  de  Paul  V,  cet  édifice  devint  plus  tard  la  propriété  du 
cardinal  de  Mazarin.  Actuellement,  il  donne  asile  au  Temple  de 
Vénus  par  Claude  Lorrain,  et  à la  sensuelle  Léda  du  Gorrège.  On 
y voit  aussi  Vénus  et  F Amour  du  Dominiquin,  à côté  du  Péché 
originel,  interprété  par  le  même  pinceau  mi-païen,  mi-chrétien. 
Le  jardin  est  rempli  de  marbres  antiques  : V Enlèvement  de  Proser- 
pine, Méléagre  et  le  sanglier,  etc.  Benoît  XIV  avait  l'habitude  d’y 
prendre  son  café  ; de  là  le  nom  de  Coffee  House  donné  à ce  buen 
retiro  par  les  touristes  d’outre-Manche. 

Palais  Corsini.  — Il  dut  sa  magnificence  à Clément  XII  qui 
l’acheta  pour  son  neveu,  le  cardinal  Neri  Corsini.  Sous  ses  lambris 
mourut  Christine  de  Suède,  la  célèbre  Messaline  repentie.  Ce  palais 
est  aujourd’hui  un  Musée  et  renferme  bon  nombre  de  nudités  pictu- 
rales ou  marmoréennes. 

Nous  en  dirons  autant  du  Quirinal  construit  par  Grégoire  XIII 
pour  servir  de  palais  pontifical  d’été,  où  réside  en  ce  moment  le 
terrible  « geôlier  » de  la  papauté,  le  roi  d’Italie,  et  du  Palais  Doria 
qui  appartint  à Innocent  X.  Le  portrait  de  ce  pontife,  avec  son  nez 
enluminé,  « piquante  parure  »,  y figure  en  bonne  place,  à côté  de 
sa  belle-sœur, donna  Olimpia  Panfili  par  le  Bernin.Que  si  l’existence 
de  la  papesse  Jeanne  est  douteuse,  celle  de  la  papesse  occulte 
Olimpia  est  des  plus  authentiques  : cette  intrigante  gouverna 

l’Eglise  pendant  dix  ans. 

1.  Curios.  méd.  liltér.  et  art.  sur  les  seins,  fig.  60. 


itÀLiE 


360 


Salerne.  Cathédrale  ^ 

San  Salyi.  Monastère.  — Dans  la  Cène  peinte  en  fresque  sur  les 
murs  du  réfectoire  de  ce  couvent,  un  grand  cœur  renversé  est 
représenté  au-dessus  de  la  tête  du  Christ  ; l’usure  du  temps  a 
estompé  la  silhouette  de  ce  viscère,  que  des  gens  malintentionnés 
prennent  pour  la  partie  inférieure  d'autres  organes,  sculptés  en 
profusion  sur  les  ruines  de  Pompéi. 

Sienne.  D Dôme.  — Une  « orgie  » de  sculptures  et  de  mosaïques, 
écrit  un  voyageur  ; la  façade,  comme  le  reste,  est  « d’une  richesse 
étourdissante  ».  De  chaque  côté  de  cette  façade  s’élèvent  deux 
colonnes  corinthiennes  surmontées  de  femmes  dévêtues,  les  mains 
liées  derrière  le  dos.  « L’artiste  »,  dit  Taine,  « pour  atteindre  au 
mouvement  vrai,  ne  craint  pas  de  gâter  un  peu  le  sein.  » Ne 
confond-il  pas  avec  les  ligatures  des  figures  du  bénitier  disposé 
à l’entrée  (fîg.  385)  ? 

La  cuve  baptismale  de  ce  singulier  monument  est  l’œuvre  de 
Giacomo  délia  Quercia  ; son  pilier  de  support  est  constitué  par  un 
candélabre  antique  orné  de  plusieurs  femmes  nues,  ligottées  comme 
celles  de  la  façade,  ce  qui  les  empêche  de  se  protéger  contre  les 
regards  indiscrets.  Elles  ont  à leurs  pieds  des  têtes  d’angelots  ou 
d’amour  qui  agrémentent  aussi  le  haut  du  pourtour  de  la  cuve. 

Une  chaire  octogone  en  marbre  blanc  de  Niccolo  Pisano  et  son 
fils  Giovanni,  est  soutenue  par  des  lionnes  qui  tiennent  un  anneau 
dans  leur  gueule  ou  sont  tétées  par  leurs  petits.  Du  corps  de  ces 
fauves  s élèvent  huit  colonnettes  sur  lesquelles  sont  assises  autant 
de  femmes  portant,  chacune,  un  enfant  qui  leur  parle  à l’oreille. 

Les  mosaïques  du  pavé  offrent  des  dessins  remarquables  et  com- 

1.  Sous  les  portiques  de  l’atrium  qui  précède  cet  édifice,  l'attention  est  attirée  par 
un  sarcophage  antique  enjolivé  du  combat  des  Centaures  et  des  Lapithes;  au-dessus 
de  cette  sculpture  pa'ienne,  en  1427,  on  a gravé  une  croix  et  le  nom  d’un  juris- 
consulte de  Salerne,  Benoît  Le  Rond,  versé  dans  la  science  des  lois  et  du  droit,  à 
la  façon  de  Robert  Macaire  : « cette  malle  doit  être  à moi  ».  L’épitaphe  de  cet  avocat, 
habitué  à jongler  avec  le  pour  et  le  contre,  établit  son  droit  à l'inviolabilité  de  sa 
sépulture  : 

Qiiod  liimuhnn  fuit  sil>i  concessmn, 

Nec  poliiil  alleri  concedi  cl  in  eo  non  del)ct  aliiis  sepeliri. 

« 11  craignait  sans  doute,  l’emarque  judicieusement  sinon  juridiquement  M.  Lucien 
du  Bois,  que  quelque  jour  on  ne  lui  rendît  la  pareille.  » 

l’akt  phofaxe.  — IL  Qt 


o70 


L^ART  PROFANE  A l’éGLISE 


prennent  quelques  nudités  « qui  mettent  les  curieuses  dans  un  assez 


grand  embarras  »,  assure  un 


observateur  digne  de  foi.  Elfective- 
ment,  dans  la  belle  composition  du 
Pinturicchio,  le  Triomphe  de  la 
Vertu  (fîg.  380),  qui  a un  air  de 
famille  avec  \ Empire  du  Temps  sur 
le  Monde  ^ de  la  basilique  de  Saint- 
Denis,  on  remarque  un  mécontent 
de  son  sort  montrant  le  poing  à la 
Fortune.  Celle-ci,  à l’aide  d’une  voile, 


Fig.  386. 


se  dirige  où  souffle  le  vent,  se  tenant  en  équilibre  un  pied  sur 
l’avant  d’une  barque  désemparée  et  l’autre  sur  un  globe,  « pour 
montrer,  dit  M.  Lucien  Bégule-,  son  peu  de  stabilité  ». 

La  frise  est  ornée  des  bustes  de  tous  les  papes  ; on  v voyait 
autrefois,  paraît-il,  celui  de  la  papesse  Jeanne,  inventée  par  les 
Réformés  et  métamorphosée  en  pape  Zacharie,  vers  1600. 

Chapelle  des  Chigi.  La  Marie-Madeleine  du  Bernin  se  tient  debout 
et  est  presque  nue  (fig.  387).  Elle  était  destinée  à représenter  une 
Andromède  ou  une  Niohé.,  à l’exemple  de  Martial,  pour  qui  le 


1. 

2. 


L’Art  profane  à l’éfflise,  en  France^  lig.146  . 

Les  Incriislations  décoratives  des  cathédrales  de  Lyon  et  de  Vienne:  Picard,  édit. 


ITA  LIE 


871 


sixième  signe  du  zodiaque,  celui  de  la  Vierfje^  était  Diane,  Dca 
Virgo.  Cette  Madeleine  est  trop  jeune  pour  une  pénitente  ; à cet  âge, 


elle  pratiquait  encore  la  devise  que  prendra  plus  tard  Mlle  Gerny  : 
« Aimez-moi  les  uns  les  autres  ». 

Chapelle  de  Saint-Jean.  Sur  un  pilastre  en  forme  d’ara  ou  autel 
païen  sont  retracés  les  divers  incidents  de  V Enlèvement  de  Proser- 
pine (fîg.  388). 

Le  plafond  de  la  sacristie  ou  plutôt  de  la  bibliothèque  (lihreria) 
est  couvert  de  scènes  mythiques.  Au  milieu  de  cette  salle  a long- 
temps figuré  le  célèbre  groupe  en  marbre  des  Trois  Grâces  (fig.  389), 
attribué  à Phidias  et  trouvé  à Rome  au  xv*^  siècle'.  11  est  assez 
endommagé  ; la  Grâce  du  milieu  a perdu  la  tête.  Pie  11,  amateur 
passionné  d’art  antique  envoya  ce  groupe  de  croupes  à sa  ville 
natale  « pour  y perpétuer  sa  mémoire  ».  Depuis  la  Renaissance, 

1.  Ces  trois  cléités  païennes  qui  personnifiaient  ce  (jii’il  y a de  pins  séduisant 
dans  la  beauté  physique  et  morale, — de  là  le  nom  de  Charilés  (jni  leur  était  encore 
donné, — devinrent  avec  le  Christianisme  les  Vertus  Ihéoloçfales.  Leurs  images  con- 
tinuèrent à être  très  répandues  chez  le  peiqile,  comme  dans  l’antiquité,  mais  elles 
changèrent  de  nom  : en  Belgique,  ainsi  qu’au  nord  de  la  France,  elles  de^  inrent  des 
Trois  Pucelles,  et  dans  le  Midi,  les  Trois  Nourrices  •,  à Narbonne,  il  existait  une 
auberge  à cette  enseigne  et  Rabelais,  puis  Molière,  y logèrent. 


372 


L'ART  PROFANÉ  A l/ÉGLlf^Ë 


les  filles  d’Aphrodite  a faisaient  l’admiration  des  fidèles  et  des  infi- 


Fiir.  389. 


dèles  » ; elles  étalaient  leurs  charmes  au  beau  milieu  de  l’église, 
jusqu’au  jour  où  l’archevêque  François  Piccolomini  les  relégua  à la 
sacristie.  Mais  Pie  IX,  à son  passage  en  1857,  choqué  de  la  présence 


ITALIE 


373 


dans  le  saint  lieu  de  cette  sculpture  païenne,  qui  pourtant,  objec- 
terait Calino,  était  en  état  de  g-râces  — la  lit  déposer  à V Opéra  del 
Duorno,  au  voisinage  de  la  cathédrale . Raphaël  et  Ganova,  dit-on, 
se  sont  inspirés  de  ce  chef-d’œuvre  de  l’antiquité  pour  traiter  le 
même  sujet  ; ce  fut  d’ailleurs  le  premier  tableau  mythologique  du 
peintre  d’Urbin.  C’est  donc  en  présence  de  ces  beautés  dévêtues  que, 
naguère,  le  prêtre  se  préparait  à célébrer  le  sacrifice  de  la  messe. 

Sur  la  voûte  du  Baptistère  jetons  un  regard  sympathique  à la  Vérité 
qui,  un  miroir  à la  main,  découvre  sa  poitrine  d’où  émerge  une  tête 
de  prolîl  : comme  la  Prudence^  cette  allégorie  a deux  visages  oppo- 
sés, le  passé  et  l’avenir. 

2^  Saint-Dominique.  — Chapelle  Sainte-Catherine.  Superbe  dal- 
lage sur  lequel  Orphée  tout  nu  charme  les  animaux  et  les  visiteurs. 

3®  Palais  public.  — A la  chapelle  située  au  premier  étage,  on 
trouve,  ((  en  bizarre  compagnie  »,  saint  Christophe  et  Cicéron,  Caton 
et  Mars,  Jupiter  et  Judas;  enfin,  Apollon  catéchisé  par  saint  Am- 
broise. Aux  pans  de  voûte,  parmi  les  Vertus  peintes  par  Taddeo 
Bartholi,  la  Chaj'ité  se  fait  remarquer  j)ar  son  absence  presque 
complète  de  voiles. 

SoRiAr^oh 

SUBIACCO.  Saint-Benoît  [San  Benedetto).  — Chapelle  de  la  Vierge. 
Un  ermite,  suivant  la  description  de  X.  Barbier  de  Montault,  n’a 
d’autre  vêtement  que  sa  barbe  et  ses  cheveux,  d’une  longueur  déme- 
surée. Tandis  qu’il  récite  son  chapelet,  un  ange  tutélaire  lui  apporte 
un  pain  et  un  vase  plein  d’eau. 

Tortone.  Cathédrale.  — Jules  Lecomte,  dans  ses  Voyages  çà  et  là 
(1859),  raconte  plaisamment  qu’il  a vu  sur  les  bas-reliefs  d’un  beau 

1.  Un  portrait  de  saint  Dominique  est  le  but  d’un  pèlerinage  annuel  pour  les 
femmes  qui  prétendent  être  tourmentées  de  l’esprit  malin.  Pour  beaucoup,  c’est  un 
prétexte  à ballade  ou  à rendez-vous  et  l’occasion  de  se  faire  payer  par  leur  époux 
une  paire  de  souliers  des  dimanches,  sans  lesquels  il  ne  serait  pas  séant  de  se  pré- 
.senter  devant  le  saint  guérisseur.  Certaines  pèlerines  ont  des  motifs  spéciaux;  ainsi 
l’une  d’elles,  vers  1777,  conlia  à Henri  Swinburne  qu’ayant  été  mariée  contre  son 
gré  à un  gardien  de  chèvres,  « qui  puoit,  à renverser,  l’odeur  de  son  troupeau  et  de 
ses  fromages  »,  jouait  la  possédée  afin  de  le  dégoûter  d’elle. 


374 


l’art  profane  a l’église 


sarcophage  antique  Castor  et  Pollux  et  la  Chute  de  Phaéton^  deux 
sujets  d’une  mythologie  assez  imprévue  dans  un  temple  chrétien 

Ceci  me  rappelle  qu’à  Cologne,  dans  les  caveaux  du  dôme,  on  voit  la 
châsse  des  trois  mages,  Gaspard,  Melchior  et  Balthazar,  toute  constellée 
de  pierreries  de  second  ordre  : topazes,  améthystes,  chrysoprases, 
grenats,  adamantoïdes,  — plus,  de  quelques  pierres  dures  : cornalines, 
aigues-marines,  onyx,  camées...  Or,  parmi  ces  dernières,  beaucoup  sont 
gravées,  et  il  ne  faut  pas  précisément  de  loupe  pour  reconnaître  que  plus 
d’une  olfre  des  sujets  d’un  paganisme  si  outré,  que  leur  place  serait  plutôt 
dans  le  musée  secret  de  Naples  que  sur  un  reliquaire  des  hauts  temps  du 
christianisme... 

Un  habitant  auquel  je  fais  remarquer  Tinconvenance  de  bas-reliefs 
mythologiques  dans  un  temple  catholique,  me  répond  : 

((  — Ne  faites  pas  attention,  nous  sommes  ici  dans  un  pays  de 
rizières... 

» — Eh  bien  ! quel  rapport  y a-t-il  ?... 

))  — On  y riz  de  tout  ! » 

Et  comme  cette  ineptie  ne  me  fit  pas  rire...  mon  homme,  croyant  bien 
s’excuser,  ajouta  : 

((  Je  vous  dis  ça,  monsieur,  parce  que  vous  êtes  Français,  le  pays  des 
farceurs,  et  que  j’ai  pensé  que  ça  vous  ferait  plaisir  à entendre  ! » 

Trévise.  Saint-Nicolas  {San  Nieeolo).  — Mausolée  du  comte 
Agostino  Onigo.  Trois  génies  porteurs  de  cornes  d’abondance 
décorent  l’entablement.  Celui  du  milieu  est  absolument  dévêtu,  à 
part  une  étroite  banderole  qui  flotte  autour  de  son  corps  sans  en 
rien  cacher,  mais  sa  tenue  choque  peut-être  moins  que  celle  de 
deux  autres  : ils  portent  une  courte  chemisette  plaquée  sur  leurs 
organes  dont  ils  accusent  le  relief. 

Turin.  — Les  églises  de  l’ancienne  capitale  du  royaume  laissèrent 
à M.  Bordes,  en  août  1755,  à peu  près  la  même  impression  que  celle 
des  autres  villes  importantes  de  l’Italie  septentrionale  h 


1.  A Gênes,  entre  autres,  dit-il, 

On  ne  voit  que  dans  l’Italie 
Tous  ces  temples  que  la  folie 
Ridiculement  décora, 

Vous  diriez  qu’on  y sacrifie 
Au  joli  dieu  de  l’Opéra. 

O Vénus  ! sous  le  nom  de  Vierge, 

J’y  vais  révérer  tes  contours  ; 

Mille  anges,  sont  autant  d’amours. 

Leurs  llambeaux  sont  changés  en  cierge. 


Tout  est  marbre  et  pieri'e  de  prix  ; 
Colonne,  statue  ou  jieinture. 

Tout  feston,  guirlande,  dorure. 

Tout  pompon,  jusqu’aux  crucifix. 

Dans  ces  régions  si  charmantes. 

Il  manque  pourtant  un  grand  point  : 
Les  églises  sont  très  galantes. 

Et  les  femmes  ne  le  sont  point... 


1®  Saint-Jean-l’Evangéliste.  Cathédrale  ^ — Le  chœur  est  rehaussé 
de  fresques  reinarqua}3les  ; rune  d’elles  représente  les  Sibylles.  Le 
corsage  larg:ement  échancré  de  la  cartomancienne  de  Samos  laisse 

O O 

voir  un  de  ses  seins. 


2»  Sainte- Christine.  — Cette  église  des  carmélites  déchaussées 
possède  une  statue  de  Sainte  Thérèse  par  Legros.  La  vierge  d’Avila 
est  en  extase  comme  celle  du  Bernin;  mais,  ici,  la  visionnaire  pâmée 
ouvre  ses  vêtements  pour  découvrir  au  céleste  amant  son  cœur  en 
même  temps  que  son  sein.  Cette  allégorie  profane  de  l’amour 
divin  était  d’abord  placée  à l’extérieur,  où  elle  a été  remplacée  par 
une  réplique. 

Un  voyageur  signale,  en  outre,  au  maître-autel  un  tableau  d’une 
étrange  composition  : il  représenterait  l’enfant  Jésus  tirant  comme 
Cupidon  une  flèche  qui  va  percer  le  cœur  de  sainte  Thérèse.  Le 
Bainbino  est  aux  côtes  de  la  Vierge  et  de  saint  Joseph,  qui  semblent 
admirer  son  adresse.  Y a-t-il  confusion  dans  l’esprit  de  notre  tou- 
riste avec  la  statue  de  Textatique-  ? 


3°  Saint-Esprit  (‘San ^0  — 4®  Eglise  des  Jésuites  {San 

Salutare)’^. 

Venise.  U Saint-Marc.  — Extérieur^.  — Ce  vieil  édifice  « d’un 


1.  Près  de  la  porte  principale,  un  collier  de  fer  est  fixé  à un  poteau,  sorte  de 
pilori  religieux,  où  l’on  exposait  autrefois  ceux  qui  refusaient  de  faire  leurs  ])àques. 

:2.  Valéry  place  cette  peinture  à l’église  Saint-Philippe-de-Neri  et  sig-uale  à Saint- 
Charles-Borromée  saint  Joseph  tenant  l’Enfant  Jésus,  qui  blesse  d'un  trait  le  cœur 
de  saint-Augustin  à la  façon  du  petit  archer  Eros. 

3.  C’est  dans  cette  église  que  J. -J.  Rousseau  abjura  le  calvinisme  eu  1728  ; le  phi- 
losophe de  Genève,  partisan  des  Confessions,  ne  pouvait  conserver  une  religion  qui 
ne  les  admet  pas. 

4.  Elle  possède  un  carillon  de  dix  cloches,  qui  fait  entendre,  comme  en  Belgique, 
des  airs  profanes  : c’est  une  rareté  en  Italie. 

5.  Tout  d’abord  on  se  demande  ce  que  signifient  au  milieu  d’une  façade  d’église 
ces  quatre  Chevaux  de  bronze  doré  qui  sont  en  cuivre  et  traînent  un  quadrige  — 
le  seul  qui  soit  parvenu  jusqu’à  nous.  Cet  attelage  décorait  primitivement  l’arc  de 
triomphe  d’un  empereur  romain,  Néron  ou  Trajan  ; puis  il  fut  roulé  à l’hippodrome 
de  Constantinople,  d’où  il  vint  relayer  à Venise  jusqu’au  jour  où  Najioléon  « l’em- 
prunta » pour  orner  l’arc  de  triomphe  du  Carrousel;  enfin,  la  Restauration  le  restitua 
à Venise,  où  il  fut  remisé  détinitivemcnt. 

Sur  la  façade  est  raconté  renlèvement  du  corps  de  saint  Marc,  apporté  d’Alexan- 
drie entre  deux  pièces  de  lard,  comme  un  sandwich,  pour  faciliter  son  passage  à la 
douane  des  turcs  qui  ont  horreur  du  porc.  On  y voit  l’air  déconlit  des  infidèles 
bernés  et  la  mine  narquoise  et  exhilarante  des  chrétiens  malicieux  qui  leur  ont  joué 
le  tour. 


376 


l’art  profane  a l’église 


g’oût  misérable  »,  dit  de  Brosses,  a cinq  dômes,  et  non  sept,  comme 
le  veut  le  spirituel  président  qui  les  compare  à des  u chaudières  », 

parce  qu’ils  sont  revêtus  à 
l’intérieur  d’un  parement  de 
mosaïques  à fond  d’or.  Nos 
ingénieux  symbolistes  peu- 
vent y voirTimage  des  chau- 
dières de  l’enfer;  mais,  dans 
l’esprit  du  critique  susnom- 
mé, il  ne  s’agit  que  de  vul- 
gaires chaudron s b 

Entre  autres  hors-d’œu- 
vre incrustés  sur  la  façade 
principale,  on  reconnaît  no- 
tamment Gérés  en  char  traî- 
né par  des  hippogriffes,  un 
flambeau  dans  chaque  main 
pour  rechercher  sa  fille, 
et  diverses  représentations 
d’Hercule.  Ici,  le  fils  de  Ju- 
piter porte  les  dépouilles  de 
la  biche  aux  cornes  d’or  et 
foule  aux  pieds  l’hydre  de 
Lerne  ; là,  il  charge  ses  épaules  du  sanglier  d’Erymanthe  et  terrasse 
le  dragon  des  Hespérides.  « Ne  trouvez-vous  pas  très  comique, 
demande  Ad.  Lance,  de  rencontrer  dans  l’ornementation  d’une 
église  chrétienne  du  moyen  âge  toutes  ces  images  damnables  des 
faux  dieux  du  paganisme  ? » 

Les  arcs  et  les  coupoles  àe,V  atrium  sont  surchargés  de  décorations 
en  mosaïques,  dont  les  sujets,  tirés  des  épisodes  de  l’Ancien  Testa- 
ment (fîg.  390,  391),  sont  rendus  dans  un  style  d’un  réalisme  affo- 
lant. 

Sur  la  voûte  du  porche  de  Saint-Marc,  écrit  Taine,  des  mosaïques  in- 

\.  La  symbolomanic  a tout  idéalisé  : pour  saint  Meliton.  le  nez  est  l’emblème  de  la 
discrétion;  la  bouche  celui  de  la  tentation;  les  ongles,  c’est  la  perfection  des  vertus; 
les  mamelles,  la  doctrine  évangélique  ; le  ventre,  l’avarice  ; les  entrailles  repré- 
sentent les  })réceptes  de  N.-S.  ; le  buste  et  les  reins,  les  pensées  de  luxure,  etc.;  le 
meme  dément  voyait  dans  la  charrue  l’image  de  la  croix  ! 


Fig-.  390.  — L’ébriété  de  Noé. 


ITALIE 


377 


nombrables  étalent  des  corps  réels  et  roides,  des  Eves  g'rêles^  à la  poitrine 
tombante,  des  Adams  maigres  qui  sont  des  ouvriers  déshabillés,  vingt 


scènes  bibliques  d une  indécence  aussi  naïve  et  d^une  maladresse  aussi 
enfantine  que  les  enluminures  des  plus  vieux  missels. 

En  effet,  nulle  part  les  représentations  d Adam  et  de  sa  compag'ne 
ne  sont  plus  fréquentes  qu  a Venise,  tant  sur  les  édifices  civils  (fig-.392) 
que  religieux.  Nulle  part,  aussi,  nos  premiers  parents  n’ont  été  figu- 
rés d une  façon  plus  réaliste.  L’artiste  cjui  a imaginé  ceux  du  porche 
a peut-etre  pris  trop  a la  lettre  les  livres  sacrés.  Leurs  organes 
sexuels  sont  fortement  accusés  et  ombragés  d’un  taillis  pubien  des 
plus  touffus  ; cjuant  aux  seins  d’Ève,  ils  ne  nous  ont  pas  paru 
« grêles  »,  bien  au  contraire. 

Une  autre  mosaïque  commente  et  met  en  pratique,  sur  fond  d’or, 
le  précepte  du  psalmiste  : Crescite  et  muliiplicamini.  Dans  un 
premier  tableau,  ((  1 œuvre  de  chair  » est  figurée  par  un  homme  couché 
auprès  d une  femme  dont  il  caresse  les  seins  ; puis,  vient  l’accou- 
chement dans  tous  ses  détails.  Mais  le  tableau  le  plus  cru  et  aussi 
le  plus  cocasse  est  sans  contredit  celui  de  la  C'/rconcwion  (fig.  392  bis)  : 
Jésus  est  représenté  à l’âge  adulte  et  ithyphallique,  comme 
Osiris  (fig.  392  a)  et  autres  divinités  égyptiennes  (fig.  392  />,  c)  • 


378 


l’art  profane  a l’église 


le  grand  prêtre  coupe  ostensiblement  le  prépuce  volumineux  qui 
tombe  à terre  ! Flac  ! 

Façade  occidentale.  Sur  les  archivoltes  qui  encadrent  le  tympan 


de  la  porte  sont  sculptés  des  sujets  d’une  sig’iiification  obscure.  Une 
femme  nue  enfourche  un  dragon,  dont  la  queue  est  terminée  par 
une  tête  qui  lui  mord  un  sein.  Elle  est  placée  en  regard  d un  homme 
à moitié  déshabillé  qui  chevauche  sur  un  second  dragon,  dont  il  tient  la 
queue  entre  les  dents  : la  Terre  et  V Océan  ? D’autre  part,  l’un  des 
douze  mois  de  l’année.  Décembre,  accompagné  des  signes  du 
Zodiaque,  est  personnifié  par  une  femme  nue,  à tête  d’oiseau,  à 
queue  de  poisson  et  dont  un  animal  fantastique  dévore  les  seins. 

Entre  les  arcades,  six  bas-reliefs  sont  encastrés  dans  la  muraille  : 
la  Vierge  y paraît  sous  la  protection  de  deux  Hercules  nus  ; 1 un 
porte  le  sanglier  d’Erymanthe,  l’autre  la  biche  Arcadienne. 

1.  Eve,  aux  flancs  robustes,  d’Autonio  Uizzo;  elle  lait  pendant  à Adiiiu  sur  le 
revers  de  la  Porta  delta  Carta,  à Venise. 


ITALIE 


379 


Dans  les  retombées  des  arcades,  des  esclaves  dévêtus  jouent  le 


Fiir.  392  a.  — 


Lü  Kcsurrectioii  cl  Osiris.  llas-reliel  du  temple  de  Denderah. 
Tirée  de  la  Mission  de  lExpédiLion  d’Egypte. 


rôle  de  gargouilles  et  portent  sur  les  épaules  des  vases  penchés 
auxquels  s’ajustent  les  gouttières. 

Iiitérieui . L arcade  de  la  porte  est  occupée  j)ar  un  JiKjcîiiGiit 


Lig.  392/).  Divinités  du  temple  de  Denderah 


Fig-.  372  c 


de/ nie?  qui  est  une  composition  d Antonio  Zanchi  reproduite  en 
mosaïque  par  Pietro  Spagna  (1680).  Les  pécheurs  sont  refoulés  par 
les  anges  exterminateurs  vers  la  gueule  du  monstre  infernal,  voi\it, 
urit  et  agit  Avernus.  En  tête  du  groupe  figure  une  femme  nue, 
couchée  sur  le  dos  et  munie  d’une  paire  de  mamelles  monstrueuses 
(6g.  393)  ; elle  résiste  avec  énergie  aux  démons  qui  l’attirent  vers 
le  gouffre.  Cette  cohue  de  damnés  se  termine  par  une  autre  commère 


1.  Bas-relief  du  temple  d’Erment.  T.  1,  pl.  97. 


380 


l’art  profane  a l’église 


aux  chairs  non  moins  rebondies,  dont  le  buste  seul  émerg’e  surmonté 
de  deux  g-lobes  charnus  de  dimensions  extravagantes. 

Toutes  ces  singularités  justifient  la  comparaison  de  la  cathédrale 


de  Saint-Marc  par  Théophile  Gautier  à une  grande  bible  d’or, 
historiée,  enluminée,  fleuronnée,  ou  à un  missel  du  moyen  âge  sur 
une  grande  échelle. 

Une  des  bizarreries  de  ce  vaisseau  byzantin  est  la  belle  porte  en 
bronze,  à côté  de  l’autel, ciselée  par  Sansovino  qui  a buriné  sa  figure, 
ainsi  que  les  portraits  du  Titien  et  de  l’Arétin  — l’un  le  peintre, 
l’autre  l’écrivain  de  la  chair  — mêlés  aux  évangélistes  et  aux 
prophètes.  Quelle  antithèse  ! Une  véritable  gasconnade  italienne. 

A la  gauche  du  sanctuaire,  une  large  toile  de  Biscaino  Bartolomeo 
présente  Jésus  devant  les  pharisiens  qui  espèrent  le  mettre  dans 
l’embarras,  en  lui  posant  cedilemne,  à propos  delà  Femme  adultère'. 

Et  nous  dis  lequel  debvons  faire  : 

Ou  la  punir  (la  lapider),  selon  la  loy 
Ou  luy  pardonner,  selon  toy. 

Jésus  se  baisse  et  trace  du  doigt  sur  le  sable  ces  mots  : « Terre, 
terre,  écrivez  que  ces  hommes  sont  réprouvés  ».  Au  premier  plan 
de  ces  « sépulcres  blanchis  »,  la  coupable  d’une  grande  beauté 


ITALIE 


381 


expose  à tous  les  regards  plongeurs,  en  s’inclinant  avec  respect 
devant  son  protecteur,  la  rotondité  complète  de  son  sein  droit. 
Chapelle  Zeno.  Le  monument  funéraire  du  cardinal  de  ce  nom 


est  orné  de  bustes  franchement  féminins  en  bas-reliefs  (fîg.  394)  et 
de  statues  dont  une  nymphe  presque  nue  (fîg.  395)  qui,  comme  la 
Bettma  de  Gœthe,  semble  préférer  la  danse  à la  marche. 

Campanile.  La  Loggetta,  bijou  marmoréen  ciselé  par  Sansovino, 
s elevait  au  pied  du  clocher  de  Saint-Marc  qui  vient  de  s’effondrer  ; 
on  y remarquait,  non  sans  surprise,  quatre  statues  de  bronze,  la 
Paix^  Apollon,  Mercure  et  Pallas.  Ces  chefs-d’œuvre  de  la  statuaire 
du  xvi*"  siècle,  qui  occupaient  les  niches  des  trumeaux,  n’étaient 

pas,  que  nous  sachions,  des  divinités  chrétiennes  (fîg.  395  bis  à 
399) . 

Ces  disparates  se  retrouvent  encore  au  palais  des  Doges  dans 

1 escalier  des  Géants,  où  Mars  et  Neptune,  qui  lui  ont  donné  leur 

nom,  ont  pour  vis-à-vis  Adam  et  Ève  chefs-d’œuvre  d’Ant.  Rizzo 

(146ii).  Eve  tient  la  pomme  de  la  main  droite  et  voile,  de  la  o-auche 

« le  jardin  du  péché  »,  avec  une  attitude  et  un  geste  de  coauetterie 
pudique.  ^ 


382 


i/art  profane  a i/église 


Mais  revenons,  avec  Ad.  Lance,  aux  pierres  précieuses  de  la 
Loggetta  : 

Les  grands  bas-reliefs  de  l’attique  sont  les  plus  charmantes  composi- 


tions qu’on  puisse  voir.  Je  me  souviens  surtout  de  celui  du  milieu  : 
Venise  sous  les  traits  de  la  Justice,  assise  sur  deux  lions  et  accompagnée 
de  deux  vieux  lleuves  à longue  barbe  étendus  à ses  pieds,  lesquels  arro- 
sent la  terre  de  l’eau  qui  s’écoule  à tlots  de  leurs  urnes  renversées.  Celui 
de  droite  représente  Vénus  à peine  formée  de  l’écume  de  la  mer  et  déjcà 
courtisée  par  l’Amour  (lig.  398).  Une  magnifique  petite  grille  à deux 
vantaux,  fondue  en  bronze  vers  le  miiieu  du  xviii®  siècle  par  Antonio 
Gai,  ferme  la  balustrade  d’enceinte  de  la  Logette  (fig.  396,  397). 


2°  Csrrn.6S.  MonsstèrB.  — Micliel  Sobleo  ou  Uesubleo,  né  en 
Flandre,  décora  plusieurs  églises  de  Venise;  sa  composition  la  plus 
estimée  est  la  Suzanne  siu^prisc  au  bain  (fig.  400),  qu  il  peignit 
pour  le  couvent  des  carmes.  Suzanne  vient  de  sortir  du  bassin. 


3®  Saint-Etienne  [San  Stephano).  — Ornementation  curieuse  a 


I 


ITALIE 


383 


1 entablement  du  sarcophag’e  de  Jacopo  Suriano  : deux  robustes 

i^'aillards  de  génies,  en  bas-reliefs,  tiennent  d’une  main  l’épitaphe 

/V  du  défunt,  et,  de  l autre,  le 

f\ 


flambeau  de  la  vie  que, 
contrairement  aux  règles  de 
la  statuaire  funéraire,  ils  ne 
cherchent  pas  à éteindre. 


Saint-Georges-Majeur. 
— Cinquième  autel.  Deux 
candélal)res  en  bronze  sont 


Il 


'g- 


396. 


Motü  principal  du  vantail  gauche 
de  la  grille. 


Lig.  397.  — Motif  qui  surmontait 


le  vantail  droit. 


ornés,  par  Niccolelto  Roccatagliata,  d'enfants  nus,  amours,  génies 
OU  anges  sans  ades  ad  lihitum. 

Dans  le  couvent  auquel  appartenait  l’église  et  qui  a été  trans- 
iorme  depuis  en  caserne  d'artillerie,  le  marquis  de  Seignelav  a vu 
un  tableau  qui  représentait  « La  Femme  prise  en  adultère  ,,  de 
Roche-Marcou  : thème  émoustillant  et  favori  des  moniaux. 

C est  au  fond  du  réfectoire  de  ce  couvent  que  se  trouvait  la  gigan- 
esque  composition  des  Noces  de  Cana,  par  Paul  Véronèse.  D’après 
une  tradition  écrite,  conservée  dans  le  susdit  couvent,  raconte 


■li 


1 


384 


l’art  prof'anê  a l’église 


M.  Villot,  cité  par  M.  Bourrand,  auteur  de  VHistoire  de  l'Art 
chrétien^  un  g'rand  nombre  des  personnages  de  ce  tableau  sont  les 


Fig.  398.  — Bas-relief  du  soubassement  (Campanile). 


portraits  de  célèbres  contemporains  du  maître  vénitien  : l’époux, 
assis  k gauche^  représenterait  don  Alphonse  d Avalos  et  la  jeune 
épouse,  placée  près  de  lui,  Eléonore  d Autriche,  reine  de  France.  / 

François  coiffé  d’une  façon  bizarre,  est  assis  à ses  côtés  ; vient  en- 
suite Marie,  reine  d’Ang’leterre,  vetue  d une  robe  jaune.  Soliman 
empereur  des  Turcs,  est  près  d’un  prince  nègre  qui  parle  à un  de  ses 
serviteurs  ; plus  loin,  Victoire  Colonna,  marquise  de  Pescaire,  tient  un 
cure-dents.  A l’angle  de  la  table,  l'empereur  Charles  V,  vu  de  profil, 
porte  la  décoration  de  la  Toison  d Or. 

Paul  Véronèse,  nous  le  savons,  s'est  représenté  avec  les  plus 
célèbres  peintres  de  l’époque  dans  le  groupe  des  musiciens  . il  est 
en  blanc  et  joue  de  la  viole  comme  Tintoret,  placé  derrière  lui; 
Titien  racle  de  la  basse  qui,  par  synonymie,  eût  dû  échoir  à Bassan, 
muni  d'une  flûte;  enfin,  Benedetto  Galiari  tient  une  coupe  de  vin  et 
boit  k la  santé  de  ses  bruyants  compagnonsh 


Grands- Augustins.  — 
tombeau  antique  surmonté 


De  Lalande  y signale  la  présence  d un 
d’un  groupe  des  Trois  Grâces^  « dont 


1 Sur  un  des  pilastres  de  Saint-Georges-Majeur,  une  inscription,  rapportée  par 
Valéry  accorde  « le  pardon  absolu  de  tous  les  crimes  à celui  qui  visitera  cet  e 
église  c’est  un  encouragement  au  crime,  comme  la  suppression  de  la  peine  de 

mort. 


385 


ITALIE 


deux,  vues  par-devant,  montrent  distinctement  et  fort  en  grand  le 


caractère  de  leur  sexe  ».  Nous  n avons  pu  découvrir  cette  église  qui 
doit  être  détruite. 

6®  Ssint-Joan-ChrysostoniB.  — Au  maître-autel,  est  accroché  l’un 
des  premiers  et  des  meilleurs  tableaux  de  Sébastien  del  Piombo,  où 
figurent  trois  saintes,  Catherine,  Agnès  et  Madeleine,  à côté  de 
quatre  saints.  « Un  fait  bien  caractéristique  pour  ce  peintre,  dit 
un  critique  d art,  c’est  qu’on  reconnaît  immédiatement  qu’il  a 
voulu  représenter  la  beauté  sensuelle,  surtout  dans  les  saintes.  Elles 
ont  conscience  de  leurs  charmes  et  elles  se  présentent  de  façon  à 
rendre  encore  plus  attrayantes  leurs  formes  arrondies.  » 

7^^  Saint-Jean  et  Saint-Paul  (NanZam/îo/o). — Cette  église  est  la  plus 

importante  de  Venise,  après  Saint-Marc;  l’œil  est  surpris  et  fatigué 
de  la  multiplicité  et  de  la  richesse  de  ses  décorations.  C’est  le  Saint- 
Denis  des  doges.  Voici  d’abord  le  tombeau  de  Marc-Antoine  Braga- 

1.  statue  placée  à gauche  de  la  porte  d’entrée  du  Campanile. 
l’art  profane.  — II. 


25 


386 


l’art  PROFAiA'E  A l’église 


din,  mort  en  1571,  qui  fut  écorché  vif  sur  l’ordre  de  Mustafa,  comme 


Fig.  401. 

l'indique  une  statue  d’un  naturalisme  excessif  au-dessus  du  monu- 
ment. 

Sur  le  bas-relief  du  mausolée  du  doge  Giovanni  Mocenigo  sont 
sculptés  une  femme  et  un  homme  nus. 

Dans  le  chœur,  le  tombeau  monumental  du  doge  Andrea  Vendra- 


min,  banni  de  Venise  pour  faux,  a été  exécuté  par  Alessandro  Léo- 
pard!. Il  est  terminé  par  un  motif  bizarre  : deux  néréides  ailées  et 
à queue  double  tiennent  un  médaillon  où  figure  un  Gupidon  dé- 
plumé (fig.  401).  A travers  le  fouillis  d'ornements  qui  l’enrichissent, 
on  distingue  des  enfants  enfourchant  des  dauphins  et  d’autres  sujets 
profanes  « n’ayant  pour  tout  attrait  »,  dit  1 auteur  des  Pierres  de 
Venise,  « que  la  grossièreté  de  leur  expression  et  l’absurdité  de  leurs 
costumes,  souvent  d’une  obscénité  de  détails  repoussants.  » Au- 
dessous  du  sarcophage,  des  figurines  vêtues  comme  « des  déesses 
païennes  » personnifient  les  Vertus;  l'une  d’elles  porte  une  draperie 
qui  découvre  la  plus  grande  partie  de  son  torse. 

Le  mausolée  du  doge  Valiero  et  de  son  épouse  qui,  contre  1 usage. 


ITALlË 


387 


fut  couronnée  de  la  corne  ducale,  comprend  une  trentaine  de  sta- 


tues. Lune  déliés,  la  Charité  de  P.  Baralta,  « d’une  suavité  ravis- 
sante »,  allaite  un  orphelin  et  offre  des  fruits  à d'autres  enfants. 

A la  porte  de  cette  ég'lise  s élève  la  fameuse  statue  de  Bartolomeo 
Coglioni  ou  Goleoni  avec  ses  armes  parlantes 
et  dont  le  nom  a quelque  analogie  avec  celui 
de  Mgr  Gouillé,  archevêque  de  Lyon. 


Fig-.  405  his. 

8°  Saint-Job.  [San  Giohhc).  — Au  tympan  de  la  porte  de  la 
Schola  Lonihardcsca^  Job,  agenouillé,  est  sculpté  en  bas-relief.  Il 

paraît  complètement  nu  en  dépit  d’une  mince  draperie  qui  entoure  son 
bassin  (fîg.  402). 

•P  Sainte-Marie -des-Miracles  [Del  Miracolï). — A noter  plusieurs 
motifs  d ornementation  : deux  néréides  tentatrices  entre  deux  hommes 

1.  Les  Seins  à V église,  lig.  Gl. 


personnifient  la  Luxure  (fîg.  403)  ; sur  divers  pilastres,  un  g“énie, 
sans  ailes,  mais  non  sans  sexe,  fait  l’office  de  cariatide  (fig.  404)  ; 
une  gracieuse  centauresse  se  complaît  à cambrer  son  torse  pour  en 
faire  saillir  les  rotondités  (fig.  405);  et  nos  premiers  parents  se 
tiennent  sous  Tarbre  du  bien  et  du  mal,  qui  est  ici  figuré  par  un 
palmier  (fig.  405  his). 

10°  Santa  Maria  dei  Scalzi.  — Ancienne  église  des  Cordeliers 
qu’Alphonse  Karr  a dû  confondre  avec  une  autre,  dans  cette  note  de 
voyage  : 

« 

Eglise  boudoir,  où  la  Vierge  ressemble  à Vénus,  où  les  anges  sont  des 
Amours,  et  les  saintes,  de  charmantes  divinités  païennes.  H y a surtout 
un  groupe  en  marbre,  où  l’on  voit  l’ange  transverhérant  le  cœur  de  la 
sainte. 

11  y a évidemment  confusion  avec  le  chef-d’œuvre  du  Bernin,  que 
nous  avons  signalé  à Rome. 

1 V Sainte-Marie-de-la-Santé  {Délia  Salute). — Cet  édifice  est  situé 
à l’extrémité  Est  du  Grand-Canal  ; son  extérieur,  avec  sa  population 
de  statues,  a été  décrit  par  la  plume  spirituelle  et  sensuelle  de 
Théophile  Gautier  : 

Les  coupoles  blanches  sont  d’une  courbe  très  gracieuse  et  s’arron- 
dissent dans  l’azur  comme  des  seins  pleins  de  lait.  Une  Eve,  fort  jolie,  en 
costume  du  temps,  nous  souriait  tous  les  matins,  du  haut  d’une  corniche, 
sous  un  rayon  de  soleil  rose,  qui  teignait  son  marbre  d’une  rougeur 
pudique.  La  religion  n’est  pas  farouche  en  Italie  et  elle  accepte  volon- 
tiers la  nudité  sanctifiée  par  l’art. 

Le  maître-autel  est  décoré  d’un  important  tableau  en  marbre  qui 
se  rapporte  à l’édification  de  l’église;  il  représente  Venise  implorant 
la  Vierge,  pour  obtenir  de  son  Fils  la  délivrance  de  la  Peste  (1731). 
Vers  la  gauche,  le  fléau  fuit  devant  un  ange  qui  le  poursuit,  la 
torche  à la  main.  De  nos  jours,  pour  conjurer  une  épidémie,  l’in- 
tercession, au  lieu  d’être  divine,  est  administrative  et  s’adresse  au 
Conseil  d’hygiène  L 

1.  A côté  de  cette  église,  Giacarelli  a sculpté  sa  Minerve  assise  sur  un  lion  qui 
décore  l’attique  de  l’Académie  des  Beaux-Arts.  « C’est  une  grosse  fille  plastronnée, 
d’appas  robustes  »,  et  qui  n’a  rien  de  la  sobre  élégance  de  celle  qui  sortit  tout 
armée  du  cerveau  de  Zeus. 


ITALIE 


389 


Sainte-Marie-glorieuse-des-Frères  (Del  Frari  Franciscains). 
— Tombeau  du  Titien,  mort  de  la  peste  à 99  ans  (fig*.  405  ter).  Le 


maître  vénitien,  assis  à coté  d un  Eros  de  la  Mort,  soulève  le  voile 
de  1 image  de  Sais  ; il  est  entouré  de  quatre  statues  légèrement  dévê- 
tues qui  personnifient  la  Xylographie,  la  Peinture,  Y Architecture 


et  la  Sculpture.  Cette  description  empruntée  à un  auteur  ne  répond 
pas  à notre  figure. 


Mausolée  de  Ganova,  principis  sculptorum  ætatis  suæ.  Ce  monu- 
ment a été  exécuté  par  ses  élèves,  d’après  le  modèle  que  l’artiste 
avait  composé  pour  un  tombeau  du  Titien.  Un  génie  ailé  qui  sym- 


390 


l’art  profane  a l’église 


bolise  la  Fragilité  de  la  vie,  s'appuie  sur  une  torche  qu'il  éteint.  Ce 
« ^rand  jeune  homme  en  costume  d’Adamite,  dit  Ad.  Lance,  qu’un 
simple  mortel  ne  se  permettrait  pas  devant  des  dames  »,  est  le  frère 
de  celui  qui  pleure  sur  le  tombeau  de  Clément  XIII,  à Saint-Pierre 

de  Rome.  Or,  ce  dernier  mausolée 
est  de  tous  ceux  de  la  basilique 
le  seul  que  décrive  Une  Chrétienne 
à Rome  et  qu’elle  qualifie  avec 
emphase  de  « chef-d’œuvre  des 
chefs-d’œuvre  ».  Cette  préférence 
serait-elle  due  au  prestige  de  la 
mâle  académie  qui  décore  ce 
monument  maniéré? 

La  sépulture  de  Benedetto  Pe- 
saro  est  couronné  par  la  statue 
du  guerrier,  en  costume  d’amiral. 

Il  est  placé  entre  Hereule  (fig. 

406)  et  Mars  (fîg.  407),  tous  deux 
Fig.  406.  en  costume  olympien  h Fig.  407. 

Sainte-Marie-Majeure.  — Eglise  supprimée.  Charles  Blanc 
y signale  un  ex-voto  où  le  Padouan  avait  représenté  un  miracle  de 
la  Vierge  en  faveur  d’une  dame  qui  accoucha  pendant  une  traversée 
périlleuse.  <(  On  y remarque,  non  sans  quelque  surprise,  une  figure 
de  femme  assise  avec  grâce  sur  un  cheval  blanc  et  vêtue  en  satin 
rayé  qui  plaisait  tant  à Giorgione  ; le  tableau  est  signé  : Opus  Varo- 
tari  ». 

14'’  Eglise  de  l’île  Saint-Michel.  — Elle  fut  bâtie  avec  les  deniers 
de  Marguerite  Emiliani  de  Vérone,  pécheresse  qui  renonça  à Eros 
et  à ses  pompes...  après  fortune  faite.  Le  nombre  des  courtisanes 
était  considérable  à Venise,  ville  où  l’on  se  « gondole  » sans  cesse 

1.  Le.s  réflexions  de  l’auteur  des  Guêpes  sur  cette  église  lyrique  nous  fournirout 
la  note  pittoresque.  « Une  des  ])lus  pauvres  au  dehors  et  des  plus  riches  au  dedans, 
le  contraire  du  sexe  féminin.  J’y  tombe  bien,  ou  y chante  un  opéra.  Au  milieu,  un 
amphithéâtre  d’une  dizaine  de  rangs,  de  magniliques  stalles  chargées  de  sculptures 
et  de  mosaïques.  Au-dessus  des  stalles,  l’orgue  et  un  orchestre  nombreux  de  musi- 
ciens et  un  nombre  suflisant  de  chanteurs,  premiers  sujets  et  chœurs,  tandis  que, 
à un  autel  loin  de  là,  un  prêtre  susurre  des  paroles  latines.  Après  l’Evangile,  la 
musique  est  devenue  dansante  (1877).  » 


ITALIE 


391 


et  dont  le  carnaval  était  quasi  perpétuel  : l'uspente  et  riispanti  sui- 
vaient à la  lettre  le  précepte  évangélique  qui  recommande  d’aimer 
son  prochain  comme  soi-même. 

15®  Saint-Roch  [San  Rocco).  — On  y admire  de  nombreuses  pein- 
tures murales  du  Tintoret,  le  premier  peintre  vénitien  qui  paganisa 
l’art  chrétien  et  interpréta  l’histoire  sainte  d\me  façon  naturaliste. 
Au  premier  étage,  se  trouve  la  Piscine  Prohatiquc  ou  Mu'aculeiisc ^ 
« tableau,  écrit  une  jDlume  austère,  qui  est  composé  avec  toute 
l'extravagance  et  l’indécence  possible  »,  où  le  Christ  est  entouré  de 
femmes  nues.  L’une  d’elles,  complètement  dépouillée  de  ses  vête- 
ments, prend  son  bain  dans  un  baquet;  une  autre  lève  la  chemise 
de  sa  compagne  pour  mieux  montrer  à Jésus  le  mal  qui  lui  ronge  le 
haut  de  la  cuisse.  C'est  ici  que  « la  pudeur  de  la  bedeaudaille  se 
met  à braire  »,  pour  employer  une  expression  chère  à frère  Jean 
Jean  Huysmans. 

16®  Saint- Sauveur  (San  Salvator).  — Le  tombeau  du  sénateur 
André  Delphin  et  de  sa  femme  est  orné  des  bustes  en  marbre  des 
deux  personnages.  Celui  de  l’épouse  est  fortement  décolleté  et  exhibe 
deux  grosses  mamelles  qui  débordent  du  corsage  trop  étroit. 

Le  monument  du  Doge  Francesco  Veniero  est  dominé  par  une 
Pieta  en  marbre  où  le  corps  du  Rédempteur  est  exposé  sans  le  plus 
petit  voile.  Aux  deux  extrémités  du  sarcophage  se  tiennent  la 
Charité^  le  corsage  hermétiquement  clos,  et  la  Foi  dont  le  manteau 
laisse  à découvert  toute  la  région  abdominale  (fîg.  408). 

16®  Séminaire  patriarcal  (Seminario  patriarcale).  — Une  salle 
sert  d’exposition  à l’ancienne  galerie  Manfredini  ; elle  possède  un 
des  princijDaux  tableaux  du  Giorgione,  Apollon  et  Daphné.^  tous  deux 
en  costume  mythique. 

17®  Saint-Sébastien.  — On  peut  l’appeler  l’église  de  Paul  Véro- 
nèse  ; les  tableaux  de  cet  artiste  y sont  nombreux,  et  l’on  y voit  son 
tombeau.  Dans  le  Martyre  de  saint  Marc  et  saint  Marcellin  encou- 
ragés par  saint  Sébastien,  il  a donné  ses  traits  à ce  dernier  et  a 
représenté  sa  femme  à la  fleur  de  l’âge.  Sa  Piscine  Prohatique 


302 


l’art  profane  a l’église 


grouille  de  nudités  élégantes;  mais^le  saint  Jérome  de  l’église  Saint- 


18®  Eglise  de  Tolentini.  — Le  mausolée  bizarre  de  François 
Morosini  n’a  de  maurose  que  le  nom  du  défunt  ; « la  figure  du  Temps^ 
enchaîné,  dit  Valéry,  le  nu  de  ce  squelette,  l’ensemble,  les  détails 
de  la  composition  tiennent  vraiment  du  délire  ». 


Ib®  Saint-Zacharie.  — La  sépulture  d’Alessandro  Vittoria  a été 
exécutée  en  marbre  par  l’artiste  lui-même,  qui  vivens  vivos  duxit  e 
marmorc  vultiis.  Deux  cariatides  légèrement  drapées  tiennent  com- 
pagnie au  buste  du  sculpteur  (fig.  400)  L 

j.  Alplionse  Karr  parle,  dans  scs  Notes  de  voyage,  d’une  éf>lise  des  Jésuites, 
à Venise,  que  nous  n’avons  pu  découvrir.  « Une  chapelle  à gauche  en  entrant, 
écrit-il,  au-dessns  du  portrait  de  saint  Ignace,  présente  une  statue,  de  marbre 
blanc,  de  la  Vierge-Mère,  dont  la  robe  collante  révèle  et  exhibe  tontes  les  formes, 


ITALIE 


393 


20°  Palais  ducal.  — Dans  le  Jugement  dernier  de  Palma  jeune, 
on  distingue  parmi  les  damnés  « une  jolie  personne  dont  les 
blondes  et  fraîches  carnations 
sont  livrées  aux  griffes  des 
diables  ». 

Vérone.  1°  Sainte-Anastasie. 

— Le  bénitier  est  creusé  dans 
un  chapiteau  provenant  d’un 
temple  païen  et  supporté  par 
un  nain  bossu,  du  statuaire 
Gabriel  Galiari,  père  de  Paul 
Véronèse. 


2°  Grande  délia  Scala.  — Le 

sarcophage  de  G an  Martino  II 
est  le  premier  qui  ait  été  orné  d’une  Vertu  cardinale,  la  Force. 

La  tombe  de  Gan  Signorio,  qui  fut  deux  fois  fratricide,  porte 
limage  de  cinq  Vertus  : la  Foi^  la  Charité,,  la  Prudence^  la  Justice 
et  la  Force  ! Et  voilà  comment  les  monuments  funéraires  écrivent 
Lhistoire. 

ô°  Sainte-Marie-Antique.  (Santa  Maria  Antica).  — Au  tombeau 
des  Scaliger,  une  Charité  inépuisable  prodigue  le  lait  de  ses  seins 
à une  multitude  de  petits  affamés. 

4°  Santa  Maria  in  Organe.  — En  considérant  les  boiseries  sculp- 
tées de  la  sacristie,  le  regard  est  particulièrement  attiré  vers  une 
néréide  à double  queue  ; les  bras  sont  remplacés  par  des  ailes. 

5°  Saint-Zénon-le- Grand  (San  Zeno  Maggiore).  — Un  chapiteau 
antique  sert  aussi  de  bénitier. 

Les  portes  en  bronze  du  portail  sont  décorées  de  représentations 
naïves  empruntées  à la  Bible  et  à LEvangile.  Ces  grossiers  bas- 
reliefs  intéressent  par  leur  caractère  grotesque.  Sur  les  vantaux 

tous  les  details  du  corps  avec  plus  de  précision,  de  franchise  et  de  nudité  (ju’il  ne 
semble  convenir  à une  vierge  tant  soit  peu  chaste  et  honnête.  » 


l’art  profane  a l’église 


:^94 


sont  sculptées  deux  femmes  au  buste  nu,  dont  la  sig-nification  nous 
échappe  (la  Mer  qï  la  Terre?).  Elles  allaitent,  la  première,  deux 
poissons  (fig-.  410)  et,  la  seconde,  deux  enfants  (fig-.  411). 

Au-dessus  du  portail,  les  statues  des  fondatrices  de  l’ég-lise,  la 
mère,  l’épouse  et  Ermengarde,  une  des  filles  de  Charlemagne,  sont 
devenues  les  trois  vertus  théologales  : F ides,  Spes,  Caritas. 

ViTERBE.  Saint-Ange  in  Spata.  — Sur  la  façade,  un  sarcophage 
romain  orné  d’une  chasse  au  sanglier  contenait  le  corps  de  la  belle 
Galliana,  1 Hélène  du  xii*^  siècle  qui  alluma  la  guerre  entre  Rome  et 
\iterbe.  On  rapporte  qu‘après  leur  défaite,  les  galants  Romains 
demandèrent  et  obtinrent  de  voir  une  dernière  fois  avant  leur  départ 
Galiana;  la  superbe  créature  se  montra  à l’une  des  fenêtres  de 
rancienne  porte  Saint- Antoine. 

Volterre.  Cathédrale  b 


SICILE 


Un  terme  dénominatif  quelque  peu  singulier  vaut  la  peine  d’être 
consigné  : les  cathédrales,  en  Sicile,  sont  appelées  Matrices,  le  nom 
de  l’organe  de  la  conception. 

Presque  toutes  les  églises  siciliennes,  comme  celles  de  Belgique, 
exhibent  une  image  terrifiante  en  relief  ou  peinturlurée  des  damnés 
qui  se  tordent  au  milieu  des  flammes  vengeresses. 

Catane.  Cathédrale  Sainte-Agathe.  — Du  3 au  5 février,  à la 
fête  de  la  patronne  de  la  ville,  à qui  Quintianus  fit  tenailler  les  seins 
(fig.  412  Lis),  le  reliquaire  en  argent  de  la  vierge  martyre  est  promené 
à travers  les  rues  principales  par  des  habitants  revêtus  d’aubes 
blanches.  Les  femmes  attachent  leurs  mantes  devant  le  visage,  à 

1.  Saint-Germain  Leduc  raconte,  en  1830,  que  l’on  y guérissait  les  morsures  des 
chiens  enragés  par  rattouchement  d’un  clou  de  la  vraie  croix.  De  temps  immémo- 
rial ce  remède  était  usité  en  Toscane;  mais  il  faut  tout  dire  pour  expliquer  ses 
succès  : avant  d’appliquer  la  sainte  relique  sur  la  blessure,  on  la  chaulTait  au  roug-e 
et,  de  la  sorte,  elle  agissait  comme  un  vulgaire  cautère.  Le  remède  était  plus  ellîcace 
que  notre  sérum  antirabique,  mais  à la  condition  d'être  appliqué  immédiatement. 
Par  ailleurs,  un  simple  clou  à bateau  eût  sulli. 


ITALIE 


395 


la  façon  des  musulmanes;  mais  sous  ce  masque  improvisé,  elles 
laissent  un  œil  découvert  pour  intriguer  les  hommes  à loisir. 

Gomme  Didon,  remarque  A.  Dumas,  la  sainte  compatit  aux  maux 


qu  elle  a soufferts  et  tous  les  seins  malades  de  Tltalie  viennent 
implorer  son  intervention  miraculeuse  pour  leur  guérison.  Une  pro- 
fusion d ex-voto  mamelliformes  en  argent,  en  marbre  et  en  cire 

sont  autant  de  témoignages  de  son  pouvoir  sanitaire  (hg.  411  Lis 
et  ter). 

De  curieux  bas-reliefs  en  chêne  datant  du  xv®  siècle  tapissent 
le  sanctuaire.  Ils  développent  toute  Thistoire  de  la  sainte,  depuis  le 
moment  où,  refusant  d’épouser  Quintianus,  elle  est  frappée  de 
barres  de  1er,  brûlée  par  des  torches  ardentes  et  a les  seins  coupés 
que  saint  Pierre  lui  réapplique  dans  sa  prison,  jusqu’à  celui  où  son 


396 


i/art  PR  O faine  a l’église 


corps  fut  rapporté  de  Constantinople.  Suivons  toujours  les  bas- 
reliefs  dans  la  description  qu’en  donne  l’auteur  du  Speronare  : 

On  voit  la  sainte  apparaître  à Guilbert  et  lui  ordonner  d’aller  chercher 


son  corps  à Byzance.  Guilbert  obéit  et  trouve  son  tombeau.  Embarrassé 
alors  pour  emporter  cette  précieuse  relique,  il  coupe  le  cadavre  par  mor- 
ceaux et  en  met  un  morceau  dans  le  carquois  de  chacun  de  ses  soldats, 
et  le  rapporte  ainsi  jusqu’à  Gatane  sans  qu’il  s’en  égare  autre  chose  qu’un 
sein,  qui  heureusement  est  retrouvé  et  rapporté  par  une  petite  hile,  de 
sorte  que  la  bienheureuse  Agathe,  à la  honte  des  inhdèles,se  retrouve  au 
grand  complet. 

A la  porte  septentrionale,  la  base  des  pilastres  est  ornée  de  motifs 
païens  ou  s’ébattent  dans  des  poses  lascives  des  néréides,  des  tritons 
et  autres  monstres  marins  qui  constituent  le  cortège  d’Amphitrite 
(lîg.  411  quarte). 

Cet  auteur  parle  encore  d’une  église  de  la  meme  ville,  mais  sans 


ITALIE 


397 


autrement  la  désig'ner,  où  il  vit,  couchés  au  pied  des  fonts  baptis- 
maux, deux  lions  g-othiques  supportant  une  centauresse,  qui  repré- 
sente les  armes  de  la  ville. 

11  paraît  que  toutes  les 
statues  de  ces  animaux 
fabuleux  , trouvées  dans 
les  fouilles  , appartien- 
nent au  sexe  masculin  ; 
le  musée  ne  possède 
qu’une  seule  centauresse. 

Cette  ligure  n’existait  que 
sur  les  bas-reliefs  ou  les 
médailles. 


Girgenti.  — C’est  dans 
cette  ville  que  s’élevait  le 
temple  de  Junon-Lucine, 
où  se  trouvait  le  fameux 
tableau  que  Zeuxis  exécu- 
ta, en  choisissant  pour 
modèles,  les  cinq  plus  belles  filles  d’Acragas  ; d’autres  placent  ce 
chef-d’œuvre  dans  le  temple  du  cap  Laciniumh 

Cathédrale.  — A la  porte  de  la  sacristie  est  déposé  un  ancien 
sarcophage  en  marbre,  qui  a servi  de  cuve  baptismale;  il  est  orné  de 
bas-reliefs  représentant  les  aventures  d’Hippolyte.  Sur  une  des 
faces,  Phèdre  en  proie  aux  tourments  de  l’amour  reçoit  des  conso- 
lations de  sa  nourrice,  tandis  que  des  jeunes  filles  jouent  du  luth  et 

Cros  décoché  ses  flèches.  Il  nous  est  difïîcile  de  dégager  de 
cette  image  païenne  le  rapport  qui  existe  entre  elle  et  le  premier 
des  sacrements  de  l’Eglise. 

Messine.  Saint-François-d’Assise.  — Derrière  le  maître-autel  de 
cette  cathédrale,  est  aussi  exposé  un  sarcophage  antique,  orné  de 
bas-reliefs  se  rapportant  à V Enlèvement  de  Proserpine.  De  même  à 
la  cathédrale  Saint-Mathieu  de  Salerne,  on  voit  au  côté  droit  de  la 


1.  Les  Seins  à l’église.,  fig.  l(j. 


308 


i/aRT  PROFA^E  A l’ÉGLISE 


nef  deux  sarcophages  ornés  de  scènes  bachiques  qui  servent  de 

sépultures  k des  évêques. 

Monréal.  — Saint-Pierre 
Nouvelle  (Pietro  Novelli).  — 
Dans  un  tableau  de  la  Fuite 
en  Egypte^  on  remarque  sur  le 
seuil  de  sa  porte  une  femme,  le 
sein  droit  ballant,  qui  offre 
riiospitalité  k la  sainte  famille. 

Paler3ie.  lo  Compagnia  di 
San  Lorenzo.  — On  y trouve 
une  Charité  richement  capi- 
tonnée (fig.  412)  ; elle  possède, 
selon  la  locution  euphémique 
et  restrictive  du  Fils  de  Gi- 
hoyei\  « de  ces  attraits  péris- 
sables qui  prêtent  une  grâce 
de  plus  k la  vertu  » . Son  buste 
est  entièrement  découvert  ; elle 
presse  un  sein  gonflé  de  lait, 
tandis  que  l’autre  sert  d’oreil- 
ler k un  marmot  de  passage 
gavé  outre  mesure  qui  jouit 
d’un  dolce  far  niente  absolu  et 
profite  d’une  existence  ouatée 
de  tout  repos,  mais  combien 
éphémère.  Ce  groupe  plein  de  charme  et  de  vie  se  distingue  encore 
de  ses  congénères  par  un  détail  réaliste  amusant  ; nous  voulons 
parler  de  la  solution  de  continuité  — le  clair  de  lune  que 
présente  la  culotte  du  gamin  impatient  et  affamé  qui  réclame  son 
tour.  C’est  k travers  de  semblables  ouvertures  ménagées  par  les 
haillons  de  Diogène  que  Platon  disait  apercevoir...  son  orgueiD. 

1.  De  nos  jours,  en  France,  le  dernier  cri  de  la  statuaire  pour  l’image  de  la  Chii- 
rilé  est  de  la  représenter  vêtue,  dans  toute  la  rigueur  dii  puritanisme.  Voyez  le 
monument  élevé  au  docteur  Roussel,  au  dos  de  la  Maternité.  Par  contre,  il  présente 
une  innovation  que  nous  n’avons  jamais  rencontrée  ailleurs  : au  lieu  de  la  marmailU 


ITALIE 


399 


2°  Couvent  des  Capucins.  — Ses  caveaux  jouissent  de  la  pro- 
priété de  momifier  les  cadavres.  Leur  dessèchement  s’opère  dans 


quatre  caveaux  appelés  pourrissoirs  qui  contiennent  chacun  trois 
ou  quatre  corps.  Le  personnage  soumis  à cette  opération,  homme 
ou  femme,  laïque  ou  religieux,  est  entièrement  nu  et  attaché  sur  une 
espèce  de  grille  de  fer,  sous  laquelle  coule  un  ruisseau  d’eau  vive.  Le 
corps  met  environ  six  mois  à se  dessécher,  après  quoi  il  est  habillé 
selon  sa  condition  et  placé  dans  des  galeries  spéciales.  On  y voit 
surtout  de  nombreux  capucins  revêtus  de  leur  robe  de  bure  et,  sous 
des  cloches  à melon,  des  femmes  en  parure  de  bal  et  des  jeunes  filles 
en  robe  blanche,  avec  leurs  couronnes  de  vierges.  Ces  catacombes 
modernes  décrites  par  Alexandre  Dumas  ont  sans  doute  cessé  d’exis- 
ter . les  itinéraires  récents  de  la  Sicile  n’en  soufflent  mot. 


masculine  qui  grouille  communément  aux  pieds  de  la  iiremière  des  Vertus 
qu  une  jeune  pucelle  d’une  dizaine  d’années,  absolument  nue. 


on  ne 


RUSSIE 


Saint-Pétersbourg.  Saint-Isaac.  — Les  Russes,  selon  la  remarque 
de  Viardot,  sont  des  « iconoclastes  à demi  ».  Le  Synode  n'autorisa 

qu’à  l’extérieur  de  cette  ég-lise  impériale 
une  ornementation  avec  des  statues  d’an- 
ges en  tout  semblable  à celle  de  la  coupole 
du  Val-de-Grâce.  Aucune  image  plastique 
ne  décore  donc  l’intérieur  ; le  « nu  » des 
murailles  y est  absolu  ; c’est  le  seul  qu’on 
V observe. 


Lubocknta.  — L’église  de  cette  ancienne 
ville  polonaise  possède  un  bas-relief  re- 
marquable par  ses  nudités  séraphiques  : 
des  anges  « très  mâles  » et  d’autres  « vi- 
siblement femelles  » poursuivent  un  lièvre 
à la  chasse. 


Fig.  413. 


Moscou.  L’Annonciation.  — L’une  des  trois  cathédrales  de  cette 
ville  où  s’élevaient  ((  quarante  fois  quarante  églises  ».  On  rencontre, 
non  sans  surprise,  dans  une  fresque  du  Paradis,  saint  Pierre  et 
saint  Nicolas  voisinant  avec  Anacharsis,  Socrate,  Aristote,  Pto- 
lemée,  Ménandre,  poète  comique  grec,  auteur  de  comédies  imitées 
par  Térence.  « Les  Chrétiens  grecs,  dit  Viardot,  se  montraient  cer- 
tainement, il  y a quatre  siècles,  plus  tolérants  que  ceux  de  l’Eglise 
apostolique  et  romaine.  » 

Nowgorod.  Sainte-Sophie.  — L’une  des  portes  est  illustrée  d’une 
Naissance  d’Eve  (lig.  413)  peu  banale.  Le  Créateur  tocologue 


RUSSIE 


SUÈDE 


401 


l'aide  à sortir  de  la  rég-ion  dorsale  dWdam  qui  se  tient  debout  ^ et 
n'en  peut  mais.  Il  en  a déjà  plein  le  dos. 


X 

SUÈDE 


1 énurie  de  documents  : une  seule  figure  sculpturale  d^un  Christ 
nu,  mais  asexué,  est  reproduite  sans  autre  indication  d’origine 
dans  \ Histoire  de  l Art  par  les  Monuments  (fîg.  415). 


1.  Cette  posture  obstétricale  est  fréquente  dans  les  tliéo^-onies  j-recquc  et  indou. 
Sur  un  l)as-rclicl  trouve  à Sanghao  (Musée  de  Lahorc)  cl  reproduit  par  M A Foi 

' tihur,irn  ',n"'  lndo-Af,jl,.ne,  Maya  accouche,' dana  la 

.tt  tude  do  Bouddha  qui  sort  do  la  hanche  di-oite  de  sa  more;  ccllc-ci  s’aiipui, 

d’urbrc’'n’- et  s’accroche,  de  l’autre,  à une  brandi 


L ART  PKOFANE.  — II. 


20 


XI 


SUISSE 


Andernacii.  — Félix  Regamey  a rencontré  à la  porte  d’une  com- 
munauté religieuse  un  Christ  sur  la  croix,  mais  non  crucilié, 
((  comme  je  n’en  ai  vu  nulle  part  ailleurs  »,  dit  l’auteur  D’Alx  en 
Aiæ  (lig.  416).  Un  pagne  ne  recouvre  que  le  recto  de  son  périnée, 
le  verso  reste  exposé  aux  regards  indiscrets  et  aux  intempéries  des 
saisons. 


Bale.  U Cathédrale.  — Extérieur.  Façade  occidentale.  Deux 
statues  colossales  adossées  aux  contreforts  symbolisent  la  Luxure 
ou  la  Mondanité  (lig.  417,  418),  sous  les  ligures  d’un  riche  libertin 
ganté,  qui,  du  haut  de  son  pilier,  répond  à l’œil  aguichant  d'une  dame 
galante.  Cette  beauté  facile  « à Fair  canaille  et  drôle  »,  suivant  l’ex- 
pression d’Anatole  France,  lui  découvre  son  sein  droit  par  la  fente 
de  son  vêtement  : elle  « fait  de  l’œil  et  du  sein  ».  Le  dos  du  débauché 
est  nu  et  couvert  de  reptiles  (lig.  419)  qui  expriment  son  caractère 
diabolique.  Il  en  est  de  même  de  l’élégant  gentilhomme  qui  accom- 
pagne les  Vierfjes  folles  sur  les  portails  latéraux  de  cet  édifice. 
Cette  tentation  terrestre  est  plus  compréhensible  que  celle  du  serpent 
édénique  : la  fille  d’Eve,  ici,  olfre  à croquer  une  pomme  charnelle. 
Remarquez  le  jet  de  flammes  qui  sort  de  la  gueule  du  monstre 
infernal,  placé  à ses  pieds,  et  consume  les  organes  des  jouissances 
sensuelles. 

La  Luxure  est  aussi  allégorisée  sur  la  porte  Louis  XII  du  Châ- 
teau de  Blois  ; mais, en  Loir-et-Cher, l’agent  provocateur  est  un  moine 
qui  présente  les  armes  de  Vénus  devant  une  jeune  béguine,  comme 
un  érotomane  de  la  variété  dite  exhibitionniste.  Quant  au  groupe  de 


SUISSE 


103 


l>àle,  c'est  le  triomphe  de  l’amour  profane  aux  portes  du  temple  de 
l'amour  divin 

Sur  la  façade  principale,  d’après 
^ . Hugo,  il  y a quatre  curieuses  sta- 
tues de  lemmes  : « deux  femmes  saintes 
qui  rêvent  et  qui  lisent  ; deux  fem- 
mes folles,  à peine  vêtues,  montrant 
leurs  belles  é})aules  de  Suissesses 
fermes  et  grasses,  se  raillant  et  s’in- 
juriant avec  de  grands  éclats  de  rire 
des  deux  côtés  du  portail  gothique. 

Cette  laçon  de  représenter  le  diable 
est  neuve  et  spirituelle.  » Les  stalles 
attirent  aussi  l’attention  de  notre 
poète:  « Ces  petits  édifices  en  bois 
ciselé  sont  pour  moi  des  livres  très 
amusants  à lire  ; chaque  stalle  est 
un  chapitre.  La  grande  boiserie 
d xVmiens  est  l’Iliade  de  ces  épopées.  » 

Intérieur.  A l’extrémité  orientale 
des  bas-côtés,  une  table  en  pierre  qui 
a fait  partie  d un  autel  de  Saint- 
Vincent,  rappelle  par  ses  bas-reliefs 
le  supplice  que  ce  martyr  subit  en 
Espagne,  sous  Dioclétien  (fig.  420- 
422).  Le  corps  du  saint  fouetté,  brûlé 
d abord  par  des  torches  ardentes 
(fig.  420),  puis  sur  le  gril  (fîg.  421)^ 
est  nu;  mais  le  sculpteur  a évité  de 
le  présenter  de  face  et  pour  cause. 

Une  néréide  (fig.  423)  réfugiée 
sur  le  tailloir  d’un  chapiteau  allaite  son  petit  qui  tient  un  poisson 

a la  main.  Ce  jouet  enfantin,  ou  cet  accessoire, rappelle  simplement 

1.  Dans  un  édifice  religieux  de  Grcat  Malvern,  en  Angleterre  exislo  nn  . 


Fig.  41G. 


404 


l’art  profane  a l’église 


rorigine  aquatique  de  ces  êtres  fantastiques.  Mais  les  symbolistes  y 


voient  une  image  de  la  rapidité  fugitive  du  plaisir  qui  ne  laisse, 
après  lui,  que  remords  ou  peines  ! La  meme  explication  s applique 

à Loiseau  qui  remplace  parfois  le 
poisson  dans  ces  scènes  (fîg.  426),  et 
qui,  comme  le  poisson,  échappe  si 
facilement. 

D’après  le  Bulletin  Monunicntal^ 
les  stalles  du  chœur  olîrent  « des 
scènes  satiriques  de  la  vie  monas- 
. tique  )).  Bien  que  le  capuchon  n’ap- 

partienne  pas  exclusivement  aux 
moniaux,  nous  devons  reconnaître  que  les  réguliers  ont  long- 
temps eu  « une  mauvaise  presse  » graphique  ou  figurée. 


SUISSE 


405 


2°  Saint-Jean.  — Décrochons  deux  des  tableaux  à fresques  de  la 


Danse  des  Morts  (fig.  424,  425)  qui  enluminait  le  mur  du  cimetière 
de  cette  église,  comme  celui  du  Charnier  des  Innocents  de  Paris. 


Ils  sont  accompagnés  de  quatrains  gouailleurs,  relevés  d 
de  libertinage. 


'une  pointe 


donncryour  les 


40G 


l’art  P R O ] ' a N R A L ' p]  G L I S E 


Fiî 


Fi^‘.  425. 


LA  MORT  AU  MEDECIN  424). 

Des  morts,  dont  vos  talents  ont  peuplé  mon  empire, 
Mon  squelette  mouvant  vous  olïre  tous  les  traits  ; 
Leur  corps  du  corps  humain  vous  apprit  les  secrets  ; 
Quelque  jour  sur  le  vôtre  on  pourra  s’en  instruire. 

RÉPONSE  DU  MÉDECIN. 

Les  deux  sexes  chez  moi  venaient  avec  mystère 
M’apporter  certaine  eau  qui  m'apprenait  leur  mal  ; 
Qui  voudra  voir  la  mienne,  et  me  tirer  d’affaire  ? — 
Hélas  ! il  est  trop  tard  : voici  l’instant  fatal. 

LA  MORT  A l'abbesse  (fi".  425). 

Dites-nous,  Dame  Abbesse,  honneur  du  monastère, 
D’où  vient  cet  embonpoint  qui  semble  vous  gêner  ? 

Je  ne  veux  rien  imaginer  : 

Mais  enfin  pour  jamais  je  vais  vous  en  défaire. 

RÉPONSE  DE  l'abbesse. 

Au  pied  du  saint  autel,  dans  un  pieux  accord, 

Les  vierges  du  Seigneur  et  moi-même  à leur  tête. 

Nous  chantions  tous  les  jours  les  hymnes  du  Prophète. 
Oh  ! si  ces  chants  divins  pouvaient  fféchir  la  mort! 


I 


SUISSE 


407 


Cette  Danse  macabre,  qui  date  du  milieu  du  xv®  siècle,  est  faus- 
sement attribuée  à Holbein,  né  à la  lin  de  ce  siècle. 

Fribourg.  Cathédrale. — Sous  Fabaque  d"un  chapiteau,  une  néréide 
allaite  encore  son  rejeton  qui,  ici,  tient  un  oiseau  (fi»*.  42b).  D’après 


Fia-.  426. 


Fia-.  427. 


le  Père  Cahier,  ee  groupe  familial  personnifie  les  dangers  de  la  vie 
mondaine,  c’est-à-dire  tous  les  genres  de  séduction.  Nous  persistons 
à considérer  le  poisson  précité  et  le  volatile  — une  mouette  sans 

doute  comme  des  jouets  de  l’enfance  appropriés  au  caractère 
maritime  des  personnages. 

Saixt-Gall.  Monastère.  — A la  bibliothèque  on  conserve  précieu- 
sement un  diptyque  en  ivoire,  habilement  fouillé  par  le  moine 
Tuotilon  qui  possédait  tous  les  talents,  au  point  que  le  roi  Charles 
maudissait  ceux  qui  l’avaient  tonsuré.  Le  motif  n’est  pas  nouveau 
mais  il  offre  de  curieux  détails,  surtout  des  figures  de  la  mytliolo^Ae 
romaine.  Le  Sauveur,  pour  indiquer  qu’il  est  V Alpha  et  YOmécja 
le  maître  du  Ciel,  de  la  Terre  et  de  la  Mer,  est  placé  au-dessous 
d Apollon-Soleil  et  de  Diane-Lune;  mais,  il  domine  une  femme 
assise,  Tellus,  qui  allaite  un  nourrisson  avide  (fip-.  427)  en  f^iop 

d’un  vieillard  barbu,  l’Océan,  lequel  s’appuie  sur  iin’monsü^e 
marin  et  tient  une  urne  renversée. 

IIiN'DELBANCK.  — Le  tomheau  de  Mme  Langhans  (fig.  428)  imaginé 
0 execute  par  I.  Nahl  dans  l’église  paroissiale  de  cette  localité, 


408 


l’art  profane  a l’éotjse 


Fig.  428.  — Le  jour  de  la  UésurrccLion. 

olfre  un  caractère  crime  puissante  orig’inalité.  La  pierre  tombale  se 
brise  au  Jour  de  la.  Résurrection,  et  une  mère,  vraisemblablement 


1 


SUISSE 


400 


morte  en  couches,  s’échappe  par  la  fente  du  sépulcre  avec  son 
uouveaii-ué.  C’est  une  lugubre,  mais  heureuse  trouvaille. 


Fig.  429. 

Lausanne h 

1.  En  1479,  l’évêquc  de  Lausanne  et  son  chapitre  citèrent  devant  leur  tribunal  les 
hannetons  qui  faisaient  de  grands  ravages.  Nécessairement,  les  inculpés  firent  défaut 
et  un  jugement  les  condamna  à rexcommunication  majeure  et  au  bannissement  du 
diocèse. 

Ces  hannetons  — nous  parlons  de  l’cpiscope  et  de  sa  sequelle  — n'ont  rien 


I 


410 


l’art  profane  a t/ église 


Locarno.  La  Madona  del  Sasso.  — En  quittant  cette  église  de  la 
Suisse  italienne,  G.  Vanor  tombe  sur  un  moine  « qui  adapte  à sa 
hampe  un  étendard  représentant  deux  esclaves,  un  homme  et  une 
femme,  nus  ; depuis  trois  siècles,  on  quête  pour  leur  rançon,  bien 
que  1 esclavage  soit  suppriméj  mais  les  dons  enrichissent  la  commu- 
nauté ».  C’est  ce  qu’en  correctionnelle  on  qualifie  d’abus  de 
confiance. 

La  Maloja.  — Le  peintre  Giovanni  Segantini  est  mort  en  1899 
près  de  la  Maloja.  Ses  admirateurs  ont  commandé  au  sculpteur 
Leonardo  Bistolfî  un  monument  (fig.  429)  qu’ils  destinent  au  tombeau 
du  peintre  voué  à l’interprétation  des  cimes  et  des  glaciers,  mais  le 
curé  de  la  modeste  commune  refuse  d’admettre  dans  son  cimetière 
une  allégorie  dont  la  nudité  lui  paraît  déplacée  sur  une  tombe 
chrétienne. 

SlONh 


innové:  le  7 fév.  1314,  un  autre  bras  séculier  confirma  la  décision  du  comté  de  Valois 
qui  avait  condamné  un  taureau  homicide  à être  pendu.  Plus  tard,  en  1522,  le 
^rand  vicaire  d’Autun  intenta  un  procès  aux  rats  qui  ravageaient  les  campagnes; 
comme  les  hannetons  de  Lausanne,  ils  furent  assignés  à comparoir  et  excommuniés 
par  contumace.  Ghassenée,  qui  devint  premier  président  du  Parlement  de  Provence, 
fut  constitué  d’office  leur  défenseur.  Gomme  quoi  les  confits  en  dévotion  le  sont 
également  en  bêtise. 

1.  Autrefois,  dans  la  capitale  du  Valais,  un  débiteur  insolvable  était  obligé  de 
s’asseoir  — podice  niido  eL  coram  populo  — trois  fois  de  suite  sur  une  borne  en 
forme  de  phallus  antique  et  placée  devant  le  palais  épiscopal. 


XII 


TURQUIE 


Mont- Al  nos.  1°  Couvent  de  Saint-Grégoire.  — Dans  la  chapelle 
funéraire  de  ce  couvent,  le  Libertin^  au  lieu  d'être  représenté  avec 
un  serpent  qui  lui  dévore  les  organes  coupables,  est  figuré  pendu  la 
tête  en  bas  comme  un  porc  à l’étal  d’un  charcutier;  deux  diables 
sont  occupés  à lui  couper  les  parties  naturelles,  « dont  il  a trop 
souvent  abusé  »,  écrit  Didron  aîné,  à qui  nous  empruntons  ce  docu- 
ment. 

Couvent  de  Coutloumoush  — Les  moines  du  mont  Athos  ont 
mutilé  la  Babylone^  « la  grande  prostituée  »,  « la  cité  de  Satan  », 
peinte  sur  le  mur  du  porche  de  l’église  principale.  La  mère  « des 
fornications  et  des  abominations  » de  la  terre,  tirée  de  la  description 
de  1 Apocalypse  et  qui  personnifie  Bab\done,  est  représentée  par  une 
courtisane  assise  sur  une  bête  à sept  têtes.  « Moines,  ils  ont  eu  peur 
de  sa  beauté  et  de  sa  nudité  ; ils  lui  ont  crevé  les  yeux,  barbouillé  la 
figure  et  arraché  les  seins,  que  le  peintre,  moine  aussi,  avait  un  peu 
trop  mis  en  évidence-.  » 


1.  Près  de  Rares. 

2.  Ne  quittons  pas  la  patrie  de  Mahomet  sans  constater,  une  fois  de  plus,  qu’en 
Orient  comme  en  Occident  l’érotisme  frôle  parfois  de  très  près  le  mysticisme  : c’est 
précisément  à l’époque  du  Ramadan  ou  Ramazan,  consacrée  au  jeûne,  que  paraît  en 

scène  le  cynique  Karagucuz,  descendant  de  Priape,  précédé  de  son  monstrueux 
phallus. 


4 


ADDENDA 

I.  — L’ART  PROFANE  A L’ÉGLISE.  EN  FRANCE 


Paris.  Notre-Dame  (p.  36).  — Pour  notre  confrère  rouennais 
P.  Nouiy,  à Fimag-ination  vive  et  pleine  d’imprévu,  le  groupe 
occupant  le  premier  plan  du  tympan  de  la  porte  Saint-Etienne 
(lîg.  20)  représenterait  un  ménage  à quatre  : « la  Vierge  est  arro- 
gante, l’archange  cherche  le  moyen  de  tout  arranger,  Joseph  boude 
et  songe  à la  fuite  ».  Mais,  où  l’aviateur  Gabriel  a-t-il  mis  ses  ailes? 

Essommes  (Aisne)  (p.  154).  — Les  trente-huit  stalles  de  cette 
curieuse  église  du  xiii«  siècle  sont  richement  sculptées  d’ara- 
besques et  de  motifs  capricieux,  grotesques  ou  fantastiques,  qui 
valent  bien  quelques  mots  de  description.  Nous  suivrons  celle 
qu  en  a donnée  A.  Barbey  (1873),  et  nous  ne  retiendrons  que  les 
numéros  les  plus  pittoresques  qui  enjolivent  et  égayent  les  dos- 
siers des  stalles  et  leurs  miséricordes. 

N""  6.  Monstre  bipède,  pansu,  la  tête  tournée  en  arrière  et  « pa- 
raissant se  dévorer  lui-même  ».  Ne  serait-ce  pas  plutôt  l’image  de 
V Onanisme?  — N«  11.  Griffon  ailé  et  mamelé.  — - N«  29.  Génie 
caché  derrière  un  bouclier  et  armé  de  sa  fronde  (la  Calomnie).  — 
N®  30.  Enfant  assis,  les  yeux  bandés,  tenant  une  bouteille  : 
VIvrorjnerie  qui  obnubile  le  jugement.  — N«  32.  Cupidon  porte  son 
carquois  en  bandoulière  et  tire  de  l’arc.  — N«  33.  Femme  nue, 
couverte  seulement  d’une  légère  draperie  ; elle  fouette  deux 
monstres. 

Les  hauts  dossiers  offrent  des  tableaux  décoratifs  qui  n’ont  aucune 

signification  corrélative  avec  les  sculptures  des  sellettes.  N*^  5. 

Homme  et  femme  entièrement  nus,  assis  dos  à dos  et  se  frappant 
de  verges.  — N""  6.  Cupidon  et  mascaron,  entre  deux  amours  en 


114 


L ART  PROFANE  A L EGLISE 


cariatides  : au  sommet,  cœur  percé  d’une  flèche.  — 8.  Autre 

Cupidon,  aux  ailes  éployées,  entre  deux  sphinx.  — N°  13.  Caria- 
tides ailées  et  cornues,  accostées  de  deux  têtes  d’amours.  — N®  14. 
Deux  néréides  dont  les  queues  se  mêlent  à des  feuillages  enroulés. 
— N®  17.  Homme  et  femme  nus  jusqu’à  la  ceinture;  le  reste  se  perd 
dans  des  feuillages.  — 25.  Tête  d’amour  sur  une  colonne;  au- 

dessous,  une  femme  en  cariatide  se  coupe  les  seins  avec  une  serpe  ; 
à ses  côtés,  deux  griffons  ailés  la  fixent  d^un  air  féroce.  — N®  32. 
Cariatide  féminine.  — 37.  Autre  cariatide  et  monstre  qua- 

drupède à mamelles  pendantes. 

Dans  ce  symbolisme  « un  peu  grivois  »,  Tabbé  Poquet  (1842j 
voit  « une  espèce  de  scène  mythologique,  où  l’amour,  sous  différents 
attributs,  semble  jouer  le  principal  rôle.  C’est  Cupidon  qui,  les 
yeux  bandés,  tend  son  arc  et  décoche  ses  traits,  ou  bien  semble, 
avec  un  petit  air  riant  et  malin,  offrir  et  distribuer  ses  faveurs;  il 
est  entremêlé  de  guerriers,  de  religieux,  d’hommes,  de  femmes,  de 
monstres  fantastiques.  Ne  pourrait-on  pas  voir  dans  cette  repré- 
sentation allégorique  à caractère  profane  un  enseignement  frappant 
sur  l’origine  et  les  suites  malheureuses,  déshonorantes  du  péché  de 
luxure?  » Jeu  de  dame  damne. 

Semer  (Côte-d’Or)  (p.  205).  Notre-Dame.  — D’après  le  Père  Cahier, 
la  scène  du  banquet  au  portail  représenterait  le  festin  donné  par  le 
roi  Gundaforus  à saint  Thomas,  et  le  personnage  qui  semble  tomber 
à la  renverse  ne  serait  autre  que  la  bayadère  de  la  légende. 

Chartres  (Eure-et-Loir)  (p.  217,  fig.  274).  Cathédrale.  — Les 
trois  premières  statues  de  la  baie  de  gauche  foulent  aux  pieds  d’inex- 
plicables êtres.  Leroi,  hermaphrodite  par  sa  tête  de  reine,  ((  marche 
sur  un  homme  nu  enlacé  de  serpents  » ; le  souverain  voisin  « pèse 
sur  une  femme  qui  saisit,  d’une  main,  la  queue  d’un  reptile  et  ca- 
resse, de  l’autre,  la  tresse  de  ses  cheveux  » ; enfin,  la  reine  bedon- 
nante a pour  piédestal  « deux  dragons,  une  guenuche,  un  crapaud, 
un  chien  et  un  basilic  à visage  de  singe  ».  La  Lubricité  châtiée  par 
la  ménagerie  infernale. 

Brétigny  (Eure-et-Loir)  (p.  225).  — Une  source  qui  passe  sous 
l’église  est  réputée  contre  la  rage  et  les  épidémies.  Au  grand  scan- 


A I ) D E M>  A 


115 


(laie  (lu  curé,  dit  E.  Lami,  on  vit  un  jour  ce  quatrain  gravé  sur  la 
pierre  par  un  éthylique  impénitent  : 

De  ta  vertu,  fontaine, 

Je  serais  plus  certain, 

Pour  soulaj^er  ma  peine, 

Si  tu  coulais  du  vin. 

Le  malade  guéri  se  rendait  à la  chapelle  « des  balances  » ; il  se 
l^laçait  dans  1 un  des  plateaux  et  mettait,  dans  l’autre,  un  poids 
équivalent  au  sien  d’objets  qui  restaient  la  propriété  de  l’église. 


hoLGOAi  (^hinistère)  (p.  22b).  — Un  bas-relief  de  l’église  repré- 
sente un  sujet  des  plus  banals,  reproduit  à Pencran  et  sur  la  porte 
de  la  chapelle  de  la  Fontaine-Blanche,  à Landerneau  : la  Vierge, 
couchée  dans  un  lit,  présente  aux  mages  l’Enfant  Jésus  qu’elle  tient 
par  le  bras,  tandis  que  Joseph,  rêveur  comme  toujours,  joue  ^^rès 
de  la  couche  avec  le  gland  de  1 oreiller.  Or,  un  avocat  en  renom  de 
Brest,  M.  Gilbert  de  \illeneuve,  dans  son  Itinéraire  du  Finistère  y 
donne  cette  interprétation  ultra-fantaisiste  i « Le  Père  éternel  v 
remplit  les  fonctions  de  chirurgien.  Jésus  sort  du  sein  de  la  mère  par 
les  pieds,  accouchement  contre  nature  dont  le  Nouveau  Testament 


a omis  de  faire  mention.  D une  main,  Dieu  le  père  tient  un  des 
pieds  du  Sauveur,  qui  lui-même  saisit  la  queue  du  Saint-Esprit  ; 
1 âne  et  le  bœuf  ont  la  tête  dans  une  auge,  et  saint  Joseph  est  là 
comme  il  est  représenté  partout,  avec  une  physionomie  bonasse  ». 
Ce  chat  fourré  se  fourre  le  doigt  dans  l’œil  et  nous  espérons  qu’il 
interprète  avec  plus  de  clairvoyance  les  articles  du  Code  que  les 
sculptures.  Mais  pourquoi  se  moquer  de  celui  qui  se  trompe?  Errare 
hu  manu  ni  est.  Seuls,  ceux  qui  ne  font  rien  ne  se  trompent  jamais,  et 
<(  Qui  n a pas  son  coin  d ignorance  grossière?  » dit  Hugo. 

D ailleurs,  en  Bretagne,  on  ne  manque  pas  d’imagination;  ainsi, 
a Saint-Pol-de-Léon  (Finistère),  assure  H.  du  Cleuziou,  le  jeudi  de 
la  semaine  des  Quatre-Temps  de  l’hiver,  les  habitants  soupent  deux 
fois  en  mémoire  d’une  envie  de  femme  grosse  qu’eût  autrefois  la 
Sainte  Vierge.  Détail  tocologique  généralement  ignoré  ; mais  les 
Bretons,  confits  dans  le  vinaigre  de  la  dévotion,  sont  mieux  rensei- 
gnés que  quiconque  sur  les  faits  et  gestes  célestes,  grâce  à un  « fil 
spécial  »,  un  fil  de  la  Vierge. 


416 


l'art  profane  a l'église 


Landivisiau  (Finistère).  Saint-Thuriaff. — Des  cariatides  (fig.  505), 
autrefois  adossées  à la  paroisse,  maintenant  dans  l’ossuaire  voisin, 
ont  été  prises  pour  des  Vénus, 

des  démons,  des  reines  Gathe-  ^ 


rine.  H.  du  Cleuziou  y voit 


Fig-.  505. 


Fig.  506. 


l’homme  placé  entre  le  Vice,  en  costume  espag-nol,  et  la  Vertu, 
coiffée  à la  l)retonne  ; pourquoi  pas  Hercule  entre  la  Volupté  et  la 
Vertu?  Le  champ  des  conjectures  reste  toujours  ouvert  : 

Devine,  si  tu  peux,  et  choisis,  si  tu  l’oses. 

Saint-Laurent-du-Pouldour  (Finistère).  — Au  voisinag-e  de  la 
chapelle  se  trouve  une  fontaine  sacrée  (fig-.  506),  où  les  femmes 
reçoivent  une  douche  sur  la  poitrine,  en  invoquant  saint  Laurent 
pour  qu’il  les  g’uérisse  de  leurs  maux  et  les  préserve  des  maladies, 
sauf  la  bêtise.  Les  al^lutions  des  hommes  in  iinturRlibus  se  font  dès 
l’aurore. 

Saint-Paulien  (Haute-Loire)  (p.  247).  — H.  Malè^ue  (1866) 
sig'nale  un  frag’inent  étrang'e  incrusté  dans  le  mur  septentrional  de 
l’église  paroissiale  : une  statue  priapique,  a phallus  immonde  qui 
donne  une  idée  de  l’abrutissement  du  polythéisme  de  la  décadence  », 
vitupère  ce  rigide  critique,  lequel  oublie  que  c’est  par  ce  canal  qu’il 
sortit  du  néant. 


A b D E i\  1)  A 


417 


Saint-Léonard  (Haute-Vienne)  (p.  254).  — Curieuses  stalles 
décrites  dans  V Histoire  monumentale  du  Limousin. 


Fig.  507. 


Ghinon  (Indre-et-Loire)  (p.  257).  Saint-Mesme.  — Peintures 
murales,  diaprés  un  croquis  à la  plume  du  comte  de  Galembert  : 
le  Crucifiement  (fig-.  507),  traité  d’une  manière  mystique,  et  le 
Jugement  dernier,  côté  des  damnés  (fig.  508).  Le  Sauveur  est  placé 
entre  Marie-Madeleine  et  Marie  l’Eg-yptienne  ; ces  saintes  qui 
détiennent  le  « ricord  » de  la  débauche,  expliquent  chacune  la 
pensée  de  1 auteur  par  une  lég'ende  versifiée. 

En  1851,  cette  chapelle  servait  de  débarras  à l’école  de  Frères. 

Blois  (Loir-et-Gher).  — Ajoutons  aux  exemples  d'incongruités 
sculpturales,  civiles  et  religieuses,  exposées  en  public  et  citées 
page  194,  deux  ornements  bien  connus  de  l’aile  Louis  XII  du  château 
de  Blois.  L’un,  dans  l’escalier  d’honneur,  est  la  Correction  mater- 

l’art  profane.  — II. 


418 


L^VRT  PROFANE  A l' ÉGLISE 


iielle  sans  étrivières  (lig.  509)  et  l’autre,  un  culot  (fig.  510), 


qui,  comme  la  Chouette  de  Germinal,  montre  le...  portrait  de  la 
belle  fdle  de  la  Palestine  : « Elle  ressemble,  écrit  cette  plume  pétu- 


Fig.  509  et  510.  — Communiquées  par  le  D‘‘  Le  Double. 


lante,  met  verlojf,  à un  cul  comme  deux  gouttes  d eau  * elle  est 
toute  bistournée  ». 

Nous  connaissons  la  fessée  pédagogique  du  minster  de  Som- 
merset  (fîg.  68),  et  qui  est  analogue  à celle  dune  patience  de  la 
cathédrale  de  Rouen.  Cette  correction  n est  pas  nouvelle,  Plaute 
dit  déjà  d’un  pédagogue  qui  menace  un  écolier  de  lui  « zébrer  le 
cuir»  : Fieret  coriiim  tam  maculosum  quam  nutricis pallium  (Aussi 
maculé  de  bleus  que  le  tablier  d’une  nourrice). 


A D D I*:  N D A 


119 


\ KNiJOMU.  La  Trinité  (pag'e  277).  — Nous  avons  accusé,  à tort,  un 
viliail  (le  1 abside  d avoir  été  expurgé  par  ordre  épiscopal  ; mais  il 


s aj,nt  tout  simplement  d'un  saint  Sébastien  nu,  dont  la  résfion  pel- 
vienne est  voilée  d’une  bande  d’étoffe.  Toutes  nos  excuses. 

Heims  (Mm-ne)  (p.  285).  — .\u-dessus  des  anciennes  portes  de  « la 
cathédrale  des  cathédrales  ,,,  dans  l’espace  ogival  qui  contenait 
cm<ï  bas-rehefs,  entre  le  second  lia  nésurrecHon)  et  le  quatrième 
{ ii  Paradis  ei\  Enfer),  .se  trouvaient  les  opposées  aux  Vices. 

Ceux-ci  ont  été  mutilés  jrar  le  chapitre  avant  la  tourmente  révolu- 
lonnaire  , ils  représentaient  « des  scènes  de  sodomie  ou  le  dernier 
acte  des  amours  de  Loth  et  ses  filles  : E Amour  a vaincu  Lof /i,  mots 
de  Çon^onnance  malencontreuse  de  la  tragédie  lyrique  de  JepJué, 
par  1 abbe  Pellegrin  « qui  dînait  de  l'autel  et  soupait  du  théâtre  „. 

Epernay  (Marne).  — Une  verrière  raconte  l’ivresse  de  Noé  aussi 
crûment  que  le  font  les  motifs  sculptés  blottis  dans  la  voussure  du 
calvaire  de  Guimihau,  en  Bretagne  ; le  patriarche  grisé  par  la 
eur  e acchus,  flore  Lihcri,  « repose  dans  une  posture  plus 
qu  mdecente  qui  motive  de  la  part  de  ses  fils  un  geste  étonné  » 
Meme  scene  tirée  de  la  Bible,  « le  livre  le  plus  frivole  des  livres 
serieux  a la  Martyre,  à Pencran  et  aux  églises  du  Léon. 


420 


l\vRT  PROFANt:  A f/ÉGLlSfe 


Abbaye  de  Notre-Dame- de -l’Epine  (Marne).  — Garg-ouilles 
particulièrement  curieuses  ; celles  de  l’abside  personnifient  les  péchés 


Fig.  512. 


capitaux  : « la  Luxure,  écrit  l’auteur  du  Rhin,  jolie  paysanne  beau- 
coup trop  retroussée,  a dû  bien  faire  rêver  les  pauvres  moines  ». 

Saint-Mihiel  (Meuse).  — La  figure  511  représente  le  Sépulcre 
sculpté  par  Ligier-Richier  et  décrit  p.  295. 

Douai  (Nord)  (p.  50b).  Musée.  — Une  sculpture  peinte,  du 
treizième  siècle  (fig.  512),  en  commémoration  de  la  Fête  des  Fous, 
provient  d’un  ancien  édifice  religieux  picard:  Nous  sommes  sept, 
sous-entendu  « fols  )),  dit  ce  rébus  lapidaire,  compris  le  specta- 
teur. 

ViLLEFRANCHE  (Rhône).  Notre-Dame-des-Marais  (p.  357).  — 
Parmi  les  gargouilles  du  xni'^  siècle,  qui  allégorisent  les  sept 
péchés  capitaux,  celle  qui  a le  plus  grand  succès  de  curiosité  est  la 
Luxure  (fig.  513).  Dans  la  localité,  on  l’appelle  Le  bouc  et  la  nonne, 
bien  que  le  personnage  féminin  et  passif  ait  plutôt  l’apparence 
d’une  bergère;  mais,  moines  et  nonnes  se  trouvent  souvent  au  fond 


A DDENDA 


421 


des  satires  médiévales,  et  il  y a une  légende  versifiée  sur  ce  vieux 

cabri  scabreux  que  propage  une  carte  postale  : 

« 

1 our  calmer  ses  ardeurs,  ne  trouvant  pas  un  homme, 

G est  au  beau  Idouc  barbu  c|u’elle  a donné  la  pomme. 

Le  J.  Gruzu  a eu  1 amabilité  de  nous  communiquer  la  reproduc- 
tion de  cette  joyeuseté  ecclésiale,  refusée  par  l’austère  Chronique 


Fig-.  513. 


medicale,  « crainte  d'encourir  les  foudres  de  M.  Bérenger^  » ! Trop 
souvent,  on  a découvert  des  attitudes  équivoques  où  il  n’en  existe 
pas  l’ombre,  comme  le  motif  d’un  chapiteau  de  la  cathédrale  de 
Brioude,  qui  représente  un  ange  serrant  de  près  Lame  d’un  élu  ; 


1.  Autres  signes  des  temps.  Le  « Comité  de  rédaction  » de  la  Presse  médicale 
lelnse  1 autorisation  d’insérer  une  analyse  de  nos  Seins  à Véylise,  par  le  D--  Martinet 
n/r  ^ ^ prétexté  que  le  sujet  était  paramédical,  alors  que  le  professeur 

à l’Académie  de  médecine.  Enlin,  le  Correspon- 
^ consent  à risquer  qu’un  compte  rendu  écourté  de  notre  Arl  profane 

-(J  ise,  en  t rance,  et  se  garde  d’en  reproduire  la  moindre  illustration  sons  les 
memaces  de  docteurs  (en  théologie)  de  boycotter  les  spécialités  préconisées  par  ce 

le  do-me*— 'fellM  sourdine  à l’éloge  d'œuvres  en  contradiction  avec 

ri  ’ ./esiz.s  — et  s’il  ne  couvrait  d’un  voile  épais  ses  reproduc- 

® 1,  acüstiques,  choquantes  pour  ces  Tartutfes  qui  eussent  pu  servir  de 

modèles  a Gutherms,  auteur  de  VEloçfe  de  la  hélise.  C'est  ainsi  qu’iu  xx^  sLie 

^ nouveau  est  encore  maîtrisé  par  la  terreur  noire  et  que  la 

pres^se  medicale,  en  particulier,  est  à la  merci  d’une  bande  occulte  de  révc?rcnds 
conFreres  an  , ■ v-uni.  uc  ic\crcnas 

genoux  calleux,  aux  chc- 


^ ‘ t c*  Xix.  LJ.  UUU  JJcl 

conh  reres  au  regard  oblique,  à l’échine  cvphosique,  aux 

veux  p1  £1111-  ïM-r.no  ' 1 1 A,  . A ’ . 


veux  et  aux  pieds  plats,  à la  boîte 


, . , 1 ‘ ^ cri'inienne  fissurée  de  microcéphale  nui  tan 

mépris  de  la  physiologie)  croient  ou  feignent  de  croire,  avec  Agnès,  qu’une  Vemme 
peut  etre  « fécondée  par  l’oreille  » à l’aide  d’un  oiseau  de  paradis  - 

h.  enfants,  et  qu’enx-mômes  à 

< (.on  des  cucurbitacés,  sont  venus  au  monde  sous  des  gourdes  ! 


ce  n’est  pas  un  Azazel.  Quant  à notre  bouc,  il  ne  laisse  aucun  doute 
sur  ses  intentions. 

Meaux  (Seine-et-Marne)  (p.  343).  Cathédrale.  — Au  curieux 
tympan  du  grand  portail,  la  reine  Jeanne,  une  cathédrale  à la  main, 
se  présente  à la  porte  du  paradis.  « Saint  Pierre,  raconte  Hugo,  la 
lui  ouvre  à deux  battants  ; son  beau  mari  Philippe  la  suit  la  tête 
basse  ; la  reine  semble  dire  : « Bah  I laissez-le  entrer  par-dessus  le 
marché. 

• 

Champeaux.  Saint-Martin  (p.  315).  — Pour  montrer  quhl  n’y  a 
rien  d’exagéré  dans  notre  figure  412,  nous  donnons  une  photogra- 
vure de  cette  sedicula  d’après  la  photographie  de  M.  F.  Martin-Sabon 
(PI.  XV). 

Presles  (Seine-et-Oise)  (p.  363).  — De  même,  la  photogravure 
de  Idisuhsellia  ornée  du  Conflit  de  la  culotte  (PI.  XVI)  convaincranos 
lecteurs  que  la  « jupe  collante  »,  entrevue  par  l’abbé  Marsaux  pour 
atténuer  la  légèreté  de  ce  motif  religieux^  est  une  vue  de  l’esprit  ; 
les  hachures  qu'il  signale  sont  purement  subjectives  (fig.  441). 

Rouen  (^Seine-Inférieure)  (p.  370).  Cathédrale.  — Notre  érudit 
confrère  P.  Noury  nous  transmet  deux  documents  précieux,  à 
classer  parmi  les  ohscena.  Dans  un  coin  sombre,  sous  le  palier  de 
l’entrée  du  Trésor,  se  cache  un  Onan  à tête  de  porc  ; en  plein  jour, 
il  faut  une  lumière  pour  le  dénicher.  A l’entrée  de  la  Bibliothèque, 
au  niveau  du  linteau,  côté  gauche,  au  bas  de  l'ogive  en  feuillages 
qui  encadre  le  tympan  de  la  porte,  se  trouve  « une  vulve  entr  ou- 
verte qui  fait  pendant  à un  phallus  très  fruste  ; les  petites  lèvres, 
le  clitoris  et  son  capuchon  sont  très  visibles,  l’hymen  paraît  intact 
et  imperforé  ». 

En  examinant  à un  fort  grossissement  les  détails  de  la  carte  pos- 
tale communiquée  par  notre  aimable  confrère,  nous  distinguons  les 
contours  de  deux  quadrupèdes  à mufle  humain  ; l’image  vulvaire 
qui  baille  proviendrait,  nous  semble-t-il,  de  l’usure,  par  vétuseté, 
du  dos  d’un  de  ces  animaux  fantastiques. 

Saint-Ouen  (page  3).  — Réhabilitons  Alexandre  de  Berneval,  qui 


1 ^LANGUE  XV 


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Page  422.  — Petite  pluie  abat  grand  vent. 


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passe  pour  avoir  assassiné  par  envie  son  « apprentif  »,  sorti  vain- 
(jiieur  du  concours  institué  pour  la  rose  d une  croisée  de  cette 
église  ; on  dit  avoir  trouvé  la  preuve  que  ce  maître  maçon  fut  victime 
d'une  calomnie,  d’un  canard  à la  rouennaise. 

Saint-Florentin  (Yonne)  (p.  443).  — Deux  figures  d’anges  adultes 
de  l’époque  Louis  Xlll  choquent  les  yeux  pudibonds  par  leur 
nudité  et  leur  attitude  équivoque  ; ils  sont  étendus  sur  les  grilles 
qui  ferment  les  deux  côtés  du  chœur,  « comme  sur  une  couche  de 
mollesse  ». 

Sens  (p.  451).  Palais  Synodal.  — 11  est  bien  évident,  comme  le 
veut  M.  Deroye,  qu’Abeilard,  étant  mort  en  1142,  n’a  pas  pu  être 
enfermé  dans  les  cachots  de  TOfficialité  construite  en  1231,  mais 
bien  dans  l’édifice  où  saint  Bernard,  en  1140,  obtint  une  seconde 
condamnation  de  sa  doctrine.  En  outre,  il  est  entendu  que  l’arche- 
vêque de  Sens  et  sa  famille  n’habitaient  pas  le  palais  synodal,  mais 
l’archevêché  qui  y est  contigu  et  donne  sur  la  même  cour;  sommes- 
nous  assez  précis,  cette  fois  ? 


II.  — L’ART  PROFANE  A L’ÉGLISE.  ÉTRANGER 


AllemaCxNE.  — Aix-la-Chapelle.  Cathédrale  (p.  1).  — Descrip- 
tion du  sarcophage  de  Charlemagne  (fig.  1),  par  V.  Hugo  : « A l’ex- 
trémité de  la  composition,  quatre  chevaux  frénétiques,  à la  fois 
infernaux  et  divins,  conduits  par  Mercure,  entraînent  vers  un  gouffre 
entr’ouvert  dans  la  plinthe  un  char  sur  lequel  crie,  lutte  et  se  tord 
avec  désespoir  Proserpine  saisie  par  Pluton.  La  main  robuste  du 
dieu  presse  la  gorge  demi-nue  de  la  jeune  fille  qui  se  renverse  en 
arrière  et  dont  la  tête  échevelée  rencontre  la  figure  droite  et  impas- 
sible de  Minerve  casquée.  Pluton  emporte  la  Proserpine  à laquelle 
Minerve,  la  conseillère^  parle  bas  à l’oreille.  L’Amour,  souriant, 
est  assis  sur  le  char,  entre lesjambes  colossales  de  Pluton.  Derrière 
Proserpine,  se  débat,  selon  les  lignes  les  plus  fières  et  les  plus 
sculpturales,  le  groupe  des  nymphes  et  des  furies.  Les  compagnes 
de  Proserpine  s’efforcent  d’arrêter  un  char  attelé  de  deux  dra^j-ons 


424 


i/art  profane  a i/église 


ailés  et  ignivomes,  qui  est  là  comme  une  voiture  de  suite.  Une  des 
jeunes  déesses,  qui  a saisi  hardiment  un  dragon  par  les  ailes,  lui 


Fig',  514. 


fait  pousser  des  cris  de  douleur.  Ce  bas-relief  est  un  poème.  C’est 
de  la  sculpture  violente,  vigoureuse,  exorbitante,  superbe,  un  peu 
emphatique,  comme  en  faisait  la  Rome  païenne,  comme  en  eût  fait 
Rubens.  Ce  cercueil,  avant  d’être  le  sarcophage  de  Charlemagne,  avait 
été,  dit-on,  le  sarcophage  d’Auguste.  » 

Mersehourg.  — Un  pendant  au  mot  historique  de  Charles  IX  à 
Montfaucon  : u L’odeur  d’un  ennemi  mort  est  toujours  bonne  ». 


ADDENDA 


425 


L'empereur  Henri  IV,  en  visitant  l’église,  s’arrêta  devant  le  tombeau 
de  Rodolphe,  son  compétiteur;  un  courtisan  lui  conseilla  de  détruire 

ce  monument  « trop  su- 
perbe pour  un  rebelle  », 
le  monarque  lui  répondit 
finement  : « Plût  à Dieu 
que  tous  mes  ennemis 
fussent  aussi  pompeuse- 
ment enterrés  ! » 

Munich  (p.  29).  Musée. 
— Nous  donnons  en  en- 
tier le  Jugement  dernier 
de  Rubens,  gravé  par 
Réveil  (fig.  514),  dont 
nous  n'avions  reproduit 
qu’un  groupe  (fig.  35). 

Angleterre.  — Reverley  (p.  49).  — Déjà  du  temps  de  Montaigne, 
les  bonnes  femmes  étaient  plutôt  rares  : « Il  n’en  est  pas  à dou- 
zaines, disait  hauteur  des 
Essais^  et  notamment  aux 
debvoirs  de  mariage  ».  De 
tout  temps,  en  effet,  les 
femmes  ont  provoqué  la  lutte 
et  changé  le  ménage  en  mé- 
nagerie, pour  disputer  la 
suprématie  au  sexe  « no- 
ble ».  avons-nous  pas  vu 
lord  By  ron,  battu  et  con- 
tent,  prendre  pour  de  tendres 
caresses  les  raclées  de  sa  bien- 
aimée  Margherita  Gogni,  au 
nom  prédestiné  ? Aussi,  l’image  de  cet  abus  de  pouvoir,  de  ce 
jiu-jitsu  matrimonial,  est-il  souvent  reproduit  sur  les  édifices 
civils  et  religieux  sous  les  aspects  les  plus  variés.  La  reine  de 
Chypre,  Catherine  Cornaro,  après  son  abdication,  se  retira  à 
Asolo;  elle  eut  la  malice  de  se  faire  peindre  à cheval  sur  son  mari, 


Fiii’.  5 J G. 


Fig’ 


. G15.  — Un  mari  aux  prises  avec  un  serpent 
à sornettes.  Symbole  du  pugilat  conjugal, 
moral  et  physique. 


42G 


l’art  profane  a l’église 


bridé  ù la  façon  d’Aristote.  Sur  une  indulgence  de  la  cathédrale  de 
Rouen,  le  philosophe  est  remplacé  par  un  lion,  sa  barbe  et  sa  che- 


velure sont  transformées  en  crinière.  Dans  le  rninster  de  Be- 
verley,  le  mari  marche  à la  baguette  (lig.  515),  et,  à la  cathédrale, 
de  Ripon,  l’épouse  altière  se  fait  rouler  en  chariot  par  son  époux 
débonnaire,  pour  le  mieux  « rouler  » (lig.  516).  Pourtant,  il  nous  faut 
trouver  l’exception  qui  confirme  la  règle,  et  voilà  le  rninster  de  York 
qui  nous  la  fournira  : c’est  la  revanche  d’un  mari  contre  une  ména- 
gère oisive  et  coquette  (lig.  517). 

Boston.  — Le  renard  mitré,  allégorisant  l’hypocrisie  et  la  ruse 
épiscopales,  se  rencontre  fréquemment  en  Angleterre  ; nous  en  avons 
cité  plusieurs  représentations  à Sommerset  (p.  54).  A Boston,  le 
renard  rusé  attire  une  poulette  pour  la  plumer  (lîg.  518)  ; Nantwich, 
nous  offre  un  renard  capucin,  au  retour  d’une  chasse  fructueuse 
(fig.  519)  ; mais,  à Sherborne,  les  rôles  sont  intervertis  et  les  oies 
révoltées  par  les  abus  procèdent  à l’exécution  du  canidé  déconfît 

(%■  S20), 

Honteux  comme  un  renard  qu’une  poule  aurait  pris. 

Londres.  Westminster  Abbey.  — Sur  une  miséricorde,  la  Luxure 
est  représentée  par  une  courtisane,  une  vide-bourses,  qui  débat  le 
prix  de  ses  faveurs  et  cote  sa  cotte  (fîg.  521). 


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427 


Nortiiamptoasiiire.  Rotiiwell  (p.  53).  — Un  dragon  allégorise 

prosaïquement  la  Médi- 
sance (lîg.  522). 


Oxford  (p.  54).  U New 
College.  — Deux  person- 
nages à béchevet,  analo- 
gues à ceux  de  la  cathé- 


drale de  Rouen,  forment 
un  groupe  de  quatre  per- 
sonnes (lîg.  523). 

2^  Chapelle  des  Trépas- 
sés. — Un  Diogène  sans 
gêne  qui  étale  son  c...y- 
nisme  : un  anus  Dei  (lig. 
524 


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Fig.  521. 


IsLE  OF  Thanet.  Eglise 
Sainte  - Marie.  — Une 
sculpture  symbolise  la  Vanité  (lîg.  525)%  portant  la  coiffure  à 
cornes  ; les  genoux  du  démon  simulent  les  seins  de  la  coquette. 


Belgique.  — Gand  (p.  77).  — Alphonse  Karr  a vu  dans  une  des 


1.  Tiiidall  Wilclridg-e,  dans  The  Grotesque  in  church  art,  a reproduit  tous  ces 
ornements  d édifices  religieux,  ainsi  qu’une  centauresse  qui  allaite  son  petit  (lîg.  520). 


428 


i/aRT  PROFAISE  A l’ÉOLTSE 


ég-lisesde  la  ville  le  porti'ait  de  Sainte  Ayaya^  peu  connue  en  France, 
où  elle  a pour  concurrent  saint  Yves.  « Elle  a pour  état  et  pour 
fonctions  de  faire  ga- 
gner  les  procès  aux  plai- 
deurs qui  déposent  dans 


Fi«-.  525. 


Fig-. 


52G. 


le  tronc  qui  est  à ses  pieds,  des  offrandes  convenables.  — Elle  est 
représentée,  sur  le  tableau,  entourée  de  sacs  à procédures,  et  de 
papiers  timbrés,  assignations,  déboutés,  commandements,  juge- 
ments, procès-verbaux  de  saisie  et  de  carence,  etc.  — J’avais 
vu  souvent  des  saints  représentés  avec  les  instruments  de  leur 
martyre  ; le  peintre  ingénieux  a préféré  entourer  sainte  Avaya  des 
instruments  de  martyre  de  ceux  qui  ont  recours  à son  intervention  ; 
de  même  que  le  nom  de  la  sainte  semble  un  mot  imitatif  des 
doléances  des  plaideurs.  Je  suppose  que  si  deux  adversaires  recom- 
mandent également  leur  affaire  à la  sainte,  c'est  celui  qui  dépose 
1 offrande  la  plus  forte  qui  gagne  le  procès.  » 

Dans  l’Avertissement  de  notre  premier  volume,  nous  engagions 
les  archéologues  et  les  amis  des  arts,  des  autres  nations,  k compléter 
nos  recherches  documentaires  à l’étranger.  Nous  avons  la  satisfac- 
tion d’apprendre  que  M.  L.  Maeterlinck,  conservateur  du  Musée 
des  Beaux-Arts  de  Gand,  a répondu  à notre  appel  et  va  publier  une 
étude  sur  les  miséricordes  satiriques  et  licencieuses  de  la  Belgique 
qui  servira  de  complément  k nos  notes  trop  clairsemées  sur  la 
Flandre.  On  y trouvera,  k côté  des  proverbes  et  dictons  flamands, 
des  moralités  k forme  inattendue,  mais  vive,  voire  grivoise  ; telle 
cette  Lucrèce  qui,  pour  refroidir  les  ardeurs  d’un  galant  qui  la 
poursuit,  le  phallus  en  main,  verse  dans  ses  chausses  une  cruche 


AUDE  N D A 


429 


d'eau,  en  g-iiise  de  douche  anaphrodisiaque.  Une  autre,  jiour  affirmer 
la  toute-puissance  féminine,  a fixé  une  corde  à la  corde  sensible  de 
son  époux  et  Tentraîne  tout  penaud  où  bon  lui  semble  : une  variante 
gaillarde  du  lai  d’Aristote.  La  satire  des  tournois  est  figurée  notam- 
ment par  un  groupe  de  femmes  nues  chevauchant  des  hommes  et 
rompant  des  lances  entre  elles  ; les  scènes  scatologiques  sont  natu- 
rellement nombreuses,  ainsi  que  les  satires  les  plus  risquées  sur  les 
moines,  les  juifs  et  les  démons.  Ces  miséricordes,  absolument  igno- 
rées en  France  et  même  en  Belgique,  sont  très  artistiquement 
ciselées  ; elles  comportent  un  plaisir  et  un  enseignement  comme 
tout  tableau  pictural  ou  sculptural  d’ordre  religieux. 

Liège  (p.  83).  Musée.  — D’après  une  communication  de  M.  Albin 
Body  à la  Chron.  mcd.,  dans  le  tableau  de  Weenix,  Lazare  et  le 
mauvais  riche,  un  gamin,  par  signe  de  mépris,  urine  sur  le  dos  du 
miséreux. 

Tournai.  Notre-Dame  (p.  86).  — Le  D*"  Desmons  signale  au  même 
journal  une  particularité  de  YEcce  homo,  attribué  à Fourbus  : « Un 
des  personnages,  pour  insulter  Jésus,  lui  tend  le  poing,  en  donnant 
a ses  doigts  une  disposition  obscène  dont  la  signification  est  bien 
connue  ». 

Espagne.  — Barcelone  (p.  90),  Cathédrale.  — Dans  le  cloître, 
au  milieu  d un  bassin,  s’élève  une  colonne  sur  laquelle  est  perché 
un  saint  Georges  à cheval,  ou  plutôt  à jument,  si  l’on  en  juge  par 
la  courbe  d’un  filet  d’eau  qui  s’échappe  sous  la  queue  du  coursier. 

Escl'rial  (p.  92).  San  Lorenzo.  — L église  des  Iliéronvmites 
forme  le  manche  du  gril  que  représente  l’ensemble  du  colossal  mo- 
nastère de  granit  élevé  par  Philippe  IL 

Le  sarcophage  le  plus  intéressant  du  Panthéon  de  ((  la  huitième 
merveille  du  monde  » est  celui  de  Gharles-Quint,  avec  couvercle  formé 
dune  glace  sans  tain.  Le  souverain  qui  fit  trembler  l’Europe  apparaît 
dans  toute  sa  hideuse  nudité,  sans  l'ombre  de  majesté  ; <(  un  coin 
de  linceul  est  relevé  sur  le  ventre  ».  Le  pudique  et  fanatique  san- 
guinaire Philippe  II,  ce  sinistre  Scapin  qui  couvrait  ses  fourberies 
politiques  du  masque  de  la  religion,  a voulu,  comme  Pierre  le 
Cruel,  que  sa  nudité  fût  recouverte  d'un  costume  de  franciscain,  pour 


130 


i/aUT  PKOFAiNE  A l'ÉELISE 


en  imposer  à saint  Pierre,  usag-e  assez  répandu  et  imité  des  Athé- 
niens qui  voulaient  être  enterrés  en  habits  d'initiés  ou  d’hiérophantes. 

P.  Imbert  (1875)  raconte  qu’il  s’était  muni  d’une  autorisation  du 
roi  pour  visiter  le  musée  ; le  prêtre  auquel  il  la  présenta  répondit 
avec  impertinence  : « Le  roi  !...  Qu’est-ce  que  ça  nous  fait,  le  roi?... 
Nous  allons  d'abord  déjeuner  et  bien  déjeuner,  puis  nous  vous 
ouvrirons  parce  que  cela  nous  plaît.  Quant  à la  recommandation  de 
notre  cher  monarque,  vous  devinez  à quel  usage  je  la  destine  ! » 
Cette  galerie  artistique  contient,  entre  autres  tableaux  de  maître, 
une  Sainte  Famille,  de  Ribera,  remarquable  par  son  coloris  brillant 
et  surtout  par  la  jeunesse  et  la  physionomie  joviale  de  saint  Joseph 
qui  montre  ses  dents  en  souriant;  Arachné,  de  Luca  Giordano, 
représentée  par  une  femme  se  métamorphosant  en  araignée,  et  un 
rétable  de  Bosch,  où  se  débride  la  fantaisie  souvent  extravagante 
du  peintre  : on  y voit  des  hommes  à corps  de  crapaud,  des  gre- 
nouilles à tête  de  femme,  « et  beaucoup  d'autres  choses  infiniment 
plus  surprenantes  que  ma  plume  se  refuse  à détailler  ». 

Teruel.  San  Pedro.  — Dans  cette  église  d’Aragon,  furent  en- 
terrés les  Roméo  et  Juliette  de  l’Espagne.  Quand,  cinq  siècles  plus 
tard,  on  exhuma  leurs  dépouilles  pour  les  transporter  dans  le  cloître, 
on  vit  avec  stupeur,  d'après  P.  Imbert,  qui  raconte  la  légende \ 
leurs  squelettes  enlacés,  comme  pour  une  valse  macabre!  Sur  leur 
pierre  sépulcrale,  on  lit  : Ici  sont  déposés  les  corps  des  célèbres 
amants  de  Teruel  : Don  Juan  Diego  Martinez  de  Marcilla  et  Doua 
Isabel  de  Segiira,  morts  en  D2T7 . Ils  ont  été  placés  en  ce  lieu  en 

nos. 

Gastel-Braaco.  — Lors  du  siège  de  cette  ville  portugaise,  les 
habitants,  exaspérés  de  voir  que  saint  Antoine  laissait  les  Espagnols 
la  bombarder,  détruisirent  toutes  les  images  de  leur  patron  ; ils 
abattirent  le  chef  de  la  plus  révérée  et  le  remplacèrent  par  celui  de 
saint  François.  De  même,  à Naples,  saint  Janvier  ayant  cessé  de 
plaire  % on  substitua  pour  un  temps  à son  efïigie  celle  de  saint  Antoine 
de  Padoue. 

1.  L'Espaifiie^  splendeurs  el  misères. 

-.  Quand  le  miracle  de  la  liquéracLioii  de  son  sang  Lai’de  trop,  les  lidèlcs,  nous  le 


A DD EN DA 


131 


Italie.  — Florence'.  Santa  Groce  (p.  122.)  — Machiavel,  ])ré- 
curseur  de  raiitimililarisme,  tient  une  balance  où  le  poids  d’un 
rouleau  de  papier  l’emporte  de  beaucoup  sur  celui  d’une  épée,  indi- 
quant par  là  que  la  gloire  des  lettres  reni])orte  sur  celle  des  armes  : 
Anna  cedant  scripturis. 

San  Giovanino.  — Cette  église  et  son  couvent  furent  fondés  par 
le  grand  sculpteur  l’Ammanato,  à Fàge  du  ramollissement  général, 
en  expiation  des  nudités  commises  par  son  ciseau,  qui  pourtant 
n avaient  pas  choqué  Florence,  qualifiée  de  sohria  c pudica  par 
Dante . 


San  Loranzo  (p.  126).  — Près  de  la  porte  du  cloître,  une  fresque 
du  Bronzino  représente  la  grillade  de  saint  Laurent.  Les  plus  belles 
Horentines  contemporaines  du  peintre  figurent  au  premier  plan  et 
s occupent  peu  du  saint  ; mais  ce  n’est  certes  pas  par  pudeur  qu  elles 
lui  tournent  le  dos  : ces  caillettes  sont  occupées  à caqueter  entre 
elles  et  a coqueter  avec  les  spectateurs,  « auxquels  elles  font  des 
agaceries  ». 

Chapelle  des  Médicis.  La  turgescence  des  seins  de  la  Nuit  (p.  130), 
ne  semble  pas  être  en  rapport  avec  le  défaut  d’activité  de  cette 
allégorie.  De  même,  le  naturalisme  de  Buonarroti  a reculé  devant 
l’expression  adéquate  de  la  vie  dans  toutes  les  parties  du  Jour,  qui 
tourne,  il  est  vrai,  le  dos  pour  dissimuler  en  partie  sa  virilité  ; quant 
au  Crépuscule,  tous  ses  organes,  vus  de  face,  sont  au  repos  et 
s harmonisent  avec  la  signification  de  la  figure  allégorique. 


savons,  montrent  le  poing-  au  buste  du  thaumaturge  et  le  traitent  de  fujLio  di  putana. 
En  1791,  pendant  l’occupation  des  Français,  comme  le  miracle  tardait  M d’Avarev 
envoya  dire  an  chanoine  qui  tenait  le  reliquaire  attaché  à son  cou  qu’il  serait 
pendu  haut  et  court  si  la  liquéfaction  ne  s’opérait  pas,  et  illico  le  tonsuré  cria  : Il 
miracolo  è fallo  ! Ordre  à Dieu,  de  faire  miracle  en  ce  lien  ; c’est  la  contre-nartie 
de  la  défense  du  cimetière  de  Saint-Médard.  ^ 

A l’ég-lise  du  couvent  des  Jacobins  de  Saint-Maximin,  dans  le  Var  il  existait  nue 
fiole  de  sang  du  Seigneur  recueilli  par  Marie-Madeleine  aux  pieds  de  la  croi.x  Tons 
les  ans,  le  Vendredi  saint,  « on  voit  »,  assure  le  marquis  de  Marveil  (1043)  « nue 
cette  phiole  boust  comme  si  elle  estoit  sur  le  feu!  » Encore  un  tour  à la  RobeH 
lioudm  qui  se  payait  la  « phiole  » des  crédules. 

1.  A l’église  de  l’Annonciade,  le  tableau  de  la  Vierge  était  recouvert  de  cina 

rideaux  ; on  saluait  leur  ouverture  par  des  acclamations  enthousiastes,  dont  le  délire 
allait  crescendo.  ’ mure 


32 


i/art  profane  a l’église 


Santa  Maria  Novella  (p.  133).  — Une  des  fresques  de  Vasari 
retrace  l’image  de  la  Laure  de  Pétrarque,  avec  une  flamme  sur  le 
sein,  dans  le  groupe  des  Voluptés  assises. 

San  SpiritO  (p.  136).  — La  première  église  du  Saint-Esprit  fut 
détruite  par  un  incendie  dû  aux  langues  de  feu  d’un  mystère,  la 
Descente  du  Saint-Esprit  sur  les  Apôtres,  qui  y fut  représenté  en 
1471,  en  l’honneur  de  Galeas  Sforza,  duc  de  Milan.  « La  multitude, 
raconte  Machiavel,  ne  manqua  point  d’attribuer  ce  funeste  événe- 
ment à la  colère  du  ciel,  indigné  de  l’excessive  licence  des  mœurs 
florentines.  » Le  licencieux  auteur  de  la  Mandragore  s’emporte 
avec  un  zèle  aussi  comique  que  catholique  sur  la  conduite  scanda- 
leuse des  courtisans  de  Sforza  qui,  pendant  tout  le  carême,  avaient 
fait  usage  de  chair  intus  et  extra  : belle  chair  et  bonne  chère  ne 
vont-elles  pas  toujours  de  pair  à compagnon? 

Chapelle  Gavalcanti,  la  Madeleine  au  jardin,  du  Bronzino,  est  le 
})ortrait  d’une  grande  dame  llorentine,  l’une  des  maîtresses  du  don 
Juan  Pierre  Bonaventuri,  le  mari  de  Bianca  Gapello,  dont  l’un  des 
parents  assassina  ce  coureur  d’aventures  ; il  y a des  noms  prédestinés. 

Académie  des  Beaux-Arts.  — Ce  musée,  enrichi  des  dépouilles 
des  couvents,  possède  un  tableau  de  sœur  Plantilla  Nelli  (xv®  siècle) 
qui  montre  le  Christ  mort,  entouré  de  saintes  femmes  et  des  saints 
en  pleurs.  Ses  seuls  modèles  étant  des  religieuses  de  son  couvent, 
les  personnages  masculins  ont  une  physionomie  et  des  formes 
féminines. 

Milan  (p.  156).  Couvent  des  JacobinsL  — Pendant  la  campagne 
d'Italie,  on  y avait  enfermé  des  prisonniers  de  guerre  gardés  par  des 
hussards  du  6*^  régiment.  Ces  vaillants  et  intelligents  cavaliers 
hrent  une  cible  delà  Cène  et  exercèrent  leur  adresse  au  tir  du  pistolet 
sur  ses  personnages  ; Simond  y a constaté  les  empreintes  de  balles. 
Même  stupidité  sous  la  révolution,  cjuand  les  Napolitains  occupèrent 
le  Vatican,  au  nombre  de  trois  mille,  sous  la  conduite  de  RutFo, 
Culo  et  Fra  Diavolo  : les  chambres  de  Raphaël  leur  servirent  de 
cabinets  non  inodores. 


1.  Certains  disent  des  Dominicains. 


At»bEN  DA 


433 


Uo-ME^  Chambres  de  Raphaël  (p.  276). — Dans  un  coin  de  V Ecole 
iV Athènes,  au-dessous  du  bel  Apollon  nu,  comme  motif  de  décora- 
tion, on  surprend  un  triton  en 


bonne  fortune  (fig*.  527). 


Saint-Pierre-aux-Liens(  P . 3 5 6 ) . 

— Tandis  que  saint  Ambroise, 
par  crainte  de  répandre  du  sang, 
s armait  d’une  simple  discipline 
lors  de  son  apparition  à cheval 
dans  une  bataille,  Jules  II,  pour 
son  mausolée,  voulut  que  Michel- 


Ange  le  représentât  avec  une 

, ^ . Fig.  527. 

épée  à la  main.  Il  pouvait  ainsi 

symboliser  la  nation  germanique  et  matamore,  raillée  par  Schiller  : 
« Toujours  la  main  sur  son  épée,  un  bruit  de  feuilles  Telfrayant  ». 

Sardaigne.  Osilo.  — En  1855,  Edmond  Delessert  vit  dans  la 
chambre  du  curé  de  cette  ville  deux  lits,  1 un  pour  lui,  1 autre  pour 
sa  servante,  afin  de  mieux  opérer  sa  conversion  apparemment.  En 
outre,  cet  ecclésiastique  du  dernier  bateau  alliait  Eesprit  d’industrie 
productive  et  reproductive  à ses  saintes  fonctions  : « il  tirait  bon 
parti  d’un  étalon  noir  en  sa  possession  et  dont  il  vendait  les  saillies  ». 
Que  pensent  de  ce  papelard  paillard  et  roublard  les  « ganaches  de 
sacristie  »,  — - selon  une  invective  cinglante  de  Joris  Pluysmans 
— à la  bouche  bée  en  valves  de  moule  ? 


l’art  profane.  — II. 


28 


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POST-SGRIPTUM 


FRANCE 


Evreux  (Eure).  Cathédrale  (p. 


Fig-.  S28. 


4).  — ^ La  figure  528  complète 
le  groupe  dont  fait  partie  le 
((  Grimpeur  » des  Florentins 
surpris  par  les  Pisans  (fig. 
270). 

Toulouse  (Haute-Garonne). 


t ig,  529.  Vénus  Fig.  530.  — Bacchus 

et  son  pigeon  L en  casse-noisettes. 


Musée  (p.  242).  — Le  châtiment  de  la  Luxure  (fig.  309)  peut  être 
envisagée  par  les  croyants,  ou  mieux  les  crédules,  pour  atténuer 
l’immodestie  de  cette  sculpture  religieuse,  comme  une  figuration  du 
songe  de  Clytemnestre  qui  vit,  durant  son  sommeil  troublé  par  le 
remords,  un  serpent  sortir  de  son  sein  et  s’attacher  à sa  mamelle  ; 
mais,  au  lieu  de  lait,  le  reptile  vengeur  n’en  tirait  que  du  sang. 

1.  La  colombe  et  la  panthère  symbolisent  à la  fois  la  chasteté  et  la  Inxnre. 


436 


t/art  profane  a l’église 


Amiens  (Somme)  (p.  405).  Couvent  des  Prémontés  (Lycée  actuel). 
— D'un  recueil  de  dessins  où  M.  de  la  Paye  a reproduit  un  nombre 


considérable  de  détails  provenant  de  ce  monastère,  nous  avons  tiré 
les  croquis  de  deux  bibelots  hétéroclites  s sujet  profane  (lig-.  529, 
530),  qui  décèlent  le  caractère  épicurien  des  goûts  artistiques  de  ces 
réguliers.  Trahit  sua  qucmque 

ÉTRANGER 


Italie.  — Rologne.  Mendicanti  di  Dentro  (p.  111).  — Un 
tableau  de  Gavedone  représente  un  miracle  singulier  de  saint  Eloi  : 
le  saint  prend  par  le  nez  le  diable  sous  la  ligure  d’une  femme.  Une 
verrière  de  la  cathédrale  du  Mans  (lig.  401  bis^  p.  341)  traite  le 
même  sujet;  mais,  dans  la  Sartlie,  la  femme  est  remplacée  par  son 
Sosie  l’esprit  malin. 


P0ST-SCRIPTU3I 


437 


Florence  (p.  115).  Saints-Apôtres.  — Une  Conception^  Vœuwve 
maîtresse  de  Vasari,  a été  «-âtée  par  un  méchant  barbouilleur, 
« eharg-é  de  donner  plus  de  pudeur  à la  figure  d’Adam  ». 


PisE  (p.  197).  Sainte-Marie  del  Carminé.  — A l’Ascension  du 


Fig-.  532,  533. 


Fig.  534. 


CAr/s^,par  Alexandre  Allori,le  peintre  a inscrit  dans  la  gueule  d’un 
chien  cet  avis  impertinent  à l’adresse  de  ses  critiques  : Si  latrahis^ 
lairaho.  Si  tu  aboies,  j’aboierai. 


Rome.  Chapelle  sixtine  (p.  299).  — Ajoutons  aux  peintures 
de  Michel-Ange  celles  du  pendentif  du  prophète  Ezéchiel  (fig.  531). 
Il  est  entouré  d’une  femme  à terme  et  d’adultes  qui  s'efforcent, 
dans  des  poses  acrobatiques^  à démasquer  leur  nudité  la  plus  intime. 

Nous  donnons  (fig.  532,  533)  le  fac-similé  d’études,  faites  par 
Buonarroti,  de  deux  personnages  qu’il  est  facile  d’identifier  sur  sa 
fresque  du  Jugement  dernier  (fig.  326  et  322,  fig.  327  et  334), 
(p.  302,  312,  315).  La  figure  534  représente  le  supplice  de  saint 
André,  par  le  même  maître  florentin;  le  martyr  est  absolument  nu. 


Sainte-Marie-de-la- Victoire.  — A propos  de  la  paralysie  hystéri- 
que de  sainte  dhérèse,  guérie  par  saint  Joseph,  nous  avons  omis 
l’observation  personnelle  d’une  cure  similaire,  que  l’on  attribuera 
SI  l’on  veut  à l’intervention  du  même  saint,  notre  patron,  mais,  que 
la  logique  rapporte  à la  secousse  psychique  produite  par  la  brusquerie 


438 


l’art  profane  a L ’ É Cx  L I s e 


de  notre  intervention.  Faisant,  un  jour,  l’intérim  de  l’interne  de 
garde  à l’hôpital  de  la  Charité,  on  apporta  sur  un  brancard  une 
jeune  blonde  qui  venait  de  tomber  parah-sée  dans  la  rue,  à la  vue 
d’un  accident  de  voiture.  La  paraplégique  mise  au  lit,  nous  rejetâ- 
mes vivement  les  couvertures  pour  examiner  lês  membres  inférieurs. 
Soudain,  la  révolte  de  la  pudeur  chez  cette  névrosée  fut  si  violente, 
que  la  paralytique  sauta  du  lit,  s’habilla  à la  hâte  et  partit  sans 
demander  son  reste.  Ces  guérisons  miraculeuses  ne  sont  pas  rares  à 
Lourdes  sous  l’influence  de  Lexaltation  de  la  foi. 


GORRIGËNDA  ET  OBSERVATIONES  QUÆDAM 

I.  — L’Art  profane  à l’Eglise.  France 


Page  3, 

ligne  18,  au  lieu  de 

Loris, 

lisez 

Loris. 

— 

10, 

— 20, 

— 

di, 

— 

divin. 

— 

16, 

- 18, 

— 

mundalia. 

— 

mundana. 

— 

24, 

9 

— 

insexué, 

— 

asexué. 

— 

98, 

- 2, 

— 

Pardon, 

— • 

Paradis. 

— 

99, 

— 35, 

— 

ou  cuvette. 

— 

et  cuvette. 

— 

112, 

- 2, 

— 

deniande. 

— 

demanda. 

— 

131, 

- 4, 

— 

Neurdein, 

— 

Giraudon. 

— 

149, 

- 15, 

— 

emljrenner. 

— 

embrener. 

— 

186, 

» 

— 1 5 

— 

Pas  de  bégueulerie, 

— 

Pas  bégueules,  com- 

197, 

me  la  mère  Angot. 

— 

- 31, 

— 

Samblin, 

— 

Hugues  Sambin. 

— 

199, 

- 13, 

— 

Joannes  du  Perljisey, 

— 

Etienne  Barbiseu. 

— 

199, 

— 28,  M. 

Krau,  de  T4avigny-sur-Ozerain  nous  fait  oijserver  que 

le  tombeau  de  Jean  fut  achc 

vé  en  1411  et  celui  de 

Philippe 

en  1470. 

— 

201, 

— 2,  au 

lieu  de 

IU5, 

lisez 

(/  U3-I45I). 

— 

204, 

— 33, 

— 

Brétinières, 



Brétenières. 

— 

204, 

- 34, 

— 

Phaf 



Fidolus. 

— 

240, 

— 33, 

— 

pour  les. 

— 

aux. 

— 

264, 

— 23, 

— 

exibition. 

— 

exhibition. 

— 

319, 

— 21,  lisez  : N’’ g 

aurait-il  pas  confusion  entre  ce  petit  sans- 

culotte  et  un  motif. 

— 

323, 

— 21,  au 

lieu  de 

une  cartouche 

lisez 

un  cartouche. 

— 

324, 

à Fig.  383  bis,  ajoutez  V.  p.  319. 

— 

364, 

au  lieu  de  Fig.  âl2. 

lisez  Fig.  4il . 

— 

395, 

ligne  5,  au 

lieu  de 

Gauteleu, 

- — 

Gauteleu  (dont  l’ori- 

fflnc  est  Chante 
loup. 

IL  (rordon  et  Coiirpon,  — Corpon. 

474,  29,  M.  Rrau  assure  que,  contrairement  à l’assertion  de 

V.  Hugo,  les  tombeaux  ne  furent  jamais  transportes  à 
Notre-Dame. 

II.  — L’Art  profane  à l’Eglise.  Etranger 

Page  !)4,  ligne  10,  au  lieu  de  PI.  1,  lisez  PI.  II. 

— 215,  la  note  1 se  rapporte  au  premier  chiffre  1 de  la  page  21G. 

- 216,  ligne  14,  au  lieu  de  Gozolli,  lisez  Gozzoli. 

— 217,  — 1,  _ et  surmonté,  — est  surmonte. 

— 244,  — 4,  supprimez  le  premier  chiffre  1 relatif  à la  note. 

— 311,-15,  — Fig.  251  à 260  — Fig.  331  à 337 

— 400,  — 1,  au  lieu  de  VIll,  lisez  IX. 


ORDRE  DES  MATIÈRES 

Avertissement t 

I.  — Allemagne.  Alsace-Lorraine j 4^03 

II.  — Amérique 

III.  — Angleterre.  Ecosse.  Irlande.  Islande 49  425 

IV.  — Austro-Hongrie.  Tyrol 91 

V.  — lielgique  05  -427 

VI.  — Espagne.  Portugal gg  4^9 

VII.  — Hollande jq4 

VIII.  — Italie 108  431 

IX.  — Russie 4QQ 

X.  — Suède 

XI.  — Suisse 

XII.  — Turquie 

Addenda ^I3 

Post-Scriptum ^33 

Gorrigenda 439 


L'jl 


la  liOCllE-SUR  YON,  IMPRIMERIE  CENTRALE  DE  l’oUEST,  56-60,  RUE  DE  SAUMUR. 


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